Archive pour la catégorie ‘Energies’

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

gfk4

Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 8 septembre 2009

Taxe carbone : arrêtez la cacophonie !

BLOG CO2

Ils s’y sont tous mis, médias et politiques, chacun prenant position, les uns sur le montant de la taxe (prix de la tonne de CO²), les autres sur son affectation.

Personne n’a encore dit précisément qui effectuera ces calculs, et encore moins comment s’appliquera la taxe (quels produits, en plus des carburants, quels services ?). La majorité évoque un impôt « neutre » dont le produit serait aussitôt réaffecté !!! Ici, on dit qu’il compenserait la suppression de la taxe professionnelle, ailleurs, on va jusqu’à recommander d’affecter le produit de la taxe au financement de l’assurance maladie en arguant du « lien entre dégradation de l’environnement et santé » (Madame Marie-Anne Montchamp, députée UMP).

Bref, un vrai sac à malice, d’autant qu’il n’aura échappé à personne que la contribution climat/énergie est devenue une arme politique redoutable, capable de faire exploser l’alliance du PS et des Verts.

Après cela, allez donc vous étonner des réticences populaires face à ce nouvel impôt.

Je suis persuadé que le rebond économique passe par un investissement massif dans les technologies alternatives économes en énergie et protectrices de l’environnement. Et de ce point de vue, l’intérêt d’un emprunt comme celui d’un réaménagement de notre fiscalité me paraissent complètement évidents.

Mais pourquoi mettre la charrue avant les bœufs ? Si l’on veut éviter tout blocage, l’urgence n’est-elle pas d’abord de définir et de rendre plus lisible cette nouvelle politique industrielle, énergétique, alimentaire, qu’on prétend ainsi financer ?

Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 décembre 2008

Agrocarburants : toujours d’actualité !

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Une publicité, ce matin, me fait réagir. Elle est signée de Abengoa Bioenergy. Je trouve que c’est une contribution positive au débat (devenu impossible parce qu’irrationnel) sur l’avenir des agrocarburants et de ce qu’on appelle désormais « la chimie verte ».

- D’abord, les entreprises ont raison d’alimenter désormais directement le débat public, à l’instar de ceux qu’ont initiés les campagnes publicitaires des Centres E. leclerc.

- Ensuite, les statistiques qui nous sont proposées constituent les preuves incontestables (et vérifiables) qu’on nous a fait gober des balivernes ces deux dernières années.

Qu’on se rappelle ! Tout juste deux ans après (2006) que les pouvoirs publics français et européens aient lancé un premier plan d’envergure pour développer les agrocarburants, la flambée des prix alimentaires de 2008 leur était déjà imputée. Presque tout le monde s’y est mis, pétroliers et chimistes classiques, constructeurs automobiles, politiques et ONG…

Même les agriculteurs (céréaliers surtout) ont été pris par le doute quand leurs propres représentants syndicaux se sont mis à justifier les hausses par l’accroissement durable de la demande et le risque de pénurie alimentaire.

Sans qu’aucun argument ne soit venu étayer cette thèse, les agrocarburants sont devenus les fauteurs de l’inflation des prix agricoles. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui, comme nous, dénonçaient des comportements spéculatifs sur le marché des matières premières.

Là ! La bulle financière a explosé, entraînant la chute des matières premières agricoles (sauf le riz). Et comme le démontre la publicité de Abengoa Bioenergy, l’exploitation des agrocarburants a pourtant continué de croître.

Je sais bien que nous avons affaire à une bataille de lobbies. Les plaidoyers des uns et des autres doivent être passés au crible du bon sens critique.

Mais puisque j’ai engagé les Centres E. Leclerc sur la voie des agrocarburants, je trouve aujourd’hui, dans l’analyse objective de la crise, des arguments pour continuer. En tout cas, il me semble que le débat peut et doit reprendre, à la lumière de ces considérations.

Une politique alternative de production d’énergie n’est pas une mince affaire à élaborer. L’installation de centrales éoliennes, photovoltaïques, tout comme l’énergie d’origine agricole, ne constitueront probablement que des productions d’appoint pour couvrir nos besoins futurs. Mais même à ce niveau d’investissement, il est important qu’on sorte des attitudes obscurantistes pour justifier des investissements qui coûteront de toute façon très cher et qui nécessitent qu’on leur accorde le bénéfice de la durée.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 16 avril 2008

Affichage C02 des produits alimentaires à Templeuve et Wattrelos

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C’est parti. Lors du Grenelle de l’environnement, nos adhérents s’étaient engagés. J’ai parlé ici, à plusieurs reprises, d’initiatives au sein de l’enseigne : la suppression des sacs de caisse, les agro-carburants (désormais contestés), les couvertures solaires sur les magasins, etc. Depuis le début du mois d’avril, les adhérents E. Leclerc de Wattrelos et Templeuve (famille Pocher) ont décidé de faire figurer sur les étiquettes de milliers de produits alimentaires les quantités d’émission de gaz à effet de serre, converties en équivalent carbone. L’opération a été possible grâce à l’investissement personnel (j’oserais dire militant) de Thomas Pocher et de ses équipes. Ils se sont entourés des conseils et des prestations de l’ADEME. Ils ont su, malgré les difficultés, mobiliser le savoir-faire informatique d’INFOMIL, société organiquement rattachée à l’enseigne, pour proposer un affichage sur les étiquettes produits, mais surtout, véritable innovation, une information sur le ticket de caisse. En effet, celui-ci permet de calculer le total du poids carbone des achats, en cumulant tous les produits alimentaires achetés par le client.

Le Conseil Régional a apporté son soutien au projet dont les données (calcul du CO2 émis) ont pu être scientifiquement établies grâce aux prestations de GREENEXT.

Parallèlement à ce balisage en rayons, Thomas Pocher a mis en ligne le site www.jeconomisemaplanete.fr qui détaille les méthodes de calcul et permet au consommateur de s’initier aux concepts et aux problématiques liées à l’empreinte carbone.

Je laisse parler Thomas Pocher :

L’origine du projet :

« Avec mon équipe, j’avais été sensibilisé au traitement des déchets ménagers. Ca m’a permis de comprendre à la fois l’intérêt, mais aussi la complexité des sujets dont on parle facilement sans imaginer à quel point les mises en œuvre peuvent être lourdes et difficiles. J’ai regroupé plusieurs partenaires compétents, dont GREENEXT. Et à partir d’informations génériques, chaque catégorie d’aliments a été affectée d’un poids « CO2 ». Ce ne sont pas moins de 20 000 produits, toutes marques confondues, qui porteront l’indication de leur équivalent en carbone.

Quelle information ?

Le calcul inclut, dans un premier temps, l’impact de fabrication, de l’emballage, et celui des manipulations et stockage dans le magasin. A terme, le calcul portera sur la totalité du cycle de vie du produit : de l’extraction des matières premières à sa transformation incluse.

Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité. Nous restons pour le moment sur des informations qui sont des « moyennes ». Mais tout cela est fortement pédagogique. J’ai moi-même découvert, par exemple, que les yaourts, de la vache à la petite cuillère, pèsent presque l’équivalent de leur poids en CO2 (environ 0,4 kg équivalent point CO2 vs 4 fois 125 g de produit).

La réaction des consommateurs ?

Le public a d’abord été interloqué, mais nous avons beaucoup communiqué. Il a fallu clarifier l’information. Nous avons profité de ce projet pour revoir tout le balisage en rayons et le rendre plus lisible. Et comme pléthore d’informations nuit à la qualité de celles-ci, nous avons décidé de supprimer l’information du prix « en franc » pour laisser sa place à cette information environnementale.

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Quels développements prévoir ?

Casino (dont on attend l’initiative) dit vouloir procéder à une démarche plus fine, applicable à chaque produit et à chaque marque, dans chaque zone de chalandise. Pour notre part, nous nous sommes rendus compte que cet objectif générait des contraintes quasi insurmontables, du moins à notre niveau. Je ne parle pas que des aspects financiers : un bilan CO2 inscrit sur le produit lui-même ? Mais voyez-vous, une bouteille d’eau qui part du Massif Central n’a pas le même impact sur l’environnement selon qu’elle est vendue à Wattrelos, à Dreux, à Blagnac, et encore plus à Brest. Le coût environnemental n’est évidemment pas le même selon les distances de transport. Ce genre de calcul qui nécessite une réelle expertise, n’est pas à la portée d’une PME locale. Faire faire les calculs par une société experte au niveau national ? Cela supposerait que les modes d’approvisionnement ne changent pas,…etc.

On peut le faire sur quelques produits. Nous étudions cette voie. Mais c’est quasiment impossible d’étiqueter 25 000 références d’autant qu’il nous faudrait assumer les risques d’erreur ou d’approximation que nous ne maîtrisons évidemment pas.

Mais déjà, l’étiquetage générique permet au consommateur d’orienter ses choix, d’éviter les suremballages, de privilégier une offre de proximité par rapport à une offre importée. Ce n’est pas le seul critère bien sûr. Il reste le prix, la qualité, la praticité, etc. Mais la donnée CO2 est désormais composante intégrale de l’offre.

Trois pistes sont actuellement explorées. La première consiste à élargir progressivement le spectre des produits concernés. Nous nous intéressons actuellement à des produits non alimentaires comme les produits d’entretien dont on connaît les capacités polluantes.

Nous allons aussi créer un club affinitaire de consommateurs avec lesquels nous discuterons de l’évolution de l’opération.

Enfin, cette opération a techniquement été construite pour pouvoir être dupliquée dans les autres points de vente de l’enseigne. D’autres collègues s’apprêtent à faire la même expérience dans leur zone de chalandise. »

Si cette expérience vous intéresse, je propose que vous interpelliez directement, ici, sur ce blog, les équipes de Thomas Pocher qui n’hésiteront pas à solliciter leurs correspondants à l’ADEME ou à GREENEXT pour plus de détails.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 17 septembre 2007

Biocarburants : stop ou encore ?

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Qui dit vrai sur l’intérêt écologique des biocarburants ? Comment expliquer un tel revirement : hier, tout le monde était pour, maintenant tout le monde « il est sceptique ». Que disent vraiment les experts et quel crédit accorder à telles ou telles études ?

J’ai engagé massivement mon groupe dans la distribution des biocarburants :

- En réponse à la pression des écologistes qui, depuis 10 ans, ont préconisé leur développement.

- A la demande des constructeurs qui souhaitaient pouvoir disposer d’un réseau suffisant pour approvisionner les nouveaux moteurs flex fuel progressivement mis sur le marché.

- Enfin, pour offrir un débouché aux coopératives agricoles (betteraviers, céréaliers) qui avaient investi sur le développement de ce futur « pétrole vert ».

Tout cela avec l’aval du parlement qui a, l’année dernière, voté une fiscalité incitative, pour booster le plan bioéthanol. Et sous le regard approbateur de la Commission Européenne soucieuse que la France atteigne, dans le cadre de ses engagements anti-CO², un pourcentage d’incorporation de biocarburants bien supérieur aux 5 % actuels.

Concrètement, ça donne :

- Super éthanol : sur 137 pompes ouvertes en France, E. Leclerc en a ouvert le plus (34) suivie de Carrefour, toutes deux devant Total (31 !). D’ici fin 2007, il y en aura 49 à notre enseigne, et 32 autres sont programmées sur 2008. Le gouvernement (Villepin) avait obtenu un engagement des distributeurs (charte de Matignon), nous tenons notre parole.

- Ethanol : E. Leclerc prévoit d’en incorporer en 2008 plus de 45 000 m3 dans 940 000 m3 de sans plomb 95. (Doublement versus 2007).

- E.M.H.V. : Siplec, notre société pétrolière, prévoit d’augmenter de 60 % les additivations d’esther commercialisé dans 3 400 000 m3 de gasoil. (La réglementation incite à passer d’une additivation maxi de 5 % à une additivation de 7 %.)

Nous étions donc sur une bonne pente, et certainement pas le plus mauvais élève de la classe.

Mais voilà ! Sur la foi de quelques études partielles publiées aux Etats-Unis, le balancier semble repartir dans l’autre sens. On nous dit désormais que le bilan écologique de cette nouvelle filière énergétique est catastrophique. On accuse les tenants de cette politique d’accélérer finalement les pénuries alimentaires, et à tout le moins, de participer au renchérissement des céréales destinées au Tiers-monde !

(Cette parenthèse un peu ironique : hier, les écologistes altermondialistes dénonçaient (à juste titre) les subventions européennes parce qu’elles tiraient le prix des exportations céréalières à la baisse et empêchaient l’émergence de marchés rémunérateurs dans les pays du Sud. Les mêmes nous disent aujourd’hui que les biocarburants font monter le prix des céréales qui deviennent trop chères pour les populations des mêmes pays : cherchez donc à comprendre cette contradiction !!!)

Bref, tout en admettant qu’il puisse y avoir débat sur l’ampleur des investissements à réaliser dans les biocarburants, toutes ces affirmations paraissent si excessives, si peu rationnelles et tellement peu étayées qu’on ne sait plus si les experts parlent au nom de la science ou de lobbyings particulièrement actifs.

En réponse à une étude récente de l’OCDE, « Biocarburants : les remèdes sont-ils pires que la maladie ? », le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a confirmé, la semaine dernière, l’intérêt de la « chimie verte » en parlant de focaliser l’investissement sur « les carburants bio de deuxième génération ». Et lors d’un dîner organisé au ministère avec les distributeurs, il temporisait en disant qu’au fond, tout ça est une question de proportion.

Peut-être…

Toujours est-il qu’en tant qu’investisseur-clé dans la distribution des carburants, il me semble normal et urgent que les pouvoirs publics et les organismes experts nous aident à clarifier ce débat : on continue ou on arrête ?

En France, personne ne conteste la qualité des recherches pilotées par l’ADEME. A quand une prise de position sur cet épineux dossier ?

Et toi, camarade Jean-Louis, que disent tes services ? Qu’en penses-tu ?

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 27 septembre 2006

Biocarburants : Je pousse mon enseigne sur ce marché

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© Agence Australie

Après avoir longtemps été réclamés par les écologistes, les biocarburants ne font pas complètement l’unanimité. Certains arguments sont justes. D’autres me laissent pantois : aux yeux de quelques fondamentalistes, aucune initiative ne trouve grâce hors le fait d’avoir à se serrer la ceinture (facile quand on ne parle pas de soi !).

Je retiens néanmoins de cette polémique naissante que face à l’augmentation de la demande énergétique et aux risques planétaires sur l’environnement :

1) Il ne faut pas attendre de solutions miracles.

2) Chacun doit prendre sa part de responsabilité.

3) Il faut hiérarchiser les priorités : la santé, l’environnement.

De toute façon, chaque solution alternative offrant avantages et inconvénients, il faut tous les passer au tamis d’une comparaison critique (critéres écologiques, économiques, politiques).

1) La protection de l’environnement est la priorité de l’enseigne

Mon enseigne a été la première à interpeller particuliers et pouvoirs publics sur la pollution générée par les sacs de sortie de caisse. Nous avons opté, dès 1996, pour les sacs de caisse recyclables, réutilisables, remboursables et échangeables gratuitement à vie. Cette solution a permis de réduire d’1 milliard à 55 millions le nombre de sacs distribués chaque année par les centres E. Leclerc.

Aujourd’hui, je pousse mes adhérents à soutenir le développement de nouvelles énergies et à promouvoir les carburants verts.

2) Biocarburants : la solution de l’incorporation de produits agricoles dans les carburants

L’incorporation directe dans l’essence se heurte en France à des difficultés d’ordre logistique et physique complexes (l’éthanol a la particularité d’augmenter la tension vapeur de l’essence). En ligne avec l’engagement de l’enseigne pour le développement durable, en 2004, la SIPLEC (notre société pétrolière) bouscule le monde pétrolier en incorporant pour la première fois de l’éthanol pur dans le supercarburant sans plomb 95.

Aujourd’hui tous les carburants verts vendus par l’enseigne contiennent 5 % d’additifs d’origine agricole (taux d’incorporation maximal autorisé par l’administration).

Avec 75 stations-service E. Leclerc exclusivement distributrices de carburant vert, et 210 à horizon 2007, le consommateur pourra de plus en plus facilement s’approvisionner en biocarburant.

3) 20 % de stations-service E. Leclerc équipées en Super Ethanol en 2008

Désormais leaders sur l’incorporation d’éthanol dans l’essence, les Centres E. Leclerc ont été naturellement sollicités cette année pour participer à la création d’un nouveau carburant, le super éthanol (E85).

Le 1er juin 2006, j’ai inauguré, avec François Loos, Ministre de l’Industrie, la première pompe « Flex Fuel » en France. Elle alimente la première flotte de 7 véhicules « Flex Fuel » du Conseil Général de la Marne fonctionnant au E85 (c’est Ford qui a joué le pionnier).

L’expérience est limitée, mais concluante.

Les pouvoirs publics (Cf. communication conjointe de Thierry Breton et Alain Prost, hier) affirment leur volonté de développer le marché du Super Ethanol (adapté aux moteurs « Flex Fuel ») pour le grand public. En ce qui nous concerne, j’ai assuré que mon groupe équipera 15 % de nos stations-service en E85 en 2007 et 20 % en 2008. C’est parti !

Cet investissement va évidemment relancer le débat sur les biocarburants. Vous aurez compris que j’ai l’intime conviction qu’il constitue une alternative intéressante, même si tout cela reste encore marginal. Mais comme il y a beaucoup de pros dont j’ai apprécié les commentaires sur ce sujet, je serais intéressé (sincèrement intéressé) à connaître leurs arguments pour ou contre.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 24 avril 2006

Pétrole : Pour préparer l’alternative, avons-nous besoin de scénarios catastrophes ?

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A prophétiser la catastrophe, à souffler sur les trompettes de l’apocalypse, Yves Cochet (l’un des représentants des Verts) et Eric Laurent, sulfureux journaliste, un brin mystificateur, jouaient les « Savonarol », hier soir, sur La Cinq.

Je participais à un débat organisé par l’excellent Serge Moatti (« Ripostes »). Avec son air patelin, notre candide interpellait ses invités : Roselyne Bachelot (UMP), Jean-Marie Chevalier (économiste), Jean-Louis Schilansky (Union Française des Industries Pétrolières -UFIP), les deux intervenants précédemment cités et moi-même. Thème de l’émission : « Pétrole : la flambée jusqu’où ? ».

Eric Laurent et Yves Cochet viennent chacun d’écrire un livre. Dans « La face cachée du pétrole » (Ed. Plon), Eric Laurent conteste l’importance des réserves pétrolières telles que comptabilisées par les pays producteurs et les majors. S’appuyant sur les filouteries de l’ancien PDG de la Shell, il est on ne peut plus affirmatif : « Il n’y a plus de pétrole à découvrir, il n’y en a plus que pour une dizaine d’années, et encore ! ». Perspective alarmante sur laquelle surfe aussi Yves Cochet (« Pétrole apocalypse », Ed. Fayard), pour qui l’enfer se déchaînera d’ici « une trentaine de mois ».

Convaincus, inspirés, quasi « habités » par leurs imprécations, tous deux n’émettent, ni n’acceptent aucune nuance, aucune critique. Et pour le représentant des Verts, l’imminence de la catastrophe fonde carrément un propos messianique qui tient lieu de légitimité pour préconiser un changement de comportement quasi calviniste : abaissement obligatoire des vitesses de circulation à 30 km/heure en ville, interdiction de produire des voitures au-delà d’une certaine puissance (exit la 607 Peugeot ou la Safrane)… On se demande d’ailleurs, tant on sent poindre « la thèse de la décroissance », qui du peuple ou du « visionnaire », cette nouvelle politique servira les intérêts.

L’embêtant avec de telles outrances, c’est qu’il n’y a plus de débat possible. D’accord avec YC ou EL pour ne pas prendre pour argent comptant les chiffres annoncés par les pays de l’OPEP. Les propriétaires de la rente pétrolière, privés ou publics, ont intérêt à survaloriser leurs actifs. Quelle que soit son ampleur, la marge d’incertitude autorise-t-elle nos auteurs à se passer d’une analyse plus rationnelle des données économiques existantes ? Allons ! La dénonciation ne peut, à elle seule, tenir lieu d’argument.

D’ailleurs, ces gens-là se contredisent. Eric Laurent a passé une bonne partie du temps de l’émission à défendre sa thèse : « Nous sommes rentrés dans une guerre pour les ressources énergétiques ». (Comme si c’était un scoop, alors que tous nos manuels d’histoire décrivent la géopolitique, depuis la guerre 14-18, comme une course au contrôle des matières premières !!!). Sa thèse : les deux Bush, présidents US, ont fait la guerre à l’Irak pour s’assurer du contrôle des réserves moyen-orientales. Les USA se frottent aujourd’hui à l’Iran pour servir le même objectif… Soit ! Mais pourquoi alors, cher Eric Laurent, se donnent-ils tant de mal, risquent-ils tant de morts et y consacrent-ils autant d’argent si vraiment il n’y a plus rien à forer !!! Contradiction, vous dis-je.

L’obscurantisme a ses zélateurs. La peur fait vendre et il y a un public qui aime ça. Mais, pour moi, ce catastrophisme n’est en rien créateur, ni même stimulant. (Rappelons l’inertie qui suivit la publication, dans les années 70, des rapports de même type (Club de Rome, Rand Corporation).

La réalité et les perspectives rationnellement établies nous proposent des scénarios suffisamment noirs pour que nous soyons obligés d’agir et de sortir de notre torpeur. Les termes d’un diagnostic raisonnable sont les suivants : quels que soient les modes d’évaluation, le stock d’énergies fossiles va progressivement s’épuiser.

a) Les réserves

Selon le BP Statiscal Review of World Energy 2005, les réserves prouvées de pétrole, de gaz et de charbon restent encore suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins mondiaux croissants dans un avenir immédiatement prévisible.

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b) Facteurs minorants

Ces chiffres sont établis à partir d’une projection de l’offre et de la demande, telles que constatées ces quatre ou cinq dernières années. L’accélération de la demande doit nous inciter à moins d’optimisme.

- La multiplication des incidents politiques limite l’accessibilité à certaines réserves : la flambée actuelle des cours est largement due à l’incertitude en Iran, aux crises internes (Venezuela, Koweït), à la rébellion au Nigeria… Les perturbations créées par ces conflits géopolitiques rendent, tour à tour, indisponibles 10 % (en moyenne) de la production mondiale.

- L’augmentation de la demande de brut (1,8 % par an) s’accélère. Elle est due à une croissance très soutenue en Inde (7,3 %), en Chine (9,5 %), en Russie (6 %) et même aux USA (3,4 %).

- L’offre est moins flexible. La disponibilité et l’accès aux réserves dépendent non seulement de la bonne volonté des états propriétaires de la rente, mais aussi des investissements à réaliser. Or, le secteur souffre d’un sous-investissement cumulé depuis quatre ou cinq ans. La mise en exploitation de nouveaux gisements exige des délais. C’est ce qui explique, en partie, la crise actuelle. Depuis le début de l’année, l’offre ne suit pas la demande.

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c) Facteurs majorants

Avec l’augmentation des prix, de nombreux investissements deviennent rentables. En 2006, toutes majors confondues, c’est 120 milliards de dollars qui vont être investis, 20 milliards de plus qu’en 2005, 50 milliards de plus qu’en 2001. Le nombre de forages va augmenter de 17 %, de nouvelles technologies deviennent rentables pour exploiter des bruts extra lourds (Venezuela, Canada), ou pour gazéifier le charbon, etc.

De ce fait, n’en déplaise à Eric Laurent, ces investissements vont permettre de majorer les réserves exploitables.

En conclusion, il n’est pas déraisonnable de dire que nous avons bien 15 à 20 années devant nous. C’est peu, au regard de ce que l’histoire révèle de nos capacités d’adaptation. Mais c’est gérable, pour mettre en place des politiques énergétiques alternatives…à condition, bien sûr, de sortir de notre inertie actuelle et de vouloir faire feu de tout bois.

Et sur cette question, il faudra bien lever aussi quelques contradictions. J’écoutais avec intérêt les arguments d’Yves Cochet qui faisait la fine bouche sur les carburants d’origine agricole : « qui supposent une agriculture productiviste ». Oui, mais peut-on plaider pour un après-pétrole, militer contre le nucléaire (75 % de l’électricité en France !) et refuser l’exploitation industrielle de la biomasse, des biocarburants…

Quand l’idéologie discrédite par avance toute alternative, je me méfie. Malgré la qualité des personnes, la sympathie que j’éprouve pour les Verts, je sens poindre une forme d’intégrisme. Nous savons tous que l’écologie politique a permis à nos anciens Trotskistes ou Maoïstes de se recycler dans l’altermondialisme. Mais il ne faudrait tout de même pas qu’une forme de messianisme écologique serve de légitimation à un pouvoir coercitif instaurant finalement cette forme d’ascétisme collectif qu’autrefois le modèle communiste entendait imposer. Attention au nouvel ordre moral !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 27 mars 2006

La fusion Suez-GDF et la hausse des tarifs : A qui profite le monopole ?

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Plateforme gazière off-shore © afg

L’affaire du CPE est une aubaine pour Gaz de France. C’est presque en catimini que T. Breton s’apprête à autoriser la scandaleuse augmentation du prix du gaz, sans que celle-ci n’ait réellement fait l’objet d’un débat contradictoire, sans qu’aucun argument pertinent n’ait été formulé pour en justifier l’ampleur.

La hausse va venir ponctionner le pouvoir d’achat de nombreux Français. Elle intervient dans un climat de consommation morose. (On imagine que le gaz ne fait pas partie du panier de produits dont Bercy s’obstine à limiter l’évolution de l’indice !!!).

Que Choisir et quelques députés s’en sont émus. Il faut dire qu’avec une hausse annoncée de 16 % (un test, un ballon d’essai pour mieux donner l’impression qu’on va arbitrer ?), les usagers pouvaient s’offusquer. Mais même en fragmentant et en différant des hausses de 5 à 8 %, T. Breton me donne l’impression de cautionner une belle arnaque.

1) La hausse se justifie-t-elle ?

GDF s’abrite derrière le renchérissement de ses approvisionnements et du lien contractuel entre prix du gaz et prix du pétrole. La Commission chargée de « revisiter » le mécanisme de répercussion automatique des prix a proposé un compromis assez fumeux. Mais GDF qui a déjà augmenté ses tarifs de 10 % l’année dernière, a réalisé un bénéfice « historique » de 1,7 milliard en 2005 ! Où se situe l’urgence ?

2) Qui va profiter de la hausse ?

Vous me direz : « c’est l’Etat » (donc les finances publiques) qui profitera de cette manne supplémentaire…et non les fonds de pension qui opèrent, en prédateurs, dans les coursives du CAC 40. L’Etat possède 70 % de GDF.

Sauf que…la fusion GDF-Suez va ramener la part de l’Etat aux alentours de 35 %. En permettant l’augmentation des recettes de GDF, l’Etat valorise, certes, sa part de fonds de commerce, mais il dote aussi la mariée d’un pactole prélevé dans la poche des Français. Je trouve l’opération extrêmement choquante !

3) A quoi servent les monopoles ?

Les Français n’ont pas la possibilité (comme sur le marché pétrolier) de faire jouer la concurrence. GDF (et l’Etat actionnaire) profite donc aujourd’hui de ce monopole. Mais si, demain, la rente profite à des actionnaires privés, qu’est-ce qui justifie encore ces pratiques et ce mode de détermination des prix ? Les consommateurs n’y ont rien à gagner.

Dans un billet courageux et fort bien torché. (Le Nouvel Economiste, 23/03/06), Henri de Bodinat décrit cette augmentation comme « un transfert massif de valeur, contraire à l’intérêt général de milliers d’entreprises et de millions de particuliers »…vers un monopole, « qu’au nom du patriotisme économique », on va élargir à des actionnaires privés majoritaires.

Posée en ces termes, (et non plus en des termes purement idéologiques comme on le fait au PC), la question de la privatisation « rampante » de GDF est une question qui doit intéresser tous les usagers !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 16 mars 2006

Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

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Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.

Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.

Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.

1) Les éléments de surcoût

a) Les investissements

Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.

Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.

Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.

b) Surcoûts liés à l’exploitation

Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :

- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.

- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).

- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).

c) Le coût des services supplémentaires

Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.

- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…

- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,

- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, …etc.

Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.

d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.

Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.

2) Le positionnement prix et les écarts

a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.

b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.

Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :

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Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

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c) Les prix boutiques

Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).

Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

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J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.

Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 10 novembre 2005

Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

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Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.

Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.

Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.

Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.

1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :

a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).

La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .

b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.

2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).

L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.

Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.

3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.

Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.

4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).

Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.

Lancement prévu : février 2006.

5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).

Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».

Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).

Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.

Le dossier vient de progresser sérieusement.

Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).

Michel-Edouard Leclerc