Archive pour la catégorie ‘Actualités / Débats (Eco)’

Vendredi 15 janvier 2010

Le prix de la musique, suite…

Réponse à « spam », « julien », « François » et « elodie »

Les commentaires sur les systèmes de tarification de la musique sur Internet confondent souvent deux problèmes différents :

-         la marge de l’intermédiaire qui diffuse le service ;

-         la rémunération de l’artiste lui-même.

On peut discuter des marges prises par les labels sur le marché physique du disque ou par les sites légaux comme Deezer sur le Web. Place à la concurrence et à celui qui est le moins cher.

Mais, j’insiste. Si personne ne paie (invoquant l’obligation de gratuité ou l’appel au piratage), il faudra bien trouver un mode de rémunération pour l’artiste.

Un artiste qui ne vit pas de son art, c’est un chômeur. Si l’on ne reconnaît pas le droit d’auteur, il ne restera plus que des artistes sponsorisés (jusqu’à devenir l’homme sandwich d’une marque) ou financés par les collectivités publiques (vive le temps des soviets !). En caricaturant, je dirais qu’on aura le droit de choisir entre la Star Ac sur TF1 et l’Eurovision sur France 3.

Désolé, spam, tu as adopté une posture parce que, aujourd’hui, l’offre est pléthorique et qu’il y a largement le choix. Mais demain ?

Pour moi, une société qui n’accepte pas de payer les artistes, ses journaux et même son accès à l’éducation (ne serait-ce que par l’impôt), c’est une société qui aliène sa liberté de choix.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 janvier 2010

La musique, la lecture, l’info sur le Web : les pirates rasent toujours gratis

BLOG 060110

Getty Images©

Bonne nouvelle pour les artistes, ce matin : le barème de rémunération des chanteurs et des musiciens pour la diffusion de musique « dans les lieux sonorisés (bars, restaurants, commerces, parkings) a été revalorisé pour la première fois depuis 1987 » (source AFP). Selon la Société des Auteurs, cette revalorisation n’excèdera pas « le prix de deux cafés par semaine pour un bar » ou « moins d’une coupe de cheveux tous les 5 mois pour un coiffeur ». Génial.

Mais en attendant l’efficacité supposée de la loi Hadopi, le piratage continue de faire des ravages.

Les artistes déjà bien établis en notoriété s’en tirent encore. Ils font des concerts, arrivent à marketer des CD sympas. Pour les autres, c’est le début de la galère. Et si les majors, pourtant décriés, n’arrivent plus à financer « les jeunots » par la marge sur des blockbusters, toutes ces filières (incluant labels musicaux, production DVD et jusqu’aux journaux papier) vont vivre une crise pas possible !

Le 3 janvier dernier, Bono, le chanteur de U2, a dénoncé les opérateurs économiques : ceux qui abritent le nouveau marché de la musique en ligne, ceux qui couvrent les échanges de fichiers et qui empochent les profits.

Dans l’économie réelle, tout commerçant, grand ou petit, généraliste ou spécialiste, est tenu de s’assurer de la qualité des produits vendus, tant en matière de sécurité, de respect des normes d’hygiène et des conditions légales d’accès. Pas de journaux pédophiles au rayon presse, pas d’alcool aux moins de 18 ans, pas de white spirit en vente libre, pas de produits frelatés, etc., etc. Et si des trafiquants opéraient des échanges de denrées illégales (drogue) dans nos magasins, nous aurions à rendre compte.

Pourquoi les commerçants du Web seraient-ils exonérés des mêmes responsabilités !

Bono a raison. Les opérateurs du Web ont bien la clé de l’antivol. La plupart des sites ont segmenté leur offre par zone géographique, ne serait-ce que pour s’adapter aux langues locales. Ils doivent déjà rendre compte de certaines pratiques illégales : propos racistes, publications nazies, transactions financières douteuses, etc. Les algorithmes de leur moteur de recherche sont même capables de tenir compte des préoccupations politiques de certains pays (censure en Chine, garde-fous « moraux » dans plusieurs républiques islamiques).

Cessons donc, dit Bono, cette hypocrisie qui focalise toute la répression sur les clients, sans exiger que la liberté d’exercice professionnel sur le Web soit liée au respect de la légalité.

Au fait, où en est-on avec Hadopi ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 3 décembre 2009

Conflit des transporteurs : il faut voir plus loin !

Transport

Getty Images©

Les syndicats des salariés du transport routier ont annoncé qu’ils manifesteraient le 13 décembre. Ils menacent de bloquer l’activité de tous les entrepôts de la distribution en France.

Après l’immunité accordée par les pouvoirs publics aux opérations des agriculteurs au printemps, on leur a offert un boulevard. Nul doute que le gouvernement préfère les voir là plutôt que devant les préfectures ou sur les périphériques.

Le Ministre des Transports, Dominique Bussereau, a habilement renvoyé dos à dos les professionnels en les invitant à la négociation.

De fait, les représentants des fédérations patronales ont quelque peu suscité la provocation en annonçant qu’ils ne procèderaient à aucune augmentation de salaires cette année.

Mais l’Etat peut-il ainsi dégager sa responsabilité ? Les taxes ont, ces trois dernières années, complètement plombé le compte d’exploitation des sociétés de transport et personne ne doute que les engagements de la France pour limiter les émissions de CO² conduiront les pouvoirs publics, dans les prochaines années, à pénaliser plus encore ce secteur.

Alors, plutôt que de traiter les problèmes sur le court terme et de laisser s’écharper, entre eux, salariés et patrons des sociétés de transport, ne vaudrait-il pas mieux organiser plus fondamentalement les mutations du secteur.

L’Etat va promouvoir le transport ferroviaire des marchandises. J’applaudis. Mais ce projet sera très impactant sur le plan social.

Le Grenelle de l’Environnement va obliger toutes les professions énergie-voraces à faire leur révolution. C’est un engagement de société qui touche tout autant le transport que l’agriculture et la pêche. Quels financements, quelle part du Grand Emprunt, quelle fiscalité incitative a-t-on prévus pour le secteur des transports ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

gfk4

Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 26 novembre 2009

Pharmaciens et docteurs en pharmacie : le vrai, le faux

MD001962[2]

Getty Images©

Je continue de commenter quelques verbatim relevés dans la presse ou sur ce blog.

« Les docteurs en pharmacie de EL  n’ont pas le même statut que les pharmaciens »

  • Vrai : Contrairement à d’autres pays européens, dans notre pays, on est « pharmacien » en titre que si l’on est propriétaire d’un fonds de commerce. On peut être pharmacien salarié dans l’industrie, pas dans le commerce. Mais la différence de statut n’est pas une différence de qualité de diplôme.

« La compétence des docteurs en pharmacie sous enseigne EL est moindre que celle d’un pharmacien »

  • Faux, ils ont fait les mêmes études et ont le même niveau de compétences.

« Les docteurs en pharmacie de EL ne sont pas inscrits au Conseil de l’Ordre »

  • Vrai. C’est une qualité qui leur est refusée puisqu’il n’y a pas, au Conseil de l’Ordre, de section « pharmaciens salariés du commerce ». Mais ce n’est pas de leur fait, ni le signe d’un refus de leur part.

« Les docteurs en pharmacie de E. Leclerc ne seraient pas soumis à la même déontologie »

  • Faux : Nos docteurs en pharmacie s’engagent à respecter toutes les dispositions qui sont exigées par le ministère de la santé et les laboratoires. (Conditions de commercialisation, disposition des produits, information, conseils, contrôles, etc.). S’il s’agit de renforcer le contenu d’un tel cahier des charges, pas de problème pour le respecter.

« Salariés, ils seront soumis au diktat du capital (sic) »

  • Vrai, mais alors comme pour tout pharmacien d’officine. A qui veut-on faire croire qu’une pharmacie libérale est un service public dont la gestion est exempte de critères de rentabilité ? Si c’était vrai, il n’y aurait pas de tels écarts de prix ou de marges en officine.
  • C’est vraiment un mauvais débat. Ou alors il faudrait supposer que la déontologie ne pourrait être garantie que par des patrons propriétaires, à l’exclusion de tout salarié, fût-il docteur en pharmacie de l’industrie ou du commerce. Voilà une affirmation qui plairait à Besancenot !
Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 25 novembre 2009

Médicaments non remboursés : le vrai, le faux

 Je commente quelques verbatim relevés dans la presse ainsi que des notes publiées ici (JAKEDOUARD-23/11, ROMANIN, 21 et 24/11, Vulcaintrauma, 24/11, brice41, 21/11).

« E. Leclerc n’a pas le droit de vendre des médicaments »

  • Vrai : c’est en France un monopole réservé aux pharmaciens.

« EL veut vendre des médicaments en grande surface »

  • Faux : pas question de les vendre en hypermarché. « Ce ne sont pas des petits pois », dont acte. Aussi le projet consiste à les commercialiser dans un espace dédié à la santé (des parapharmacies), sous le contrôle et avec les conseils d’un docteur en pharmacie.

« Il n’y a pas de problème de prix sur le médicament »

  • Vrai, s’il s’agit de médicaments remboursés.
  • Faux, s’agissant des médicaments déremboursés. Leur mise en marché n’est soumise à aucun système de régulation. Plus sages cette année, leurs prix ont flambé lors des premières vagues de déremboursement par l’Etat (Etude de la Mutualité Française, 2006).

« Les Français ne sont pas sensibles au prix des médicaments »

  • Vrai jusqu’ici, car il y avait peu de médicaments déremboursés.
  • Mais faux : depuis 2 ans, les mutuelles et les organisations de consommateurs les sensibilisent (Que Choisir, septembre 2009). Dans la dernière enquête IPSOS, 36 % des Français ont refusé d’acheter des médicaments qu’ils trouvaient trop chers.

« Finalement, il y a peu de médicaments concernés »

  • Faux, tous les médicaments ne sont évidemment pas concernés. Mais le marché des médicaments « à prescription médicale facultative et non remboursés » va frôler les 2 milliards de chiffre d’affaires. Ce n’est pas rien.

« Les prix sont compétitifs en pharmacie »

  • Vrai localement, s’agissant de certains groupements ou même d’officines qui, à Paris, à Strasbourg, à Toulouse, sont très performants en prix.
  • Mais globalement faux : une étude du BIPE (octobre 2009), portant sur 313 médicaments PMF-NR, révèle que pour un même médicament, l’écart de prix entre deux pharmacies est au minimum de 70 %. Les écarts de prix observés sont en moyenne de 100 % et peuvent aller jusqu’à 200 %.

« E. Leclerc ne pourrait pas vendre moins cher ces médicaments OTC »

  • Faux : rien qu’en s’alignant sur les prix les plus bas dans les officines, nos parapharmacies seraient mathématiquement 50 % moins chères que la moyenne des prix relevés en France.

A suivre…demain.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 23 novembre 2009

Novelli tance la distribution : une instrumentalisation politique inefficace

Quasi muets depuis quinze jours, nos concurrents et néanmoins collègues des autres enseignes avaient jusqu’ici refusé de répondre à la polémique dans les médias. Même Jérôme Bédier, Président de la Fédération du Commerce et de la Distribution, ne semblait savoir sur quel pied danser. Il avait cru jusqu’au dernier moment que le Ministre annoncerait des « mises en demeure » plutôt que des « assignations ».

Fin de semaine dernière, cependant, des managers d’Auchan, de Système U ou de Carrefour ont commencé à reprendre la parole pour dénoncer le procédé. Ils réaffirment la légalité des clauses de leurs contrats désormais incriminées.

Ils ont raison. Les assignations que nous avons reçues sont des « pots pourris » de diverses récriminations et nous ne désespérons pas de pouvoir démontrer assez vite que tout cela est un mauvais procès.

Mais en l’espèce, c’est inutile et déjà trop tard. H. Novelli le sait, qui n’a cure fondamentalement d’avoir à prouver, lui, qu’il a raison. Ce n’est pas son problème. Dans cette histoire, il n’est que le facteur. Dans quelques mois, s’il est élu en région Centre, il ne sera probablement plus Ministre du Commerce.

Quels que soient les plaidoyers, et même si l’Etat, demain, est « rembarré », le mal a été fait. Les dégâts sont d’ordre politico-médiatique. Car telle était la seule motivation du coup bas : dédouaner le gouvernement de toute collusion avec la distribution et réaffirmer le rôle de gendarme de l’Etat. Ce faisant, les pouvoirs publics privent le lobby des « frustrés de la loi Galland » (FNSEA, ANIA et leurs relais au Parlement) d’une possibilité de révision de la LME.

La LME, on le sait, a été conquise de haute lutte. Sous la pression de nos publicités pour défendre le pouvoir d’achat, le Président a, pour réformer la loi, dû « violer » une majorité réticente, toujours prisonnière de ses alliances historiques avec la CGPME, la FNSEA, les représentants des Chambres de Métiers et d’Agriculture… C’est pour elles qu’on tance aujourd’hui toute la distribution.

Du point de vue purement politicien, le coup peut paraître habile : déjà sur FR3 Bretagne, Christiane Lambert, Vice-présidente de la FNSEA, y trouve justification des actions menées, ce printemps, dans les magasins. Et la plupart des parlementaires que « drivait » feu Jean-Paul Charié, applaudissent à deux mains.

Pour quel résultat économique ? Aucun. D’ici 3 ou 4 ans, toutes les enseignes sortiront blanchies de la plupart de ces accusations. Au mieux, on aura réécrit certaines clauses, certains contrats. Et cette pression sur nos enseignes ne nous fera pas changer de stratégie : on continuera à négocier des prix bas.

Les politiques ont pris le risque de couper les ponts avec notre secteur. Est-ce une si mauvaise chose pour nous. Depuis plusieurs années, les enseignes devaient envoyer leurs cadres, pratiquement toutes les semaines, à Bercy, rue de Grenelle, rue de Varenne quand ce n’était pas à l’Elysée ! Au moins nous a-t-on donné, cette fois-ci, prétexte à rester à la maison.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 5 novembre 2009

Ministère des Finances c/E. Leclerc : exégèse

L’affaire couvait de tribunaux en tribunaux depuis 2003 (TGI Nanterre, Cour d’appel de Versailles, Cour de cass., Cour d’appel de Versailles). L’un des gros dossiers contentieux de l’ère Raffarin a abouti à une condamnation de notre groupement.

Je ne suis pas du genre à me défiler, ni à me retrancher derrière la langue de bois. On a mal travaillé, on a perdu…Mais rien d’immoral. Le sujet est compliqué. Pour moi, le jugement reste absurde, mais ne serait-ce que pour nos cadres, je veux donner, ici, quelques explications pour compléter les propos rapportés dans les médias.

-  La condamnation : une amende de 23 millions d’euros ? Non, l’amende est de 500 000 euros (c’est déjà suffisamment douloureux).

Les 23 millions représentent des avantages commerciaux obtenus lors de négociations commerciales. La justice considère que, telles que rédigées, les transactions ne respectent pas leur objet. Elle requiert, via le Trésor, la restitution de ces sommes aux fournisseurs qui en feraient la demande.

-  L’origine du contentieux ? L’affaire est au départ purement commerciale. Les Centres E. Leclerc s’estimant lésés par rapport à la concurrence, ont obtenu de 28 fournisseurs (grandes marques nationales ou multinationales) une renégociation des conditions d’achat. Le litige s’est éteint avec la signature de protocoles transactionnels. Le montant ainsi renégocié a profité aux consommateurs.

-  Que vient faire l’Etat là-dedans ? On remonte à une époque où le gouvernement (Raffarin, Dutreil, etc.) cherchait des noises à la distribution. Comme aujourd’hui, il ciblait les principales enseignes, ratissait large dans leurs pratiques commerciales pour montrer aux PME que le gendarme faisait son boulot ! Carrefour et Système U sont poursuivis sur de mêmes fondements.

Mais le paradoxe, c’est que les industriels n’en demandaient pas tant. L’Etat est intervenu sans même les avertir. Aucun d’eux ne fut partie à la cause.

-  Que retient la Cour ? La Cour retient que les protocoles transactionnels ont été proposés à la seule initiative de notre enseigne. Et peu importe la qualification qui en a été faite, ces actes s’analysent en des accords permettant le bénéfice rétroactif de coopération commerciale pour des prestations qui n’ont pas eu lieu.

-  L’arrêt est-il exécutoire ? Assurément. Le Galec, comme l’y contraint la Cour, « restituera l’indu » au Trésor.

Mais attention : « Si la Cour a reçu le Ministre de l’Economie en sa demande de restitution au Trésor », c’est pour le compte des fournisseurs et non à son profit. Et le Ministre est tenu de restituer aux Centres E. Leclerc les sommes qui n’auraient pas été revendiquées par les fournisseurs.

Je ne peux préjuger de la pression que Bercy mettra sur ces derniers. Peut-être quelques-uns seront-ils tentés de récupérer une partie de ces sommes. Mais, d’ores et déjà, la Cour a pu acter que 17 fournisseurs ont manifesté, par écrit, leur volonté de ne pas demander la restitution de ces sommes puisqu’ils s’estiment engagés par la négociation.

-  Les leçons ? Aurions-nous pu éviter ces mauvaises querelles ? Peut-être ! Mais je rappelle qu’à l’époque, la loi Galland stipulait l’impossibilité de négocier directement des réductions de prix. Les distributeurs (et les industriels, mais ils ne sont pas poursuivis !!!) étaient obligés d’élaborer des protocoles de coopération de plus en plus surréalistes !

Maintenant, la loi a changé. Elle permet d’autres méthodes (dont la négociation des tarifs et leur ajustement permanent). Mais si cette affaire renvoie aux pratiques passées, on voit bien qu’en cette nouvelle période de « chasse aux distributeurs », « des causes différentes » peuvent avoir les mêmes effets dévastateurs.

Aussi, je répète donc ici ma conviction, difficilement défendue à l’intérieur du groupe. Nous sommes un groupe d’indépendants, rebelles à toute forme de management centralisé. Nous croulions sous la facturologie et le poids croissant des obligations juridiques. Mais aujourd’hui, notre performance suscite des jalousies (ah, si nous vendions cher, les fournisseurs ne diraient que du bien de notre centrale d’achat !). Nous devons revoir à la hausse nos exigences et nous soumettre à de coûteux et contraignants contrôles supplémentaires.

Mais rassurez-vous, la meilleure défense, comme la contre-attaque, est ailleurs…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 3 novembre 2009

La distribution dans le collimateur : un scénario très politique !

Soyez charitable ! Ne rappelez pas à Hervé Novelli qu’il est le Secrétaire d’Etat au Commerce. Ca pourrait lui filer la honte. Il n’est pas donné à beaucoup de ministres de tirer sur les ouailles dont ils ont la charge. HN se proposait de moderniser l’image de notre secteur, d’être le ministre qui, à la suite de Luc Chatel, nous sortirait des querelles corporatistes. Il nous y replonge. Nous voilà revenus au temps des raffarinades, des enquêtes parlementaires, des procédures… L’illusion n’aura duré qu’un temps.

J’ai vu venir le coup à la fin du printemps. Les hordes de la FNSEA fondaient sur les hypermarchés pour y casser du caddy devant les caméras du JT. Comme je m’inquiétais de ce qu’aucun homme politique n’appelle à l’arrêt des combats, j’interpellai notre ministre « de tutelle ». « Tu as raison de m’alerter, il faut que ça s’arrête. Moi, ce que je veux, au contraire, c’est que vous aidiez les paysans, comme par exemple les producteurs de pommes de ma région qui ont besoin d’être organisés. Mais tu sais, je ne suis qu’un petit ministre, c’est à l’Elysée que ça se décide. ».

A l’Elysée, je me rendis le 23 juillet. Dans l’entourage immédiat du Président, on reconnut qu’il y eut un certain laisser-faire : « On aurait pu dire plus fort (euphémisme) qu’on était contre la violence ». On confirme qu’il n’est pas question de revenir sur la LME, mais « il nous faut montrer que le gendarme contrôle la situation. On va « leur » donner un ou deux dossiers en pâture. » A ce moment-là, on me garantit que malgré les gesticulations du député Charié, E. Leclerc n’est pas dans le lot, et que « dans l’ensemble, la distribution a plutôt bien joué le jeu ». L’Observatoire des prix l’a confirmé, s’agissant des marges sur le lait.

Patatra. La tension monte dans les campagnes et fragilise plus encore le patron de la FNSEA qui renchérit sur la question des fruits et légumes et de la LME. Je m’inquiétais de nouvelles rumeurs auprès du ministre de l’agriculture qui, à quelques mois des régionales, devait trouver la parade et sauver les relais ruraux de l’UMP. Il me garantit qu’il ne se servirait pas de nous comme boucs émissaires. Il fut correct.Mais c’est Novelli qui remit le couvert dans l’idée de pouvoir désamorcer la manifestation nationale des agriculteurs. A Bercy, le 24 septembre, il m’informa que, finalement, nous allions y passer : « mais rassurez-vous, je serai œcuménique ».

Le matin du 6 octobre, devant un parterre d’industriels et de distributeurs réunis par LSA, le ministre déclara : « Je ne veux stigmatiser aucune enseigne ». Madame la Directrice de la Concurrence annonça qu’on allait publier une liste des clauses abusives : « …afin qu’elles ne deviennent pas pérennes ». Le propos, à ce stade, restait de nature générale et pédagogique…

Mais le soir, sur les ondes, le ministre annonça, sans autre précision sur les incriminations, que l’Etat allait porter en justice un dossier contre 9 distributeurs.

Jusqu’ici, mes petits camarades des autres enseignes se sont abstenus de commentaires. Chacun prend connaissance ou attend sa lettre de cachet.

Voilà une instruction à charge rondement menée. C’est Poutine à Bercy : l’accusation est hautement médiatisée… La défense ne sera pas facile. La matière est technique, les arguments inaudibles et la condamnation déjà prononcée.

D’autant que les vieilles affaires (lancées du temps où Raffarin et Dutreil laissaient circuler les PV de la DGCCRF au salon de l’agriculture) rattrapent les distributeurs. Des dossiers complexes (loi Galland) courent de tribunaux de commerce en Cour d’appel ou de Cass. C’est Carrefour qui semblait récemment avoir accumulé le plus de gamelles. Les Centres E. Leclerc l’ont rejoint dans les prétoires. On parle aussi de deux ou trois affaires à l’encontre d’Intermarché et de Système U…

Assurément, tout cela fait tache. Il y a eu des erreurs, des négligences, des abus probablement. La distribution n’est pas la Blanche Epiphanie et ne fera pas pleurer dans les chaumières, mais les manipulations médiatiques et les effets d’annonces du gouvernement ne règleront pas les problèmes que rencontrent aujourd’hui les producteurs.

Les distributeurs s’irriteront de tant d’énergie ainsi dépensée. Ils se rassureront : malgré les coups, 5 enseignes trônent dans le Top Ten des entreprises préférées des Français.

Mais pour l’heure, il faut repartir à la négociation. Les campagnes de référencement redémarrent et doivent être clôturées d’ici fin février. Je ne vous dis pas le contexte ! Il faudra encore revoir à la hausse la sécurisation juridique des milliers de contrats et des millions d’opérations commerciales. Au moins, y a-t-il une chose positive : l’avenir des professions juridiques est assuré.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 26 octobre 2009

« La crise n’a pas été payée »

200275053-001[1]

Getty Images©

J’écoute Stéphane Soumier sur BFM. Il commente la chute de la bourse à New York : « Déception des investisseurs, résultats peu spectaculaires…On attendait mieux de la reprise aux USA. Les bénéfices annoncés sont moindres que ceux espérés…».

La crise donc ! On commente le cours de bourse dont on fait l’indicateur, le thermomètre de la reprise économique.

Erreur, grave erreur. On se trompe de diagnostic ! Une totale confusion s’est installée entre la notion de « crise financière » (jugulée par l’intervention des Etats) et son impact sur l’économie réelle. La crise économique, celle-là, « reste à venir ». Elle est « devant nous ».

On se leurre. Les mesures de soutien de tous les gouvernements occidentaux ont le mérite d’avoir artificiellement soutenu la croissance et les systèmes sociaux font « tampon ».

Mais pour efficaces qu’ils soient, tous ces mécanismes de soutien ont un coût, aujourd’hui différé (emprunt, déficit). Et pourtant, il va bien falloir payer !

Si ce qu’on nous a dit est vrai, l’éclatement de la bulle financière a contribué à « cramer entre 3 000 et 5 000 milliards de dollars d’actifs ». Pfuit, parties en fumée les créances pourries, ou tout simplement incertaines, inscrites au portefeuille des banques, des sociétés d’assurances, des entreprises, et jusqu’aux particuliers ! On avait donné de la valeur à ce qui n’était que du vent. Le coup de balai de la crise a tout dispersé…

Mais même différé, l’impact sur l’économie réelle sera forcément très dur. La dépréciation de ces actifs va, pendant pas mal de temps, plomber les plans de financement dans de nombreux secteurs (industriel, immobilier de tourisme et de bureau, et jusqu’au marché de l’art !). Il va falloir du temps pour « recréer autant de valeur ».

Tout cela a un coût. Il n’y a pas de recette miracle. Ce sera l’inflation ou l’impôt !

 -   L’inflation ? Pas sûr que ça reparte, même en lâchant les monnaies, en laissant creuser les déficits. Les coûts du travail dans les pays émergents sont encore très bas, le faible pouvoir d’achat de leurs populations va continuer à peser sur les prix des produits manufacturés !

 -   Alors l’impôt ? Oui, c’est sûr. Et les débats sur l’affectation de la fiscalité (écologie, grands équipements, etc.) ne doivent pas faire illusion. Après la crise et le temps des soutiens à l’économie viendra le temps de la rigueur, financement des déficits oblige !

Dans ce contexte, peut-on déjà oser parler de « sortie de crise » ?

Allons, ce n’est pas sérieux. Le monde financier retrouve ses marques, soit ! Mais si c’est vraiment « la crise du siècle », on n’a pas fini de constater ses effets.

Et surtout, elle n’a pas encore été payée ! La facture, croyez-moi, va être salée.

Michel-Edouard Leclerc