Archive pour la catégorie ‘Portraits / Rencontres (DD)’

Lundi 21 août 2006

Nicolas Hulot, candidat virtuel : un effet Coluche ?

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Convention Perspectives E.Leclerc 2003 I © Ph. Jacob

On peut penser ce que l’on veut du bonhomme. Admirer son sens de la communication, ses talents de pédagogue, la constance de son combat pour l’environnement, ou… s’agacer de ses excès d’ego, son incapacité à dépasser les coups de gueule, ses mises en scène héritées de Cousteau (toujours au premier plan, devant la caméra, privant le spectateur d’un regard direct sur les merveilleuses images que par ailleurs il sait nous offrir !).

Moi, je ne vous le cache pas, il m’irrite, mais je l’aime bien ! Je suis convaincu que les hommes de sa trempe tels que le furent aussi Haroun Tazieff, Jig (petit nom de Cousteau) ou même aujourd’hui Bono, peuvent faire bouger «le système ». Ils ne sont prisonniers d’une idéologie. Certes, ils roulent pour eux-mêmes. Mais leur liberté de ton, leur liberté tout court, les rend crédibles aux yeux d’un large public, même si souvent, pour prendre la parole, ils se sentent obligés de « forcer le trait ».

Son interview dans le JDD (30/07/06) va faire des vagues. Sans mauvais jeu de mot, il a produit un petit tsunami sur les plages où s’encanaillaient, devant les paparazzis de la presse people, les têtes d’affiche (leurs bodies aussi) de la gentry politique.

C’est qu’il fait mal, le bougre : pas de cadeau, ni pour Chirac qu’il a longtemps conseillé, ni pour Sarkozy qu’il a cru convaincre, ni pour le couple Royal dont il comptabilise les silences. Même les verts passent gentiment sous les sables abrasifs de Nicolas Hulot.

Que dit-il en substance ?

1. Qu’il y a urgence. Le péril climatique ne menace pas seulement la biodiversité des espèces. Il menace aussi les hommes.

2. A l’échelle des mutations attendues, les organisations internationales comme les partis politiques nationaux ont certes pris conscience du problème. Mais au-delà des promesses et des principes, aucune mobilisation, quelles que soient les bonnes volontés ou les réalisations, n’est à la hauteur du défi.

3. Trois domaines focalisent l’attention de N.H :

L’énergie, secteur pour lequel il prône un plan drastique d’économies, une fiscalité pour pénaliser les produits voraces, et l’élargissement du bouquet des énergies renouvelables.

Le transport : il n’a pas de mot plus acerbe pour fustiger une industrie automobile qui d’un côté crée la tentation avec des voitures qui dépassent 200 km/h, et de l’autre côté un discours public qui culpabilise la vitesse et la surconsommation.

L’agriculture enfin, dont il imagine qu’il faut repenser le modèle, trop polluant, et trop consommateur de ressources.

4. Il sait, notre Nicolas, que du passage du principe aux actes, il y a le poids des lobbies, des corporations, des intérêts privés. Et c’est pour dénoncer un substantiel manque de courage dans la classe politique, qu’il met son poids dans la balance en réclamant des initiatives concrètes et majeures.

Dans l’histoire de la vie politique française, des hommes ont déjà su taper sur la table pour soutenir des causes tout aussi louables. On se rappellera l’Abbé Pierre, et son franchissement de ligne rouge, pour accéder à la politique. Plus récemment, ce fut Coluche, qui, plus encore que les Restos du Cœur, diffusa et donna ses lettres de noblesse au discours Humanitaire.

L’intervention de Nicolas Hulot produira, sans aucun doute, le même effet. Les médias cet été lui ont donné un fort écho. Pour le moment, les partis politiques ont réagi en mode mineur. Nul doute qu’ils seront obligés de remonter au créneau, et de prouver leur engagement.

Les vacances sont bientôt terminées. Elles pouvaient servir d’alibi. Dès le premier septembre (le temps de Universités politiques), la chasse sera ouverte. Je parle de la chasse aux initiatives, aux programmes ! Et pour une fois, le plus fervent des chasseurs, croyez-moi, s’appellera Nicolas Hulot.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 5 avril 2006

Commerce équitable : Six questions à Tristan Lecomte (PDG d’Alter Eco)

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Je lui dois l’intérêt que je porte au commerce équitable. Tout a commencé dans un amphi, il y a 4 ou 5 ans. Un jeune homme m’a interpellé, il venait de créer Alter Eco et ne voyait pas pourquoi les produits équitables ne seraient pas vendus en grande distribution. Depuis, nos chemins n’arrêtent pas de se croiser. Mon enseigne commercialise ses produits aux côtés des gammes Ethiquable, Lobodis, Malongo, etc. Il était avec nous, la semaine dernière, dans le Kerala, chez des petits producteurs de thé et d’ananas.

1) Comment êtes-vous tombé dans le Commerce Equitable ?

Quand j’étais étudiant à HEC, j’avais monté une association (Solidarité France-Népal) avec deux amis pour faire de la formation sur la construction de fours et de latrines en milieu rural au Népal. Cette expérience, à la fois utile et entrepreneuriale, m’avait passionné. Je continue à suivre l’évolution de l’association qui existe toujours.

Après mes études, j’ai d’abord travaillé pour L’Oréal. Le travail était techniquement très intéressant, mais il manquait une dimension humaine et spirituelle à mon activité. Je voulais trouver un sens plus profond à mon action, plus largement, un sens à ma vie. J’ai découvert le Commerce Equitable à travers un article du journal « Le Réverbère » (journal des sans-abri) A première vue, j’étais très sceptique, pouvait-on réellement concilier éthique et business ?

Je suis allé voir un magasin Artisans du Monde. J’ai été surpris de découvrir une offre assez large et qualitative. J’ai pensé qu’il manquait juste une pointe de marketing pour que cela se développe à grande échelle, et c’est pour cela que je me suis engagé. J’ai quitté mon poste confortable dans ce grand groupe et, deux mois après, j’ouvrais ma première boutique de 35 m2 à Paris… Depuis, le Commerce Equitable est à la fois mon métier, ma passion et presque ma principale raison de vivre, en dehors de ma vie personnelle et affective bien sûr.

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2) Que retirer de vos premières expériences en magasins ?

De 1998 à 2001, j’ai ouvert deux boutiques de Commerce Equitable à Paris. Cette expérience a été très enrichissante. J’étais au contact des clients tous les jours. J’ai pu mieux comprendre ce qui nous motive à acheter des produits de Commerce Equitable et j’ai aussi pu apprendre à développer des filières Equitables.

Nous vendions principalement de l’artisanat du monde entier. J’aime beaucoup ces objets chargés de sens et d’histoire. C’était aussi une excellente expérience humaine avec les équipes de vente.

Malheureusement, pour des raisons d’emplacement et de taille, ces magasins n’étaient pas rentables et n’offraient pas les débouchés suffisants pour les petits producteurs et artisans partenaires. Ce qu’ils demandent, c’est avant tout plus de débouchés à un meilleur prix ! Quand on se retrouve face à une coopérative de 100, 1000 ou 10 000 petits producteurs et artisans, on ne peut pas répondre à leur attente avec, pour seul réseau de distribution, deux petites boutiques à Paris…

De plus, quand vous vendez peu, vous êtes obligés de faire de grosses marges et vu la faiblesse des volumes importés, vous êtes obligés de passer par des intermédiaires. Je trouvais donc ce modèle pas très en phase avec les objectifs du Commerce Equitable qui sont précisément de maximiser les débouchés et la valeur ajoutée pour les petits producteurs en achetant le plus directement possible…

C’est ce qui m’a amené à changer de modèle de distribution à partir de 2001. Les boutiques, c’était charmant mais pas suffisamment utile et pérenne.

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3) Qui a eu l’idée d’Alter Eco ? Quels ont été vos partenaires ?

J’ai monté Alter Eco, seul, sur le papier. Mais en fait, Alter Eco est une histoire collective. Alter Eco est un catalyseur d’énergies positives, pour des hommes et des femmes voulant entreprendre autrement, réintroduire du sens dans l’acte économique et replacer l’Homme au centre. J’ai voulu qu’Alter Eco soit créatrice de lien social à travers une fonction banale et quotidienne : l’achat. Pour tous ceux qui veulent changer le Monde avec leur caddie, sans pour autant faire la Révolution !

Dès le départ, j’ai reçu le soutien d’un grand nombre de personnes, consommateurs, distributeurs, investisseurs, journalistes, politiques, syndicalistes, religieux… Je suis très attaché à cette diversité que l’on retrouve dans le profil culturel de nos collaborateurs et de nos investisseurs. (Parmi ces derniers, on compte le Crédit Coopératif (à travers le fonds ESFIN Participations), l’Union Française des Céréaliers à travers Unigrains, tout comme l’Abbaye de Saint-Wandrille).

Il s’agit d’entrepreneurs qui ont déjà réussi, mais aussi de petits investisseurs rencontrés grâce à un article de presse. Ils m’ont fait confiance dès le départ. Alter Eco est toujours contrôlée par ces investisseurs privés (un dentiste, un inspecteur des impôts à la retraite, un pasteur, une femme médecin militaire, un banquier, un étudiant…). C’est en quelque sorte toute la société civile qui est représentée dans ce projet que je souhaite rentable et socialement utile.

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4) Quelle dimension doit trouver le Commerce Equitable ? « Small is really Beautiful ? »

C’est amusant que vous fassiez référence à Frits Schumacher et à son livre « Small is Beautiful » car c’est un de mes ouvrages préférés. Ecrit en 1973, ce livre est étonnant car il prédit avec précision les dommages collatéraux engendrés par le néo-libéralisme et la mondialisation débridée. C’est aussi intéressant de voir que l’on n’a rien inventé avec le concept de Développement Durable et que Schumacher en avait déjà défini les principaux contours. Pour moi, c’est un économiste et un philosophe clé pour mieux comprendre notre monde et envisager un modèle de développement plus respectueux de l’Homme et de son Environnement.

Par contre, il est évident que les économies d’échelle que l’on peut réaliser en développant les volumes sont un facteur clé de succès du Commerce Equitable. Comme je l’expliquais précédemment, le modèle de distribution en petites boutiques n’est pas adapté pour garantir de bons débouchés et un achat direct à un bon prix aux petits producteurs.

Il faut passer par les grands circuits de distribution, ce n’est pas un choix mais un impératif. Grâce aux volumes de vente conséquents en grande distribution, nous aidons plus de 10 000 petits producteurs de 30 pays pauvres à mieux vivre. En accédant à de gros volumes de vente nous pouvons maximiser la valeur ajoutée aux producteurs tout en proposant leurs produits à un prix compétitif aux consommateurs. Notre activité est rentable, plus pérenne, nous pouvons mieux préfinancer les groupes de petits producteurs, nos circuits d’importation sont ainsi plus directs et moins onéreux.

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Le Commerce Equitable doit passer par les circuits classiques de vente pour sortir de sa marginalité. Les petits producteurs font d’excellents produits et leur référencement dans les circuits de la grande distribution est un signe de reconnaissance de leur qualité. Ces producteurs sont plus fiers d’être référencés chez E. Leclerc que dans mes petites boutiques… Ils nous disent que c’est un signe par ailleurs très encourageant pour eux, une issue possible à leur situation d’exclusion.

En synthèse, je dirais que les circuits de la Grande et Moyenne Distribution sont particulièrement adaptés à la vente des produits du Commerce Equitable pour garantir des volumes et de bons niveaux de marge aux groupes de petits producteurs. Cela peut paraître paradoxal vu l’image que l’on a de la distribution mais c’est le constat que je fais chaque jour quand je compare les filières d’importation. Il faut donc arrêter de systématiquement vouloir opposer les petits producteurs à la grande distribution, il peut y avoir une forte complémentarité à condition que la relation commerciale soit régulée, par le label Max Havelaar (le label du Commerce Equitable) par exemple.

C’est justement ça l’objectif du Développement Durable : mettre en place des politiques de progrès et réconcilier des organisations économiques et sociales que la taille oppose trop souvent. Je ne suis pas utopiste quand je dis cela, c’est précisément mon travail au jour le jour, Alter Eco fait le pont entre des petits producteurs parmi les plus défavorisés et les géants de la grande distribution…, et ça marche !

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5) Au cours de vos voyages à la rencontre des producteurs du Sud, quelles sont les personnes qui vous ont le plus marqué ?

Le cœur de notre activité et de notre motivation, ce sont les petits producteurs. Ils sont parfois réunis en assemblée et c’est très émouvant de parler à 50, 100, parfois 1000 petits producteurs réunis et de sentir qu’ils sont satisfaits de notre relation commerciale malgré ses limites. La visite des projets financés par la prime de Commerce Equitable (machines, usines, ponts, routes, puits, écoles, fonds de retraite, de prévoyance,…) est aussi une expérience très forte. Chaque rencontre me motive car je vois les avancées concrètes de notre activité pour ces petits exploitants.

Monsieur et Madame Punchibanda, producteurs de thé (0,3 hectare) au Sri Lanka, m’ont particulièrement ému. Je les ai rencontrés en 2001. Grâce au Commerce Equitable, leurs revenus ont doublé (de 100 à 200 dollars par an, ce qui reste extrêmement faible) et ils ont reçu une vache et des engrais verts grâce au Commerce Equitable (ils adhèrent à la coopérative SOFA, 450 membres). Chaque fois que je vais au Sri Lanka, je les rencontre et je suis l’évolution de leur activité, j’ai l’impression que nous sommes devenus amis.

J’apprécie aussi beaucoup Reginaldo Vincentim de la coopérative Coagrosol (80 membres) au Brésil, rencontré en 2002, c’est un producteur et il est aussi chargé du développement de l’organisation. Il est très dynamique et nous partageons la même passion pour le Commerce Equitable. C’est intéressant de voir que, dans tous les pays, il existe des entrepreneurs sociaux qui veulent changer l’ordre des choses et rechercher l’utilité sociale de leur travail.

Je me rappelle un producteur de café, en 2004, en Ethiopie, qui avait trois femmes et 21 enfants. Avec 1,5 hectare de caféiers, il gagnait 120 dollars par an… On a fait une photo de famille et c’était une grande leçon de voir leurs sourires sur leurs visages, par rapport à nos sociétés où on se plaint beaucoup alors qu’on est tellement aidé.

C’est assez choquant de savoir que ce petit producteur n’est pas une exception dans le système, c’est même plutôt la norme dans le milieu agricole dans les pays en développement. Les petits producteurs avec lesquels nous travaillons gagnent en moyenne de 50 à 1000 dollars par an…

Je pourrais encore vous citer des centaines d’exemples comme ceux-ci car je les vis partout où je vais, que ce soit en Bolivie, au Ghana, aux Philippines ou dans les 30 pays où sont situées nos organisations de petits producteurs partenaires depuis que j’ai démarré en 1998. Dans chaque organisation, j’essaie de suivre l’évolution d’un ménage en particulier afin d’évaluer l’impact du Commerce Equitable. J’espère que d’ici 10 ans, leur vie aura réellement changé…

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6) Projetez-vous dans 10 ans, que ferez-vous, que serez-vous ?

J’espère que le Commerce Equitable aura pris un essor significatif, au moins autant que les produits biologiques et que, malgré ses limites, il sera reconnu par tous comme une vraie alternative et un moyen efficace de développement pour les petits producteurs.

J’espère qu’Alter Eco sera devenue une marque reconnue du secteur, à la fois pour l’ampleur de son impact et pour la qualité de son approche, transparente et efficace.

J’espère enfin que nous repartirons tous les deux en Inde dans 10 ans (ou avant !) et que vous verrez que la vie des petits producteurs d’ananas que nous avons rencontrés a changé grâce, en partie, au jus d’ananas Equitable vendu dans vos magasins et ceux de vos concurrents…

Vous êtes partant ?

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Michel-Edouard Leclerc

Samedi 1 avril 2006

Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »

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Agence FEP Jean Bibard (Avril 2006)

On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.

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A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».

Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :

- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.

- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…

- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.

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L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.

La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.

Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.

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P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).

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Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 1 juin 2005

Nicolas Hulot, son « Défi pour la Terre » et ses opposants

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Nicolas Hulot (Convention Perspectives E.Leclerc – nov. 2003)

Les ministres et les gouvernements passent. La terre continue de tourner. Et la question de notre environnement reste un problème durable !

Je soutiens à cent pour cent l’initiative de Nicolas Hulot : « un Défi pour la Terre ». Cette opération n’a rien de révolutionnaire, elle ne changera pas, à elle seule, la face de la planète. Mais elle est nécessaire et salutaire…pour imposer la défense de l’environnement dans la conscience collective.

Je connais NH depuis longtemps. Nous avons fréquenté les mêmes cailloux le long des côtes malouines. Nous avons débattu dans des émissions de télévision ou de radio. Il a encouragé mon enseigne quand, au risque de mécontenter les clients, elle a décidé de réduire la distribution de sacs plastiques dans les magasins. Il est venu me soutenir devant plus d’un millier de nos salariés qu’il s’agissait de mobiliser pour la cause du développement durable. De cette relation est né un partenariat. La Fondation décerne son label à des produits maison (Marque Repère) quand nous nous engageons sur un objectif environnemental. Et c’est avec la Fondation NH que nous organiserons, en 2005, la prochaine édition « Nettoyons la nature » qui rassemblera, autour de ce projet pédagogique, plus de 200 000 jeunes à travers toute la France.

Mais parlons de sa nouvelle initiative. Son défi ? Faire appel à la conscience éco-citoyenne de chacun, mobiliser les bonnes volontés, créer un effet réseau pour que « tous les petits ruisseaux finissent par faire une belle rivière ».

Tout le monde, donc, sur le pont. Il s’agit, dans tous les gestes de la vie quotidienne, d’économiser l’eau, l’électricité, de s’équiper en basse tension, de garder son cabas pour les prochaines courses, d’éviter les sur-emballages, etc… Bref, une opération dans l’esprit « Un enfant, un arbre », « Nettoyons nos plages », tri sélectif des déchets, etc…

A peine lancée, dans le cadre de la semaine du développement durable (du 30 mai au 5 juin), son action suscite les commentaires désabusés de nombreux détracteurs.

1) Il y a ceux qu’irrite NH lui-même : ses coups de gueule, sa manière de marcher devant la caméra et d’avoir l’air de donner des leçons à tout le monde. Comme si Cousteau, Tazieff ou les leaders de Greenpeace n’ont pas eux-mêmes été les metteurs en scène des causes qu’ils défendaient. Comme si le photographe qui shoot Théodore Monot dans le désert du Hoggar n’était là qu’en touriste, rencontré au hasard d’une méharée ! ! !

2) Il y a ceux qui, franchement dédaigneux, trouvent tout ça très scout, genre discours catho moralisateur sous le préau ! Sans doute, cela est-il vrai au moins pour les apparences. Mais notre NH a pour lui cette formidable audience auprès des jeunes, ce dont ne sauraient se prévaloir tous ces intellectuels qui le snobent et dont l’engagement écologique fait cruellement défaut.

3) Il y a aussi ceux qui disent qu’encore une fois, on fait reporter sur les seuls citoyens la responsabilité écologique alors qu’il faudrait s’en prendre aux états, aux institutions et aux responsables politiques. Mais alors qu’à son initiative, on vient de modifier notre propre constitution et qu’on lui connaît un engagement réel sur la scène internationale, peut-on opposer ces deux types d’interventions ?

4) Il y a enfin tous ceux qui contestent son partenariat avec des entreprises. Là, l’accusation vise la crédibilité de toute l’action de NH à travers sa fondation. C’est ainsi que le réseau « Sortir du nucléaire » qui regroupe 700 associations locales, a demandé à NH d’annuler son partenariat avec EDF, « poids lourd du nucléaire »…

Nicolas Hulot a réagi et je veux lui apporter, ici, mon soutien.

1) On ne peut pas interpeller en permanence les entreprises, leur demander d’agir positivement en faveur de l’environnement ou de l’éthique. Et quand elles le font, leur cracher dessus au nom d’une idéologie anti-capitaliste ou d’un angélisme qui rêverait d’un processus de production entièrement propre. L’important, comme le dit NH, c’est de créer un processus collectif d’amélioration des comportements.

2) Vu les enjeux, mais aussi les inerties, on n’arrivera pas à défendre la planète « les uns contre les autres ». Toutes les activités industrielles, à un moment ou à un autre, sont polluantes. « On ne peut occulter que l’agriculture prélève 70 % de notre eau, qu’elle est la deuxième source d’émission de gaz à effet de serre…qu’elle utilise des pesticides…et continue de gaver les animaux d’antibiotiques, voire d’antidépresseurs ». Il faut aider les paysans (et les industriels) à changer d’objectif et les accompagner dans leurs réalisations au lieu de vitupérer contre eux.

3) C’est enfin à travers l’expression de la demande que les consommateurs peuvent agir sur le tissu industriel. En réclamant des produits plus durables, plus économes en énergie, en achetant des produits bio ou de l’agriculture raisonnée.

La boucle est bouclée. On en revient à l’importance des comportements individuels et aux attitudes citoyennes.

En tant qu’initiative parcellaire, le « Défi pour la Terre » de NH ne saurait constituer, à lui tout seul, un projet écologique. Mais c’est du concret. Alors, que celui qui fait mieux, propose…

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Michel-Edouard Leclerc

Samedi 1 janvier 2005

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Michel-Edouard Leclerc