Archive pour la catégorie ‘Fiscalité’

Mercredi 7 octobre 2009

Accidents du travail : bravo au MEDEF qui s’érige contre la fiscalisation des indemnités

Je ne suis pas adhérent au MEDEF. Le discours patronal, souvent limité à dénoncer les charges ou justement la fiscalité, n’a jamais été ma tasse de thé. Mais, pour une fois, je dis « bravo ».

Quel chikungunya a donc piqué nos gouvernants pour imaginer la taxation des indemnités versées lors d’accidents du travail ! En matière de niche, il y avait bien plus important et plus intolérable ! Et après l’affaire mal expliquée du « bouclier fiscal », la déduction de la TVA accordée aux restaurateurs, les exonérations de la taxe CO² promises aux agriculteurs et aux transporteurs, jamais on n’aurait pu imaginer qu’on s’en prenne aussi caricaturalement aux accidentés du travail.

Eh bien, si. Jean-François Copé a sauté le pas. Et, avec lui, une partie de la majorité et jusqu’en haut lieu. Incroyable ! Car même s’il y a des arguments comptables, fallait-il étaler autant de cynisme pour faire de ce sujet un cheval de bataille.

La prise de position du MEDEF m’est sympathique. Personne ne choisit, un jour, d’être accidenté du travail. « Ce sont les entreprises qui payent ces indemnités sous forme d’assurance et cela ne peut être considéré comme un revenu pour les salariés ». Eh oui, c’est une évidence.

Remarquez, je n’ai pas beaucoup entendu la Gauche railler l’insanité du projet. J’aurais volontiers imaginé tous les progressistes debout comme un seul homme. Décidément, pour paraphraser quelques caricaturistes de Charlie Hebdo, je constate : la politique parfois, ça rend vraiment con !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 23 septembre 2009

Taxe Tobin : un débat incantatoire ?

A Pittsburgh, on va en parler. Chaque Chef d’Etat, chaque « conseiller spécial » a bichonné sa contribution à la reconstruction du système financier. Bonus, augmentation du capital des banques, suppression des paradis fiscaux…et bien sûr taxe sur les flux financiers (taxe Tobin).

En France, c’est récemment Bernard Kouchner qui a remis le couvert. Redevenu militant, il a proposé une sorte de contribution volontaire (à l’initiative des Etats, des banques ?). Un peu sur le mode de la taxe Chirac sur les billets d’avion.

Mais une taxe, c’est pourquoi faire ? Parler augmentation de la fiscalité, c’est déjà un repoussoir. Même si l’on cible les seuls financiers, le grand public sait qu’au final, c’est lui qui paie. Et la manière désastreuse avec laquelle on a introduit en France la taxe CO², témoigne qu’à vouloir mettre la charrue avant les bœufs, on sabote un projet dont on perd l’objectif pour ne retenir que le coup de massue.

Mais surtout, chacun a compris que l’origine de la crise tient d’abord et fondamentalement à l’absence de transparence dans le réseau des transactions financières.

Les acteurs de l’économie réelle sont de plus en plus soumis au régime de la « traçabilité ». N’importe quel marchand de cosmétiques, de produits alimentaires, de vélos ou de pièces de voitures doit pouvoir rendre compte des circuits de fabrication et de transport. Tel n’est évidemment pas le cas de ces 4 000 milliards de dollars évanouis dans la nature.

Qu’elle soit prélevée à la source ou qu’elle soit déclarative, la taxe Tobin devra dire ce qu’elle prétend financer. Mais dans tous les cas, elle ne sera efficace qu’après avoir rendu obligatoire la transparence des flux financiers, c’est-à-dire une fois qu’on aura accepté de réguler ces métiers.

Sinon, comme aurait pu dire un proverbe chinois, il faudra reconnaître que : « Taxer le vent n’empêchera pas la tempête ».

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 8 septembre 2009

Taxe carbone : arrêtez la cacophonie !

BLOG CO2

Ils s’y sont tous mis, médias et politiques, chacun prenant position, les uns sur le montant de la taxe (prix de la tonne de CO²), les autres sur son affectation.

Personne n’a encore dit précisément qui effectuera ces calculs, et encore moins comment s’appliquera la taxe (quels produits, en plus des carburants, quels services ?). La majorité évoque un impôt « neutre » dont le produit serait aussitôt réaffecté !!! Ici, on dit qu’il compenserait la suppression de la taxe professionnelle, ailleurs, on va jusqu’à recommander d’affecter le produit de la taxe au financement de l’assurance maladie en arguant du « lien entre dégradation de l’environnement et santé » (Madame Marie-Anne Montchamp, députée UMP).

Bref, un vrai sac à malice, d’autant qu’il n’aura échappé à personne que la contribution climat/énergie est devenue une arme politique redoutable, capable de faire exploser l’alliance du PS et des Verts.

Après cela, allez donc vous étonner des réticences populaires face à ce nouvel impôt.

Je suis persuadé que le rebond économique passe par un investissement massif dans les technologies alternatives économes en énergie et protectrices de l’environnement. Et de ce point de vue, l’intérêt d’un emprunt comme celui d’un réaménagement de notre fiscalité me paraissent complètement évidents.

Mais pourquoi mettre la charrue avant les bœufs ? Si l’on veut éviter tout blocage, l’urgence n’est-elle pas d’abord de définir et de rendre plus lisible cette nouvelle politique industrielle, énergétique, alimentaire, qu’on prétend ainsi financer ?

Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 19 septembre 2007

Bernard Accoyer : un siphonneur de caddies ?

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© Photo AFP

C’est passé inaperçu, et ça lui aura évité bien des diatribes ! C’était hier, dans Les Echos. Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée, répondait aux questions de la rédaction.

On sait l’offensive que plusieurs de ses collègues (Jean-Pierre Raffarin, Pierre Méhaignerie) ont menée contre l’idée de TVA sociale du gouvernement. Il était donc intéressant de l’entendre (de le lire). Je n’ai pas été déçu !

Que dit-il ?

Il dit :

« Il n’est plus possible que le financement de la protection sociale pèse quasi exclusivement sur le travail et la production ». Bien, très bien, nous ne disons pas autre chose.

« A titre personnel, je suis favorable à d’autres sources de financement ». Ah, ah, ça peut être intéressant.

« Nous devrions parler de contribution sociale sur la distribution ». Aie, aie, aie, qu’est-ce encore qui va nous arriver à nous, pauvres épiciers de France ! « Le réseau d’approvisionnement planétaire des grandes enseignes de distribution, qui se fournissent notamment au Bangladesh ou en Chine, leur donne suffisamment de marges pour absorber cette contribution sans augmenter leurs prix ».

Oui, vous avez bien lu. Il ne parle plus de TVA remboursable, il parle tout simplement d’un nouvel impôt qui serait prélevé sur les marges du commerce.

Bon, réfléchissons. Ne nous laissons pas emporter par une réaction purement corporatiste et étudions la chose dans l’intérêt général. Après tout, si tout le monde est logé « à la même enseigne » (joke de mots), la position relative de chaque groupe restera inchangée ! Donc, là n’est pas le problème. Ce qui me gêne, c’est le principe. Notre secteur est encore considéré comme une vache à lait.

Et ce qui me gêne encore plus, c’est que l’auteur de cette proposition farfelue n’en imagine pas l’impact sur les prix. Bernard Accoyer prétend s’opposer à la TVA sociale au motif qu’elle serait inflationniste. Mais comment peut-il penser que son nouvel impôt serait neutre sur les prix ?

Incompétence ? Simple coup de griffe revanchard à l’égard des distributeurs qui se sont battus contre la loi Galland votée sous son égide ? Ou parce qu’avec Nicolas Sarkozy, JP Raffarin et lui ont dû avaler les couleuvres de la réforme Dutreil ?

Toujours est-il qu’une telle proposition ne fera pas de Bernard Accoyer le premier économiste de France !

1) Appliqué au stade de la production ou de la distribution, un prélèvement fiscal sera forcément intégré dans les coûts de l’entreprise et répercuté dans les prix au consommateur !

2) L’idée que les distributeurs (H&M, Habitat, Fnac, ou autre Auchan) prennent cette ponction sur leurs marges participe soit d’une totale naïveté, soit d’un altruisme par procuration qu’on ne connaît pas dans la profession, ça je vous le dis !

3) 3) Plus sérieusement encore : un point de TVA représentant 6 milliards de ponction fiscale, pour augmenter la TVA de 5 points (chiffre cité par François Fillon), ce ne sont pas les marges des hypermarchés qu’il faudrait ponctionner, mais c’est carrément un pourcentage de leur chiffre d’affaires qu’il faudrait siphonner.

Siphonner? Oups, j’allais me laisser aller et ainsi qualifier une intervention qui aura au moins un mérite : nous empêcher de baisser la garde dans le futur débat parlementaire !

Sans rancune, M’sieur Accoyer !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 27 janvier 2005

Impôts : » Le roi se meurt» 

 A la lecture des journaux, tout le monde peut le constater. Tour à tour, les présidents des régions françaises annoncent une hausse exceptionnelle de la fiscalité. Elle s’échelonne de 20 à 50 %. Les entreprises paieront (taxe professionnelle) ainsi que les usagers (taxe d’habitation). La droite stigmatise la gestion des nouveaux présidents de gauche. La gauche invoque l’héritage et l’impéritie des prédécesseurs. Que nous importe : dans son palais de l’Elysée, le Président des présidents chantonne à qui veut l’entendre l’air de la baisse générale des impôts. Quel drôle de théâtre : sans doute un remake de « Le roi se meurt»  de Ionesco. Sauf que ça va faire cher la place !

Michel-Edouard Leclerc