Archive pour la catégorie ‘Environnement’

Mercredi 24 février 2010

Thon rouge : réaction de pêcheurs-artisans et d’armements industriels

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Getty Images©

La prise de parole des Centres E. Leclerc sur la commercialisation d’espèces de poissons menacées a fait mouche. Pour son parti-pris clairement revendiqué : refuser la stigmatisation des pêcheurs.

Comité National des Pêches :

Ce n’est pas facile pour Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité National des pêches, de gérer à la fois les intérêts économiques de la profession et les enjeux écologiques. On parle du thon, c’est le produit star, mais derrière, il y a toutes les autres espèces dont la gestion va impacter la filière. Tous les pêcheurs appréhendent l’effet « jurisprudence » du dossier « thon rouge ». N’empêche, Dachicourt a été le premier à se manifester et à se féliciter que dans notre campagne, « l’aspect socio-économique prime autant que la préservation de la biodiversité ».

Armements industriels :

Notre position irrite évidemment certains armements privés ou coopératifs. Je peux le comprendre. A leur charge, ils n’ont franchement pas été suffisamment proactifs sur ces questions. A leur décharge, il leur tombe dessus de nouvelles contraintes. Et personne n’a encore dit, encore moins chiffré, le financement de ce manque à gagner. Ne l’oublions pas, c’est toujours plus populaire de fustiger l’industriel par rapport à l’artisan. Mais l’industrie de la pêche, c’est de l’emploi concret à Boulogne et à Lorient.

Hervé Jeantet, patron de l’armement Dhellemmes, est forcément amer. Il l’a dit à notre adhérent de Concarneau. En anticipant les résultats de négociations internationales, on force la main aux Japonais sur le thon ou certaines espèces d’eaux profondes (siki-empereur) mais on entérine la concurrence déloyale sur le cabillaud-merlu des organisations espagnoles (fraudes massives sur les quotas) et de l’Europe du Nord (qui a moins de charge).

Rappelant le nombre d’emplois du secteur industriel de la pêche, il a cette phrase qui fait réfléchir sur les véritables enjeux : « Les Américains se vantent d’avoir sauvé les bisons, dommage qu’ils n’aient pas fait de même pour les Indiens ».

Pêcheurs-artisans :

La publicité, en tout cas, a été bien reçue du côté du pays basque. De Guetaria, Saint-Sébastien ou Saint-Jean-de-Luz, les messages remontent, positifs. « La communication faite autour de la problématique thon rouge, que ce soit par votre profession ou par le relais des « étoilés » du Michelin, nous a toujours été néfaste car éludant la pêche à la ligne et à l’appât vivant. » Mikel Arregui, patron de deux sociétés de mareyage (Dima/Ladimar), défend le caractère durable de cette méthode de pêche qui pourrait garantir une bonne gestion des ressources et la compatibilité avec la commercialisation du thon rouge.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 février 2010

E. Leclerc et les thons : Greenpeace boude son plaisir

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Position et engagement :

Un communiqué et des placards dans la presse quotidienne régionale et nationale : j’avais laissé, ici, un peu transpirer la réflexion. Vendredi dernier, les adhérents E. Leclerc en charge du développement durable ont su engager l’enseigne et le faire savoir.

Concrètement : les Centres E. Leclerc confirment le retrait de leurs étals de certaines espèces de poissons dont la commercialisation représentait un danger pour l’équilibre des ressources (siki, flétan blanc, lingue bleue). Ils s’engagent à bannir « le thon rouge industriel » et à ne proposer que du thon rouge provenant exclusivement de la pêche artisanale. (Je réponds ainsi à Jahrool).

Pour plus d’infos cliquez ici. 

La réaction de Greenpeace :

J’en étais sûr (vieille méfiance d’un ancien militant des Amis de la Terre !). Ceux de Greenpeace allaient trouver à redire. Classique : tu n’agis pas, Greenpeace te dénonce. Tu agis, Greenpeace critique. (E. Leclerc n’a pas eu de soutien quand il s’agissait de se battre pour la suppression des sacs plastiques.)

Ils étaient donc le petit doigt sur la couture du pantalon. A peine la campagne de pub sortie de presse, Greenpeace se fendait d’un communiqué pour accuser notre enseigne de « manipulation ».

Je veux bien croire qu’un mot ou deux dans la pub pouvaient prêter à interprétation. Mais le communiqué détaillait suffisamment notre position. Quand on dit qu’on arrête la commercialisation des thons rouges provenant des 28 senneurs français, soit l’intégralité de la pêche industrielle, et qu’on insiste par ailleurs pour dire qu’on ne boycottera pas le thon des pêcheurs-artisans, ça ne peut pas être plus clair !

Après, que cela plaise ou ne plaise pas, c’est une autre histoire. Mais, pour notre part, nous assumons ce parti-pris respectueux des modes de pêche responsables.

Bien sûr, cette position nécessite qu’on se donne les moyens d’en contrôler la pratique (Jean a raison, une partie des achats s’effectue en direct et à l’initiative des chefs du rayon marée de chaque magasin). A nous d’être cohérents et de faire le ménage. Mais ce qui compte, vous en conviendrez, c’est que cette décision puisse peser dans le débat et sur les pratiques de la filière.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 février 2010

Biodiversité : l’écologique et le social en conflit

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Je sors d’une réunion avec des responsables de notre approvisionnement en poissons. Evidemment, le sujet du jour, c’est le sort du thon rouge. Et, plus globalement, celui des espèces menacées. Il y a les partisans d’un boycott total et ceux qui prônent une démarche plus progressive. Il y a les purs écolos et ceux que la question sociale interpelle. Mêmes débats que dans la filière bois où la question du sort des populations vivant de la sylviculture reste dramatiquement posée sans qu’aucune ONG, partisane du seul label FSC, n’exprime suffisamment de propositions pour les convaincre de changer de métier.

Concernant la ressource halieutique, le problème est simple : 75 % des stocks de poissons exploités dans le monde sont victimes de la surpêche. « Empereur », « flétan du Groenland », « requin Siki »…huit à dix espèces de poissons, identifiées par plusieurs ONG ou organisations scientifiques, seraient déjà inscrites au tableau des poissons disparus.

Depuis 5 ou 6 ans, les magasins de notre enseigne gèrent l’arrêt progressif de la commercialisation de certaines espèces. La Scapmarée, société coopérative qui approvisionne environ 370 magasins du groupe, a totalement arrêté d’acheter du « thon rouge » depuis 2007 et la commercialisation, depuis 2008, du « bar » capturé en pêche intensive en période de reproduction.

Mais si l’écologie est un impératif, la gestion des rapports sociaux suppose qu’on sorte des « effets de posture » et qu’on veuille bien prendre en considération les difficultés de la filière.

Le pêcheur aussi est une espèce menacée. C’est l’emploi, ce sont les revenus, c’est la vie familiale de milliers de personnes touchées par cette mutation qu’il faut prendre aussi en considération.

Les cadres des Centres E. Leclerc qui vivent aux abords des ports de pêche nous le rappellent tous les jours. D’un excès (la surpêche), il ne faudrait pas tomber dans un autre (le boycott) au motif que l’écologie imposerait ses droits, reléguant le social à la notion de dégâts collatéraux.

Pourtant, les pêcheurs ne manquent pas d’arguments. Pourquoi « faire contre » toutes ces populations au travail alors qu’on sait la ressource reproductible et qu’on ne pourra aboutir à une politique de pêche raisonnée sans…les pêcheurs eux-mêmes.

La rigueur scientifique conduit d’ailleurs à des effets pervers. Ils sont écœurés tous ces pêcheurs qui, pour gérer leurs quotas, doivent rejeter à la mer, moribonds ou écrasés, 20 % d’une morue redevenue abondante.

En Bretagne, des adhérents de mon enseigne ont lancé une marque de poisson frais, « Amiral de Bretagne ». Le logo atteste d’une sélection de produits issus exclusivement de la pêche de bateaux artisans immatriculés au pays.

Ca marche. Ca ne couvre pas l’ensemble des besoins. Mais désormais, 30 % du poisson (hors saumon) vendu dans les centres E. Leclerc de la Scarmor (Finistère, Côtes d’Armor et Morbihan) revendiquent cette étiquette.

Le combat pour la biodiversité doit être le nôtre. Mais si l’on veut la mort du pêcheur, qu’on le dise. Sinon, il faut l’accompagner, l’aider à la reconversion et promouvoir les « bonnes pratiques ».

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

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Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 8 septembre 2009

Taxe carbone : arrêtez la cacophonie !

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Ils s’y sont tous mis, médias et politiques, chacun prenant position, les uns sur le montant de la taxe (prix de la tonne de CO²), les autres sur son affectation.

Personne n’a encore dit précisément qui effectuera ces calculs, et encore moins comment s’appliquera la taxe (quels produits, en plus des carburants, quels services ?). La majorité évoque un impôt « neutre » dont le produit serait aussitôt réaffecté !!! Ici, on dit qu’il compenserait la suppression de la taxe professionnelle, ailleurs, on va jusqu’à recommander d’affecter le produit de la taxe au financement de l’assurance maladie en arguant du « lien entre dégradation de l’environnement et santé » (Madame Marie-Anne Montchamp, députée UMP).

Bref, un vrai sac à malice, d’autant qu’il n’aura échappé à personne que la contribution climat/énergie est devenue une arme politique redoutable, capable de faire exploser l’alliance du PS et des Verts.

Après cela, allez donc vous étonner des réticences populaires face à ce nouvel impôt.

Je suis persuadé que le rebond économique passe par un investissement massif dans les technologies alternatives économes en énergie et protectrices de l’environnement. Et de ce point de vue, l’intérêt d’un emprunt comme celui d’un réaménagement de notre fiscalité me paraissent complètement évidents.

Mais pourquoi mettre la charrue avant les bœufs ? Si l’on veut éviter tout blocage, l’urgence n’est-elle pas d’abord de définir et de rendre plus lisible cette nouvelle politique industrielle, énergétique, alimentaire, qu’on prétend ainsi financer ?

Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 décembre 2008

Agrocarburants : toujours d’actualité !

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Une publicité, ce matin, me fait réagir. Elle est signée de Abengoa Bioenergy. Je trouve que c’est une contribution positive au débat (devenu impossible parce qu’irrationnel) sur l’avenir des agrocarburants et de ce qu’on appelle désormais « la chimie verte ».

- D’abord, les entreprises ont raison d’alimenter désormais directement le débat public, à l’instar de ceux qu’ont initiés les campagnes publicitaires des Centres E. leclerc.

- Ensuite, les statistiques qui nous sont proposées constituent les preuves incontestables (et vérifiables) qu’on nous a fait gober des balivernes ces deux dernières années.

Qu’on se rappelle ! Tout juste deux ans après (2006) que les pouvoirs publics français et européens aient lancé un premier plan d’envergure pour développer les agrocarburants, la flambée des prix alimentaires de 2008 leur était déjà imputée. Presque tout le monde s’y est mis, pétroliers et chimistes classiques, constructeurs automobiles, politiques et ONG…

Même les agriculteurs (céréaliers surtout) ont été pris par le doute quand leurs propres représentants syndicaux se sont mis à justifier les hausses par l’accroissement durable de la demande et le risque de pénurie alimentaire.

Sans qu’aucun argument ne soit venu étayer cette thèse, les agrocarburants sont devenus les fauteurs de l’inflation des prix agricoles. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui, comme nous, dénonçaient des comportements spéculatifs sur le marché des matières premières.

Là ! La bulle financière a explosé, entraînant la chute des matières premières agricoles (sauf le riz). Et comme le démontre la publicité de Abengoa Bioenergy, l’exploitation des agrocarburants a pourtant continué de croître.

Je sais bien que nous avons affaire à une bataille de lobbies. Les plaidoyers des uns et des autres doivent être passés au crible du bon sens critique.

Mais puisque j’ai engagé les Centres E. Leclerc sur la voie des agrocarburants, je trouve aujourd’hui, dans l’analyse objective de la crise, des arguments pour continuer. En tout cas, il me semble que le débat peut et doit reprendre, à la lumière de ces considérations.

Une politique alternative de production d’énergie n’est pas une mince affaire à élaborer. L’installation de centrales éoliennes, photovoltaïques, tout comme l’énergie d’origine agricole, ne constitueront probablement que des productions d’appoint pour couvrir nos besoins futurs. Mais même à ce niveau d’investissement, il est important qu’on sorte des attitudes obscurantistes pour justifier des investissements qui coûteront de toute façon très cher et qui nécessitent qu’on leur accorde le bénéfice de la durée.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 16 avril 2008

Affichage C02 des produits alimentaires à Templeuve et Wattrelos

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C’est parti. Lors du Grenelle de l’environnement, nos adhérents s’étaient engagés. J’ai parlé ici, à plusieurs reprises, d’initiatives au sein de l’enseigne : la suppression des sacs de caisse, les agro-carburants (désormais contestés), les couvertures solaires sur les magasins, etc. Depuis le début du mois d’avril, les adhérents E. Leclerc de Wattrelos et Templeuve (famille Pocher) ont décidé de faire figurer sur les étiquettes de milliers de produits alimentaires les quantités d’émission de gaz à effet de serre, converties en équivalent carbone. L’opération a été possible grâce à l’investissement personnel (j’oserais dire militant) de Thomas Pocher et de ses équipes. Ils se sont entourés des conseils et des prestations de l’ADEME. Ils ont su, malgré les difficultés, mobiliser le savoir-faire informatique d’INFOMIL, société organiquement rattachée à l’enseigne, pour proposer un affichage sur les étiquettes produits, mais surtout, véritable innovation, une information sur le ticket de caisse. En effet, celui-ci permet de calculer le total du poids carbone des achats, en cumulant tous les produits alimentaires achetés par le client.

Le Conseil Régional a apporté son soutien au projet dont les données (calcul du CO2 émis) ont pu être scientifiquement établies grâce aux prestations de GREENEXT.

Parallèlement à ce balisage en rayons, Thomas Pocher a mis en ligne le site www.jeconomisemaplanete.fr qui détaille les méthodes de calcul et permet au consommateur de s’initier aux concepts et aux problématiques liées à l’empreinte carbone.

Je laisse parler Thomas Pocher :

L’origine du projet :

« Avec mon équipe, j’avais été sensibilisé au traitement des déchets ménagers. Ca m’a permis de comprendre à la fois l’intérêt, mais aussi la complexité des sujets dont on parle facilement sans imaginer à quel point les mises en œuvre peuvent être lourdes et difficiles. J’ai regroupé plusieurs partenaires compétents, dont GREENEXT. Et à partir d’informations génériques, chaque catégorie d’aliments a été affectée d’un poids « CO2 ». Ce ne sont pas moins de 20 000 produits, toutes marques confondues, qui porteront l’indication de leur équivalent en carbone.

Quelle information ?

Le calcul inclut, dans un premier temps, l’impact de fabrication, de l’emballage, et celui des manipulations et stockage dans le magasin. A terme, le calcul portera sur la totalité du cycle de vie du produit : de l’extraction des matières premières à sa transformation incluse.

Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité. Nous restons pour le moment sur des informations qui sont des « moyennes ». Mais tout cela est fortement pédagogique. J’ai moi-même découvert, par exemple, que les yaourts, de la vache à la petite cuillère, pèsent presque l’équivalent de leur poids en CO2 (environ 0,4 kg équivalent point CO2 vs 4 fois 125 g de produit).

La réaction des consommateurs ?

Le public a d’abord été interloqué, mais nous avons beaucoup communiqué. Il a fallu clarifier l’information. Nous avons profité de ce projet pour revoir tout le balisage en rayons et le rendre plus lisible. Et comme pléthore d’informations nuit à la qualité de celles-ci, nous avons décidé de supprimer l’information du prix « en franc » pour laisser sa place à cette information environnementale.

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Quels développements prévoir ?

Casino (dont on attend l’initiative) dit vouloir procéder à une démarche plus fine, applicable à chaque produit et à chaque marque, dans chaque zone de chalandise. Pour notre part, nous nous sommes rendus compte que cet objectif générait des contraintes quasi insurmontables, du moins à notre niveau. Je ne parle pas que des aspects financiers : un bilan CO2 inscrit sur le produit lui-même ? Mais voyez-vous, une bouteille d’eau qui part du Massif Central n’a pas le même impact sur l’environnement selon qu’elle est vendue à Wattrelos, à Dreux, à Blagnac, et encore plus à Brest. Le coût environnemental n’est évidemment pas le même selon les distances de transport. Ce genre de calcul qui nécessite une réelle expertise, n’est pas à la portée d’une PME locale. Faire faire les calculs par une société experte au niveau national ? Cela supposerait que les modes d’approvisionnement ne changent pas,…etc.

On peut le faire sur quelques produits. Nous étudions cette voie. Mais c’est quasiment impossible d’étiqueter 25 000 références d’autant qu’il nous faudrait assumer les risques d’erreur ou d’approximation que nous ne maîtrisons évidemment pas.

Mais déjà, l’étiquetage générique permet au consommateur d’orienter ses choix, d’éviter les suremballages, de privilégier une offre de proximité par rapport à une offre importée. Ce n’est pas le seul critère bien sûr. Il reste le prix, la qualité, la praticité, etc. Mais la donnée CO2 est désormais composante intégrale de l’offre.

Trois pistes sont actuellement explorées. La première consiste à élargir progressivement le spectre des produits concernés. Nous nous intéressons actuellement à des produits non alimentaires comme les produits d’entretien dont on connaît les capacités polluantes.

Nous allons aussi créer un club affinitaire de consommateurs avec lesquels nous discuterons de l’évolution de l’opération.

Enfin, cette opération a techniquement été construite pour pouvoir être dupliquée dans les autres points de vente de l’enseigne. D’autres collègues s’apprêtent à faire la même expérience dans leur zone de chalandise. »

Si cette expérience vous intéresse, je propose que vous interpelliez directement, ici, sur ce blog, les équipes de Thomas Pocher qui n’hésiteront pas à solliciter leurs correspondants à l’ADEME ou à GREENEXT pour plus de détails.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 17 septembre 2007

Biocarburants : stop ou encore ?

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Qui dit vrai sur l’intérêt écologique des biocarburants ? Comment expliquer un tel revirement : hier, tout le monde était pour, maintenant tout le monde « il est sceptique ». Que disent vraiment les experts et quel crédit accorder à telles ou telles études ?

J’ai engagé massivement mon groupe dans la distribution des biocarburants :

- En réponse à la pression des écologistes qui, depuis 10 ans, ont préconisé leur développement.

- A la demande des constructeurs qui souhaitaient pouvoir disposer d’un réseau suffisant pour approvisionner les nouveaux moteurs flex fuel progressivement mis sur le marché.

- Enfin, pour offrir un débouché aux coopératives agricoles (betteraviers, céréaliers) qui avaient investi sur le développement de ce futur « pétrole vert ».

Tout cela avec l’aval du parlement qui a, l’année dernière, voté une fiscalité incitative, pour booster le plan bioéthanol. Et sous le regard approbateur de la Commission Européenne soucieuse que la France atteigne, dans le cadre de ses engagements anti-CO², un pourcentage d’incorporation de biocarburants bien supérieur aux 5 % actuels.

Concrètement, ça donne :

- Super éthanol : sur 137 pompes ouvertes en France, E. Leclerc en a ouvert le plus (34) suivie de Carrefour, toutes deux devant Total (31 !). D’ici fin 2007, il y en aura 49 à notre enseigne, et 32 autres sont programmées sur 2008. Le gouvernement (Villepin) avait obtenu un engagement des distributeurs (charte de Matignon), nous tenons notre parole.

- Ethanol : E. Leclerc prévoit d’en incorporer en 2008 plus de 45 000 m3 dans 940 000 m3 de sans plomb 95. (Doublement versus 2007).

- E.M.H.V. : Siplec, notre société pétrolière, prévoit d’augmenter de 60 % les additivations d’esther commercialisé dans 3 400 000 m3 de gasoil. (La réglementation incite à passer d’une additivation maxi de 5 % à une additivation de 7 %.)

Nous étions donc sur une bonne pente, et certainement pas le plus mauvais élève de la classe.

Mais voilà ! Sur la foi de quelques études partielles publiées aux Etats-Unis, le balancier semble repartir dans l’autre sens. On nous dit désormais que le bilan écologique de cette nouvelle filière énergétique est catastrophique. On accuse les tenants de cette politique d’accélérer finalement les pénuries alimentaires, et à tout le moins, de participer au renchérissement des céréales destinées au Tiers-monde !

(Cette parenthèse un peu ironique : hier, les écologistes altermondialistes dénonçaient (à juste titre) les subventions européennes parce qu’elles tiraient le prix des exportations céréalières à la baisse et empêchaient l’émergence de marchés rémunérateurs dans les pays du Sud. Les mêmes nous disent aujourd’hui que les biocarburants font monter le prix des céréales qui deviennent trop chères pour les populations des mêmes pays : cherchez donc à comprendre cette contradiction !!!)

Bref, tout en admettant qu’il puisse y avoir débat sur l’ampleur des investissements à réaliser dans les biocarburants, toutes ces affirmations paraissent si excessives, si peu rationnelles et tellement peu étayées qu’on ne sait plus si les experts parlent au nom de la science ou de lobbyings particulièrement actifs.

En réponse à une étude récente de l’OCDE, « Biocarburants : les remèdes sont-ils pires que la maladie ? », le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a confirmé, la semaine dernière, l’intérêt de la « chimie verte » en parlant de focaliser l’investissement sur « les carburants bio de deuxième génération ». Et lors d’un dîner organisé au ministère avec les distributeurs, il temporisait en disant qu’au fond, tout ça est une question de proportion.

Peut-être…

Toujours est-il qu’en tant qu’investisseur-clé dans la distribution des carburants, il me semble normal et urgent que les pouvoirs publics et les organismes experts nous aident à clarifier ce débat : on continue ou on arrête ?

En France, personne ne conteste la qualité des recherches pilotées par l’ADEME. A quand une prise de position sur cet épineux dossier ?

Et toi, camarade Jean-Louis, que disent tes services ? Qu’en penses-tu ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 6 septembre 2007

Une centrale photovoltaïque sur le toit d’un hyper E. Leclerc : une solution d’avenir ?

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Après la suppression des sacs plastiques, le lancement des biocarburants (la filière bioéthanol) et les contrats de progrès noués avec les industriels pour diminuer les suremballages et les émissions de CO², les adhérents de mon groupement lancent le chantier du solaire. Plusieurs expériences sont en cours.

Pas toujours facile pour un chef d’entreprise qui veut bien faire, mais n’est pas expert de ces questions, d’obtenir une collaboration productive avec tous les intervenants : scientifiques, industriels, services administratifs, etc. Mais on peut déjà tirer un premier bilan de l’initiative du centre E. Leclerc d’Aranjuez (Espagne).

L’installation est constituée de 336 modules photovoltaïques de 300 Wp chacun, répartis sur les 3 600 m² de toiture qui se prêtait à l’équipement.

Ces modules absorbent l’énergie solaire et la transforment en courant électrique.

L’énergie produite est revendue au réseau de distribution conventionnel (Union Fenosa). Elle sert à alimenter des logements et des sites industriels à proximité.

En Espagne, deux facteurs contribuent au développement de l’énergie photovoltaïque : le taux d’ensoleillement et une réglementation très « pushy ». La législation impose en effet que tout nouveau projet collectif fasse obligatoirement appel à l’énergie solaire pour la production d’eau chaude sanitaire (au moins à 60 %). Philippe Gruau, notre adhérent à Aranjuez, a proposé aux opérateurs de développer ce concept en créant ainsi une véritable petite centrale de production électrique (puissance de 100 800 Wp).

L’initiative fait tache d’huile. Son coût est maîtrisable : 560 000 euros, bénéficiant d’aides de l’Etat et de la région. Elle ne défigure en rien l’architecture du centre commercial (tout neuf, très beau, non loin d’un site classé). Le centre E. Leclerc de Montpellier vient de déposer, dans le cadre des initiatives « Grenelle Environnement », un projet de couverture totale de son parking. Nous reviendrons sur ce sujet.

Comme sur ce blog interviennent souvent quelques très bons experts sur les questions de l’environnement, j’aimerais avoir des avis critiques ou encourageants sur les possibilités d’équipements de ce type en France. N’hésitez pas…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 28 mai 2007

Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

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…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.

Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).

Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.

Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.

1) Le scandale de la faim !

On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :

a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».

b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)

L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.

c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.

2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire

Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.

- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d’autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.

- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).

- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).

On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.

3) Les limites du film

Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alternative concrète, en tout cas à la mesure du drame qu’on a mis en scène.

a) Trop de manichéisme

Le film est construit autour des interventions de Jean Ziegler, rapporteur à l’ONU sur les questions alimentaires. Il est, sans conteste, un bon expert. Mail il est aussi un homme politique engagé à gauche (en Suisse). Quand il dit que ce film « est extraordinaire par son refus de l’émotionnel, un film purement analytique ». Ce n’est pas vrai. Exemples :

- Les témoins à charge sont systématiquement valorisés. Ils ont forcément raison (personne ne les contredit). Quant aux accusés (les dirigeants de Pioneer, Nestlé, les géants du food business), ils sont désignés coupables par avance et très peu interrogés. Si ce n’est ce pauvre Brabeck (PDG de Nestlé), piégé par un habile montage, caricatural dans son éloge d’un libéralisme qu’il ne pratique même pas lui-même. Tout entier à faire le panégyrique du Marché, il n’oppose à la famine qu’un discours surréaliste sur la nécessité de faire de l’eau une marchandise !

- Le film n’aborde pas la responsabilité des Etats, dont les carences en matière d’aide internationale sont pourtant flagrantes, dont les choix à l’OMC sont pourtant critiquables, et dont les pratiques commerciales perturbent le marché. EW fait l’impasse sur tous les facteurs géopolitiques de la malnutrition (au Darfour, dans la ceinture sahélienne, en Asie, etc.).

- Pas plus, EW ne dénonce l’idéologie de tous ces régimes politiques, héritiers des modèles communiste ou tiers-mondiste (cubain, algérien, coréen et vietnamien du Nord, chinois, mozambiquien, etc.) dont la corruption et les faillites ont conduit les peuples à la misère…sans qu’il n’y ait évidemment besoin d’invoquer, ici, les multinationales !

b) L’émotion plus que l’argument

Il y a des procédés qui « médiatiquement » fonctionnent toujours bien pour susciter l’adhésion ou l’empathie…mais qui, moi, me révoltent ! Une longue visite d’abattoir, des milliers de volailles électrocutées, décapitées, sur fond d’émulsions sanguines ? Qui n’en sort pas écoeuré, convaincu que nous avons là une métaphore exceptionnelle « des excès auxquels conduit le productivisme ». Et tout ça pour prouver que le bio c’est mieux ? Que small is beautiful ? Allons ! Plantez donc une caméra devant la mine réjouie d’agriculteurs qui saignent le cochon en famille, ça produira le même effet. Filmez encore tous ces moutons égorgés en plein air, le jour de l’Aïd, et vous verrez que le plus inoffensif des croyants aura l’air de participer à un délire collectif trash, plus gore encore que celui de nos abattoirs aseptisés ! Franchement, le procédé ne saurait tenir lieu d’argument.

Moins spectaculaire, mais tout aussi perverse : l’opposition systématique entre les petits (bons) et les gros (mauvais). OK pour dire que la pêche industrielle fait plus de dégâts que la pêche artisanale. Mais la pêche artisanale non plus n’a pas su gérer ses ressources. C’est bien parce qu’il n’y a plus assez de poissons nobles sur nos côtes qu’aujourd’hui, on est obligé d’aller « à perpète » chercher les poissons des grands fonds. L’artisanat ne constitue plus une alternative à l’industrie. Même si on ressemait de la sole et du turbot en baie de Somme ou au large de Penmarch, je doute qu’il en « pousse » suffisamment pour satisfaire le marché. Et comme les écologistes sont aussi contre les élevages !!!

c) Un goût de frustration

C’est au final ce que j’ai ressenti en quittant l’une des rares petites salles qui projetait le film. EW reste en posture contestatrice mais n’aborde pas la question des politiques alternatives.

- Ziegler explique que sur le marché de Dakar, le prix bas des légumes européens subventionnés empêche l’émergence d’un marché local mieux rémunéré. Mais supposons qu’on supprime nos subventions à l’export, les produits locaux seraient donc plus chers. Question toute bête : qui aura les moyens de les acheter ? Peut-on développer un marché théoriquement plus rémunérateur pour les agriculteurs sénégalais « alors que le pouvoir d’achat local fait défaut » ? Pas évident du tout !

On peut multiplier les exemples et les questions de ce type. C’est vraiment la limite du film et d’un discours trop simpliste.

- Plus surprenant, EW ne tente pas de brosser le schéma concret d’une nouvelle régulation des marchés. Quel rôle pour l’OMC, comment introduire les clauses sociales dans les négociations en cours ? Suppression des subventions ou réaffectation vers les systèmes de production dans les pays sous-développés ? Quels mécanismes de contrôle ? En fait, trop préoccupé à dénoncer les seules multinationales, EW reste prisonnier de son parti pris.

- Du coup aussi, EW n’a d’autre solution que de culpabiliser les consommateurs en leur suggérant de boycotter (comme le font quelques associations italiennes) certaines grandes marques ou de modifier leur comportement (ne pas manger des fruits hors saison, acheter bio et éthique). Mais il fait l’impasse sur toutes ces initiatives actuellement en germination partout dans le monde. Le microcrédit, bien sûr, qui soutient tant de projets au Bengladesh, en Inde, et désormais en Afrique australe. Et le commerce équitable, grand absent du film. Et alors, là, on ne comprend pas vraiment pas pourquoi.

J’ai été trop long. Il y aurait encore beaucoup à dire. En fait, c’est le mérite du film. Même « mal ficelé », il relance le débat. C’est tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc