Archive pour la catégorie ‘Industrie’

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

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Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 27 février 2008

Inflation : politiques et professionnels pratiquent la danse du scalp !

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« La loi du scalp»  par Salvé – Ed. Dupuis

Depuis dimanche dernier, le cours de l’hypocrisie a subi une spectaculaire envolée. Jamais le débat sur l’inflation ne nous avait offert un tel florilège de bêtises ou de défausses.

C’est l’Institut National de la Consommation qui a mis le feu aux poudres. Sacrée Marie-Jeanne Husset, elle rêvait de ce coup génial qui allait scotcher sur place son concurrent médiatique de l’UFC, Alain Bazot. Elle n’avait manqué aucun plateau TV depuis trois mois, concourait avec Robert Rochefort pour l’Oscar du meilleur expert ès concurrence. Et elle oeuvrait plutôt bien, renvoyant dos à dos industriels, distributeurs et politiques. La posture parfaite.

Dimanche, donc, avant la sortie en kiosque, tout ce que l’industrie, la distribution et la classe politique compte comme porte-voix s’est trouvé embringué dans une formidable course à l’échalote, et sommé, par des journalistes fébriles comme jamais, de s’expliquer sur ce retour de l’inflation, spectaculairement mais caricaturalement mise en scène par la publication de l’INC.

A ce moment-là du feuilleton, personne n’ayant épluché ladite étude, tout le monde fut bien obligé d’acquiescer, d’amplifier la plainte en la confirmant (l’étude confirmait l’opinion ! Un politique, ça ne contredit pas l’opinion).

Si le système médiatique ne s’était pas emballé, et si chacun avait pris le temps de lire l’opus de l’INC, tout cela eût pu être relativisé : relever les prix sur 5 ou 6 sites Internet non représentatifs des prix hypermarché de chaque enseigne, c’est quand même un peu de l’arnaque même si ce n’est pas « totale daube ».

Passons ! Cette prise de parole avait un mérite : émanant d’une institution publique, elle confirmait les observations déjà faites par les organisations de consommateurs. Et, excusez du peu, elle crédibilisait mes propres campagnes de communication dénonçant la flambée des tarifs des industriels pour 2008 et les limites de la réforme Chatel.

Ce qui est vraiment désolant dans cette affaire, ce n’est pas tant la légèreté de l’INC que l’agitation d’une classe politique réduite à des effets d’annonces plus hypocrites les unes que les autres : qu’on en juge.

Le premier coincé, ce fut Luc Chatel : quasi silencieux depuis les dernières publications de l’indice INSEE (inflation alimentaire de 4,2 % en janvier), il cherchait la parade. Lui et Christine Lagarde avaient imprudemment annoncé une baisse des prix de 3 % en janvier. Mais que dire quand le yaourt grimpe de 40 % ? Alors, il a osé cette pirouette et laissé entendre que finalement sa loi ne produirait d’effets qu’au 1er mars, ce qui est bien sûr une contre-vérité, la loi Chatel est applicable depuis le 2 janvier !!! Avec les résultats que l’on sait.

Yves Jego (de l’UMP) n’a pas fait non plus dans la dentelle. Il a recommandé au gouvernement « de sanctionner ceux qui profitent de l’occasion pour augmenter leurs profits » en saisissant le Conseil de la Concurrence. Ca ne mange pas de pain, c’est facile à dire, sauf que le Conseil de la Concurrence n’est pas compétent pour se saisir des dérives de prix quand il n’y a ni entente, ni abus de position dominante. Il n’y a pas de « délit de grosses marges » dans le droit français de la concurrence. Ou alors, vite qu’on nous le dise parce qu’il faudrait sanctionner Total, Nestlé, L’Oréal, Pernod pour les bénéfices fabuleux réalisés en 2007 !!!

Michel Barnier (Ministre de l’agriculture) a quasiment endossé, à la place de Jean-Michel Lemétayer, la fonction de Président de la FNSEA : « Je n’accepterai pas que l’on montre du doigt les agriculteurs dans ce problème… Ne cherchez pas la responsabilité chez des gens qui bossent… ». Allez, on en convient ! En moyenne, les agriculteurs ne sont pas ceux qui, dans ce retour de l’inflation, se sucrent le plus. Mais de là à dédouaner les gros céréaliers ou même les laitiers, il y a comme une contradiction. On ne peut pas à la fois dire que cette augmentation des cours est une aubaine pour nos agriculteurs et nier qu’une hausse de 80 % pour les céréaliers, ça ramène un peu de blé dans les chaumières et que 35 % sur le lait, ça met plus de beurre dans les épinards.

Il n’y a pas de petites économies pour François Copé (UMP). Lui qui est chargé de virer des chaînes publiques toute publicité commerciale qui aurait pu permettre d’animer la concurrence, il appelle le gouvernement à agir « dare-dare ». Il l’invite « à mettre en place des dispositifs de transparence et d’information qui permettent aux consommateurs de regarder, de comparer ». Pas à la télé, bien sûr. Eh bien, je l’invite à consulter « quiestlemoinscher.com » avec ses 546 000 relevés de prix effectués fin janvier (500 fois plus que dans l’étude de l’INC). En tout cas, je tiens là mon premier client pour ce site.

Le plus rigolo, c’est quand même Georges Sarre (PS). Nostalgique d’un dirigisme aux couleurs d’un Etat socialiste qui « s’opposerait à l’ultralibéralisme débridé » de Sarkozy, il réclame un blocage des prix. Mais c’est pour aussitôt dire que le « dogme européen interdit à l’Etat de prendre une telle mesure ».

Frédéric Lefebvre (UMP), lui, a remis au goût du jour une autre mesure qui traîne dans les cartons depuis vingt ans : le double étiquetage. Pourquoi pas. Avec le maintien des étiquettes en francs, celles qui mentionnent le prix au litre et au kilo, les infos promos, et bientôt les émissions CO² et la composition nutritive des produits…pas sûr que cela ne rajoute pas à la confusion. Mais rajouter un thermomètre, cela fera-t-il baisser les prix.

Une cinquantaine d’élus se sont ainsi exprimés, sans qu’un seul n’ait daigné revenir sur le fond du problème : le refus des parlementaires, lors du débat sur la loi Chatel, d’abroger définitivement la loi Galland et de libérer la négociation commerciale dont l’adoption a été reportée au printemps 2008.

Lors des débats parlementaires, j’avais eu l’occasion, aux côtés du directeur des achats d’Auchan, puis de celui d’Intermarché, d’annoncer le retour de l’inflation. Nous avions chiffré les augmentations tarifaires, dit notre incapacité de les compenser dans le système actuel. Mais les parlementaires, pour la plupart, avaient contesté la véracité de nos chiffres. Les ministres, eux, s’étaient laissés embobiner par les promesses de modération tarifaire des industriels au point d’annoncer naïvement une baisse des prix en janvier correspondant à un bonus de 600 euros par foyer.

Malgré nos campagnes de publicité qui citaient les hausses tarifaires des grandes marques, jamais démenties, c’est bien le gouvernement et les parlementaires qui ont décidé de surseoir à la réforme définitive de la loi Galland contre l’avis même du Président. Pour preuve, le recours à Madame Hagelsteen, chargée de préparer le dispositif printanier.

Alors, cette danse du scalp autour des distributeurs, quelle que soit leur part éventuelle de responsabilité, prend aujourd’hui des airs de chasse aux sorcières qui ne sent pas démocratiquement très bon.

On aurait voulu nous inciter à reprendre nos campagnes de communication qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Eh bien, oui, je le confirme : on va remettre le couvert. A bientôt donc…

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 16 janvier 2008

La pub qui dérange l’inflation

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Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.

Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.

Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.

Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.

Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.

Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :

1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,

2) Les consommateurs bouderont les étals,

3) Et le rythme de la consommation en pâtira.

Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.

Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 18 octobre 2005

Evian, Volvic, Cristalline, Laqueuille… Nouvelle histoire d’eau

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© Catherine Arnault

Ambiance surréaliste, hier soir, pour l’inauguration de notre source d’eau de montagne à Laqueuille (63). Tout ce que le monde politique local compte de têtes médiatisées se pressait sur l’estrade : un président de conseil régional, un sénateur, un député (Louis Giscard d’Estaing), le maire (Jean-Marc Boyer, à l’origine du projet)…et même un ministre (Brice Hortefeux, aménagement du territoire), « descendu » spécialement de la capitale. Et au milieu du millier de personnes invitées, une bonne trentaine d’élus des communes et cantons de ce superbe « Parc national des volcans d’Auvergne ».

Ambiance sympathique, simplicité auvergnate. Les discours se sont succédés (aux accents UMP plus que de Giono). Si par moment on se serait cru au temps de Bourvil (« Ah, quelle est bonne, mon eau ferrugineuse »), les surenchères auxquelles se sont livrés nos amis politiques valaient bien le spectacle des habituelles querelles nationales.

L’objet de cette dévotion ? Une source et son usine d’embouteillage. 28 millions d’euros investis par notre enseigne pour distribuer, à travers toute la France, 300 millions de bouteilles d’eau pure. Les bâtiments sont « dernier cri ». Architecture superbe mais discrète. Tellement bien intégrée au paysage que c’est le hangar agricole d’en face qui fait tâche !

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Les habitants sont fiers. De leur commune, de leur source, de cet investissement. Ils bénéficieront d’une rémunération sur chaque bouteille (concession sur 35 ans renouvelable). Le public jubile, mais on sent une certaine tension dans la gent politique. C’est « à qui reviendra le mérite du projet » : taxe professionnelle, taxe sur l’eau, emplois directs, retombées économiques. (A l’horizon de 4 ou 5 ans, il n’y a pas d’autre investissement de cette importance dans la région).

Le ministre (sarkoziste et truculent) brigue la mairie de Clermont-Ferrand, Louis Giscard veut s’assurer d’un siège (de son propre aveu, conquis par miracle), et le maire convoite le siège du député à qui il décoche des flèches empoisonnées.

Lors de ces agapes hydriques, trois UMP (oui, oui) jouaient, hier soir, « au maillon faible » sous l’œil amusé du président de région (communiste) qui n’en demandait pas tant pour assurer sa réélection…

Pour nous, évidemment, l’enjeu est tout autre. La bataille de l’eau ne fait que commencer. Les Français achètent 12 milliards de bouteilles par an et 60 % sont vendues en GMS. Méfiants à l’égard de l’eau du robinet (goût et qualité), irrités du prix (elle ne coûte pourtant que 2,8 € par m3), ils l’utilisent de moins en moins à des fins alimentaires (7 % d’utilisation ! ! !)… (Comme pour donner raison aux accusateurs d’un système économique qui, dans ses excès, « dénature » un produit gratuit pour le revendre avec une « valeur ajoutée » ! ! ! )

Sur un marché qui double tous les dix ans, les grands fournisseurs font la course pour la maîtrise de leur approvisionnement. Nestlé (Perrier, Vittel…) se taille la part du lion (34,5 %), talonné par Danone (Evian, Volvic…) : 30 %, suivi par le groupe Castel (Cristalline) avec 11 %.

Persuadés que la concentration va se renforcer (ambitions confirmées de Coca, malgré son échec en France, et de Pepsi dans les Pays de l’Est…), nos acheteurs nous ont convaincus d’investir. Malgré nos capacités de négociation (19 % de part de marché), le marketing des marques garantit le libre jeu des fournisseurs. Intermarché l’a compris avant nous et s’est assuré la maîtrise de sa ressource. En négociant la concession de Laqueuille (l’une des dernières disponibles et encore inexploitées), mon groupe va disposer d’un double atout : un approvisionnement de très grande qualité (les forages s’effectuent à 1 200 m d’altitude, dans un site complètement protégé), et la maîtrise de la formation du prix.

Vous vous en doutez bien. Si Danone, Nestlé et les grands groupes agroalimentaires ont tout fait pour nous dissuader d’investir à Laqueuille (« C’est pas ton métier, Michel. C’est plein de risques sanitaires et ça ne gagne pas tant que ça » dixit mon ami Franck Riboud), c’est que les marges sont conséquentes (12 à 18 % de marge nette ! Leur production la plus rentable !).

Avec notre investissement, l’eau de Laqueuille sera 18 % moins chère qu’Aquarel (Nestlé) : 1, 6 € versus 1,95 € (le pack de 6). La bataille est lancée.

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 26 avril 2005

Importations de textile chinois : le casse-tête européen

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Usine de textile dans l’est de la Chine (AP)

J’ai une question « déplacée » : quel est le degré de sincérité de nos dirigeants politiques et industriels dans toute cette agitation autour des importations de textile chinois ? Voici ce qui me préoccupe :

1) La suppression progressive des quotas d’importation est en cours depuis dix ans. La Commission Européenne, avec l’accord des états membres, a prévu de longue date la levée des dernières mesures protectionnistes dont on parle aujourd’hui.

2) Des professionnels s’en sont inquiétés ? Des études d’impact ont été réalisées ? Les administrations n’y ont pas trouvé matière à contentieux.

3) C’est que les puissances occidentales voient dans la Chine un marché très prometteur. Lors de son adhésion à l’OMC en 2001, elles n’ont pas écouté les ONG qui contestaient l’absence de contrepartie en droit social (droits de l’homme, conditions de travail, etc…).

4) Et voilà que trois mois après la levée des derniers quotas, c’est la panique. La France réclame l’installation de clauses de sauvegarde. Patrick Devedjian, Ministre de l’Industrie, reprend à son compte les chiffres de l’Institut Français de la Mode et annonce une perte de 7 000 emplois supplémentaires (par rapport aux 10 000 déjà prévus) pour la fin de l’année 2005.

Comment expliquer cette montée de sang et l’unanimisme des dirigeants français, quelques semaines seulement après la décision d’ouvrir les frontières : faillite des prévisionnistes, naïveté politique, ou bien ? ? ?

a) D’abord, raison garder. L’accroissement des chiffres d’importations sur certaines catégories de produits (pull-overs, lin tissé, tee-shirts, etc…) traduit, en Europe comme aux Etats-Unis, un processus de régularisation des importations. Une bonne part des importations chinoises se planquaient derrière des prête-noms. L’impunité étant garantie, nombre d’importateurs qui se cachaient derrière les dénominations de sociétés implantées dans les pays de l’Est ou au Maghreb régularisent leur situation.

b) La plupart des produits dont on parle dans les médias ne concurrencent pas directement l’industrie française. Depuis longtemps, nos industriels ne produisent plus de tee-shirts, de socquettes, ni même de jeans. Ils les font fabriquer au Maroc, en Turquie, en Roumanie ou à l’Ile Maurice.

c) Il n’en reste pas moins que les distorsions de concurrence entre les producteurs chinois et les producteurs ouest-occidentaux sont insupportables. Les rapports de salaires y sont de 1 à 10. C’est en parfaite connaissance de ces différences de coûts que nos représentants à Bruxelles ont accepté d’ouvrir les marchés.

d) Avons-nous manifesté notre opposition ? Quand et auprès de qui ? Le gouvernement français n’a-t-il pas été l’un des plus fervents partisans de l’accroissement des échanges avec la Chine ? Le Président de la République ne s’y est-il pas particulièrement impliqué, encore récemment dans son dernier voyage ?

La réalité est cynique. Et nos amis industriels du textile ne doivent pas se faire trop d’illusions. Leurs intérêts semblent bel et bien avoir été sacrifiés dans une négociation qui a privilégié l’ouverture du fabuleux marché chinois à nos Airbus, nos TGV, nos centrales nucléaires, notre industrie automobile. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les contorsions verbales des personnalités accompagnant actuellement le Premier Ministre en Chine : tout est fait pour minimiser les récriminations françaises et ne pas braquer nos interlocuteurs asiatiques.

Je prends les paris : passé le référendum (et les élections au MEDEF), nos dirigeants sauront prendre prétexte des positions libérales d’autres états membres pour justifier le minimalisme des mesures de sauvegarde qui seront adoptées. Il n’y aura pas de guerre du textile avec la Chine !

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 20 février 2005

Coke en stock

 Ça pourrait aussi s’intituler : « personne ne râle, pourquoi se gêner !»  Je parle ici du formidable pactole qu’a représenté, pour les compagnies pétrolières, la valorisation du cours du pétrole en 2004. De l’avis des meilleurs analystes, cette hausse a coûté aux Français entre 0,2 et 0,3 point d’amputation de pouvoir d’achat qui, pour partie à cause de ce fait, a stagné l’année dernière. On se rappellera la mini tempête suscitée par les interpellations des députés de gauche, réclamant le retour à la TIPP flottante, et la promesse faite par Nicolas Sarkozy de reverser le trop-plein de taxes prélevées indûment par l’Etat. On aura aussi la méchanceté de rappeler ce rapport administratif, reçu comme page d’Evangile, qui finit par délier l’Etat de son engagement, en affirmant que l’Etat n’avait pas fait son beurre avec cette histoire d’huile. Pour les élites françaises, l’affaire est donc entendue. Le cours a augmenté, l’Etat ne s’est pas enrichi, les taxes n’ont pas rapporté de recettes supplémentaires, et les consommateurs n’ont rien à dire. Roulez, gogos, le sujet n’est d’ailleurs plus à la mode en ce début 2005. Pas un parlementaire ne veut remuer la tambouille. S’il y en a que ces discussions doivent faire franchement rigoler, ce sont les actionnaires des majors du pétrole. Exxon a annoncé un profit record de 25,3 milliards de dollars. Du jamais vu. Shell, dont le président est mis en examen pour bidouillage de « réserves» , a le plaisir d’annoncer un profit de 18,5 milliards. BP n’est pas en reste avec 16,2 milliards. Même Total, dont on attend les résultats jeudi, devrait annoncer des profits supérieurs à 10 milliards. Vous n’allez tout de même pas imaginer que ce petit monde va se fendre d’une ristourne complémentaire pour les consommateurs ! Non, les compagnies ont fait le plein, les actionnaires empocheront. Et les Ministres de l’Economie, si prompts à commenter les hausses tarifaires des télécoms et des assurances, n’ont pas cru ici devoir intervenir. Décidément, les pétroliers ne sont pas les meilleurs communicants lorsqu’il s’agit d’environnement. Mais question lobby auprès de la classe politique, ils sont vraiment très forts ! Chapeau !

Michel-Edouard Leclerc