Archive pour la catégorie ‘Pouvoir d'achat’

Jeudi 26 novembre 2009

Pharmaciens et docteurs en pharmacie : le vrai, le faux

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Je continue de commenter quelques verbatim relevés dans la presse ou sur ce blog.

« Les docteurs en pharmacie de EL  n’ont pas le même statut que les pharmaciens »

  • Vrai : Contrairement à d’autres pays européens, dans notre pays, on est « pharmacien » en titre que si l’on est propriétaire d’un fonds de commerce. On peut être pharmacien salarié dans l’industrie, pas dans le commerce. Mais la différence de statut n’est pas une différence de qualité de diplôme.

« La compétence des docteurs en pharmacie sous enseigne EL est moindre que celle d’un pharmacien »

  • Faux, ils ont fait les mêmes études et ont le même niveau de compétences.

« Les docteurs en pharmacie de EL ne sont pas inscrits au Conseil de l’Ordre »

  • Vrai. C’est une qualité qui leur est refusée puisqu’il n’y a pas, au Conseil de l’Ordre, de section « pharmaciens salariés du commerce ». Mais ce n’est pas de leur fait, ni le signe d’un refus de leur part.

« Les docteurs en pharmacie de E. Leclerc ne seraient pas soumis à la même déontologie »

  • Faux : Nos docteurs en pharmacie s’engagent à respecter toutes les dispositions qui sont exigées par le ministère de la santé et les laboratoires. (Conditions de commercialisation, disposition des produits, information, conseils, contrôles, etc.). S’il s’agit de renforcer le contenu d’un tel cahier des charges, pas de problème pour le respecter.

« Salariés, ils seront soumis au diktat du capital (sic) »

  • Vrai, mais alors comme pour tout pharmacien d’officine. A qui veut-on faire croire qu’une pharmacie libérale est un service public dont la gestion est exempte de critères de rentabilité ? Si c’était vrai, il n’y aurait pas de tels écarts de prix ou de marges en officine.
  • C’est vraiment un mauvais débat. Ou alors il faudrait supposer que la déontologie ne pourrait être garantie que par des patrons propriétaires, à l’exclusion de tout salarié, fût-il docteur en pharmacie de l’industrie ou du commerce. Voilà une affirmation qui plairait à Besancenot !
Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 25 novembre 2009

Médicaments non remboursés : le vrai, le faux

 Je commente quelques verbatim relevés dans la presse ainsi que des notes publiées ici (JAKEDOUARD-23/11, ROMANIN, 21 et 24/11, Vulcaintrauma, 24/11, brice41, 21/11).

« E. Leclerc n’a pas le droit de vendre des médicaments »

  • Vrai : c’est en France un monopole réservé aux pharmaciens.

« EL veut vendre des médicaments en grande surface »

  • Faux : pas question de les vendre en hypermarché. « Ce ne sont pas des petits pois », dont acte. Aussi le projet consiste à les commercialiser dans un espace dédié à la santé (des parapharmacies), sous le contrôle et avec les conseils d’un docteur en pharmacie.

« Il n’y a pas de problème de prix sur le médicament »

  • Vrai, s’il s’agit de médicaments remboursés.
  • Faux, s’agissant des médicaments déremboursés. Leur mise en marché n’est soumise à aucun système de régulation. Plus sages cette année, leurs prix ont flambé lors des premières vagues de déremboursement par l’Etat (Etude de la Mutualité Française, 2006).

« Les Français ne sont pas sensibles au prix des médicaments »

  • Vrai jusqu’ici, car il y avait peu de médicaments déremboursés.
  • Mais faux : depuis 2 ans, les mutuelles et les organisations de consommateurs les sensibilisent (Que Choisir, septembre 2009). Dans la dernière enquête IPSOS, 36 % des Français ont refusé d’acheter des médicaments qu’ils trouvaient trop chers.

« Finalement, il y a peu de médicaments concernés »

  • Faux, tous les médicaments ne sont évidemment pas concernés. Mais le marché des médicaments « à prescription médicale facultative et non remboursés » va frôler les 2 milliards de chiffre d’affaires. Ce n’est pas rien.

« Les prix sont compétitifs en pharmacie »

  • Vrai localement, s’agissant de certains groupements ou même d’officines qui, à Paris, à Strasbourg, à Toulouse, sont très performants en prix.
  • Mais globalement faux : une étude du BIPE (octobre 2009), portant sur 313 médicaments PMF-NR, révèle que pour un même médicament, l’écart de prix entre deux pharmacies est au minimum de 70 %. Les écarts de prix observés sont en moyenne de 100 % et peuvent aller jusqu’à 200 %.

« E. Leclerc ne pourrait pas vendre moins cher ces médicaments OTC »

  • Faux : rien qu’en s’alignant sur les prix les plus bas dans les officines, nos parapharmacies seraient mathématiquement 50 % moins chères que la moyenne des prix relevés en France.

A suivre…demain.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 22 septembre 2009

La grève du lait, un succès ?

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 Il y a quinze jours, personne n’aurait misé un kopeck sur l’initiative de l’APLI, l’Association des Producteurs de Lait Indépendants. Moi-même, j’étais perplexe. La toute puissante FNSEA n’allait pas se laisser doubler, et d’ailleurs, elle tente aujourd’hui de reprendre la main en élargissant le conflit au secteur des fruits et légumes.

Mais Bruno Le Maire, le nouveau Ministre de l’Agriculture, a donné suite. Il a été politiquement malin. Il a su mettre à profit tout son réseau bruxellois (la plupart des membres de son Cabinet viennent des « affaires européennes »). Grâce à son activisme, la « majorité qualifiée » sera bientôt atteinte pour qu’un Conseil exceptionnel des Ministres agricoles puisse se saisir des nouvelles demandes de régulation du marché.

Evidemment, tous les spécialistes avaient convenu qu’une grève du lait n’aurait aucun impact économique vu l’abondance de produits sur le marché. Et il est vrai aussi que l’opinion publique a fait la moue en voyant ces milliers de litres de lait ainsi gaspillés.

Mais la symbolique a été la plus forte. Et les premiers à l’avoir compris furent les médias. Jamais l’AFP n’a diffusé autant de dépêches relayant les analyses et propositions des producteurs de lait indépendants, désormais appuyés par la Coordination Rurale, la Confédération Paysanne, et même des sections départementales de la FNSEA.

Le syndicalisme officiel ne pouvait, à terme, tenir une posture contradictoire. Interpeller les pouvoirs publics au motif que la crise est structurelle et mondiale. Et en même temps, désigner les industriels et les distributeurs français comme boucs émissaires.

L’initiative de l’APLI force le respect. Pacifiques, refusant de surenchérir dans d’éternelles querelles corporatistes, les agriculteurs indépendants ont mouillé la chemise, sans casse chez les autres, en prenant eux-mêmes le risque de mettre en péril leur exploitation.

Alors que le mouvement s’essouffle un peu sur le terrain (ça coûte cher !), les groupements de producteurs nous interpellent. Message reçu. Les Centres E. Leclerc soutiennent auprès des pouvoirs publics français et européens, la mise en place de nouveaux outils de régulation. Nous allons favoriser la mise en place rapide des nouveaux labels « Le lait d’ici » et « Produit en France », « Produit en Bretagne » que veulent promouvoir ces organisations.

Mais c’est l’occasion pour moi aussi de rappeler que notre mouvement n’est absolument pas opposé à l’adoption de mesures d’urgence prévues par la loi. Avant qu’une réforme approfondie et durable du marché ne produise ses effets, l’arsenal des moyens d’intervention (prix minimum, prix garanti, etc.) permettrait de temporiser. On dira qu’au regard du droit de la concurrence, tout cela n’est pas très catholique. Peut-être. Mais il y a des agriculteurs qui ont eu la foi.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 13 août 2009

Produits frais : ils baissent aussi.

L’Insee vient de publier une livraison de statistiques concernant l’évolution des prix depuis un an.

L’indice des prix des produits frais de juillet aurait ainsi baissé de 13,5%.

Je comprends que cela représente une vraie perte de chiffre d’affaires en valeur pour les producteurs, notamment des fruits et légumes. Mais pour les consommateurs, c’est une bonne nouvelle.

Tant pis pour tous ceux qui continuent à polémiquer contre ces « distributeurs » qui ne répercuteraient pas la baisse des cours.

C’est vrai que sur certaines catégories de produits, il y a encore de la spéculation. Mais, ces 13,5 % de baisse, c’est bien dans les étals des hypers qu’ils ont principalement été constatés.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 7 août 2009

Crise du lait : les distributeurs dédouanés

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Un mois après le « coup de colère » de la FNSEA contre les marges excessives de la grande distribution, l’enquête de l’Observatoire des Prix et des Marges vient d’être publiée. Elle avait été brandie par Michel Barnier comme une menace à l’égard des distributeurs. Ses résultats sont clairs et nets : les distributeurs sont blanchis.

-         « L’Observatoire ne démontre aucun scandale » : Hervé Novelli, Ministre de la Consommation (Le Figaro, 29/07).

-         Les éleveurs ont bien vu leur marge baisser début 2009, mais 2008 fut exceptionnelle. L’industrie laitière, elle, a continué d’accroître ses marges brutes, ces dernières années, sur la plupart des produits, y compris pendant la crise. Mais ce sont les marges des distributeurs qui se sont le plus rétractées.

Le cas du lait demi-écrémé UHT est exemplaire. La marge des industriels est passée de 34,1 % en 2005 à 52,1 au second trimestre 2009. Mais celle des éleveurs est tombée de 32,1 à 25,9 % et celle des distributeurs de 28,5 à 17,1 %. En terme d’évolution, cela signifie que la marge des industriels a augmenté de 18 %, celle des éleveurs a baissé de 6,2 % tandis que celle des distributeurs a diminué de 11,4 %.

On peut consulter le rapport complet sur le site :

www.dgccrf.bercy.gouv.fr/concurrence/prix/observatoire_prix.htm

« Les résultats de l’Observatoire prouvent que l’origine de la crise est bien le marché international » : Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture.

On se félicite donc du revirement des pouvoirs publics et des propos courageux et fermes des deux ministres, Hervé Novelli et Bruno Le Maire. Et on ne finira pas de s’interroger sur l’intérêt politique de ce gâchis qui a causé, en une semaine, 1 million d’euros de dégâts (source FCD) et tant de traumatismes chez les salariés de la distribution. Tout ça parce qu’un chef syndicaliste en difficulté pour tenir ses troupes a eu le culot de désigner la distribution comme bouc émissaire.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 13 février 2009

Le prix des pâtes et du riz en janvier

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Panique dans les états-majors de la distribution, mercredi et jeudi derniers. Alors que toutes les enseignes s’évertuent à annoncer des baisses de prix, voilà qu’une dépêche, commentant une étude Nielsen, déclare que pâtes et riz ont augmenté de 10 à 11 % en janvier. Des hausses d’autant plus incompréhensibles qu’on observe une baisse des matières premières agricoles depuis juin 2008.

Comme tous mes collègues, j’ai été interrogé par les journalistes et sommé de nous expliquer sur ces hausses. Eh bien, j’ai beau être crédité d’une bonne capacité de communication, j’en suis resté coi.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les relevés de prix effectués par mes services disaient exactement le contraire.

Jugez-en vous-mêmes : sur la période qui va de novembre 2008 à janvier 2009, l’évolution des prix est la suivante :

- Prix de la farine « grandes marques » : – 15 %

- Prix de la farine MDD : – 14,9 %

- Prix des pâtes MDD : – 6,2 %

- Prix des pâtes « grandes marques » : – 6 %

Certes, le prix du riz a continué d’augmenter ces trois derniers mois (+ 4,7 %), mais les accords conclus avec les industriels font qu’il baissera de 11 % début mars.

Comment alors expliquer cette contradiction entre les données statistiques issues des magasins et les études attribuées à Nielsen ?

Réponse : ceux qui ont rédigé les dépêches ont mal lu l’étude Nielsen.

1) L’étude Nielsen ne portait pas sur les prix de janvier, mais sur l’inflation annuelle observée de janvier 2008 à janvier 2009. Nielsen n’a jamais dit que le riz et les pâtes avaient augmenté de 10 % en janvier.

2) Au contraire, s’exprimant dans LSA, Georges Ferronnière, Directeur Marketing de Nielsen, constate des baisses de prix en janvier : « Janvier 2009 confirme…le retournement amorcé fin 2008. L’inflation a ainsi perdu 2 points en deux mois sur l’exhaustif… ».

3) Et il enfonce le clou : «l’inflation à un an des pâtes n’est plus que de 11 %, alors qu’elle était encore de 16 % sur le mois précédent, et avait frôlé les 50 % sur les produits d’entrée de gamme au troisième trimestre 2008».

Bref, tout ça pour dire que la communication sur les prix n’est déjà pas facile. Elle est déjà suspecte quand elle émane du commerçant, alors, vous pensez bien, quand l’information est fausse, quand l’interprétation n’est pas bonne, ça devient mission impossible.

Malgré tout, je confirme et signe. La désinflation est engagée…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 10 février 2009

Carburants : pas facile de suivre l’évolution des prix !

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Partout sur le Net, les consommateurs disent leur incompréhension : fin 2008, E. Leclerc, suivie des autres enseignes de distribution, annonçait que le prix à la pompe du supercarburant sans plomb 95 passait sous la barre de 1 euro. Or, aujourd’hui, malgré des variations du cours du brut plutôt sages, les derniers relevés sur le site «www.prix-carburants.gouv.fr » donnent un prix moyen TTC de 1,12 €.

La surprise des consommateurs est complètement justifiée. Explication ? Contrairement à une opinion trop répandue, les variations du prix de l’essence ne dépendent pas du seul cours du brut. En fait, il faut tenir compte :

- du cours du brut,

- des variations du dollar,

- de la disponibilité et des cours du produit raffiné.

Ces dernières semaines, il s’est produit un mouvement assez inhabituel de correction du prix, exprimé en dollar par tonne, du supercarburant SP 95. Entre le 23 décembre 2008 et le 5 février 2009, ce produit est passé de 296,25 dollars la tonne à 432,50 dollars la tonne, soit une augmentation de…46 %, alors que le cours du brut de référence « Brent » ne progressait que de 15,1 % et le gazole moteur, sur la même période, baissait, lui, de…0,6 % !

Mais à ces facteurs explicatifs, il faut en rajouter un autre : le poids des taxes.

Dans la configuration actuelle du marché, le prix du carburant, en sortie de raffinerie, ne pèse que pour environ 22 % de la variation de prix. Tout le reste, ce sont des taxes. C’est ce qui explique que la hausse de 46 % du produit lui-même ne se traduit que par une hausse de 9,9 % au stade du consommateur (et de même, quand le brut descend, le prix de l’essence ne baisse pas dans la même proportion…).

Des corrections de marché de cette ampleur sont très rares. Elles entraînent beaucoup de suspicion sur le marché et sur les marges des pompistes qui n’ont pratiquement pas varié depuis 4 ans.

Des internautes ont suggéré qu’on s’en explique sur des panneaux d’information dans les stations-service. L’idée est sympa, mais vous conviendrez que de telles explications ne sont vraiment pas faciles à communiquer aux clients !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 15 janvier 2009

E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

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E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.

Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.

Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.

Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !

La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :

- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.

- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !

La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!

L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.

Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » – cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »

Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 décembre 2008

Supercarburant sous la barre de 1 € !

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Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.

Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.

Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).

La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 9 décembre 2008

Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

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Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.

Qui fixe les prix ?

Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!

Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.

E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).

La maîtrise des volumes :

Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.

Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :

En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.

De quelles marges parle-t-on ?

Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :

1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…

2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.

Prix de vente et marge du distributeur :

70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.

Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

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J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.

Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?

Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.

Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :

- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.

- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.

- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.

- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.

Conclusion provisoire

Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc