Archive pour la catégorie ‘Agriculture’

Vendredi 26 avril 2013

Lait – Les centres E.Leclerc acceptent le plan proposé par Stéphane Le Foll mais ne subventionneront pas le lait étranger

Crédit photo : Thinkstock

Comme l’avait précisé Stéphane Le Foll le week-end dernier en Bretagne, j’avais fait savoir au Ministre de l’agriculture que les Centres E.Leclerc soutiendraient un accord visant à verser 2,5 centimes/litre aux producteurs de lait pour rattraper la hausse de leurs charges.

Les Centres E.Leclerc, qui ont déjà accepté en 2013 au niveau national des hausses substantielles sur le prix du lait (en moyenne sur marques nationales et MDD : + 4,39%) , acceptent le principe du plan proposé aujourd’hui par le gouvernement, d’autant que les pouvoirs publics ont arbitré en faveur d’une solidarité partagée entre distributeurs et industriels.

Les centres E.Leclerc avaient toutefois la préférence pour un système d’aide directe à la production, comme ils l’avaient proposé à la mi-avril. La méthode retenue par le gouvernement pourrait s’avérer extrêmement complexe, s’agissant des modalités de calcul de hausse sur les produits très transformés.

La proposition des centres E.Leclerc avait aussi le mérite d’offrir la transparence et de cibler les bénéficiaires afin que ces aides aillent aux seuls agriculteurs français. Ce n’est hélas pas le cas avec le dispositif conçu par le gouvernement qui impose une hausse automatique sur tous les produits laitiers, quelle que soit leur origine.

J’insiste : nous nous en tiendrons scrupuleusement à la philosophie de cet accord. Ce sont les producteurs laitiers français qui ont appelé à l’aide et ce sont eux que nous soutiendrons.

Les centres E.Leclerc demanderont donc aux industriels de certifier l’origine de leur approvisionnement et excluront du dispositif de soutien les produits d’importation et/ou les produits élaborés à partir de lait importé.

Je veux également interpeller le gouvernement sur la nécessité de faire adhérer à cet accord les distributeurs étrangers présents en France (notamment les hard discounters). La non-participation de ces enseignes au plan de solidarité avec les producteurs laitiers français viendrait créer une situation de distorsion de concurrence par rapport aux distributeurs français.

Enfin, alors que le pouvoir d’achat des Français a marqué un net recul en 2012 et que l’année 2013 s’annonce difficile pour nos concitoyens, les centres E.Leclerc renouvellent leur engagement de rester les moins chers, y compris sur les produits laitiers.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 22 avril 2013

Prix du lait : E.Leclerc confirme sa contribution aux producteurs, via un fonds de soutien ou un versement aux collecteurs

Crédit photo : Thinkstock

En lisant mon Télégramme et mon Ouest France ce week-end j’ai pris connaissance des propos du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll qui a demandé au Médiateur « de pousser les industriels et les grandes surfaces à conclure un accord garantissant une hausse de 25 € les 1 000 litres de lait du prix payé aux producteurs pour avril, mai et juin. J’ai eu Michel-Édouard Leclerc au téléphone, il est d’accord avec cette proposition ».

Je confirme cet échange téléphonique et la position favorable de notre enseigne à la demande du ministre. Reste à en définir les modalités d’application, ce qui n’est pas le plus simple.

La proposition d’E.Leclerc permettait d’agir dès la paie d’avril

Les adhérents E.Leclerc avaient fait au Médiateur une proposition assez simple, que j’ai présentée à plusieurs syndicats agricoles dont la Coordination rurale et les Jeunes Agriculteurs (j’attends encore le coup de fil de Xavier Beulin qui depuis 10 jours dit aux journalistes qu’il va m’appeler…).

Notre solution en créant un fonds temporaire de soutien à hauteur de 180 millions d’euros permettait :

1. D’être opérationnel immédiatement, assurant ainsi la paie dès avril aux producteurs,

2. De porter sur l’ensemble de la collecte de lait en France (et pas que le lait de consommation) ;

3. D’éviter l’enlisement dans des discussions sans fin entre industriels et distributeurs sur la composition de chaque produit transformé sur laquelle se fonderaient les augmentations tarifaires proportionnelles à la quantité de lait ;

4. D’impliquer l’ensemble des intervenants de la filière (dont les hard discounters) en fonction de leur part de marché, ce qui aurait été une décision juste et légitime ;

5. De s’assurer que le soutien apporté par ce fonds irait bien aux producteurs français et pas à des producteurs de lait étranger (car qui me dit que dans tel biscuit ou yaourt de tel industriel, c’est du lait français et pas allemand qui est utilisé ?) ;

6. D’éviter tout risque de sanction puisque les cotisations «volontaires» versées dans ce fonds n’influaient pas sur les conditions de la négociation commerciale et dès lors évitaient l’écueil de « l’entente », que la loi punit.

Pour le moment seul le Président de la FNSEA a rejeté cette proposition d’un revers de la main, et dans l’heure qui a suivi sa formulation. Trop rapide pour être honnête ? Surprenant en tous les cas. D’autant que l’idée du fonds que nous proposons est assez similaire à celui qu’il souhaite mettre en place !

Les pouvoirs publics et d’autres syndicats agricoles n’ont pas opté pour un tel refus. Au contraire même, les éleveurs avec qui j’étais en dialogue ce week-end trouvaient que notre solution avait deux mérites : répondre rapidement à une situation d’urgence et à hauteur des besoins exprimés par les éleveurs (3 centimes par litre collecté).

La seule objection entendue chez les Jeunes Agriculteurs comme chez le Médiateur, viendrait de ce que les pouvoirs publics ne souhaitent pas le gérer. Un tel point de vue peut-il encore évoluer ?

A défaut d’un fonds, quelle solution serait aussi efficace ?

Les adhérents E.Leclerc sont ouverts à toute suggestion. Le Médiateur ne semblait pas insensible à l’idée qu’à défaut de passer par un fonds de solidarité, chaque contributeur verse sa quote-part aux transformateurs qui en répercuteraient le bénéfice aux producteurs. Pourquoi pas. Ce serait alors aux pouvoirs publics de nous garantir la transparence du système et que ce sont bien les producteurs français qui en bénéficieraient.

Alors qu’ils pourraient relayer cette idée, les industriels ne jurent que par une demande de hausse tarifaire et donc la réouverture des négociations commerciales avec les distributeurs. Allons…Qui croit qu’on pourrait faire aboutir de nouvelles négociations commerciales en quelques jours, alors même qu’il faut 4 à 5 mois chaque année pour y parvenir et alors même que le cadre légal s’y oppose !

Ce type de solution (soutenue par mon collègue de Système U) présente deux inconvénients majeurs. D’abord, il nous expose à des risques d’entente. Comment qualifier une hausse collective, même avec les apparences du volontariat, qui serait proposée par tous les fournisseurs, en même temps, à tous les distributeurs ?

Mais surtout, augmenter les tarifs, sauf à supposer que Nestlé, Danone et consorts ne collectent pas de lait étranger, rémunérerait tout autant le lait français que le lait allemand importé.

Au fait, comment se fait-il que les hard discounters ne soient pas sollicités ?

Ne pas se tromper de combat…

Les propositions faites par les adhérents E.Leclerc sont sincères et directement applicables. Tout le monde peut constater qu’aucun argument sérieux ne nous a été opposé jusqu’ici. La question est : qu’est-ce qui gêne dans notre solution ? Quel est le vrai dessein de ceux qui refusent nos propositions ?

J’avoue avoir été assez surpris de voir s’organiser il y a quelques jours une conférence de presse commune (!) entre la FNSEA et les principaux lobbies des industriels et des multinationales (Ania, Illec) pour demander en chœur une révision de la Loi de modernisation économique (LME).

La manip’ est quand même un peu grosse. Vous ne trouvez pas ça étonnant vous de voir le boss de la FNSEA siéger aux côtés des clients de l’agriculture (où les multinationales sortent 10% de rentabilité annuelle) pour demander un effort aux seuls distributeurs ? Quoi…un représentant des agriculteurs qui exonère par avance les industriels de leurs propres contributions ? Curieux attelage…

N’est-ce pas apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’on instrumentalise la cause des producteurs de lait pour servir les intérêts à long terme des grands industriels ?

Cher Xavier, nous aurons l’occasion de débattre de la réforme de la LME (ou de la LMA) puisqu’elle sera à l’agenda des débats politiques dans les prochains mois. Mais pour l’heure, il faudrait lire les pancartes des manifestants vendredi dernier : « on veut du cash maintenant ». Concentrons-nous donc d’abord sur l’immédiat : la crise du lait.

De quelle couleur sera la fumée ?

On attend de connaître la couleur de la fumée qui sortira de la cheminée du Médiateur. Stéphane Le Foll souhaite prendre les choses en main. Pas de souci de mon côté, je n’ai jamais contesté le primat du politique.

Versement à un fonds de soutien « à la sauce E.Leclerc » ou versement payé aux collecteurs qui distribueront aux producteurs ? La contribution des centres E.Leclerc est prête.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 15 avril 2013

Il est pas beau Mont Lait ?

En marge des polémiques, dont on sait plus quels intérêts elles servent, il y a la réalité quotidienne des échanges commerciaux avec de belles initiatives.

J’étais content de lire jeudi 11 avril dans Le Midi Libre, l’interview de Dominique Barrau, président de l’association des producteurs de lait de montagne (APLM) et par ailleurs secrétaire général de la FNSEA en charge du dossier montagne.

Il y annonçait la signature d’un partenariat avec l’enseigne E.Leclerc pour la commercialisation d’un nouveau lait de montagne.

L’APLM regroupe plus de mille éleveurs du Massif central, principalement basés en Aveyron, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Cantal, Corrèze… Nos échanges ont commencé fin septembre 2012. L’APLM faisait la tournée des distributeurs pour tenter de trouver des débouchés à leur projet de production de lait de montagne et c’est E.Leclerc qui a répondu présent.

Après plusieurs mois de discussion, les choses sont maintenant sur les rails entre l’APLM et E.Leclerc. « Mont lait » (c’est le nom de la marque déposée) sera donc référencé par le Galec (notre centrale de référencement) et pourra trouver sa place dans nos rayons d’ici la fin du printemps.

Le partenariat négocié entre l’APLM, la coopérative Terra Lacta et le Galec a pour objectif de pouvoir écouler de gros volumes dans des magasins à forte implantation locale. Et bien sûr d’essayer de trouver une meilleure rémunération aux producteurs puisque tout a été étudié pour limiter au maximum les frais intermédiaires.

Evidemment, ce partenariat ne fera pas à lui seul le succès de cette sympathique brique de lait. La plupart des distributeurs commercialisent déjà du lait de montagne, mais il s’agit cette fois d’une initiative de producteurs. Donc bonne chance !

Les membres de l’APLM semblent motivés. Ils ont pour eux un atout commercial non négligeable : une armée de producteurs laitiers motivés, prêts à envahir les supermarchés de France…pour y faire pacifiquement la promotion de « Mont lait » !

J’invite évidemment nos adhérents à réserver le meilleur accueil à ces sympathiques envahisseurs.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 10 avril 2013

E.Leclerc propose la création d’un fonds d’urgence de 180 millions d’euros pour soutenir les producteurs laitiers

Crédit photo : Thinkstock

Depuis quatre semaines, industriels-transformateurs, producteurs et distributeurs se renvoient la balle et désignent trop facilement des boucs émissaires pour masquer les effets négatifs d’un manque de régulation du marché du lait. Tous les acteurs conviennent qu’il y a urgence à prendre des dispositions à caractère structurel, et principalement au niveau européen.

Mais la situation de crise économique et désormais sociale, exige qu’un dispositif d’urgence soit mis en place et qu’il bénéficie directement aux producteurs, afin de leur assurer des revenus supplémentaires en attendant la remontée des cours prévue pour cet été.

Voilà plusieurs semaines que les adhérents E.Leclerc travaillent à des propositions et écoutent les revendications du monde agricole. Nous sommes aujourd’hui en mesure de faire des propositions concrètes, d’application immédiate et qui présentent l’avantage d’être juridiquement sécurisées (pas de risque d’entente).

C’est ce dispositif que je viens de proposer au Médiateur des relations commerciales agricoles.

Identification des revendications

Les producteurs de lait réclament une hausse de 2 à 3 centimes par litre de lait.

Si l’on tient compte des volumes totaux de lait collectés sur le territoire national (24 milliards de litres collectés par an, soit 6 milliards par trimestre), il s’agirait donc de mobiliser une somme de 180 millions d’euros afin de soutenir les revenus des producteurs laitiers dans les trois prochains mois.

Modalités d’abondement du fonds d’urgence

Ce fonds pourrait être abondé équitablement entre industriels et distributeurs, de la manière suivante :

Pour 51 % de la production, le lait est destiné à l’export et à l’industrie (poudre de lait, beurre industriel, lactosérum, caséine). Ces productions industrielles échappent totalement aux enseignes commerciales françaises. Aussi, il appartiendrait aux industriels d’établir la clé de répartition entre eux pour contribuer à ce financement.

La grande distribution et l’ensemble des circuits de distribution concernés par la vente de produits de grande consommation écoulant environ 49 % des volumes de lait collectés en France (fromage, beurre, lait de consommation, yaourts, desserts, crème), sa part dans l’enveloppe globale serait donc évaluée à 89 millions.

Afin d’apaiser le débat et pour éviter que ne soit relancé un « match » où chacun essaie de repasser la balle à l’autre, les centres E.Leclerc proposent que le financement basé sur ces 49% soit intégralement assumé par les distributeurs, sans cofinancement réclamé aux industriels, en contrepartie de leur engagement à assumer le soutien aux producteurs pour la partie export/industrie dont ils ont seuls la maîtrise.

La clé de la contribution de chacun des distributeurs pourrait par exemple reposer sur la part de marché que chaque enseigne représente sur ce secteur.

Sécurité juridique et rapidité de mise en œuvre

Nous avons étudié au préalable les propositions formulées par d’autres enseignes de la distribution. Malgré la qualité de leur intention, elles ont l’inconvénient d’être énoncées hors du cadre légal français et pourraient même, par leur incidence comme par leur nature, être interprétées comme une entente prohibée par la loi.

La solution proposée par la FCD a été critiquée par la FNPL au motif que le périmètre de la revalorisation était trop faible : « on n’est pas là pour faire l’aumône ». Elle ne porte en effet que sur les laits de consommation (10% du marché).

La solution proposée par Système U vise à faire apparaître en pied de chaque facture un sur-prix momentané correspondant à la part de lait incorporée dans chaque produit transformé. Pourquoi pas, mais cela paraît techniquement complexe à réaliser. Les calculs se fondant sur les seules déclarations des transformateurs, tout cela risque d’être source de contestations. De plus, comment garantir que cette hausse ne bénéficiera pas à un approvisionnement étranger ? Cette proposition suppose également une reprise des négociations bilatérales avec tous les fournisseurs. Enfin, parce que répétée à l’identique avec tous les fournisseurs et par tous les distributeurs, elle présente aussi le risque d’être requalifiée par l’Autorité de la Concurrence comme constitutive d’une action concertée.

La solution proposée par E.Leclerc permet ainsi d’éviter les écueils d’un risque d’entente et assure également que l’argent mobilisé ira directement dans la poche des producteurs de lait, dans un délai rapide et sans que l’on prenne le risque de se perdre dans des calculs trop complexes.

Les centres E.Leclerc sont prêts à verser leur part

Les Centres E.Leclerc (deuxième part de marché sur ce secteur) ont d’ores et déjà pris leurs dispositions pour provisionner la majeure partie de leur quote-part (environ 14 millions d’euros, estimation qu’il faudra affiner avec le médiateur), qui représente déjà plus des deux tiers de l’enveloppe proposée par les pouvoirs publics lors du Congrès de la FNPL le 21 mars ! Ils sont prêts à la verser sans délai dans un fonds d’urgence qui serait créé.

Il est à noter que la proposition des centres E.Lecerc se fonde sur un calcul basé sur la totalité des volumes de lait collectés en France (et pas seulement sur le lait de consommation). Elle laisse par ailleurs chaque enseigne, et chaque commerçant, libre de répercuter ou non ces hausses au consommateur et n’altère pas le libre jeu de la concurrence.

Les adhérents du Mouvement Leclerc restent bien entendu ouverts à l’analyse de toute autre proposition qui répondrait :

- à l’urgence de la situation,

- aux critères de légalité,

- et à l’implication égale de tous les intervenants de la filière.

Nous attendons désormais de connaître la réaction des pouvoirs publics et des autres intervenants de la filière laitière à nos propositions.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 avril 2013

Lettre ouverte au Président de la Fédération Nationale des Industries Laitières

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Monsieur le Président,

Je prends connaissance de vos dernières déclarations parues dans la presse et dans lesquelles vous m’attribuez de nombreuses responsabilités dans la crise actuelle du lait en France.

A quelques jours d’une manifestation nationale des agriculteurs, cette stigmatisation de notre enseigne et de ma personne est irresponsable.

Elle est d’autant plus déplacée qu’E.Leclerc a accepté des hausses substantielles (en moyenne sur marques nationales et MDD : + 4,39%) et que nos adhérents ont fait savoir très clairement leur engagement à participer à tout accord volontaire qui bénéficierait aux producteurs et dont la légalité serait garantie par les pouvoirs publics. De tout cela, vous ne parlez pas.

1/ Vous dénoncez « l’oligarchie des distributeurs » et la toute-puissance de cinq ou six opérateurs. Ce n’est qu’une manière d’occulter le fait que votre syndicat s’accommode de « l’oligopole » et de la « toute-puissance » que représentent les trois opérateurs laitiers qui se répartissent aujourd’hui environ 90% du marché du lait de consommation français.

Oserais-je d’ailleurs vous rappeler, au moment où vous exigez que les distributeurs participent à une entente nationale, que la situation ultra-dominante des transformateurs laitiers intéresse de près l’Autorité de la Concurrence qui mène une enquête sur certaines de vos pratiques ?

Je constate que vous n’en dites rien là encore. Vous avez donc une indignation à géométrie variable.

2/ Vous me rendez personnellement responsable de la crise du lait : « C’est Michel-Edouard Leclerc qui octroie ou n’octroie pas les hausses, selon son bon vouloir ». C’est vraiment me donner beaucoup d’importance. J’y vois surtout une manière de me choisir comme bouc-émissaire. Mais je ne l’accepte pas.

Les professionnels que vous représentez doivent aussi assumer leurs responsabilités à l’égard des producteurs. Oserais-je encore vous rappeler qu’en 2009, sur le perron du ministère de l’agriculture, à l’issue d’une rencontre avec Bruno Le Maire, vous pointiez au micro de La France Agricole le fait que « Si des producteurs aujourd’hui (pas tous) ont de vraies difficultés, c’est qu’il y a peut-être un problème de compétitivité à certains endroits de la filière. Il va falloir les regarder en face ».

3/ Evidemment, certains des producteurs français souffrent. Je tiens toutefois à vous rappeler que le lait de consommation représente en France annuellement quelque 10% des volumes totaux du lait collecté, et parmi ces 10%, l’enseigne E.Leclerc représente 15% du volume.

En clair, cela signifie que « l’influence » d’E.Leclerc concerne 1,5% du volume total de lait produit dans notre pays. Il est inadmissible que vous souteniez dans ces conditions que notre enseigne « fait le marché » ? Un peu de sérieux…

 4/ Vous insinuez que si l’enseigne E.Leclerc est la moins chère, c’est parce qu’elle achète moins cher que ses concurrents.

Je m’étonne de telles accusations. Disposez-vous d’informations consolidées sur les tarifs d’achat de tous les distributeurs ? Vous seriez bien le seul en France à les avoir… Auriez-vous organisé une petite réunion entre vous pour établir ce comparatif que la loi vous interdit de faire ? Ce serait un curieux aveu que vous feriez à l’Autorité de la Concurrence !

A la différence de vous, je peux affirmer publiquement que vous mentez quand vous dites qu’E.Lelerc tire les prix vers le bas en achetant moins cher que ses concurrents.

J’ai en effet en ma possession deux factures de concurrents qui m’ont été adressées par erreur par nos fournisseurs l’an dernier, et qui prouvent que les industries de transformation que vous représentez ont vendu le lait plus cher à E.Leclerc qu’à (au moins) deux de ses principaux concurrents. Eh oui…

5/ Quel est donc le véritable but que vous poursuivez ? Comment pouvez-vous ainsi désigner sans rougir E.Leclerc et moi-même à la vindicte du monde agricole, alors même que nous sommes les seuls à avoir fait état publiquement de nos hausses de tarifs sur le lait (en moyenne de +4,39% depuis janvier) et les seuls à avoir mis sur la table des propositions articulées pour améliorer la situation des producteurs de lait ?

Dès lors, je m’interroge sur la motivation réelle qui vous pousse à vous focaliser sur notre enseigne et sur ma personne.

Dans notre plan lait dévoilé la semaine dernière, nous avions annoncé notre accord de principe pour une nouvelle hausse du prix du lait avec trois conditions principales :

  • a) qu’elle s’applique à tous les distributeurs (y compris les hard discounters allemands),
  • b) qu’elle soit garantie par les pouvoirs publics,
  • c) et surtout qu’elle bénéficie directement aux producteurs de lait.

Serait-ce cette dernière condition qui vous embarrasse ?

Si j’ai pris bonne note de l’accueil favorable réservé par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) à nos propositions, je constate en revanche que vous êtes muet sur le sujet et que vous préférez orchestrer des polémiques pour faire diversion.

Je vous engage donc à participer aux tables rondes que vous avez exigées du ministre de l’agriculture afin que nous ayons enfin une occasion d’entendre vos propositions et de connaître l’effort que vous êtes, vous aussi, prêt à consentir pour soutenir les producteurs de lait dont vous vous faites si facilement l’avocat.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 29 mars 2013

Les propositions d’E.Leclerc pour sortir de la crise du lait

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Depuis plusieurs semaines, les adhérents E.Leclerc, au même titre que leurs collègues des autres enseignes, sont interpellés par les agriculteurs et spécifiquement par les producteurs laitiers, qui demandent une hausse du prix d’achat du lait. Je rappellerai en préambule que si nous sommes appelés aujourd’hui à nous mobiliser, nous n’appartenons pas à l’interprofession.

Comme nous n’achetons pas directement le lait aux producteurs, il faut trouver une solution pour s’assurer qu’une éventuelle nouvelle hausse de nos tarifs d’achat du lait aux transformateurs bénéficie réellement aux producteurs.

Depuis plusieurs jours, nous étudions plusieurs scenarii possibles. La seule solution qui semble faire consensus à l’heure actuelle pour sortir de cette crise temporaire, c’est un « accord volontaire » sur les prix. Pourquoi pas, mais il nous faut alors poser quelques conditions.

Hélas, par le passé, lorsque nous avons signé ce genre d’accords avec des producteurs pour les soutenir (fraises, pommes de terre, endives…), cela s’était retourné contre nous. Les autorités françaises (pourtant demandeuses de ces accords) nous avaient ensuite reproché de les avoir signés. Résultat : une pluie d’amendes pour « entente sur les prix » (car c’est illégal) et des millions d’euros de pénalités pour tout le monde. Ca calme…

Des garanties apportées à chacun

Alors voici la position d’E.Leclerc pour tenter de sortir de cette impasse. Nous sommes prêts à signer des «accords volontaires» sous 4 conditions :

1. Nous voulons la garantie que notre effort financier retombera intégralement dans la poche des producteurs.

2. Nous demandons que les pouvoirs publics prennent l’engagement officiel de ne pas nous sanctionner pour avoir réalisé une entente sur les prix, alors même qu’ils poussent à ce que nous concluions ce type d’accord avec les producteurs.

3. Nous demandons que cet effort soit mis en œuvre par tous les partenaires de la filière : transformateurs, distributeurs (y compris les hard discounters allemands), collectivités locales, etc.

4. Nous demandons que cessent immédiatement et durablement les attaques contre les magasins.

Quelques précisions pour sortir de la caricature

Enfin, je tiens à rappeler certains éléments chiffrés qui permettent de rétablir quelques vérités :

1. E.Leclerc pèse 15% du lait de consommation, qui lui-même ne représente que 10% des volumes de lait produits en France. Aujourd’hui, le prix du lait est essentiellement déterminé par les cours mondiaux des produits dérivés du lait. En aucun cas les distributeurs ne peuvent être tenus pour responsables des difficultés des producteurs laitiers.

2. En 2013, au niveau national, les centres E. Leclerc, après avoir accepté une première hausse de + 2,17%, ont accepté une seconde hausse qui porte désormais notre effort total sur le prix du lait à + 4,39% en moyenne par rapport à 2012. Nous n’avons pas de visibilité sur la répercussion de ces hausses par les transformateurs aux éleveurs.

3. Par ailleurs, si l’on considère la filière bovine dans son ensemble, les centres E. Leclerc ont également accordé des hausses très importantes sur la boucherie en 2013 vs. 2012, je pense notamment au steak haché de boeuf (+10%).

La position de notre enseigne est donc désormais officiellement présentée. La balle est maintenant dans le camp des autres professionnels, et surtout du gouvernement qui seul a la capacité de proposer un cadre juridique sécurisé pour arriver à ces fins.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 8 mars 2013

Le prix du lait et l’argent du beurre, il faut faire la différence…

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Le lait est à la Une de l’actualité depuis plusieurs jours. Chacun est interpellé et les distributeurs sont – comme à chaque fin de négociation commerciale – pointés du doigt pour n’avoir pas concédé de hausses aux industriels qui du coup expliquent aux producteurs qu’ils ne pourront pas les rémunérer à la hauteur de leurs attentes. Le jeu est connu.

Il ne s’agit pas de nier la difficulté des producteurs de lait. Je l’ai déjà écrit dans une précédente note et je le réécris ici. En revanche, je souhaite faire une petite mise au point car je vois beaucoup de choses s’écrire, et je veux rétablir quelques vérités concernant l’enseigne E.Leclerc.

1. Je rappelle en préalable que nous n’achetons pas le lait à la ferme. Nous n’avons pas de rapport direct et financier avec les producteurs. Il y a en effet un intermédiaire entre producteurs et distributeurs, c’est le transformateur. Et nous ne connaissons pas à l’avance, la part des prix d’achat qui est rétrocédée aux producteurs.

2. La plupart des produits laitiers négociés par nous auprès des fournisseurs sont des produits transformés (yaourts, crèmes dessert, fromage, beurre, etc.). La part de composant laitier dans ces produits est très variable. Dans la justification des demandes d’augmentation tarifaires, il y a des coûts sociaux, du packaging, du marketing, du transport, etc. Plus le produit est élaboré, moins son prix est dépendant du cours du lait. Plus les coopératives ou les sociétés de fabrication transforment, plus elles gagnent de l’argent. C’est ce qui fait que les actionnaires de Danone ou Nestlé ont des bénéfices supérieurs à des industries de faible transformation, et ce malgré le fait qu’elles achètent le lait au même cours. S’il y a bien un problème général du lait, les négociations sont évidemment très différenciées selon non seulement la puissance mais aussi le savoir-faire des industriels. Il n’y a pas LA distribution face aux « laitiers ». Il y a la négociation entre DES distributeurs et DES industriels qui ont chacun des politiques tarifaires différenciées, selon la richesse de leurs gammes. Faut arrêter de faire simpliste.

3. Le lait de consommation en France ne représente donc que 10% des volumes totaux de lait produit. J’ignore pourquoi les médias et les éleveurs ne se focalisent que sur ces 10% du marché, c’est évidemment réducteur…mais j’en prends acte.

4. Contrairement aux allégations parues ces dix derniers jours, j’affirme qu’au niveau national, les centres E.Leclerc se sont engagés à payer le lait en moyenne 2,17% plus cher qu’en 2012. Concrètement, sur une brique de lait et selon les catégories (car ça dépend de beaucoup de choses : conditionnement, lait – écrémé ou demi-écrémé, marque nationale, MDD, etc.) cela représente entre 1 et 2 centimes par litre en plus par rapport à l’année dernière.

Très clairement la question-clé est de savoir si les industriels (à qui nous achetons donc le lait plus cher en 2013 qu’en 2012) vont faire bénéficier les éleveurs de ces hausses. Moi je ne peux pas le savoir. Comme je le dis, chaque fournisseur a ses contrats avec ses éleveurs, c’est leur cuisine interne. On ne peut pas nous reprocher de ne pas nous immiscer dans leurs négociations. Ca s’appellerait d’ailleurs une entente, et c’est prohibé.

Pour autant j’ai bien compris que les producteurs ne sont pas satisfaits du prix que les transformateurs leur annoncent. Ils demandent une hausse de 3 centimes par litre.

Nous sommes évidemment en position de vouloir faire preuve de bonne volonté, mais vous avez compris, ça suppose que les transformateurs nous donnent des garanties sur ce qu’ils reversent aux éleveurs. J’ai demandé à nos équipes d’étudier différents scenarios.

Je ferai des propositions dans les prochains jours visant à apporter une réponse commune aux problèmes de la filière.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 4 mars 2013

Salon de l’Agriculture : négociations, prix, difficultés du monde paysan, lobbies, vandalisme et insultes – Un bilan en demi-teinte

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Ouf ! Le salon de l’agriculture est fini. De mémoire de Leclerc, jamais ce moment de valorisation de l’agriculture française n’avait semé autant le trouble et la zizanie.

Il faut dire que le calendrier n’aide pas : à l’approche du dernier virage dans le cadre des négociations commerciales, la tentation était grande pour certains d’obtenir par les médias ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir dans les box de négo.

Sans parler des discussions autour du budget de la PAC et des contestations sectorielles (écotaxe, directive nitrates…). Interpellations musclées des responsables politiques, exactions inadmissibles contre des magasins, le tout dans le contexte du Horsegate…tous les ingrédients étaient réunis !

Si l’on veut reconstruire, il faut sérier les problèmes et s’y attaquer.

La campagne à Paris

Les organisateurs sont satisfaits, même si on aura plus parlé de malbouffe que d’agriculture. Doutes sur la provenance et la composition des produits, doutes sur les étiquetages, doutes sur la sécurité alimentaire…bref, on nage en pleine crise de confiance.

La proximité géographique du grand village rural français de la Porte de Versailles avec le siège de la plupart des grands médias français a contribué à la surenchère pour alimenter les séquences infos quotidiennes. Reste que je ne vois pas aujourd’hui ce que les agriculteurs, les élus, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs ont gagné concrètement dans toute cette tension.

Crise du Horsegate : suite

Paradoxe. Jamais on a autant bénéficié d’une sécurité alimentaire aussi poussée. Sans nier la réalité, il faut toutefois la resituer dans un contexte : le Horsegate c’est quand même un petit millier de tonnes de nourriture détournée dans un océan de millions de tonnes de produits présentant toutes les qualités requises pour rassurer le consommateur. Mais voilà, la recherche spéculative de quelques margoulins ayant bazardé des viandes douteuses dans les hachis de bœuf a terni fortement l’image du bien manger français.

A force de rejeter la responsabilité sur les autres, à ne se fixer que sur les traders néerlandais, chypriotes ou sur les abattoirs roumains, la profession n’a pas répondu concrètement aux attentes du consommateur. Pas sûr que l’argument du « Made in France » suffise à le rassurer. Il sait bien que Spanghero, à l’origine de tout ce foin, est une entreprise française…

Pourtant, le système de traçabilité fonctionne. Jamais il y a 10 ans on aurait pu faire montre d’une telle réactivité. Rappelons-le quand même !

Du Horsegate donc, il faut retenir l’obligation impérieuse de retravailler les systèmes d’indication d’origine ainsi que les énoncés d’ingrédients rentrant dans la composition des produits transformés.

Violences : le malaise ne justifie pas tout !

Une fois ces points posés, on ne saurait admettre les exactions dans les magasins et les insultes émises depuis la Porte de Versailles.

J’ai une pensée amicale pour la quinzaine d’adhérents E.Leclerc (et pour nos concurrents aussi !) qui ont été la cible de vandalisme et de destructions, que ce soit en Bretagne, en Picardie, dans les Pays de Loire ou en Normandie. Voilà qui n’aide pas à susciter le consensus autour de la proposition de loi d’amnistie des actions menées par certains syndicalistes…

On en a vu d’autres…mais je n’accepterai jamais ces actions mafieuses qui ciblent les personnes (que ce soit la maison du ministre Le Foll, les permanences de certains parlementaires ou les magasins de nos adhérents), où des noms sont jetés en pâture de la vindicte paysanne comme ce fut le cas au Mans. Et je vous passe les tracts comminatoires et menaçants (« dernier avertissement ») distribués autour des magasins ou adressés par voie postale à nos adhérents.

J’ai moi-même eu le droit à ma bordée d’insultes par voie de communiqué de presse suite à ma déclaration sur RTL où j’avais dit qu’il fallait « nettoyer les pratiques de certaines filières agricoles ». J’ai bien accusé réception sur mon téléphone portable du message attentionné de Xavier Beulin, le président de la FNSEA,  dont le ton contrastait avec celui du communiqué que venait de publier la FNSEA, la FNB et JA  me désignant comme le nouveau bouc-émissaire de l’agriculture française.

Il faut savoir choisir : soit on nous veut comme interlocuteurs responsables, soit on nous prend pour des punching-balls. Désolé, je ne jouerai pas ce dernier rôle.

Négo, prix, rémunération : de quoi parle-t-on ?

Il fallait être un peu malin et bien informé pour comprendre que derrière tout ça, les lobbies étaient à l’œuvre et que, comme toujours, les gros attisaient la colère des petits, plus capables de susciter l’empathie de Jean-Pierre Pernault au journal de 13h de TF1 !

Le 28 février, deux jours avant la fin du Salon, sonnait le glas des négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs, comme la loi l’impose désormais.

On nous a évidemment fait le coup de la distribution étrangleuse de ses fournisseurs. On en oublierait presque que 80% du chiffre d’affaires négocié à date se fait d’abord et exclusivement avec de très grandes entreprises nationales ou internationales de l’agroalimentaire, qui présentaient des demandes de hausses tarifaires pouvant aller jusqu’à 20%. Le tout sans complexe et sans connexion avec les cours de matières premières.

Nous avons accepté des hausses de 10% sur le steak haché, de 7% sur la boucherie traditionnelle, de 7% sur les plats cuisinés, de 5% sur la charcuterie. J’arrête là les exemples, secret des négo oblige. A ce « tarif-là », contrairement aux affirmations de Jean-René Buisson (Ania) et Xavier Beulin (FNSEA) sur BFM, vous conviendrez qu’il n’y pas de raison qu’on justifie la mauvaise qualité.

En tous les cas, on voit bien que le discours de l’émeutier, oubliant ces hausses importantes, est quand même à prendre avec quelques pincettes.

Le cas du lait : un cas à part, mais à qui la faute ?

En vérité, le seul secteur qui pourrait ne pas avoir trouvé son compte dans les négociations commerciales c’est celui du lait et des produits laitiers. Ces producteurs sont pris en tenaille entre les transformateurs (invoquant le trop plein de lait) et le marché des céréales qui flambe (pour le plus grand bénéfice des céréaliers qui se refusent à ristourner à leurs collègues éleveurs une partie de la manne des surprofits réalisés depuis trois ans).

Le président de la République et le ministre de l’Agriculture (c’est bien de tenir permanence au Salon, mais c’est aussi un piège à promesses !) ont annoncé des aides aux producteurs de lait. Mais ce faisant, si des systèmes d’aides conditionnées (quotas, qualité…) doivent être mis en place, encore faut-il dire qui doit en profiter.

Si ça va aux producteurs, alors OK c’est politiquement et socialement correct. Rappelons toutefois un détail qui semble échapper à beaucoup d’observateurs : la distribution n’achète pas le lait à la ferme !!

La capacité de grandes firmes (comme Danone, Nestlé, Lactalis…) à transformer le lait en fromages et crèmes à dessert leur a valu pour le coup de réaliser des bénéfices substantiels. Pour répondre aux appels au secours l’an dernier, nous avions déjà accepté des hausses de tarifs sur le lait. Mais force est de constater que ces hausses ne sont pas retombées jusque dans la poche des éleveurs laitiers… Le problème est évident : ce qui ne marche pas, c’est la politique de contractualisation entre producteurs et transformateurs.

Comment l’expliquer ? Laissons parler les professionnels de la profession (en l’occurrence ici l’Apli et l’Office du Lait) : « il est évident que l’échec de la résolution du problème laitier ne saurait être imputable aux seuls pouvoirs publics, ni aux distributeurs, mais aussi aux représentants des producteurs trop divisés, trop préoccupés par d’autres objectifs que la place de l’éleveur, trop imprégnés de guerres fratricides, trop déconnectés des réalités du terrain ».

Le paradoxe des pouvoirs publics

La suite de l’histoire, je peux déjà l’écrire. Comme tous les deux ou trois ans, nous serons convoqués en préfecture pour signer des « accords volontaires » pour telle ou telle catégorie de produits agricoles. Les politiques se satisferont d’avoir « tordu le bras à la distribution ».

Mais quelques mois plus tard, l’Autorité de la Concurrence viendra mettre son nez dans ces « accords volontaires » et sanctionnera tout le monde pour « entente sur les prix ». Et les distributeurs sortiront convaincus que c’est la dernière fois qu’on leur imposera ce genre d’accords !

Ce scénario n’est pas une fiction, il a déjà été joué et rejoué à maintes reprises, que ce soit pour les fraises, les endives, le lait, les pommes de terre…

Et le consommateur dans tout cela ?

Au final, les négociations commerciales auront été maitrisées et la demande inflationniste jugulée, malgré les quelques belles hausses sectorielles citées plus haut, que les distributeurs devront amortir.

Comme je m’y étais engagé, nous avons été plus souples avec les petits fournisseurs et plus bagarreurs avec les grosses multinationales.

Et puis, personne n’en parlera, mais c’était quand même l’essentiel. Pendant le salon, les chefs bouchers des centres E.Leclerc, comme d’ailleurs certains de leurs concurrents, ont acheté, probablement très cher, les plus belles bêtes de concours avec toutes leurs médailles, leur pédigrée, leurs labels affichés. Nos acheteurs, comme dans les caboulots de la Porte de Versailles, ont négocié et muri des dizaines de contrats dont ceux de nos Alliances locales (8.000 producteurs concernés, en contrat direct avec nos magasins pour vendre leurs productions) ou étendu les gammes (après dégustation bien sûr) des marques « Nos Régions ont du Talent » ou Marque Repère. Discrètement, mais autrement plus efficace !

Voilà, il y en a dont la vocation est de souffler sur les braises. D’autres sur le terrain font le métier, le vrai, pour le bénéfice des consommateurs. Mais ça, ça ne fera pas la Une du JT.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 3 décembre 2012

Grande distribution et grosses marges : la fin des fantasmes ?

Après une décennie de polémiques, l’année 2012 aura été une année de vérité sur les marges de la distribution. Quatre rapports indépendants ont disséqué les comptes d’exploitation des différentes enseignes françaises. Voilà qui donne un nouvel éclairage pour aborder (ou contrer) le nouveau débat idéologique sur le partage (certains parlent de transfert) de la valeur ajoutée. De là à faire taire tous les fantasmes… ?

Faibles marges sur les carburants

Publié le 30 novembre 2012, le rapport conjoint de l’Inspection générale des Finances et du Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies, portant sur les marges dans la distribution de carburant était attendu. Il fait suite à une analyse rendue en avril dernier par la DGCCRF (peu suspecte de collusion avec la distribution !) qui traitait aussi de ce sujet.

Les deux textes vont dans le même sens et expliquent :

1. Si la marge brute des distributeurs a augmenté ces dernières années, c’est principalement du fait de la hausse des charges d’exploitation et des obligations réglementaires (impôts, taxes, redevance, nouvelles normes, etc.) ;

2. La variation des prix des cotations internationales est répercutée dans les prix au détail de façon décalée dans le temps, et parfois lissée ;

3. La marge nette des distributeurs va de 0,2 à 1ct/litre. Les auteurs ajoutant : « c’est une marge très comprimée du fait de la forte concurrence ».

La rentabilité des indépendants

Le magazine Linéaires (n°285 – Novembre 2012), en partenariat avec la COFACE, a publié début novembre son étude sur la rentabilité des indépendants. Résultat : la rentabilité est restée quasi-stable entre 2010 et 2011 (1,11% contre 1,02% l’année précédente). Le résultat d’exploitation moyen est de 1,52%, déjà bien moindre que celui des groupes intégrés.

Hors secteur de la distribution, peu d’entreprises (françaises ou étrangères) accepteraient une si faible rentabilité. Un retournement de conjoncture ou une petite erreur d’investissement peut vous mettre par terre. Et je ne parle même pas des entreprises cotées en bourse dont les actionnaires attendent une rentabilité à deux chiffres…

Si l’étude Linéaires-COFACE est certes partielle, elle a au moins le mérite de ne pas être partiale !

Prix et marges dans l’alimentaire : la fin du mythe

Que dit le rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires publié fin novembre ? Si certains rayons affichent des marges nettes non négligeables (de l’ordre de 5%), d’autres présentent des rentabilités très faibles (1,9% sur les produits laitiers, 0,6% sur les fruits et légumes) voire carrément négatives (-1,9% sur la boucherie). Eh oui, le commerce, c’est l’art de la péréquation !

Au total, une fois tous les chiffres consolidés, la marge nette moyenne de la distribution est de 1,9%. La conclusion du rapport du Professeur Philippe Chalmin, Président de l’Observatoire, est sans appel : « la grande distribution ne s’en met pas plein les poches ». 

Et maintenant, sortir de la paranoïa !

Tous ces rapports confirment que la grande distribution a joué un rôle tampon pour limiter une forte hausse des prix dans les linéaires.

En vérité, les distributeurs sont pris en étau entre les consommateurs (qui veulent des prix maîtrisés) et les producteurs/industriels (qui veulent augmenter les tarifs).

Soit les distributeurs répercutent les hausses tarifaires, et alors consommateurs et pouvoirs publics (!) les désignent comme fauteurs d’inflation.

Soit les distributeurs refusent ou limitent fortement ces hausses, et alors producteurs, industriels de l’agro-alimentaire et pouvoirs publics (!) crient au scandale (« vous détruisez de la valeur ! »).

Sur la scène économique française, la distribution demeurera à jamais une cible. Les distributeurs, toujours boudés par des élites qui ne conçoivent la création de richesses que dans l’industrie ou l’agriculture, se consoleront en lisant le « palmarès des entreprises préférées des Français » : 4 enseignes se logent dans les 10 premières places du classement !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 1 juillet 2011

Chalmin, Le Maire, Lefebvre : les distributeurs ne leur disent pas « merci » !

Je l’avais annoncé dans LSA (23/06) : « avec les élections…le secteur de la distribution va redevenir une variable d’ajustement politique ». Voilà, c’est fait !

Rapport Chalmin 1 :

Publié dans une première version, en décembre dernier, on y lisait qu’il n’y avait pas de bons et de méchants. Le rapporteur constatait un transfert de la valeur ajoutée de l’amont vers l’aval (une évidence !), il concluait à l’impossibilité d’admonester quiconque : ni les industriels, ni les distributeurs.

Le Maire, Sarkozy :

Rappelant leur volonté pacificatrice, l’un et l’autre s’évertuaient à nous convaincre : « c’est fini le temps des boucs émissaires ». Et de fait, on nous a épargné depuis un an l’ancien numéro de duettiste « Lemétayer/Barnier ». Cela valait bien quelques engagements de la part de la distribution. Comme celui signé à l’Elysée pour bloquer les marges des fruits et légumes en cas de crise, et l’accord d’indexation des tarifs sur le coût des matières premières, sur lesquels je me suis déjà exprimé ici.

Rapport Chalmin 2 :

La paix, ça ne dure jamais ! Interpellé par le secteur agricole sur l’inefficacité politique du premier rapport, le professeur Chalmin a donc affiné son diagnostic. Il est maintenant dit que la marge brute des distributeurs a augmenté et qu’on n’est pas sûr de savoir pourquoi.

Les médias n’ont sans doute pas vu la phrase de Chalmin disant qu’il fallait encore creuser la question avant de tirer sur le commerce. Sans prendre le temps de décortiquer le pensum, on a fait la fête aux épiciers, dans toutes les gazettes, ces trois derniers jours.

Rapport Chalmin 3 ?

Le problème, c’est que personne (ou si peu) dans le public ne fait la différence entre « marge brute » et « marge nette ».

Nos collègues de la FCD ont bien essayé de faire un peu de pédagogie. Mais le mal est fait. Dans la défense médiatique, le plaideur est forcément mauvais. C’est vaine tentative que de vouloir argumenter sous cette pression. D’ailleurs, Philippe Chalmin entretient le suspense. Pour répondre à la juteuse question qui fait saliver les rédactions (qui empoche ?), il publiera une suite à son rapport. Trois mois avant les Présidentielles ?

Rapport Chalmin 2 :

Quelqu’un a cru devoir souffler au Président cette information : E.Leclerc et Intermarché auraient refusé de participer au groupe de travail présidé par Ph. Chalmin.

 -   C’est faux. A ma connaissance, aucun adhérent, aucune structure de notre groupement n’ont été sollicités. Et Jean-Pierre Meunier, Président de la Société Civile des Mousquetaires (Intermarché), m’a dit être dans la même situation.

-    Et de toute façon, qu’avons-nous à regretter : quel intérêt pour un discounter d’aller noyer sa performance au milieu d’une masse statistique qu’on jettera de toute façon en pâture à l’opinion.

Sarkozy, Le Maire, et d’autres :

Il fallait donc les entendre, hier et avant-hier. Le Président s’interrogeant sur les écarts entre le prix du porc et le prix du jambon. Et notre ministre de l’agriculture, en séance publique à l’Assemblée, faisant semblant de croire qu’on pouvait prendre 50 % de marge sur du porc, sans qu’il y ait eu quelques frais pour le transformer en saucisses, jambon, rôtis et autre pâté…

Nos hommes politiques sont forcément des hommes intelligents. Ils sont sortis des Grandes Ecoles de la République, certains sont passés par Bercy, et savent  que pour alimenter le budget, le fisc épluche au plus près les liasses des commerçants pour collecter la TVA.

Alors pourquoi faire semblant de découvrir, juste le temps d’un rapport, l’ampleur  de la « valeur ajoutée » créée par la distribution, d’en suspecter la transparence et les montants.

Tout ceci est bien hypocrite !

Et sauf à imaginer le retour des soviets (le déshabillage de Pierre pour habiller Paul), on ne voit pas qui va gober que le thème du « partage de la valeur ajoutée » puisse servir d’ersatz à une politique publique de soutien aux revenus agricoles.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc