Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Mardi 23 février 2010

E. Leclerc et les thons : Greenpeace boude son plaisir

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Position et engagement :

Un communiqué et des placards dans la presse quotidienne régionale et nationale : j’avais laissé, ici, un peu transpirer la réflexion. Vendredi dernier, les adhérents E. Leclerc en charge du développement durable ont su engager l’enseigne et le faire savoir.

Concrètement : les Centres E. Leclerc confirment le retrait de leurs étals de certaines espèces de poissons dont la commercialisation représentait un danger pour l’équilibre des ressources (siki, flétan blanc, lingue bleue). Ils s’engagent à bannir « le thon rouge industriel » et à ne proposer que du thon rouge provenant exclusivement de la pêche artisanale. (Je réponds ainsi à Jahrool).

Pour plus d’infos cliquez ici. 

La réaction de Greenpeace :

J’en étais sûr (vieille méfiance d’un ancien militant des Amis de la Terre !). Ceux de Greenpeace allaient trouver à redire. Classique : tu n’agis pas, Greenpeace te dénonce. Tu agis, Greenpeace critique. (E. Leclerc n’a pas eu de soutien quand il s’agissait de se battre pour la suppression des sacs plastiques.)

Ils étaient donc le petit doigt sur la couture du pantalon. A peine la campagne de pub sortie de presse, Greenpeace se fendait d’un communiqué pour accuser notre enseigne de « manipulation ».

Je veux bien croire qu’un mot ou deux dans la pub pouvaient prêter à interprétation. Mais le communiqué détaillait suffisamment notre position. Quand on dit qu’on arrête la commercialisation des thons rouges provenant des 28 senneurs français, soit l’intégralité de la pêche industrielle, et qu’on insiste par ailleurs pour dire qu’on ne boycottera pas le thon des pêcheurs-artisans, ça ne peut pas être plus clair !

Après, que cela plaise ou ne plaise pas, c’est une autre histoire. Mais, pour notre part, nous assumons ce parti-pris respectueux des modes de pêche responsables.

Bien sûr, cette position nécessite qu’on se donne les moyens d’en contrôler la pratique (Jean a raison, une partie des achats s’effectue en direct et à l’initiative des chefs du rayon marée de chaque magasin). A nous d’être cohérents et de faire le ménage. Mais ce qui compte, vous en conviendrez, c’est que cette décision puisse peser dans le débat et sur les pratiques de la filière.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 24 décembre 2009

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JOYEUX NOËL À TOUS

 

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

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Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 25 novembre 2009

Médicaments non remboursés : le vrai, le faux

 Je commente quelques verbatim relevés dans la presse ainsi que des notes publiées ici (JAKEDOUARD-23/11, ROMANIN, 21 et 24/11, Vulcaintrauma, 24/11, brice41, 21/11).

« E. Leclerc n’a pas le droit de vendre des médicaments »

  • Vrai : c’est en France un monopole réservé aux pharmaciens.

« EL veut vendre des médicaments en grande surface »

  • Faux : pas question de les vendre en hypermarché. « Ce ne sont pas des petits pois », dont acte. Aussi le projet consiste à les commercialiser dans un espace dédié à la santé (des parapharmacies), sous le contrôle et avec les conseils d’un docteur en pharmacie.

« Il n’y a pas de problème de prix sur le médicament »

  • Vrai, s’il s’agit de médicaments remboursés.
  • Faux, s’agissant des médicaments déremboursés. Leur mise en marché n’est soumise à aucun système de régulation. Plus sages cette année, leurs prix ont flambé lors des premières vagues de déremboursement par l’Etat (Etude de la Mutualité Française, 2006).

« Les Français ne sont pas sensibles au prix des médicaments »

  • Vrai jusqu’ici, car il y avait peu de médicaments déremboursés.
  • Mais faux : depuis 2 ans, les mutuelles et les organisations de consommateurs les sensibilisent (Que Choisir, septembre 2009). Dans la dernière enquête IPSOS, 36 % des Français ont refusé d’acheter des médicaments qu’ils trouvaient trop chers.

« Finalement, il y a peu de médicaments concernés »

  • Faux, tous les médicaments ne sont évidemment pas concernés. Mais le marché des médicaments « à prescription médicale facultative et non remboursés » va frôler les 2 milliards de chiffre d’affaires. Ce n’est pas rien.

« Les prix sont compétitifs en pharmacie »

  • Vrai localement, s’agissant de certains groupements ou même d’officines qui, à Paris, à Strasbourg, à Toulouse, sont très performants en prix.
  • Mais globalement faux : une étude du BIPE (octobre 2009), portant sur 313 médicaments PMF-NR, révèle que pour un même médicament, l’écart de prix entre deux pharmacies est au minimum de 70 %. Les écarts de prix observés sont en moyenne de 100 % et peuvent aller jusqu’à 200 %.

« E. Leclerc ne pourrait pas vendre moins cher ces médicaments OTC »

  • Faux : rien qu’en s’alignant sur les prix les plus bas dans les officines, nos parapharmacies seraient mathématiquement 50 % moins chères que la moyenne des prix relevés en France.

A suivre…demain.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 4 septembre 2009

Grippe A (H1N1) : une certaine effervescence

Cela fait trois mois que tous les journaux consacrent une place croissante aux articles sur la pandémie grippale.

Comme tout le monde, nous nous posons la question de savoir si les politiques et les médias n’en font pas trop. J’étais en Angleterre le week-end dernier. L’intrépide Albion est censée être le pays d’Europe le plus touché par la grippe A. Et pourtant, pas de masque dans les rues ni dans les magasins. Seuls quelques touristes japonais… Et puis, dans la communauté scientifique, des voix s’élèvent pour rappeler que des maladies plus graves, comme le paludisme, ne font pas l’objet d’une telle mobilisation d’énergie et de moyens !!!

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas médecins et l’on ne saurait reprocher aux politiques d’avoir cherché, cette fois-ci, à anticiper (on se rappellera les mises en accusation de décideurs politiques dans les affaires du sang contaminé, de la vache folle, etc.).

Et c’est tout à fait normalement que les entreprises doivent se préparer pour minimiser les effets de la pandémie sur leurs salariés et consommateurs.

Les pouvoirs publics ont organisé, cette semaine, une réunion de travail avec l’ensemble des secteurs économiques pour étudier le degré de préparation dans chaque filière. Les questions sont évidemment complexes, les chantiers sont énormes et touchent aussi bien les aspects sanitaires que l’impact économique de la pandémie.

 En France, nous sommes toujours en situation 5A (i.e. « mobilisation des autorités pour empêcher l’introduction du virus sur le territoire et préparer le pays à affronter la pandémie »), mais nous devons tout faire comme si nous allions passer en 5B (activation des plans de continuité d’activité) ou en phase 6 (maximum sur l’échelle de crise).

 Le pire ne se réalisera pas forcément. Mais dans une bonne gestion de crise, il faut « faire comme si » et travailler à partir de scénarios à la complexité croissante. C’est pour cette raison que j’ai répondu à Marc-Olivier Fogiel sur Europe 1, mardi, en lui confirmant que l’un de ces scénarios prévoyait la fermeture possible d’un ou plusieurs magasins.

 Bon, on est loin du scénario catastrophe. Mais il est de notre responsabilité de roder les dispositifs. La pandémie, si elle dégénère, aura évidemment un impact sur la santé des salariés et des consommateurs (les hypermarchés sont des lieux ouverts au public et les virus ne s’arrêtent pas aux frontières des métiers). Elle impactera aussi les approvisionnements des magasins (fermeture d’usines) et ceux des ménages si les magasins doivent être fermés. Pas si simple !

Le gouvernement a mis en place un site interministériel de préparation au risque de pandémie grippale (www.pandemie-grippale.gouv.fr).

Dans notre groupe, un comité de pilotage chapeaute l’organisation des actions à mener au niveau national ou sur le terrain (stockage et diffusion des masques, élévation des niveaux de sécurité, phase de nettoyage, etc.). Il prépare les communications destinées aux consommateurs.

En cas de passage à une phase plus critique, ce comité de pilotage deviendra « cellule de crise ».

A ce jour, notre enseigne est prête. Il n’y a pas lieu, sauf à vouloir créer d’inutiles effets d’annonce, de rentrer dans le détail d’une organisation que nous allons perfectionner chaque jour.

Mais je n’hésiterai pas, sur ce blog, à intervenir sur les problèmes rencontrés et à vous tenir au courant.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 3 juillet 2007

Charte d’utilisation du Blog de Michel-Edouard Leclerc

Qu’est ce que le « blog » de M.E.L ?

Le blog est un espace d’échange dédié aux internautes intéressés par toutes les questions économiques, commerciales, d’actualité, de société sur lesquelles s’exprime Michel-Edouard Leclerc.

Michel-Edouard Leclerc rédige seul toutes ses notes, intervient dans le choix des photos, lit tous les commentaires.  Aussi répond-il aux internautes à chaque fois qu’il le peut, mais en fonction des cadences de sa vie professionnelle et privée qu’il entend ne pas sacrifier. Il veut être disponible, mais comme il le dit souvent, il « ne veut pas devenir esclave de l’outil ».

La modération du blog de M.E.L

Une pré-modération est mise en place sur ce blog. Cette modération à priori permet de maintenir la qualité des échanges et des débats d’idées.

Les commentaires du blog de M.E.L

Tous les visiteurs du blog de M.E.L peuvent réagir sur le blog en postant des commentaires. Pour poster un commentaire, cliquez sur le texte « Donner votre avis » à la fin de chaque note. Vous pouvez alors entrer votre texte. N’hésitez pas à signer vos commentaires par un pseudonyme, cela facilitera la réponse et vous permettra de retrouver votre commentaire, via le moteur de recherche.

Ce blog, journal personnel de M.E.L., est dédié en priorité aux sujets traitant de la distribution, de la consommation, et plus généralement de l’économie, de la politique et des questions de société. Ces choix recouvrent les questions pour lesquelles il est fréquemment sollicité par les étudiants ou les autres professionnels (cadres ou chefs d’entreprise) auxquels il consacre également une partie de son temps. Ces notes constituent pour lui une manière de structurer son propos, de l’amender au gré des commentaires de chacun. Pour permettre une navigation plus confortable sur le site, et dans la lecture de toutes ces réactions, nous vous remercions de rester autant que faire se peut dans le sujet traité. Et même si vous voulez vous exprimer de manière très critique, nous vous encourageons à écrire dans une forme qui respecte l’ensemble des interlocuteurs sur ce blog et contribue à faire progresser le débat.

Les commentaires hors-sujets :

Les internautes qui sollicitent M.E.L pour des raisons professionnelles, trouveront un lien plus efficace en s’adressant, selon les sujets, aux adresses suivantes :

- Service consommateurs Allo E. Leclerc : 09 69 32 42 52 (Numéro Cristal : appel non surtaxé).

- Recrutement/Ressources humaines : GALEC, 26 Quai Marcel Boyer 94859 Ivry-sur-Seine cedex (Tél. 01 49 87 50 00).

- Relations fournisseurs/Relations clients : GALEC, 26 Quai Marcel Boyer 94859 Ivry-sur-Seine cedex (Tél. 01 49 87 50 00).

Quelques règles d’usage pour le bon fonctionnement de ce blog :

Nous nous réservons le droit de supprimer les commentaires qui :

  • Contreviennent aux bonnes mœurs, à l’ordre public, aux lois et réglementations en vigueur, aux droits d’autrui.
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Respectées, ces règles simples nous permettront de communiquer au mieux. Nous attendons vos commentaires, remarques, suggestions, avec impatience.

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Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 2 mars 2007

Manara : de Hugo Pratt à Fellini, une vie nommée « Désir »

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© Jean Bibard

Il y a de cela quelques mois, Milo Manara s’était énervé. Un journaliste de la revue Bodoï l’interviewait par téléphone. Toute la fourberie, il la sentait venir. A 61 ans, on n’a plus envie de se laisser enfermer dans les stéréotypes, dans la banalisation d’un regard prétendument critique et sans reconnaissance. Ce pouvait n’être qu’un jeu. Pas pour Milo. Pas question de laisser le gamin parisien réduire tant d’années de dessins, de peinture, des dizaines d’albums et de livres…à un condensé libertin et sulfureux de littérature érotique. Pas question de réduire à l’anecdote son travail avec Hugo Pratt, Fellini ou Almodovar…

Peine perdue, l’autre avait pour lui le pouvoir du journaliste. Et la distance des traîtres. Milo raccrocha le combiné, furax.

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1) Les traits d’Eros

A première lecture, et même si le journaliste était trop potache pour être honnête, il était tout de même sacrément culotté notre Maurilio (c’est son vrai prénom). Dans presque tous ses albums, Eros allume les passions.

On se rappelle « Le Déclic », adapté au cinéma par Bob Rafelson et Jean-Louis Richard. C’est dans le magazine italien « Playmen » et dans « l’Echo des savanes » qu’il en publia les premières planches (1983). Puis il y eut « Le parfum de l’invisible » (1986), « Candide caméra » (1988), trois autres livraisons du « Déclic », « Le piège » et « Journal intime ».

On ne dira pas non plus que le « Kamasutra » et « L’art de la fessée » sont des traités d’économie, pas plus qu’il nous convaincra que ses illustrations de Pierre Louÿs dans « Aphrodite » ne traitent de l’art floral.

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Oui, Milo aime « ça ». Dans toutes ses bandes dessinées, et dans la multitude de ses dessins et croquis, l’érotisme est présent. Mais plus encore que chez Wolinski ou Serpieri, le sexe est l’instrument (sic) et non l’aboutissement d’une libération des corps et des femmes.

C’est un érotisme choisi, revendiqué. Et quand le sexe est intrusif (re-sic), violent, violé, jamais les hommes, les mâles, ceux qui en abusent et dominent, ne sortent vainqueurs au final. D’une manière ou d’une autre (re-re-sic), la femme finit par maîtriser le rapport de force. Et Milo ne donne pas cher de la peau des phallocrates.

Alors que dire de tout cela ?

Milo excelle dans le genre érotique. Mais personne n’osera dire de Picasso, de Cocteau, ni même de Fellini ou de Pasolini que leur œuvre se limite au cul ! Un genre ne fait pas le moine, fût-il lubrique. Et s’il faut trancher, Milo rappelle à qui veut l’entendre qu’avant tout, l’érotisme, chez lui, n’est qu’un prétexte…l’occasion de réaliser un dessin qui sublime les femmes, et pas simplement leur corps. Oui, Milo aime la Femme.

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2) Les Vénus de Milo

Ses premiers modèles avaient pour nom « Barbarella », créature rêvée par Jean-Claude Forest, avant que d’être celle de Roger Vadim, avec Jane Fonda dans le célèbre rôle. Ce fut aussi « Jodelle », du pop artiste français Guy Peellaert, qui stylisa superbement Sylvie Vartan et Françoise Hardy (cette dernière dans « Pravda »).

Sa première femme à lui avait pour nom « Jolanda », une femme pirate et espiègle (1973). Et par la suite, elles furent légion, de « Guilliveriana » à « Lucrèce Borgia ».

Ses détracteurs (si, si, il y en a) prétendent que Manara dessine toujours la même femme : un patron unique, stylisé, maintes fois remasterisé, sans cesse réadapté.

Ah les tartuffes !

A l’automne dernier, Città di Castello (Italie) consacrait une belle exposition au maestro. Dans une vitrine, une centaine de publications disposées en un habile patchwork, donnait à voir d’un seul regard, les héroïnes dont il fit son Panthéon.

Oui, on peut parler d’une déclinaison, ou plutôt d’une « varia ». Car étonnante est l’évolution graphique et la progression quasi scénaristique de la représentation des corps dont aucune position, aucune expression n’échappe à la maîtrise du dessinateur. La belle « Molly Malone », la pétulante « Aureliana » sont pour moi des aboutissements graphiques inégalés (« El Gaucho »).

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« Toute ma vie, j’ai travaillé avec et pour les femmes, et je ne suis jamais parvenu à les connaître ». La phrase a été écrite par Almodovar. Il l’a mise dans la bouche de « Ming », un Chinois dont il a confié à Manara le dessin. La suite pourrait être de Milo : « J’ai découvert une seule chose : blonde, brune, rousse, petite ou grande, toutes les mêmes. Des garces ». Ne vous y trompez pas. C’est une déclaration d’amour.

3) Ecce homo

J’ai eu l’occasion de rencontrer Milo à quatre ou cinq reprises. A Angoulême bien sûr, au FIBD. Pédagogue et généreux devant le public du forum. Grâce à Jeanine Cuckermann, son mentor français, à la fois agent et amie, j’ai pu l’interviewer à Vérone alors que j’effectuais un déplacement professionnel. Il y tenait, jusqu’à l’année dernière, un atelier, tout près du balcon de « Juliette », au premier et dernier étage d’un immeuble du XVIIIème. La fenêtre de son bureau donnait sur des magasins de fringues, en bas, dans la rue piétonne. Les vendeuses, disait-il, étaient ses modèles (fantasme ou réalité, allez savoir !). Aux murs, des affiches de films (Fellini, bien sûr), des publicités (Le chaperon rouge de Chanel n°5) et des livres. De la documentation historique !

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© Jean Bibard

Ce jour-là, il dessinait à plat sur une table. Je me souviens de cette chute de reins inachevée, là devant nous. De bas en haut, on devinait le délicat sillon vertébré qu’il lui fallait prolonger vers un somptueux globe fessier que le pinceau allait rattacher à la vie.

On imaginait Raphaël plutôt que Vinci, Klimt plutôt que Schiele, Modigliani aussi, et le Cézanne du « Déjeuner sur l’herbe ». Tous, peintres à qui il ne cesse de rendre hommage dans ses propres toiles.

Les autres artistes le lui rendent bien.

Hugo Pratt, bien sûr ; des 7 ans de collaboration et d’amitié, deux albums ont marqué durablement ma génération : « Un été indien » (1987) et « El Gaucho » (1995). Somptueux, magistral ! Et puis, en héritage, il y eut « HP », le maître d’aventure qui guide Guiseppe Bergman dans ses voyages initiatiques, prétextes à rencontres et dépassements. Un monde fou, fantastique, étrange et beau ! Un univers graphique étourdissant, une technique encore jamais vue en bande dessinée. (Hélas pour nous, souvent réalisé au feutre, avec une encre qui s’estompe à la lumière ; les noirs deviennent très vite violacés).

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Et il y eut Fellini. Une collaboration artistique qui fut probablement plus délicate.

« De Milo, j’avais lu « Le Singe » et puis naturellement j’aimais ses nymphettes, sa vision joyeuse du sexe, la classe de son dessin ». Sur une proposition du Corriere della Sera, Fellini proposa à Manara d’illustrer, puis de reprendre en BD le scénario abandonné d’un film « Voyage à Tulum ». Une collaboration réitérée pour « Le voyage de G. Mastorna ». Dit par Milo, son apport fut décisif : « Fellini a dû se contenter de ma représentation. Tout comme au cinéma…il est obligé de tenir compte de la personnalité des auteurs, des décorateurs… Mastorna ne peut pas être celui qu’il avait pensé, imaginé, rêvé ».

Il s’établit entre les deux artistes un superbe dialogue sur les mérites comparés du cinéma et de la bande dessinée. Un dialogue qui continue d’obséder les Bilal, Moebius, Loisel, attirés par le 7ème Art. « Un film t’inspire, t’empêche de penser. Une BD, c’est un arrêt dans le temps, avec le côté spectral d’une séance de spiritisme… » (Fellini).

A ce stade, on conviendra qu’on est loin des polémiques sur le caractère exclusivement érotique de l’œuvre de Milo.

A la fin d’un dîner, cet automne, il est sorti sur la place du village pour fumer une cigarette. Les habitants y fêtaient la Saint Michel au rythme d’un orchestre rock. Avec ses cheveux blancs, sa veste de cuir noir, cheap et molle, il passait pratiquement inaperçu. L’esprit ailleurs, mais, heureux, souriant, contemplatif ! Son ami, Liberatore, dessinateur de génie lui aussi, me prit par l’épaule. Et d’un coup d’œil fraternel vers Milo, me glissa : « Tu vois, il a l’air d’un ange, mais en ce moment même, il nous a oubliés, nous et les habitants. Il est en train de dessiner mentalement une « Lucrèce Borgia », faisant périr un de ses amants. Ou « Savonarole » procédant à l’empalement d’une donzelle trop belle pour n’être pas sorcière… ».

Oui, décidément, Milo trompe son monde !

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Michel-Edouard Leclerc