Archive pour la catégorie ‘Ouverture dominicale’

Lundi 10 décembre 2012

Leroy Merlin, Castorama, Bricorama et le travail du dimanche, Mc Kinsey secoue le landerneau, le faux duel Système U / Leclerc … Les échos de la distribution

Crédit photo : Thinkstock

Être ou ne pas être (ouvert le dimanche) ?

Dimanche dernier, j’accompagnais des amis dans un Leroy Merlin de la banlieue parisienne…ouvert le dimanche. Après un bon quart d’heure à attendre un conseiller au rayon aménagement de la cuisine, nous décidons de partir en quête d’un vendeur. Surprise ! Les vendeurs du magasin tenaient un stand et offraient l’apéro aux clients. Etonnement collectif et sourire devant la situation. Et puis voilà que les vendeurs nous tendent une pétition pour soutenir leur demande d’ouverture dominicale. Ils insistent pour que je signe. Je rigole et leur explique qu’au-delà de leur happening sympathique, ma signature serait une provoc’ qui ne leur rendrait pas forcément service !

N’empêche que ce dossier de l’ouverture dominicale a fait resurgir les nombreux paradoxes français. Pour Castorama, la justice vient de décider que le magasin devait fermer le dimanche…mais pas avant la mi-mars 2013 ! Chez Bricorama, les syndicats (représentant le personnel) assignent l’enseigne en justice pour qu’elle respecte la fermeture du dimanche. Du coup, le patron de Bricorama, en représailles, assigne Leroy Merlin et Castorama. Et chez Leroy Merlin, ce sont les salariés qui pétitionnent pour qu’on les autorise à travailler ce jour-là (il faut dire que pour certains, ça signifie 800 euros de plus chaque mois).

Toutes ces nouvelles interrogent : est-ce un combat enseigne contre enseigne ou est-ce finalement un combat salariés contre salariés ? Dans le premier cas, il s’agit alors d’un débat économique, dans le second cas il se pourrait bien qu’il s’agisse vraiment d’un débat de société.

Mc Kinsey secoue le landerneau

Les Echos de ce matin font état de la nouvelle étude publiée par Mc Kinsey Global Institute intitulée : « Investing in growth : Europe’s next challenge ». Le rapport propose quelques réformes pour stimuler les investissements privés, qui se sont effondrés ces dernières années.

Parmi les secteurs qui font l’objet de recommandations dans cette étude, figure la distribution. Le célèbre cabinet pointe ainsi quelques incohérences européennes. Selon l’étude, au Danemark, la limitation des hypermarchés maintient la productivité dans le commerce de détail à un niveau de 30% au-dessous des pays européens les mieux classés. Conséquence : seules deux enseignes sur les 10 premières de la distribution alimentaire européenne, ont pu s’implanter (et donc investir) dans le pays. L’étude pointe également les trop grandes restrictions apportées au Royaume-Uni dans le cadre de sa législation sur l’urbanisme commercial.

A l’heure où l’on envisage en France de multiplier les nouvelles réglementations pour encadrer davantage la grande distribution, voilà un rapport qui tombe à pic et qui vient rappeler le rôle moteur du commerce dans la consommation, l’emploi et la stimulation de l’investissement.

E.Leclerc-Système U : le duel monté en épingle

Les lecteurs du JDD de ce week-end auront peut-être eu l’impression d’avoir raté un épisode inédit de « Dexter ». Tout a été fait pour qu’ils se jettent dans l’article en pensant trouver du sang sur les murs !

D’abord il y a le titre (évidemment non-racoleur…) qui plante le décor : « Passe d’armes entre Leclerc et Système U ».

Ensuite il y a l’illustration (du moins sur le site internet) : deux photos où Serge Papin et moi-même tirons une tronche « patibulaire, mais presque » comme dirait Coluche.

Enfin, le champ lexical quasi-guerrier est au rendez-vous : on y parle « d’escarmouche », on s’imagine Serge Papin qui « bondit » et qui « riposte », tandis que Michel-Edouard Leclerc « ne se démonte pas » et prend une initiative qui « fait des vagues »…

Le journal sera peut-être satisfait de son petit effet. Mais, hélas, ce sera au détriment de l’information du lecteur, qui n’aura pu prendre connaissance de notre plan PME qu’au détour de 34 pauvres petits mots, noyés dans un article qui en fait 10 fois plus. Si encore tout cela était vendeur…

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 23 février 2012

Ouverture des magasins le dimanche : inépuisable feuilleton !

Coucou, le serpent de mer est de retour. C’est Frédéric Lefebvre qui s’est fait le porte-parole du Président-candidat. Nicolas Sarkozy veut aller plus loin dans la libéralisation.

Il a des arguments juridiques et économiques. Je ne suis pas contre un remodelage des textes pour plus de liberté. Il n’empêche, je n’engagerai pas les adhérents E. Leclerc plus loin dans cette initiative.

Juridiquement, il faut bien constater que la loi est encore mal foutue. Les commerçants ont le droit à cinq ouvertures dominicales par an. Il y a beaucoup de zones d’exception, essentiellement touristiques. Les textes sont écrits de bric et de broc, avec  des situations évidemment discriminatoires (ne serait-ce qu’à la lisière de deux départements). Et puis, la frontière est ténue entre les magasins alimentaires qui ont le droit d’ouvrir le dimanche matin et les commerces mixtes (type hypermarchés).

D’autre part, de jeunes entreprises peuvent vouloir « travailler plus » sur de plus grandes plages horaires. Interdire de travailler le dimanche, c’est une atteinte à la liberté du travail.

Economiquement aussi, il y a des inepties flagrantes dans les pratiques actuelles. On est en crise. C’est quand même un comble de ne pas pouvoir ouvrir les magasins aux milliers de touristes étrangers quand les cars des tour-operators se contentent, le dimanche, de longer les Galeries Lafayette ou le Bon Marché.

Donc, soyons cohérents, même si nous ne sommes pas demandeurs, on ne saurait revendiquer la liberté d’entreprendre et, en même temps, la limiter dans des plages horaires.

Le candidat socialiste dit-il autre chose ? Non, je ne crois pas. A la liberté proposée par Nicolas Sarkozy, il oppose essentiellement la nécessité de négocier les contours sociaux des nouvelles pratiques. Les salariés ne peuvent qu’être d’accord sur la prise en compte de leurs préoccupations.  Que ce soit par un accord négocié ou par la loi, ça reste un choix politique. Pourquoi ne pas procéder par la loi, comme le souhaite le Président.

S’ils respectent la liberté des autres, les adhérents E. Leclerc ne font toujours pas de l’ouverture dominicale un cheval de bataille. La très grande majorité pense qu’un jour de repos en famille, pour les patrons comme pour les salariés, c’est une bonne respiration.

Ceci dit, si tout le monde a le droit d’ouvrir, on ne sera pas maso, il faudra bien suivre le mouvement.

Et alors là, j’attire l’attention de nos amis politiques : l’accroissement de chiffre d’affaires et d’activité généré par cette liberté systématiquement appliquée ne couvrira pas les coûts sociaux inhérents à ce surcroît de travail ou d’embauches. C’est une des raisons d’ailleurs pour lesquelles la distribution américaine pratique des marges brutes très élevées.

Débattons-en donc, s’il y a vraiment une demande.

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 16 août 2009

Ouverture Dominicale (1)

L’idéologie et le concret.

Week-end du 15/08 à Tregunc aux environs de Concarneau. Dès jeudi dernier, la ville s’apprêtait à accueillir quelques milliers de touristes pour la fête traditionnelle des filets bleus. Podium géant sur le parking de l’ancienne criée, affiches colorées pour annoncer une soirée celtique rock le samedi, et le défilé des bagads le dimanche.

Avec le beau temps, les touristes sont revenus : beaucoup d’Anglais et de Hollandais amarrés au ponton du port de plaisance, devant la Ville close. Et des toiles jaunes et bleues qui repeuplent les campings, et des dizaines de mobil homes en tous genres le long des plages. La fête s’annonce bien.

Dès lors, on ne comprend plus pourquoi, la plupart des commerces s’obstinent à rester fermés. A l’heure de midi d’abord, entre 12h30 et 14h00. Et le samedi et dimanche après-midi, alors qu’assoiffés et affamés en tous genres sont relégués sur les aires de pique-nique ou en terrasse, pour mâchouiller les éternels sandwichs qu’ils ont été obligés de préparer à l’avance.

C’est le jour du « Seigneur » diront les bigots ! La démocratie chrétienne, il est vrai, règne ici en maître, même au cœur du PS. Mais il y a belle lurette que les églises sont désertées ! « C’est le droit au repos de l’ouvrier ! » rétorqueront les syndicats. Oui, certes, mais ici les pêcheurs vont en mer, les ouvriers agricoles moissonnent dans les champs, et on bosse dur dans  le secteur de la restauration et des loisirs.

Foin des idéologies, faut-il être aveugle, et surtout être riche (le mot est d’un anglais mécontent) pour afficher sur les vitrines : « désolé, on est fermé » Après ça, faites donc l’éloge du « service client » …

La question du salaire, du sursalaire et des droits de compensation a bien sûr tout son sens dès lors qu’il s’agit d’étendre les horaires de travail. Mais Sarkozy a-t-il vraiment si tort, quand, invoquant la manne touristique, il fustige les rigidités sur le marché du travail. Tant de chômeurs voudraient travailler, tant de corporations prétendent manquer de chiffre d’affaires !

Et en plus, les curés s’y mettent aussi, impossible de visiter nos jolies églises renaissantes, passé 18h00.

Oui je sais, il n’y a pas que le business. Mais alors, soyons cohérents et arrêtons de geindre sur cette mauvaise saison commerciale, alors que l’on a laissé passer un formidable chiffre d’affaires additionnel. Et comprenons que l’on est en train de donner une image pitoyable de notre capacité d’accueil à toute une population touristique, pourtant attirée ici à coups de pub qui valent des millions…. Des touristes anglais, hollandais, pour lesquels, pendant 48h, pas un guichet de banque ne sera ouvert, aucun restaurant traditionnel ne sert plus après 14h30 et après 21h00.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 13 décembre 2006

L’ouverture des magasins le 24 décembre

Je l’ai déjà dit, ici, je n’en fais pas un combat. Je laisse à chacun le loisir d’apprécier s’il croit nécessaire qu’on généralise l’ouverture des magasins le dimanche. Par principe, je suis pour la liberté. Mais je suis aussi pragmatique. Et je conviens que si tout le monde ouvrait le dimanche, il n’y aurait pas une augmentation de chiffre d’affaires suffisante pour couvrir les charges supplémentaires de chaque magasin. Alors, va pour une législation hybride qui limite le nombre de dimanches ouvrables. Voilà une base socialement acceptable pour les salariés. Et si, en zone touristique ou pour accompagner tel ou tel évènement local, il faudrait en accroître le nombre, faut-il en faire une affaire nationale. A mon sens, non. La loi doit fixer des principes. Il vaut mieux traiter les adaptations et les dérogations au niveau régional et dans un cadre contractuel.

Je ne vois pas de raison de faire de cette question un enjeu idéologique.

Mais quand j’entends des associations et des syndicats appeler au boycott des magasins ouverts le 24 décembre, franchement je me demande à quoi on joue.

Ah, oui, on nous dit qu’il faut refuser « l’aliénation de la marchandise », et sortir « d’une vision purement consumériste » de la société (CGC). On nous dit aussi, sans rire, que c’est « la diversité de notre système de distribution qui est remise en cause » !!! (CFTC). Beaucoup de mots, de discours, en apparence généreux. Mais s’il s’agit vraiment de protéger le droit des salariés (CGT), pourquoi réserve-t-on ces flèches au seul secteur de la distribution é

Pourquoi n’entendons-nous rien dire du sort de tous ceux qui, ce jour-là, et jusque tard dans la nuit, travailleront, ce 24 décembre, dans les restaurants, le métro, sur l’autoroute ou à la SNCF…pour que la fête soit belle aussi pour les autres… Pour ceux-là, dont les métiers sont souvent aussi exposés à la pression du public et au stress de la suractivité, point de couplet, aucune sollicitude.

Allons, cette discrimination est trop louche pour être sincère. Je répète, s’il faut légiférer pour que le 24 décembre soit férié, alors que ce soit pour tous les métiers. Et encore mieux : je suggère à ceux qui soutiendraient sincèrement cette demande d’éviter, dans leur propre pratique, la fréquentation des magasins, des centres de loisirs et des services publics ce jour-là. Chiche !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 23 février 2005

La fermeture du dimanche

 Au théâtre de Paris, on joue « Amadeus », la pièce de Shaffer qui inspira le film de Milos Forman. On y voit l’empereur, faussement mollasson, sans cesse sollicité pour trancher les rivalités opposant Salieri (Jean Piat, 81 ans, magnifique !) à Mozart (Deutsch, irritant génie). Et de sa Haute Viennoiserie, excédé, il ponctue chaque dispute, d’un « Eh bien voilà » qui n’autorise ni discussion ni appel. Ce rôle impérial, c’est Jean-Pierre Raffarin, ce week-end, qui l’a tenu. Il a enterré définitivement (enfin, le temps de son propre mandat !), la question de l’ouverture dominicale des commerces. L’affaire n’a pas vraiment une importance capitale. Pas d’urgence ! La demande de « libre ouverture » existe, émanant d’enseignes de jardinage, de bricolage et d’équipement de la maison. Les autres réclament surtout plus de souplesse : quelques dimanches supplémentaires (la loi en autorise 5), ou pour tenir compte de l’activité touristique et évènementielle (festivals…) d’une localité. Non, ce qui est dingue, c’est cette manière de traiter le sujet. Cinq ministres pour un orchestre sans partition. Devedjian, à la suite de Sarkozy, lance le débat, Gaymard tempère, parle d’assouplissement, Jacob s’oppose, conçoit que l’agriculteur travaille le dimanche mais pas le commerçant. Devedjian finit par préciser que la mesure ne concernerait finalement que les petits commerçants du textile, de centre ville… Et Raffarin de conclure d’une salve définitive : « C’est non ». Eh bien voilà ! Les Centres E. Leclerc ne se sentent pas concernés. Patrons ou salariés, sous notre enseigne, sommes d’accord pour des adaptations, mais nous ne sommes pas contre le repos dominical. Il y a une vie après la ligne de caisses ! Mais tout de même, est-ce une manière sérieuse de réfléchir à l’adaptation du réseau commercial à la société de services vers laquelle nous courons ?

Michel-Edouard Leclerc