Archive pour la catégorie ‘Objectif qualité’

Mercredi 12 mars 2008

Obésité infantile : plus de friandises sucrées pour enfants aux caisses

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Je me suis attiré les foudres du Président de l’ANIA, Jean-René Buisson. Son association d’industriels « juge intolérable la décision prise par les Centres E. Leclerc, la semaine dernière, de retirer les confiseries sucrées pour enfants des présentoirs de caisses, d’ici le 1er juin ». Et l’ANIA m’a fait l’honneur d’un communiqué au vitriol, suspectant ma petite personne de vouloir en revenir « à l’économie administrée des magasins d’Etat » ?

1) De quoi parle-t-on ?

En septembre 2007, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé une campagne sur l’obésité infantile « Obésité : protégeons nos enfants ». Après avoir demandé aux parlementaires d’interdire la publicité TV pour les produits gras et sucrés au sein des programmes pour enfants, l’UFC interpellait toute la filière et sollicitait les distributeurs pour « juguler un marketing outrancier à l’égard des enfants, incitant à la surconsommation de produits sucrés ». L’association demandait le retrait des produits installés de manière trop tentatrice au devant des caisses.

Le gouvernement français et les autres gouvernements européens sont interpellés de la même manière. Ainsi, les Anglais ont interdit les publicités pour les aliments gras, sucrés et salés dans les programmes destinés au moins de 12 ans. Les Suédois, eux, ont totalement interdit les publicités pendant les émissions jeunesse.

Le Ministre français de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, le 4 février, une série de mesures dans un premier temps basées sur l’autodiscipline et le volontarisme des acteurs concernés. Avec une deadline fixée en juin pour apprécier les propositions et les résultats éventuels.

2) Les réponses des industriels et des distributeurs

Tout le monde convient de l’importance du fléau. 13 % des jeunes Français sont en surpoids, dont 7 % atteints d’obésité. Le mouvement ne fait que s’accélérer. Outre que l’obésité hypothèque l’espérance de vie des individus, elle préfigure une charge supplémentaire pour la collectivité.

Les industriels ont d’abord réagi viscéralement. « Consommés modérément, les produits sucrés ne sont pas dangereux. On n’est pas chez les Soviets. Les pouvoirs publics ne peuvent montrer du doigt et diaboliser le sucre ou tout autre produit festif à base de sucre tout simplement par qu’ils ont été surconsommés ». Ou alors disent-ils, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : supprimons la vente d’alcool puisqu’il y a trop d’alcooliques, supprimons le rayon des crèmes desserts et des fromages pour que plus personne ne mange des produits trop gras.

Derrière ce débat qui prend des airs trop passionnés et caricaturaux, il y a bien sûr des lobbies qui cherchent à forcer le trait.

Je concède cependant que :

1) Industriels et distributeurs ont raison de dénoncer la tentation des pouvoirs publics de refiler la gestion des problèmes de santé au secteur privé alors qu’elle doit d’abord émaner de l’Etat (ne serait-ce que, justement, pour qu’elle ne soit pas dictée par des intérêts privés).

2) L’origine de l’obésité est multifactorielle. Si l’on veut s’attaquer à la source, il faut mettre en place un plan de prévention global : auprès des parents, à l’école, dans les médias. Bref, chacun doit agir à son niveau de responsabilité.

3) La position de mon enseigne

Nos cadres et nos adhérents ont eu le même réflexe que les autres professionnels. Pas question de se laisser refiler la gestion exclusive d’une problématique qui nous dépasse.

Mais le dossier de l’obésité infantile rejoint celui, plus global, de la nutrition, du « bien manger » dont nous sommes évidemment un acteur à part entière.

Le distributeur doit pouvoir garantir le libre choix, mais rien ne l’empêche à travers ses gammes, ses choix marketing et publicitaires, d’adapter son offre commerciale à une demande sociale dès lors qu’elle est incontestée. C’est même un gage de sa performance commerciale future.

J’ai engagé mon groupe depuis trois ans pour revoir à la hausse tous les critères qualitatifs, gustatifs et sanitaires de notre offre alimentaire. C’est un travail de longue haleine (probablement 3 ou 4 ans pour arriver à des résultats significatifs). Par exemple, tous nos produits à Marque Repère voient leur étiquetage reprécisé, leur lisibilité améliorée, et les recettes des produits sont retravaillées pour diminuer les taux de sucre, de sel et de gras. Des nutritionnistes sont mobilisés sur ce projet, et des instruments pédagogiques à l’égard des usagers ont été mis en place (http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Nos-valeurs/Accueil.aspx).

C’est dans ce contexte que sans se référer à une quelconque morale anti-festive, nous avons décidé de recaser les produits concernés dans l’offre classique de l’hyper d’ici le 1er juin.

4) Etoffer l’action

Il y a certes un enjeu commercial (manque à gagner situé entre 5 et 10 millions d’euros par an). Mais si elle restait isolée, nos adversaires auraient beau jeu de qualifier cette action de publicitaire. Aussi ne faut-il pas s’arrêter là.

Dans les semaines qui viennent, mon enseigne va lancer la recherche de produits de substitution, plus diététiques. Les magasins recevront des PLV informatives et pédagogiques expliquant cette action aux clients.

Enfin, j’ai demandé à ce que l’enseigne s’engage plus fort encore sur des recommandations nutritionnelles et sur la valorisation des bons comportements alimentaires.

Voilà donc ce qui me vaut le courroux de quelques apparatchiks du lobby de la malbouffe. Je ne donnais pourtant de leçons à personne, je les appliquais à nous-mêmes. C’est le paradoxe de l’ANIA : cette fédération regroupe des industriels qui, depuis 5 ans, et avec succès, ont fait de la santé un argument de vente (Danone avec Actimel, ses alicaments, etc.). Curieux de voir que le discours sur le bien manger devient « démagogique » quand il émane du seul distributeur.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 octobre 2007

Foires aux Vins : quelques sélections

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Mes collaborateurs adorent le bon vin. Il leur arrive d’éplucher les catalogues de la concurrence tout autant que de rechercher les meilleures offres dans les hypermarchés de notre enseigne.

Preuve qu’on pratique ici « l’ouverture », je livre cette petite sélection effectuée par Géry, le garçon qui s’occupe du comparateur de prix au niveau national, un passionné d’oenologie. Il précise : « Je ne connais pas bien les Bordeaux, j’ai perdu le prospectus Auchan, mais j’ai trouvé ces quelques flacons qui sont vraiment remarquables ».

Alors, pour votre info, autant que pour la mienne…

Quelques sélections dans les enseignes suivantes :

- Carrefour

. Le Prieuré Saint-Joseph 2005, Jean-Luc Colombo

. Collioure, Domaine du Mas Blanc « Terre de Schistes » 2003

. Bandol, Château Vannières « Les Hauts de Vannières » 2005

- Monoprix

. Chateauneuf du Pape, Château Fortia 2005

. Chateauneuf du Pape, Domaine du Galet des Papes 2003

. Vin de pays des coteaux Charitois, Pinot noir, Alphonse Mellot, Les Pénitents 2005

. Chablis 1er cru Vaillons, Domaine William Fevre 2004

. Vin de pays des coteaux Charitois, Chardonnay, Alphonse Mellot, Les Pénitents 2005

. Sancerre, Alphonse Mellot, La Moussière 2006

- Casino

. Bandol, Château de Pibarnon 2004

. Palette, Château Simone 2005

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 3 mai 2007

Pas d’OGM dans les croissants vendus chez Leclerc à Olivet (Orléans)

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L’information est dans Le Parisien, ce 3 mai 2007. Toujours en chasse de produits OGM, un enquêteur de Greenpeace serait tombé sur des lots de croissants en promotion au centre E. Leclerc d’Olivet (banlieue sud d’Orléans dans le Loiret). Avec une étiquette mentionnant « la présence d’OGM ».

A juste titre, Arnaud Apoteker m’interpelle : j’avais dit, sur ce blog, que je ne souhaitais pas lancer mon enseigne dans la commercialisation de produits à base d’ingrédients génétiquement modifiés. (Dans un cadre légal, certains produits sont autorisés, même dans l’alimentation, mais dès que la présence d’OGM dépasse 0,9 %, ils doivent être repérables par une mention spéciale informant les consommateurs). Et donc, les croissants d’Olivet faisaient tache dans la démonstration.

Vérification faite (même dans mon enseigne, j’agis tel Saint Thomas et exige des vérifications et preuves), les croissants ne contenaient pas de produits transgéniques.

C’était une simple erreur d’étiquetage. Très localisée. Plutôt incompréhensible d’ailleurs, mais enfin, une erreur d’étiquetage, je confirme !

Afin qu’aucun doute ne subsiste, nous avons proposé aux enquêteurs de Greenpeace de faire analyser les produits.

Comme effectivement sur ce blog, nous avons eu quelquefois des échanges assez vifs sur les risques OGM, je tenais à rectifier l’information, dès à présent.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 16 octobre 2006

Industriels et publicitaires sont-ils « des fabricants d’obésité » ?

Toutes les revues professionnelles se sont focalisées sur le sujet. Colloques, prises de position, mobilisation de scientifiques…les grandes marques agroalimentaires affûtent leurs arguments. Elles refusent d’être « les boucs émissaires » des campagnes lancées par les organisations de consommateurs et les pouvoirs publics contre le « trop de sel, trop de sucre, trop gras ».

C’est le secteur de la pub qui a, le premier, senti le boulet. Trois échéances vont conditionner le nouveau discours nutritionnel des marques.

a) En décembre 2006, la directive « Télévision sans frontière » sera discutée au Parlement. Les consommateurs veulent y faire interdire toutes les pubs qui font la promotion de la « malbouffe ». Notamment à destination des enfants.

b) En février 2007, la Commission Européenne va commencer à élaborer une proposition de texte pour harmoniser les étiquetages nutritionnels. (On peut compter sur la résistance de quelques lobbies).

c) Début mars 2007 devrait être publié, enfin, le décret (dont la sortie a été tant de fois remise, la loi a été promulguée en 2004) pour fixer les types d’informations qui, à l’instar des publicités sur le tabac et l’alcool, devront accompagner toute publicité alimentaire.

Les réactions :

Trop, c’est trop, répondent les publicitaires : et pêle-mêle, ils anticipent les contresens, les lourdeurs, les perturbations de messages qu’une telle prolifération d’écrits ne manquera pas de produire.

Tous s’accordent pour dire qu’en s’attaquant à la publicité, on se trompe de responsable.

Dans un édito fort bien torché, comme il en a l’habitude, l’énergique Christian Blachas, directeur de la rédaction de CB News, lance une salve contre les « maniaques de l’interdiction ».

Sur le fond, on ne peut pas lui donner tort quand il dit : « Il est clair que l’inaction, la sédentarité, le « moulage » devant la télé et les problèmes psychologiques liés à des situations familiales sont certainement plus responsables de la surcharge pondérale des enfants que la pub pour des barres chocolatées… ».

Assurément, il a encore raison quand, dans une approche globale, il estime qu’il faut d’abord « éduquer le jeune consommateur, lui assurer des messages d’hygiène alimentaire puisque les parents ne le font plus. Par manque de temps. Ou par démission ». (De fait, quand je vois tous ces parents filer des ronds pour qu’au cinéma, leur progéniture se goinfre de coca cola géant et de pop-corn, je crie à l’inconscience. Certains conditionnements proposent, le temps d’un film, d’avaler l’équivalent en sucre d’une consommation mensuelle pour un être normal !!!).

Mais, à vouloir exonérer à tout prix la pub et l’industrie, Christian Blachas en fait trop.

La discussion :

Il dit : L’obésité infantile est un phénomène récent, « pourquoi les gamins qui regardaient la télé en 68 (date de l’apparition de la pub télé) auraient-ils été épargnés par l’obésité » et pas ceux d’aujourd’hui. Il rajoute : « Je fais partie d’une génération gavée de carambars et de malabars…autant de produits qui ne faisaient pas de publicité. Or, je n’ai pas le souvenir que cette époque ait engendré beaucoup d’obèses ».

Allons, Christian, ce n’est pas sérieux. Tu aurais pu dire que la cuisine traditionnelle, jusque dans les années 60, abusait de charcuteries saumurées, de pâtés en croûte, de saindoux et de beurre salé… Mais il aurait aussi fallu dire que les modes de vie étaient moins sédentaires.

Mais surtout, il ne faut pas méconnaître les lois de la génétique. Les prédispositions à l’obésité ont été façonnées par les habitudes alimentaires des générations précédentes. Et si le nombre d’enfants obèses explose aujourd’hui, c’est bien parce que la tendance est à l’excès. Comme jamais, on a autant mangé de sel et de sucre. Enfin, jamais la pub n’a autant préconisé le snacking (le grignotage) dans les stations d’autoroute, dans les salles de spectacle, sur le lieu de travail…et même à la maison.

La démonstration :

L’étude réalisée par Que Choisir (n° 441, octobre 2006) est édifiante. Non seulement, « parmi les aliments qui font l’objet de pub télé pendant les émissions consacrées aux enfants, neuf sur dix sont déséquilibrés ». Mais l’investissement publicitaire sur les marques finit par surpondérer la présence, dans nos foyers, de ces produits festifs au détriment de produits plus équilibrés.

Alors, disons-le tout net : nous sommes tous responsables, parents, éducateurs, industriels, publicitaires, distributeurs. C’est un chantier énorme qu’il nous faut ouvrir. Un chantier qui passe par l’éducation à l’école, la place de la nutrition dans la formation des médecins généralistes, une information consommateur plus lisible sur les packagings, la refondation du discours nutritionnel des marques et la discrimination positive pour les produits moins caloriques, à l’école, au restaurant, etc.

Après tout, voilà un défi sacrément intéressant pour la publicité.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 9 octobre 2006

Vins français : Pour ou contre les copeaux de bois ?

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Cette histoire peut faire grand bruit. Peut-être moins sur le fond du problème (vin naturel ou vin cuisiné ?) que sur le tournant qu’il représente : la fin d’une image un peu trop allégorique, l’industrialisation d’un produit jusqu’ici vendu sur un mode « artisanal ».

Personnellement, je crie casse-cou. Il me semble qu’à vouloir trop en faire, et tout faire, face à la crise viticole, certains producteurs finissent par scier…le bois qui, malgré tout, constitue les racines d’une viticulture proposant…sa différence, et porte encore les fruits de sa notoriété mondiale !

Problème de coût ou problème de goût ?

Bruxelles vient d’accepter que pour accélérer « l’effet de vieillissement des vins de pays », les viticulteurs puissent avoir recours à l’imprégnation de copeaux de bois dans les cuves. Pas n’importe lesquels. L’étiquetage devra justifier l’origine des espèces botaniques du chêne en décoction, en l’occurrence du quercus, arbre habituellement utilisé pour fabriquer les tonneaux.

L’objectif ? Obtenir ce goût de bois dont on nous dit qu’il imprègne les plus belles réussites, les plus beaux flacons commercialisés par nombre de producteurs du « Nouveau Monde ». Et tout cela à moindre frais. La technique est peu coûteuse, dix à vingt fois moins chère que le vieillissement en barrique pour un bon cru.

La polémique et ses protagonistes

Le syndicat des vins de pays soutient que cette mesure est primordiale pour pouvoir lutter contre la concurrence des nouvelles zones de production qui, de la Nouvelle Zélande au Chili, en passant par la route des vins sud-africaine, usent et abusent de cette technique.

Les zélateurs du copeau estiment pouvoir, par cette méthode, s’aligner en terme de prix sur la concurrence de ces vins « au goût international » qui saperaient les positions françaises à l’export.

Mais si, en apparence, le monde agricole se félicite du décret bruxellois, les premières moues, à défaut de crier au vinaigre, dénoncent, dans ces futurs moûts, un faux miracle de la transmutation : « si vous mettez des copeaux dans du vin, ce n’est plus du vin, ça devient de la tisane. Que des gens aiment ça, je n’ai rien contre, mais ça n’est pas ma tasse de thé ! », dit, non sans humour, Hubert de Montille, viticulteur à Volnay (Le Parisien, 9/10/2006). Et de fait, rien ne dit que les amateurs de vins français ne restent perplexes devant l’aveu de telles pratiques.

Plus de questions que de certitudes

Je comprends qu’en pleine période de crise (baisse des débouchés et des prix), tout un monde viticole s’accroche à ce type de mesure, et qu’alors où le coca cola côtoie aussi facilement le grand cru sur les tables, il faut savoir lever les tabous. Le monde du vin n’est pas un musée. Et, comme le dit ce viticulteur à Fronsac (Le Parisien, idem), les puristes ne cotiseront pas aux pertes d’exploitation.

Mais tout de même, n’est-on pas en train de « jeter le bébé avec l’eau du bain », et après avoir dénoncé la dictature du « goût international » trop facilement attribué au seul Robert Parker (auteur du célèbre guide et œnologue trop vite flingué par le film de Jonathan Nossiter, « Mondovino ») et revendiqué la diversité de nos terroirs, fallait-il orchestrer cette trahison par rapport à ceux qui ont justement investi dans « leur différence ».

Je me pose tout simplement les questions suivantes :

1) Jusqu’à quel point les arguments mis en avant par le lobby des copeaux sont-ils pertinents : quelle part de vins étrangers procèdent vraiment de la sorte ? Peut-on décemment attribuer le succès des vins chiliens, espagnols, italiens ou même californiens à la recherche de ce « goût boisé international ».

2) A supposer que cela soit vérifié, comment mettre en scène, dans nos rayons, la communication de ces vins dont on nous dit qu’ils sont d’abord destinés à l’export, et la faire cohabiter avec toutes les autres bouteilles dont les étiquettes continueront de se revendiquer de la typicité du terroir ?

3) Ces questions qui concernent le fond du problème, rejoignent des préoccupations plus formelles dont la mise en œuvre risque encore plus de brouiller la lisibilité de l’offre proposée aux consommateurs.

On nous dit que l’opération sera encadrée. L’étiquetage des bouteilles sera balisé. On nous dit surtout que l’opération est destinée aux producteurs de vins de pays.

Mais on nous dit aussi qu’elle pourra être étendue « expérimentalement » à des producteurs de zone AOC, de Bordeaux, de Touraine ou du Beaujolais. Comment cette cohabitation va-t-elle être gérée ? Une image chassant l’autre, qu’en pensent vraiment les viticulteurs qui ont « tiré leur vignoble vers le haut » à coups d’investissements, d’endettement et d’exigences qualitatives.

Le bon marketing, ça ne sera jamais efficace sur de la daube

Je suis plutôt fine gueule, mais pas naïf. La bonne cuisine est souvent faite de quelque alchimie mélangeant bien des ingrédients pour obtenir les goûts, les couleurs, les saveurs que parfois des artifices viennent rehausser. Parmi ceux-ci…des possibilités de chaptalisation modérée, d’assemblage de cépages dans des proportions infinitésimales…

Je comprends qu’on ne puisse pas produire des vins uniquement pour les élites. Mais je ne peux m’empêcher d’adhérer aux propos de Montille : « Depuis plus de 150 ans, on plante des vignes sur des terres qui n’étaient pas faites pour ça. Alors on aura beau ajouter des copeaux…ça ne fera jamais un bon vin ». Vrai problème de concurrence avec les vins étrangers, solution risquée que de les singer.

Comme je l’ai déjà développé ici (Cf. ma note du 31/07/06), les problèmes de notre viticulture sont réels, mais il n’y a pas de fatalité de la crise. Les actions correctrices sont connues : réduction des zones de production et arrachage (en cours) des vignes trop productives et peu qualitatives. Rénovation du « marketing de l’étiquette » en respectant la diversité de l’offre, mais en se focalisant sur la fourniture d’une information consommateur plus adaptée à des demandes d’usage, à des demandes de goût. Avec indication du cépage et ses caractéristiques.

Le risque, dans l’affaire des copeaux, c’est qu’on ne retienne que « l’écume » des choses. Que cet ersatz de politique, souhaité par les uns, sabote les efforts des autres et jette le trouble sur l’ensemble de la production.

Qu’en pensent les amateurs ?

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 13 juin 2006

U.E.-biologique : un label pour les produits bio européens, mais pas au rabais !

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Querelle idéologique, corporatiste, ou débat d’utilité publique ? La question de la création d’un label européen pour les produits bio agite la mouvance écologiste, mais aussi les entreprises agroalimentaires et les syndicats agricoles français. C’est en principe, en fin d’année, que la décision sera prise. En fait, elle est pratiquement entérinée. La seule question officiellement en suspens : le label sera-t-il obligatoire ou non ?

Mais sous le boisseau, couve une vraie problématique, celle de l’industrialisation de ce mode de production, historiquement associé au modèle de la petite entreprise (du moins dans l’hexagone) alors que le bio devient, fort de son succès (et de ses marges !), un enjeu pour les grandes entreprises agroalimentaires.

L’enjeu : l’industrialisation du marché bio

Depuis une réglementation qui date (déjà) de 1991, l’U.E. a laissé les professionnels organiser le marché autour de chartes nationales plus ou moins contraignantes. En France, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) a toujours préconisé une politique de rigueur et n’a jamais hésité à faire le ménage en son sein. Avec les fédérations espagnoles et italiennes, nos agriculteurs bio font pression pour que la Commission défende une position dure : cahier des charges restrictif, label obligatoire.

L’enjeu est d’importance.

En Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques, le secteur s’est fortement adapté à l’accroissement du marché et à son industrialisation. Dans ces pays, à l’instar de ce qui se passe sur le marché du commerce équitable, la grande distribution joue un rôle moteur (Cf. ma note sur les Coop Suisse). Les marques d’enseigne (MDD) sont perçues comme co-garantes de la qualité bio. Dans la production ou la distribution, bio et marketing font bon ménage.

En France, le bio a longtemps été l’apanage d’un secteur artisanal très atomisé. Le label était même devenu la marque d’une ruralité revendiquée par des producteurs qui en ont fait une arme face aux excès du productivisme agroalimentaire.

Mais désormais, les grands de l’agroalimentaire y investissent (produits laitiers, volaille, confiture, biscuiterie). Danone, Nestlé veulent devenir leaders. Un même schéma d’évolution, donc, que dans l’Europe du Nord.

Et si le marché hexagonal stagne conjoncturellement, du fait de sa cherté, les perspectives d’échanges intracommunautaires vont de plus en plus faire la part belle aux produits de nos voisins.

Le risque d’un label au rabais

Pour ma part, je ne suis pas opposé à ce qu’on rende obligatoire un même label dans l’U.E.. Les consommateurs n’en exprimaient pas encore vraiment le besoin. Les labels actuels que l’on trouve sur le marché français, sont tout à fait pertinents tant du point de vue de leurs engagements que de leur lisibilité. Mais si l’on met en perspective le doublement ou le triplement du marché, autant devancer les problèmes et harmoniser les sigles.

Mais je suis entièrement d’accord avec les exigences émises par certaines fédérations françaises (dont Inter Bio Bretagne) qui craignent un texte qui ne retiendrait du cahier des charges bio européen que les plus petits éléments communs dénominateurs.

Faut-il, comme elles le souhaitent, exiger de descendre encore le seuil fixant la présence des OGM à 0,9 % de la composition d’un produit ? Pourquoi pas. (De toute façon, cette disposition n’aura d’efficacité que si on arrive à contenir et à marginaliser les cultures OGM. A défaut, je ne vois pas comment on pourra empêcher les pollinisations croisées. Et que restera-t-il des possibilités de produire bio dans ce cas-là ?).

Mais en tout état de cause, il serait stupide que la Commission Européenne retienne, contre l’avis de la FNAB et d’Inter Bio, un texte qui autoriserait l’usage de pesticides chimiques et l’assemblage (dans les plats préparés, par exemple) de produits non issus de l’agriculture biologique.

On peut être fana du bio ou pas. On peut, ou non, revendiquer, label bio au poing, une démarche plus politique. Mais même si l’on s’en tient à la simple rationalité économique, l’intérêt de rendre obligatoire un label bio, c’est d’en assurer la capacité différenciante par rapport à un marché normalisé. Les consommateurs, pas plus d’ailleurs que les acteurs économiques, n’auraient intérêt à ce que l’on brade le label bio.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 12 avril 2006

Steaks contaminés à E. Coli : où en est l’affaire ?

Tout le monde, dans mon enseigne, s’était interdit de communiquer sur le fond de cette affaire, par respect pour les malades, par décence, et tant que l’enquête ouverte par le Parquet n’est pas conclue. Pour ne pas influencer les victimes, nous n’avons pas cherché à rentrer directement en relation avec elles. Et les administrations ne nous tiennent pas particulièrement informés des données les plus récentes. Aussi, celles que je livre sur mon blog proviennent uniquement de mes services internes.

Etat des lieux :

(voir la note précédente sur le sujet : "Intoxication e. coli : état des lieux")

1)  Des vies sont-elles encore en danger ?

Non. Mais deux ou trois enfants (dont le petit Diego) avaient été sérieusement atteints. Malheureusement, les médecins confirment qu’ils pourraient garder des séquelles.

2)  Tous les clients ont-ils été avertis ?

On a tout fait pour cela. Tous les porteurs de carte de fidélité ont pu être contactés. Idem pour ceux qui ont payé par CB. Ils l’ont été par l’intermédiaire de nos cellules de crise, par les magasins directement, ou par les banques qui nous ont aidés (pour les porteurs de CB, il s’agit de clients communs !). Les autres, ceux qui ont payé en liquide (7 à 8 %), n’ont pu échapper aux informations longtemps et clairement diffusées en magasin, dans la presse régionale et par les médias qui ont tous largement couvert cet évènement.

3)  Combien de personnes ont été réellement contaminées ? La TV a parlé d’une trentaine de personnes, le journal Sud-Ouest de 69 victimes… ?

Nos estimations font état d’un nombre plus élevé. L’explication tient au fait que l’Institut de Veille Sanitaire ne retient que les malades déclarés à l’hôpital ou qui sont passés par un service médical.

a)  Pour notre part, nous avons invité les victimes à contacter, via les magasins qu’ils fréquentent, un cabinet spécialisé dans le traitement des situations de crise, " Equad ", basé à Toulouse. Il dispose d’experts locaux (implantés dans le Sud-Ouest) capables de régler les aspects financiers, techniques, mais surtout humains de ce type de sinistre (ils ont travaillé sur le drame d’AZF).

b)  380 dossiers ont été ouverts pour des familles qui d’elles-mêmes ont établi un lien entre des symptômes ressentis et la consommation de steaks.

c)  Après analyse, il s’avère déjà que 118 de ces dossiers ne concernent pas cette contamination. Il s’agit de personnes qui sont venues de bonne foi chercher une explication à des troubles dont ils ne connaissaient pas l’origine. Quelques dossiers un peu tordus aussi ! D’autant que des victimes vont jusqu’à réclamer des dédommagements pour un chat, deux chiens, et même un poisson exotique !!! (je ne plaisante pas !) qui aurait consommé du steak.

Vu qu’il est prioritaire de rechercher tous les malades, nous devons recueillir toutes les informations. Mais vous comprenez aussi qu’il nous faut tout passer au crible et tenir compte de la mauvaise foi, de l’erreur, et même des pièges qui peuvent nous être tendus. Certains ne s’en sont pas privés !

d)  Le cabinet " Equad " classe l’importance des dossiers selon une règle de pretium doloris en vigueur dans les sociétés d’assurance. Sur une " échelle de gravité " qui va de 1 à 7, Equad retient tous les dossiers dès le niveau 1 (déclaration d’un symptôme).

e)  40 dossiers sont unanimement jugés " graves " : une dizaine ont fait l’objet d’avances de trésorerie pour couvrir les frais d’hospitalisation engagés par les parents.

f)  Un tiers des cas fait l’objet d’expertises médiales complémentaires.

4)  Y-a-t-il des plaintes ?

Oui. Deux magasins ont été assignés au civil.

Au pénal, il y aurait un dépôt de plainte (contre X) et un autre directement contre SOVIBA, le fournisseur à l’origine de la contamination.

En fait, il est trop tôt pour avoir une idée du nombre exact de plaignants.

a)  Les victimes sont tentées d’attendre le résultat de l’enquête de gendarmerie pour savoir s’ils déposeront plainte au pénal.
b)  La plupart préfèrent d’abord essayer de régler leur problème de dédommagement civil, ce qui serait retardé s’il y avait plainte au pénal.

5)  L’enquête, comme semble le dire le Nouvel Observateur, a-t-elle fait apparaître l’existence d’une précédente contamination ?

Les enquêteurs ne communiquent pas. Et c’est normal. En fait, c’est un journaliste de " Linéaires " (mensuel spécialisé de la distribution) qui a évoqué cette possibilité. Un premier cas de contamination aurait été détecté par l’entreprise McKey, conditionneur travaillant pour McDo. Sa matière première provient de SOVIBA (qui, rappelons-le, n’est pas une petite PME, mais l’un des plus gros fournisseurs de la distribution et des chaînes de restauration). Les steaks auraient été détruits et l’entreprise McKey dédommagée.

6)  Les magasins E. Leclerc en avaient-ils été avertis ?

Evidemment, non ! Sinon nous n’en serions pas là ! C’est d’ailleurs ce que j’ai expliqué à J.J. Chiquelin (Le Nouvel Observateur) qui enquêtait récemment sur cette affaire.

L’information de " Linéaires " a été publiée trois mois après la livraison de steaks, plus d’un mois et demi après le démarrage de l’intoxication, et alors que nous avions rompu les relations commerciales avec SOVIBA. Nous n’avons jamais pu obtenir ni de SOVIBA, ni de McKey, ni de l’administration, confirmation de cette contamination précédente.

7)  " Le choix de la transparence, dès la première affaire, aurait-il pu éviter la seconde ", comme le suggère La Dépêche du Midi (24/03/06)

Assurément. Ces premiers faits, s’ils sont avérés, font porter à SOVIBA (et à McKey) une sacrée responsabilité. Pourquoi n’ont-ils pas communiqué ? Pourquoi les laboratoires où se sont déroulées les précédentes analyses n’ont-ils pas communiqu

é ? L’administration vétérinaire était-elle informée ? Et pourquoi, alors que l’Institut de Veille Sanitaire décelait E. Coli dans le Sud-Ouest, personne n’a été capable d’évoquer ce précédent, ce qui aurait évidemment permis de resserrer plus rapidement les investigations ?

Pour ma part, j’insiste : si l’enquête fait apparaître qu’une information préalable était possible et qu’on aurait pu éviter ce drame, je n’hésiterai pas à demander aux sociétés de mon groupe concernées par cette affaire de poursuivre les fauteurs en justice.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 27 février 2006

Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.

Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).

1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire

a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.

b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, …etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.

c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, …etc.) dans l’exercice professionnel.

2) L’affaire se double d’un risque commercial important :

- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.

- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.

- Nombre de personnes employées : 65 000.

- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.

Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :

- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.

- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.

3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :

L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.

a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !

Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.

b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.

Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».

Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.

S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.

Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.

De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».

Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.

Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !

4) L’argument de la vaccination

Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.

Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?

5) Priorité à la communication de terrain

Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.

Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :

a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.

b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !

Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, …etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.

c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.

d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.

Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.

e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…

Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 19 janvier 2006

Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

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Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…

L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.

J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.

J’ai particulièrement retenu de cette étude :

a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».

b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).

c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).

Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».

Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).

Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 17 janvier 2006

Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles

J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…

Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).

Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :

1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.

Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).

2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.

3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.

a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.

b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».

c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).

4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.

Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

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5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :

a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

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b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.

c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).

Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :

1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.

2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).

3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).

Bon, voilà encore un bon plan de travail…

Michel-Edouard Leclerc