Archive pour la catégorie ‘Pêle-M.E.L’

Jeudi 20 décembre 2012

Jouets pour filles, jouets pour garçons, jouets asexués… Peut-on mettre fin aux stéréotypes quand l’offre industrielle et le marketing continuent de faire la loi ?

A l’approche de Noël, le débat sur le genre (masculin, féminin ou neutre) revient sur le devant de la scène, et jusqu’au pied du sapin. Aux Etats-Unis, on appelle ça « gender studies » (au risque de caricaturer : garde-t-on le rose pour les filles et le bleu pour les gars ?). Il était inévitable que les industriels du jouet et les distributeurs soient rattrapés par ce débat de société.

Quand les industriels s’en mêlent (s’emmêlent ?)

Il existe évidemment de nombreux jouets auxquels sont rattachées des caractéristiques fortement sexuées : les poupées pour les filles, les pistolets pour les garçons.

Devant les critiques portées par des associations et collectifs, des industriels ont tenté de réagir. Certains y sont parvenus avec succès. Ainsi, il aurait suffi à La Grande Récré de changer la couleur de son aspirateur (passant du rose à l’orange) pour qu’il devienne un best-seller chez les petits garçons. Avis à Electrolux et Moulinex pour la prochaine fête des pères !

Parfois ce fut complètement à côté de la plaque. On se souvient que Lego, en créant « Lego friends » (100% pour les filles disait la pub) avait fait pire que mieux : les couleurs étaient devenues pastelles, les formes plus douces et plus arrondies…enfin (et surtout) les univers dans lesquels évoluaient ces figurines avaient fini par agacer les mouvements féministes (univers « salon de beauté », « cabinet vétérinaire », « star de la chanson »…).

Mattel avait, lui, mis les pieds dans le plat avec « Barbie présidente des Etats-Unis ». Joli coup de com’ pendant la présidentielle américaine, belle audace disaient les spécialistes ! La Barbie en question pouvait être brune, blonde, métis, noire, blanche. Formidable ! Seule la tenue de la présidente ne variait pas : un tailleur fuchsia carrément cucul ! Ouuuuuh ont sifflé les associations.

Et les distributeurs dans tout ça ?

La question se pose également aux distributeurs. La plupart d’entre-nous échappons à la règle des « univers filles-garçons » dans les rayons jouets. « Harrods » à Londres l’an dernier a supprimé le classement des jouets filles-garçons pour le remplacer par des présentations thématiques. La plupart des hypers européens suivent cette ligne.

Paradoxalement, la distribution perpétue la tradition sexuée (et sexiste) dans ses catalogues, les nôtres compris. Système U a innové cette année : un garçon berce un poupon, une fille joue à la voiture. Dans un catalogue E. Leclerc, c’est un garçonnet qui pousse son mini-caddie (mais devant une caissière !!!).

Rien de révolutionnaire. Pourquoi ? Le pouvoir d’influence du distributeur est franchement limité. Je ne dis pas ça pour nous dédouaner. Mais on est ici dans une politique d’offre, extrêmement marquetée, les stéréotypes sont véhiculés par un énorme battage publicitaire. Les enfants – quand ils ont l’âge d’être prescripteurs – comme les parents, viennent en magasin acheter ce qu’ils ont « vu à la télé » ou sur Internet.

En vérité, nous sommes bien peu « armés » pour tenter d’influer sur des traditions qui ont la vie longue. Car la vraie question ce n’est pas de savoir si un jouet est plutôt masculin ou plutôt féminin. L’enjeu est de savoir si l’on peut à nous seuls faire évoluer l’assignation sexuée que le corps social a décidé de délivrer à des jouets depuis des lustres.

Des consommateurs réceptifs ?

Avant d’écrire cette brève note, je suis allé faire un tour sur internet pour consulter divers forums de parents. Je voulais voir ce qu’en pensaient réellement des consommateurs, sans intermédiation journalistique ou sondagière.

« Mon fils joue avec les poupées de sa sœur », « ma fille ne joue qu’à la bagarre »… en fait, ça fait belle lurette que les parents ne s’étonnent plus du mélange des genres. Est-ce par peur que les industriels freinent cette évolution ? Ou est-ce parce que le marché sanctionne vraiment la transgression ? Je n’ai pas de tabou, mais je n’ai surtout pas de réponse !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 14 décembre 2012

Landerneau, Kersalé…en route pour le Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture

Il y a beaucoup de structures de travail dans les Centres E. Leclerc (magasins, groupement d’achat, diverses sociétés commerciales). Moi, j’opère surtout à partir de l’association qui regroupe les adhérents eux-mêmes (ACDLec). J’y suis entouré d’une formidable équipe de collaborateurs qui m’apportent tous beaucoup. Comme c’est bientôt Noël, plutôt que le sempiternel déjeuner en ville, j’ai décidé de les emmener prendre l’air… à Landerneau, La Mecque de la distribution et bientôt le centre culturel du monde (joke) !

La plupart de mes collaborateurs ne s’étaient jamais rendus dans le berceau du groupe. Et puis, l’occasion était trop belle pour ne pas faire coup double : ils visiteront (en avant-première) la nouvelle exposition du Fonds Hélène & Edouard Leclerc aux Capucins, consacrée à Yann Kersalé.

Après l’expo dédiée à l’œuvre de Gérard Fromanger qui a attiré près de 25.000 visiteurs (pas mal pour des ploucs de province, non ?), c’est donc un artiste breton internationalement reconnu qui sera à l’honneur jusqu’au 19 mai 2013.

Promis, je vous reparlerai très prochainement sur ce blog de ce nouvel événement culturel au cœur de la Bretagne.

Et pour les plus impatients, je vous donne rendez-vous samedi 15 décembre pour l’ouverture au public de l’expo Kersalé. Venez nombreux, vous ne serez pas déçus !

Pour un avant-goût, rendez-vous sur le site de la Fondation : http://www.fonds-culturel-leclerc.fr/

A demain !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 14 janvier 2009

2009 : Vive la crise ?

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(Voeux reçus d’Alain Trampoglieri "White House Reporter")

Rappelez-vous ce questionnement. C’était du temps d’un Bernard Tapie flamboyant, d’un Yves Montand encore vivant ! Ce genre de slogan pouvait encore faire illusion.

Aujourd’hui, personne ne doute qu’une crise offre des occasions de rebond, de remise en cause, oblige les plus inertes à se bouger les fesses et les plus performants à tenter de nouvelles recettes.

Mais si l’on veut ne pas être cynique, sachons dire que 2009 est dans la grisaille. L’économie française sera probablement plus épargnée que les sociétés américaines ou anglaises. Mais enfin, le chômage va frapper et il y aura beaucoup de souffrance au cœur des foyers français.

Oui, sans faire de catastrophisme, il nous faut dire que la crise est devant nous. Elle va diffuser son venin via les faillites et restructurations du système bancaire, via les difficultés de l’industrie automobile et les pertes dans le secteur immobilier. Le secteur des médias ne sera pas en reste puisqu’il perdra une partie des recettes traditionnellement apportées par ces secteurs.

La crise impactera aussi fortement le pouvoir d’achat de chaque Français. D’abord celui des les épargnants dont une partie des actifs vont se trouver dévaloriser pour un temps. Et celui des salariés, bien sûr, du fait d’une stagnation des salaires et peut-être d’une perte d’emploi.

Oui, tout cela n’est pas rose. Et ce n’est pas la peine que les médias passent « en boucle » les informations les plus noires pour que l’horizon apparaisse largement bouché.

Pourtant, j’ose ici annoncer cette bonne nouvelle. Une nouvelle que les dernières indications de l’INSEE semblent désormais enregistrer : l’inflation est en repli.

Avec l’éclatement de la bulle financière, les marchés des matières premières se sont presque tous retournés, entraînant des chutes spectaculaires de prix dans les secteurs du pétrole, des céréales, des produits laitiers et bien d’autres matières premières.

Grâce à la Loi de Modernisation Economique pour laquelle mon groupe s’est fortement battu, les distributeurs vont pouvoir répercuter aux consommateurs très rapidement ces baisses de tarif.

Qu’on en juge : en novembre dernier, pratiquement aucun tarif industriel annoncé pour 2009 n’offrait de possibilité de baisse. Au 1er janvier, après la négociation autorisée par la nouvelle loi, les trois quarts des contrats sont à la baisse !

D’une inflation de 4 % en moyenne dans nos magasins, j’annonçais ici qu’on pourrait ramener ce chiffre à 2 % en 2009. Eh bien, on va faire mieux, je pense qu’on descendra en dessous de la barre de 1 %.

Et cela, voyez-vous, c’est une formidable aubaine pour le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Déjà, sur d’autres marchés, des initiatives de baisses spectaculaires apparaissent. La Twingo à 7 000 euros environ, c’est une aubaine ! Les compagnies aériennes ont presque toutes annulé les surprix décidés pendant la flambée du prix du pétrole. Des mutuelles font la publicité, à la radio, sur leurs baisses tarifaires. Et de superbes promos commencent à fleurir dans le secteur de l’électronique grand public pour pallier par avance aux méventes annoncées.

Du fait d’importantes opérations de déstockages, du fait du retournement des marchés et d’une loi qui va pousser à la concurrence, les prix vont s’assagir sur le marché français constituant ainsi une vraie bouffée d’oxygène pour un pouvoir d’achat prévu à la baisse.

Il faut raison garder. Ces bonnes nouvelles ne compenseront pas, de toute façon, les effets négatifs de la crise.

Mais il nous appartient à nous, entrepreneurs, hommes d’action, décideurs, de tout mettre en œuvre pour que le pays sorte le plus vite possible de ce bourbier.

C’est ce message que j’ai fait passer à tous les adhérents de notre mouvement, lundi dernier, en assemblée générale. C’est le témoignage et l’engagement que je veux laisser ici.

Meilleurs vœux à tous.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 31 décembre 2007

2008 : année du pouvoir d’achat ?

J’ai pris quelques jours de congé bien mérités, je crois.

J’espère que vous pourrez en faire autant.

Je garde un œil sur le blog mais reviens vers vous dans une semaine. J’aurai plein de réponses à faire mais surtout, nous aurons l’occasion d’aborder de nouveaux sujets.

Tous mes voeux de bonheur à vous, internautes de tous horizons….

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 2 juillet 2007

Etre ou paraître : Juppé, Wauquiez et la maquilleuse

Retour de week-end : Alors que la presse nationale titre sur les risques d’attentats londoniens, le journal Sud-Ouest consacre sa Une à Alain Juppé.

C’est ce décalage qui attire mon regard. Il faut dire que Sud Ouest a fait très fort. Outre, la référence au maire de Bordeaux, la Une est consacrée à la Félibrée, une fête du terroir, grand rendez-vous de l’Occitanie périgourdine. Je sais que la mode est à la « proximité », mais de là à omettre une accroche sur une actualité nationale ou mondiale pourtant très riche, voilà qui détonne !

Donc, je plonge avec avidité dans les quasi trois pages consacrées à Alain Juppé. Eh bien, m’en croirez-vous, je ne fus pas déçu.

1) Alain Juppé :

Passionnante interview. Sans langue de bois, le maire de Bordeaux y est confronté à quelques lecteurs du journal. Humain plus qu’humain, il revient sur sa défaite.

L’analyse est sans détour, sans emphase, sans faux-semblant. S’il « n’a pas l’angoisse du vide », il dit n’avoir toujours pas digéré : « Là, cela m’a fait un choc. Cela a été très dur à vivre, ce qui peut expliquer certaines réactions un peu vives que j’ai eues parce que j’ai trouvé ça très violent. Je ne sais pas si j’ai vraiment digéré parce que le processus de digestion est très long. Mais…la vie continue, je vais faire mon boulot. »

Question : Pourquoi avoir risqué de perdre votre ministère ? La mairie pouvait vous suffire ?

« C’est par le souci d’avoir un soutien populaire. C’est peut-être à relier aussi, psychanalitiquement, à ce qui m’est arrivé en 2004. Je voulais avoir la certitude que le peuple me redonnait sa confiance… La leçon que j’ai tirée de cet échec, c’est qu’à l’avenir, je ne me mettrai pas en situation de cumul. »

Le plus profond de cette interview n’est peut-être pas dans cet aveu, empreint d’humilité. Non, le plus intéressant, c’est cette analyse livrée tout aussi simplement, mais qui en dit long sur le conflit qui habite chaque homme politique médiatisé : être ou paraître ?

Un lecteur : « J’ai lu que vous aviez changé. Est-ce que votre voyage au Québec vous a amené à voir, cette fois, les choses différemment ? »

AJ : « J’ai dit que j’avais changé parce qu’on ne cesse de me le demander, mais je ne suis pas sûr d’avoir changé. On est comme on est. On a un patrimoine génétique, une hérédité, une éducation, une personnalité et, sauf exception, on n’est pas totalement différent de ce qu’on est à ses origines. Je suis un affectif primaire. En tout cas, quand je vois certains portraits qui sont faits de moi, j’ai trouvé la réponse : ce n’est pas moi. Je suis arrivé à me coller une image qui n’est pas moi. »

Il faut se rendre à l’évidence : l’homme politique n’est pas un acteur.

2) Laurent Wauquiez : J’étais à côté de lui sur le plateau de Laurent Ruquier, samedi soir. Dynamique, le jeune porte-parole de Matignon. Souriant, pas si confiant que ça, mais plein d’enthousiasme, de ressources.

Face aux insinuations d’Eric Zemmour et Eric Naulleau, il se justifiait : « Non, je ne suis pas un nouveau Juppé. J’ai de l’admiration pour cet homme, mais je ne lui ressemble pas. Les diplômes ? La tête d’œuf ? La réussite rapide ? Et bien, oui, et alors… ». Pour un peu, il aurait dit : « J’ai pas fait exprès ». Son sourire permanent, son aisance ? Sa belle gueule ? Ah ça, il lui en fallait du courage à Laurent Wauquiez pour avoir à se justifier de tout cela, face à des procureurs qui finissaient à ne voir en lui que le stéréotype d’une société qui formate, qui moule, qui clone…ses représentants politiques.

J’étais assis à côté de Vincent Elbaz, acteur, et malgré tout pas franchement à l’aise dans cette palinodie. Je l’entendais, lui, l’homme du cinéma, du théâtre, des grands et des petits rôles, marmonner : « C’est quand même dingue de devoir justifier ce que l’on est, au risque de devoir en paraître un autre. Et pourquoi, pour plaire, faudrait-il avoir l’air médiocre ! »

3) La maquilleuse : C’est elle qui donne la réponse, en fin d’émission (5 heures d’enregistrement pour 3 heures retenues !!!). « Tout le monde veut être aimé, tout le monde veut séduire, pas seulement l’homme politique. Oui, il faut du rimmel, poudrer les taches, gommer les aspérités. Mais il faut que tout cela reste léger. Il vaut mieux rester soi-même, y compris avec ses défauts. On ne peut pas plaire à tout le monde (sic). A trop forcer le maquillage, la personnalité disparaît sous le fard. Et sous les spots, à la longue, on perd son éclat. »

Etre ou paraître ? La question interpelle Wauquiez comme elle a déstabilisé Juppé. Mais la leçon de la maquilleuse peut nous éviter bien des déboires. Ca ne sert décidément à rien d’imaginer que « Je » puisse être durablement un autre.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 19 juin 2007

Le blog, les spams, et tutti quanti…

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Vous avez pu remarquer peut-être que, depuis deux mois, mon blog était envahi de spams. D’où une lecture fastidieuse, et la nécessité de recourir au « tue-mouches » pour voir un peu plus clair dans la jungle des commentaires.

Je pestais moi-même d’autant plus que je suis résolument et farouchement rebelle à ce mode de publicité intrusive, parasite, obsessionnelle…et au demeurant contre-productive ! C’est la troisième fois que nous testions un filtre dont la trame théoriquement imperméable au « bon grain » aurait dû permettre de trier « l’ivraie ». Peine perdue !

Mais voilà, depuis ce week-end, je crois au miracle ! (Mais je me précipite pour toucher du bois). Voici donc notre écran nettoyé.

Il y a un effet pervers : dans le goulot d’étranglement mis en place, quelques commentaires peuvent être malencontreusement écartés et finir dans la corbeille !

Amis blogueurs, il ne faut pas m’en vouloir. Tous les deux jours, j’irai y jeter un œil et m’engage à remettre en ligne le billet ainsi évincé !

Mais je pense que c’est mieux qu’une « chambre d’attente ». Les internautes préfèreront, j’en suis sûr, ce système qui permet d’afficher les posts en temps réel, plutôt que de subir l’attente d’un tri sélectif !

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 septembre 2006

Peoplelisation de la vie politique : qui est vraiment responsable ?

Le poids des mots, le choc des photos : Jamais le slogan n’a été aussi pertinent. Les Français délaissent la presse écrite pour passer jusqu’à trois heures devant leur écran TV ! Comment s’étonner que la nouvelle génération politique veuille travailler son image plus que son programme. La prise de conscience très récente des risques inhérents à la peoplelisation de la vie politique (et à la réduction du débat aux petites phrases et aux images) a quelque chose de terriblement déroutant. Depuis plus de trente ans, tous les élèves de Marshall Mac Luhan répètent : « C’est le média qui façonne le discours » au lieu de n’en être que le relais !

Alain Duhamel a certainement oublié que, dès 1974, les médias dissertaient sur la modernité d’un Giscard qui tel un Kennedy en famille, tentait de mettre la communication politique au diapason des nouveaux médias. Dans Libé (06/09), voilà qu’il se lâche : La peoplelisation « est à la personnalisation ce que le rococo est au baroque, une dégénérescence extravagante et envahissante ». C’est « de la politique en stuc et en toc…elle symbolise…le triomphe de l’image sur le verbe, de l’émotion sur la réflexion, de la subjectivité sur la rationalité. Elle consacre la victoire de la séduction sur la conviction ».

A juste titre, il dissocie « l’engagement vrai » des artistes qu’il considère comme un « acte civique », des scénographies récentes organisées par les conseillers en communication dont l’objectif « n’est pas d’éclairer, d’expliquer, de convaincre, mais d’attirer la sympathie ». Oui, cher Alain, du débat les politiques semblent avoir fait table rase ! Et sans conteste, ils en font trop.

Singerie ! Mais les politiques sont-ils les seuls responsables ? A force de présenter nos élus comme des clones tristes de technocrates qui n’auraient finalement d’autre expertise que leur capacité de communiquer, peut-on leur reprocher d’essayer « d’humaniser leur image ». Peut-on leur reprocher de vouloir être en phase avec les attentes créées par le monde médiatique. « Pour asseoir leur popularité, dites-vous, la quasi-totalité des dirigeants se ruent vers les émissions de variétés » où on les voit embrasser, pédaler, etc. Mais quand, s’agissant de n’importe quel débat économique ou social, le média met sur le même plan ou sollicite en premier l’avis du footeux ou du chanteur, quand l’avis d’Arditi ou de Piccoli l’emporte sur celui de l’acteur politique, y compris sur des sujets dont ce dernier assume seul, devant l’opinion, la responsabilité…faut-il s’étonner que nos élus cherchent à les singer, à récupérer une partie de leur aura ?

Johnny et Sarko : Pas plus tard qu’hier, toujours dans Libé (5/09), JM Thénard faisait semblant de le découvrir : avec cette Une impitoyable : « La politique gonflée aux stars ». Avec cette phrase bien torchée : « Qu’importe les idées pourvu qu’on ait les corps »). Sur le fond, je partage bien sûr la même irritation face au racolage des paillettes et du strass. Tout ça masque le vide intellectuel sidéral qui a pesé sur les dernières manifestations politiques (La Rochelle, Marseille…).

Mais fallait-il vraiment que Sarko s’adjoigne les services de Johnny ou autre Doc Gyneco pour que toute la presse en fasse un fromage. Après tout, qui relaye habituellement ces images si ce ne sont les médias eux-mêmes tellement friands de ce genre de marchandise. Qui occulte le débat de fond en limitant à la télé le temps des confrontations « parce que ça ne sert pas l’audimat » ! Pas vierge, le monde des médias !

L’effet Ségolène : Tous les médias ne se ressemblent pas ? D’accord : il y a les « People » et les autres. Les premiers ne boudent évidemment pas leur plaisir. Les ventes de « Closer » ont augmenté de 25 %, idem celles de « VSD ».

Mais « Stratégies » (31/08) révèle que, sur Google, l’expression « Ségolène Royal en bikini est la requête qui arrive en tête sur le moteur de recherche ». Et reparcourant toutes les Unes de cet été, je constate que la presse « sérieuse » a su, tout en faisant la fine bouche sur les tabloïds, reprendre à son compte ces peopleleries, ne serait-ce que pour les commenter. Audience, audience. Eh, eh, ce ne sont pas ces numéros-là qui plomberont les comptes de la presse écrite.

Doc Gyneco : On ne se souvient pas qu’en d’autres temps, les artistes, pourtant vibrions comme des mouches autour d’un Mitterrand ou d’un Jack Lang, aient pu être aussi ridiculisés comme vient de l’être Johnny, ni dézingués comme Bruno Beausir décrit comme « sorti du coma », « notoriété en berne ». Allez ! Même s’il est vrai que le Doc est devenu pathétiquement caricatural, que ne devrait-on dire de Valérie Lang, Marina Vlady, Yves Duteil ou autre Sapho, sollicités par les mêmes médias, enrôlés permanents pour une bonne cause médiatisable ! Selon que l’artiste est de gauche ou de droite…Oh, médias hypocrites et méchamment cruels !

Renaud, lui aussi : Puisqu’il est en train de la perdre, il voudrait donner sa voix. Dans Le Parisien (5/09), le chanteur dit avoir, lui aussi, « ses électeurs ». Il s’engage contre Sarko qu’il assimile, allez c’est sans frais, à un Le Pen juste un peu plus policé que l’original ! « Sarko-facho » dira, en septembre, une de ses prochaines chansons. Ca donnera un semblant de légitimité politique aux violences d’une « racaille » qui, justement, cherche un sens à son combat. Mais avouez que c’est nul, au moins aussi nul que les anciennes rengaines anti-flics du Doc. Lui, Renaud, qui dénonce en Johnny « le degré zéro de l’engagement politique » se fourvoie à son tour dans le plus grotesque des poujadismes. J’ose dire « grotesque » parce qu’il ose cet aveu : « Au deuxième tour, j’appliquerai la discipline de la gauche républicaine en votant Ségolène Royal, même si pour moi, elle flirte aussi avec les idées de Sarko en voulant mettre les racailles en caserne ». Ouah ! En voilà un d’artiste qui fait évoluer le débat ! Combien vous pariez qu’à lui, Libé ne fera pas la peau.

Jospin : Lui aussi s’irrite des peopleleries et appelle au débat. Mais voilà. Réclamant au sein du PS qu’on évite de se focaliser sur les querelles d’investiture, on ne l’entend que sur son éventuelle candidature. J’y vais, j’y vais pas. Vous saurez tout ça le 3 octobre : « Pour le moment, je participe librement à une discussion qui me paraît essentielle pour l’avenir du pays » (Le Monde, 07/09). Ah bon, sur quels thèmes ?

Jospin me fait penser finalement à VGE après 1981. Dur d’accepter le destin. D’espérer, en vain, un appel populaire après avoir orgueilleusement tourné le dos aux masses qui les soutenaient. Dieu, que le peuple est ingrat. « Je ne me sens pas du tout fatigué, et je pense que j’ai suffisamment peu servi, ces derniers temps, pour ne pas être usé » (Le Monde, 07/09). Mais n’y aurait-il de vie politique, pour un ex, qu’en piétinant dans les listes d’attente pour re-briguer la fonction suprême ? Tant de causes sociales, humanitaires, environnementales ou civiques auraient pu mobiliser ces « réservoirs d’expériences » (puisque seul le passé leur sert de plaidoirie !).

Jospin et Chirac : Le passé, décidément, rattrape le présent. Lors des dernières Présidentielles, Jospin s’en était pris à l’âge du capitaine. Chirac était trop vieux ! Pensez donc, par rapport à Tony Blair, à Berlusconi, et aux autres dirigeants européens de la génération des quinquas, la France serait représentée par un septuagénaire.

Après coup, il doit s’en mordre les lèvres, notre Lionel, avec ses presque soixante dix ans . Devinez la pique qu’avec son sourire carnassier, Sarko lui décochera si d’aventure… A moins qu’à son tour, bien sûr, Jospin n’humanise et ne rajeunisse son image aux côtés d’Emmanuelle Béart ou de Djamel Debouzze. Ne doutez de rien !

Résignation : Vivement qu’on rentre effectivement dans la campagne électorale, puisque, décidément, médias ou politiques, tous n’accorderont de place aux sujets majeurs qui nous préoccupent qu’une fois les candidatures et investitures définitivement acquises. C’est dingue, mais c’est comme ça…

Mais ne nous leurrons pas. Par-delà le jeu singulier auquel se livrent politiques et médias (« je t’aime, moi non plus » et « je te dénonce, mais continue, tu fais vendre »), c’est l’évolution du système politique qui finit par produire cet effet. Alain Duhamel le reconnaît lui-même : « L’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel a…mécaniquement conduit depuis des décennies à la personnalisation extrême de la politique ». D’une majorité parlementaire, d’un parti politique, d’un gouvernement…on attend un programme. D’un futur Président, l’opinion recherche, certes, les idées maîtresses, mais surtout les valeurs et la personnalité. C’est ce qu’ont compris Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. C’est pour cela qu’ils font course en tête.

Est-ce finalement bon pour le pays ? Si l’on parle de revenir à la rationalité politique, évidemment non. Mais pour obtenir le changement, le système permet-il à tous ces acteurs de la vie publique de s’exprimer autrement ? Où, quand ? Je regarde les programmes du service public. J’y cherche l’annonce d’émissions de fond sur l’Europe, sur l’éducation, le système de santé, le service civique, le protocole de Kyoto, etc. Des émissions pédagogiques, des confrontations, en prime time, avec le temps nécessaire.

Ah ! C’est trop tôt, rapport à la campagne ? Probablement, c’est ce que doivent penser aussi les politiques…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 29 août 2006

Fabius, Jospin, Lang, Strauss-Kahn et l’offense faite à Ségolène

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Je ne sais pas si les participants à l’Université d’été du PS, ce week-end à La Rochelle, sont satisfaits de l’image qu’ils ont donnée d’eux-mêmes. Mais une chose est sûre : le concert des éléphants, le soir, quand retombe le rideau, a quelque chose de fascinant. Et de franchement pathétique.

Fascinant… parce que selon une règle bien connue de ceux qui sont passés maîtres dans l’art de la communication, tout bruit, tout commentaire ou toute critique exagérément faits autour d’un adversaire, surtout s’il est déjà populaire, ne conduisent qu’à renforcer sa « visibilité », sa notoriété, sa légitimité. Ségolène n’a jamais autant engrangé…

Pathétique… ? A défaut d’opposer leurs idées, d’afficher leur propre programme ou d’exprimer leurs différences, les propos des multiples prétendants socialistes s’apparentent au comportement de certains critiques cinématographiques : « Trop populaire, trop médiatique », comme on dirait « trop commercial pour être un bon film, un vrai film, une œuvre… ». On croirait lire certaines tribunes de Télérama ou des Cahiers du Cinéma quand de farouches opposants à toute culture populaire font la fine bouche devant l’audimat.

1) Dans le genre, le clown le plus triste, c’est quand même notre Jack Lang. Franchement, comme le rappelle Guy Konopnicki dans Marianne (26/08), « Jack Lang n’a pas été le plus inutile des ministres, ni d’ailleurs des socialistes ». Mais faut-il être « faux derch » pour reprocher à Ségolène Royal de n’être « qu’une production du système médiatique » quand lui…maître du genre… abusa du système !!!

2) Pas mal non plus la sortie de Laurent Fabius : « Si on pense qu’on peut s’en sortir par le look, ce n’est pas possible » dit-il sans élégance. Ramenant la popularité de Ségolène à sa seule capacité médiatique, il sait être encore plus goujat : « Bien sûr, il faut utiliser les techniques nouvelles et ce que d’aucuns appellent l’interactivité, la relation directe entre la société civile et les lieux de pouvoir. Mais les tuyaux ne donnent pas le contenu. La technique ne remplace pas la politique. Il faut avoir des idées, des convictions, exposer les enjeux, dire quelles sont nos décisions demain et quels seront nos actes ». Toutes capacités dont Ségolène, évidemment, serait dépourvue !

3) Dominique Strauss-Kahn aime les femmes. Il le dit et cela se sait. Plus malin, il évite l’attaque directement machiste, mais c’est pour mieux se positionner en homme d’expérience. Mais l’expérience est-elle définitivement incompatible avec la popularité ?

4) C’est ce que semble croire Lionel Jospin qui revendique la sienne. Ce à quoi Ségolène répond par avance : « J’entends dire çà et là qu’il faudrait pour diriger la France une expérience que très peu possèdent ici-bas. Mais cela ne suffit pas. Je sais surtout que ce qui compte, c’est la capacité à mobiliser l’expérience collective… ».

Ah, décidément, « tous contre Ségolène ! ».

Mais ils devraient être plus prudents, nos éléphants. Outre qu’à leur tour, avec leurs petites phrases, ils alimentent la peopolisation qu’ils dénoncent par ailleurs, ils placent l’élue de Poitou-Charentes sur orbite. Et, finalement, la confirment dans ses choix : ne pas dévoiler trop tôt un programme dont tous, hypocrites, réclament « les bonnes feuilles ». Un piège puisque, parallèlement, militants et éléphants s’évertuent à rappeler qu’il faut jouer collectif et faire prévaloir les idées du parti.

De toute façon, tactiquement, Ségolène joue sur du velours. « Le PS tourne aujourd’hui « La Croisière s’amuse » (Jean-Luc Mélenchon dixit). Et dans cette ambiance, suicidaire est celui qui voudrait entamer un débat de fond !

Comme beaucoup de citoyens, j’ai hâte de connaître les principaux engagements de Ségolène Royal sur l’Europe, la mondialisation, l’entreprise et l’économie de marché, l’environnement, la réforme du système éducatif, etc. Pas question, quels que soient, demain, les candidats, d’aller déposer un chèque en blanc dans l’urne.

Mais les reproches qui lui sont faits par ses pairs sentent la bile et me paraissent finalement terriblement machistes ! Et en tout cas, je ne vois pas qui, dans les accusateurs, pourrait se soustraire aux mêmes critiques. Tous ont connu la popularité. Tous ont connu les mêmes conditions d’exercice du pouvoir, en tant que ministre ou sur le plan local. Alors…Messieurs les éléphants, ayez l’affirmation plus modeste…

Dans Le Figaro Magazine (26/08), Isabelle Adjani a livré à JC Buisson une passionnante interview. On y lit cette phrase très vraie : « Je suis indéniablement en décalage avec le rythme du monde moderne qui exige que l’on ait tout fait avant même d’avoir entrepris quoi que ce soit ». La notion de « devenir » n’existe presque plus.

Sur le même mode, mais à l’inverse, oserais-je dire qu’il n’est pas décent, quel que soit le candidat à la présidence de la République, d’attendre de lui (ou d’elle) qu’il en ait déjà les attributs, les idées, l’aura et le crédit…avant même que d’avoir jamais été en fonction !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 20 juin 2006

Marie-Antoinette (par S. Coppola) et Chirac-Villepin (par Villepin) : les fins de règne se ressemblent !

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Monarchie :

Nombreux sont les observateurs de la société française qui parlent, à l’instar de Patrick Devedjian, d’une « dérive monarchique dans le fonctionnement des institutions ». De fait, Jacques Chirac est de plus en plus isolé à force d’avoir terriblement restreint les pouvoirs du Parlement, l’audience de la Majorité, et confiné le locataire de Matignon dans un rôle de « Premier Ministre de convenance » (dixit toujours P. Devedjian, Le Monde, 19/06).

Révolution :

Sans doute parce qu’elle a flairé le vent de la révolte, Christine Boutin a suggéré, samedi, de changer l’ordre des couplets de la Marseillaise et envisage de proposer, en octobre, une version « moins sanguinaire et moins révolutionnaire » (Libé, 19/06).

Prémonition, alerte surgie d’un inconscient collectif ? Elle n’est pas seule en tout cas à s’intéresser à la période révolutionnaire. Roger-Gérard Schwartzenberg, prof à Sciences Po, député radical devait sortir de la projection de Coppola quand dixit : « Villepin est dans la position d’indifférence aux attentes populaires que pouvait incarner Marie-Antoinette en 1788 » (Le Parisien, 17/06/06). Voilà un rôle pour Galouzeau dans la suite que la réalisatrice américaine pourrait réaliser, cette fois-ci, pas à Versailles, mais dans les arènes de Lutèce : « On a d’un côté la légion romaine très organisée de l’UMP et de l’autre les tribus gauloises de l’ex-gauche plurielle… » (toujours RGS). Décidément, la vie politique française va offrir à Hollywood ses plus beaux scénarios.

Royalisme :

Alors que l’Amérique s’obstine à revisiter (à la manière des metteurs en scène des casinos de Las Vegas) la figure légendaire de Marie-Antoinette, la presse française multiplie les métaphores royalistes : « En déplacement sur ses terres, Ségolène Royal a été victime d’un lancé de fraisiers » (Le Parisien, idem). Les médias ont tous salué « le sourire qu’arborait la reine des Deux-Sèvres ». Peu ont signalé que l’entarteur bénéficiât d’une solide « garde à vue » (normal !), mais aussi que sur plainte Royale, la justice fut saisie. On peut faire bonne figure devant les caméras du peuple, mais les lettres de cachet, c’est pas pour les chiens !

A propos de cachet : Celui de Forgeard, tel Fouquet, dont la provocante richesse, après celle de Zacharias et quelques autres, a fini par irriter toute la Cour. On parle de légiférer contre ces nouveaux assignats dont, hier encore, des sénateurs vantaient les mérites. Sur le principe, je n’ai rien contre les stock-options (je n’en ai pas moi-même !). Mais c’est fou ce qu’on peut dire comme conneries quand, pris à piquer l’argent de la quête, le riche passe à confesse : « Je n’ai pas fauté… Je veux être très franc avec vous : je suis comme un paysan, j’aurai 60 ans le 8 décembre prochain. Même si je suis tout en haut de l’échelle, je reste un ingénieur… J’appartiens au monde du travail, je ne suis pas un capitaliste… ».

Je n’ai rien personnellement contre cet homme qu’on disait expert. Mais voilà des propos bien naïfs pour un prince. Pas étonnant que les Français persistent dans leur aversion pour la réussite capitaliste si les élites n’assument pas !

Dans cette affaire, il y a deux affaires : un délit d’initié potentiel (à voir !), mais aussi un vrai délit de management. A qui veut-on faire croire qu’en trois mois, des difficultés « certes significatives, mais qui sont fréquentes dans la construction aéronautique… » se transforment en catastrophe à un million de dollars pièce ! En relisant l’interview de NF (17/06), je m’imaginais dans la même situation. Non, impossible. On m’aurait, à juste titre, salement tancé, peut-être même aurais-je dû tirer ma révérence ! Manifestement, on ne règne pas sur le même monde.

EADS, par-ci, GDF, par-là. Les scénarios ne sont pas tout à fait les mêmes. Mais le public, actionnaire, salarié ou client, aura bien du mal à comprendre les atermoiements de nos princes. Hier, le gouvernement justifiait les hausses de tarif du gaz en se cachant derrière l’indexation avec le cours du pétrole. Le Palais faisait fi des critiques, qu’elles viennent de Que Choisir, de clients belges, ou d’actionnaires européens.

Demi-tour. Désormais, le PDG, Cirelli, ancien de chez Raffarin, tente de masquer la privatisation en se faisant défenseur du service public : « L’entité doit être préservée » (malgré la fusion !). Et, grand prince, Gérard Mestrallet (Suez) demande qu’on veille à « privilégier les aspects industriels, les intérêts des salariés, des actionnaires et des clients ». Mais quels autres intérêts faudrait-il donc privilégier ?

Fin de règne :

Quel rapport, me direz-vous, entre Villepin, Forgeard, Zacharias, Marie-Antoinette et Fouquet ? Eh bien, justement, une fin de règne. Rarement les princes tombent seuls. Dans leur chute, incapables d’assumer leur superbe, ils ont besoin d’entraîner leur Cour. Sophie de Menthon (club Ethic) qui intervient souvent aux « Grandes Gueules » de RMC, a vu juste : « Pour les Français, les problèmes du capitalisme sont les problèmes de la droite, associée aux puissances d’argent. Aux élections prochaines, ils risquent de renvoyer tout ce petit monde à la Bastille » (je cite de mémoire).

Situation prérévolutionnaire ? Peut-être pas. Mais pour le coup, certains députés UMP seraient prêts à sacrifier Villepin-Marie-Antoinette. Tel Jean Leonetti (député des Alpes-Maritimes) qui ironise : « Quand Grand Chef Matignon parle, majorité inquiète ». En défense, placide, Bruno Le Maire, conseiller de Galouzeau rétorque : « Il faut que les choses percolent, le temps jouera pour nous ». D’accord…

Les princes déchus peuvent espérer qu’un jour on les réhabilite et qu’on révise les méchants procès qu’on leur fit. Seulement voilà, le problème, c’est qu’en général, à ce moment-là, ils ont eux-mêmes été percolés par l’Histoire.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 17 mars 2006

Pandémie, canicule : La grande distribution incontournable ? Plus que vous ne l’imaginiez !

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© Adieu, un film d’Arnaud des Pallières

L’un de mes adhérents de la région parisienne a glissé sur mon bureau, une lettre à entête d’un « service interministériel de défense et de protection civile ». Elle est signée du directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise.

J’ai d’abord cru à un gag. Imaginez votre réaction en tombant sur le paragraphe suivant : « Dans le cadre de la rédaction du Plan de Gestion des Décès Massifs, mes services recensent des entrepôts susceptibles d’accueillir des corps avant mise en bière. C’est pourquoi je vous remercie de bien vouloir m’indiquer la surface de votre entrepôt de froid positif qu’il vous serait possible de réserver à cet effet, ainsi que la température utilisée dans celui-ci. »

Nous voilà transportés dans l’univers de Blade Runner, ou mieux encore des « Immortels » d’Enki Bilal. Frisson garanti.

Je me concentre un peu, relis la lettre. Elle est bien adressée au directeur de l’un de nos 16 entrepôts régionaux.

Quoi, que lis-je, m’interpellais-je ? Nous aurait-on menti en haut lieu. La pandémie (grippe aviaire) serait-elle à nos portes, fatale, telle la Grande Faucheuse en massiv-attack?

Point du tout. L’investigation à laquelle se livre ce service interministériel répond à une tout autre préoccupation :

« Suite à la canicule de l’été 2003, un groupe de travail a été mis en place afin d’étudier l’organisation des pouvoirs publics face aux situations de décès massifs.

Un rapport édité en mars 2004, fait apparaître des solutions susceptibles d’optimiser la procédure de gestion des décès massifs. » …etc.

Oui, vous avez bien lu. Officiellement, la grande distribution serait donc, le cas échéant, requise pour stocker les dépouilles de tous les aïeuls, morts d’un mauvais coup de chaleur…abandonnés par une progéniture égoïstement installée dans le confort des CPE et du téléchargement gratuit…

Auchan, Carrefour et les autres Monop pourraient se féliciter de la reconnaissance tardive, discrète, mais ainsi officialisée de leur indispensable intermédiation. Certains de mes collaborateurs, qui ont lu Reiser et goûté aux facéties de Vuillemin (auteurs insolents d’Albin Michel), voient dans cette demande administrative l’opportunité de proposer une nouvelle diversification commerciale pour l’enseigne : plutôt que de stocker des macchabées (j’ai déjà un oncle qui officie dans les pompes funèbres, tout en parasitant l’enseigne), pourquoi ne pas transformer nos entrepôts frigorifiques en nurseries estivales du troisième âge. Surtout, que la bière, elle, est stockée tout contre… Bof !

Plus sérieusement ! Cette missive nous transporte crûment dans une réalité dramatique que les deux dernières générations de Français n’ont pas eu à connaître, et dans une hypothèse que le risque de pandémie nous oblige malheureusement à anticiper.

Mais s’il s’agit vraiment ??? d’anticiper la canicule, ne serait-il pas plus utile de faire le recensement des bâtiments qui, abritant des personnes âgées, ne sont pas dotés d’un système d’air conditionné. Et, incidemment, de prévoir qu’on leur porte, cet été, une petite bière…bien fraîche. Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc