Archive pour la catégorie ‘Actualités / Débats (Pol.)’

Lundi 22 avril 2013

Prix du lait : E.Leclerc confirme sa contribution aux producteurs, via un fonds de soutien ou un versement aux collecteurs

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En lisant mon Télégramme et mon Ouest France ce week-end j’ai pris connaissance des propos du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll qui a demandé au Médiateur « de pousser les industriels et les grandes surfaces à conclure un accord garantissant une hausse de 25 € les 1 000 litres de lait du prix payé aux producteurs pour avril, mai et juin. J’ai eu Michel-Édouard Leclerc au téléphone, il est d’accord avec cette proposition ».

Je confirme cet échange téléphonique et la position favorable de notre enseigne à la demande du ministre. Reste à en définir les modalités d’application, ce qui n’est pas le plus simple.

La proposition d’E.Leclerc permettait d’agir dès la paie d’avril

Les adhérents E.Leclerc avaient fait au Médiateur une proposition assez simple, que j’ai présentée à plusieurs syndicats agricoles dont la Coordination rurale et les Jeunes Agriculteurs (j’attends encore le coup de fil de Xavier Beulin qui depuis 10 jours dit aux journalistes qu’il va m’appeler…).

Notre solution en créant un fonds temporaire de soutien à hauteur de 180 millions d’euros permettait :

1. D’être opérationnel immédiatement, assurant ainsi la paie dès avril aux producteurs,

2. De porter sur l’ensemble de la collecte de lait en France (et pas que le lait de consommation) ;

3. D’éviter l’enlisement dans des discussions sans fin entre industriels et distributeurs sur la composition de chaque produit transformé sur laquelle se fonderaient les augmentations tarifaires proportionnelles à la quantité de lait ;

4. D’impliquer l’ensemble des intervenants de la filière (dont les hard discounters) en fonction de leur part de marché, ce qui aurait été une décision juste et légitime ;

5. De s’assurer que le soutien apporté par ce fonds irait bien aux producteurs français et pas à des producteurs de lait étranger (car qui me dit que dans tel biscuit ou yaourt de tel industriel, c’est du lait français et pas allemand qui est utilisé ?) ;

6. D’éviter tout risque de sanction puisque les cotisations «volontaires» versées dans ce fonds n’influaient pas sur les conditions de la négociation commerciale et dès lors évitaient l’écueil de « l’entente », que la loi punit.

Pour le moment seul le Président de la FNSEA a rejeté cette proposition d’un revers de la main, et dans l’heure qui a suivi sa formulation. Trop rapide pour être honnête ? Surprenant en tous les cas. D’autant que l’idée du fonds que nous proposons est assez similaire à celui qu’il souhaite mettre en place !

Les pouvoirs publics et d’autres syndicats agricoles n’ont pas opté pour un tel refus. Au contraire même, les éleveurs avec qui j’étais en dialogue ce week-end trouvaient que notre solution avait deux mérites : répondre rapidement à une situation d’urgence et à hauteur des besoins exprimés par les éleveurs (3 centimes par litre collecté).

La seule objection entendue chez les Jeunes Agriculteurs comme chez le Médiateur, viendrait de ce que les pouvoirs publics ne souhaitent pas le gérer. Un tel point de vue peut-il encore évoluer ?

A défaut d’un fonds, quelle solution serait aussi efficace ?

Les adhérents E.Leclerc sont ouverts à toute suggestion. Le Médiateur ne semblait pas insensible à l’idée qu’à défaut de passer par un fonds de solidarité, chaque contributeur verse sa quote-part aux transformateurs qui en répercuteraient le bénéfice aux producteurs. Pourquoi pas. Ce serait alors aux pouvoirs publics de nous garantir la transparence du système et que ce sont bien les producteurs français qui en bénéficieraient.

Alors qu’ils pourraient relayer cette idée, les industriels ne jurent que par une demande de hausse tarifaire et donc la réouverture des négociations commerciales avec les distributeurs. Allons…Qui croit qu’on pourrait faire aboutir de nouvelles négociations commerciales en quelques jours, alors même qu’il faut 4 à 5 mois chaque année pour y parvenir et alors même que le cadre légal s’y oppose !

Ce type de solution (soutenue par mon collègue de Système U) présente deux inconvénients majeurs. D’abord, il nous expose à des risques d’entente. Comment qualifier une hausse collective, même avec les apparences du volontariat, qui serait proposée par tous les fournisseurs, en même temps, à tous les distributeurs ?

Mais surtout, augmenter les tarifs, sauf à supposer que Nestlé, Danone et consorts ne collectent pas de lait étranger, rémunérerait tout autant le lait français que le lait allemand importé.

Au fait, comment se fait-il que les hard discounters ne soient pas sollicités ?

Ne pas se tromper de combat…

Les propositions faites par les adhérents E.Leclerc sont sincères et directement applicables. Tout le monde peut constater qu’aucun argument sérieux ne nous a été opposé jusqu’ici. La question est : qu’est-ce qui gêne dans notre solution ? Quel est le vrai dessein de ceux qui refusent nos propositions ?

J’avoue avoir été assez surpris de voir s’organiser il y a quelques jours une conférence de presse commune (!) entre la FNSEA et les principaux lobbies des industriels et des multinationales (Ania, Illec) pour demander en chœur une révision de la Loi de modernisation économique (LME).

La manip’ est quand même un peu grosse. Vous ne trouvez pas ça étonnant vous de voir le boss de la FNSEA siéger aux côtés des clients de l’agriculture (où les multinationales sortent 10% de rentabilité annuelle) pour demander un effort aux seuls distributeurs ? Quoi…un représentant des agriculteurs qui exonère par avance les industriels de leurs propres contributions ? Curieux attelage…

N’est-ce pas apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’on instrumentalise la cause des producteurs de lait pour servir les intérêts à long terme des grands industriels ?

Cher Xavier, nous aurons l’occasion de débattre de la réforme de la LME (ou de la LMA) puisqu’elle sera à l’agenda des débats politiques dans les prochains mois. Mais pour l’heure, il faudrait lire les pancartes des manifestants vendredi dernier : « on veut du cash maintenant ». Concentrons-nous donc d’abord sur l’immédiat : la crise du lait.

De quelle couleur sera la fumée ?

On attend de connaître la couleur de la fumée qui sortira de la cheminée du Médiateur. Stéphane Le Foll souhaite prendre les choses en main. Pas de souci de mon côté, je n’ai jamais contesté le primat du politique.

Versement à un fonds de soutien « à la sauce E.Leclerc » ou versement payé aux collecteurs qui distribueront aux producteurs ? La contribution des centres E.Leclerc est prête.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 19 avril 2013

L’Europe, plus que jamais !

Crédit photo : Thinkstock

J’ai été invité par la rédaction du journal La Croix à rédiger une tribune qui ferait état de ma réflexion sur l’Union européenne, dans le cadre d’une semaine que le quotidien consacre à ce projet toujours en construction. Pour ceux qui ont raté la parution (hier), vous la retrouverez ci-dessous.

J’ai toujours été un européen convaincu. Je crois nécessaire de devenir un européen militant. La construction de l’Europe, et disons-le franchement, son évolution vers une entité plus fédérale, constitue le projet le plus urgent (mais aussi le plus passionnant) qui puisse être proposé à la population de notre continent.

Né quelques heures avant la signature du Traité de Paris instituant la Communauté Européenne de Défense (CED), l’Europe fait partie de mon ADN. Mais pour ambitieux que fut le projet, il fut déjà une forme d’échec pour l’Europe politique.

Bien sûr, l’Europe s’est dotée depuis d’institutions, de traités, d’outils d’intervention économique et monétaire et d’une forme de citoyenneté. Mais la crise durable que traverse notre continent montre bien qu’il manque un pilier à cet édifice inachevé.

Personne ne peut nier cette évidence : le manque criant de coordination approfondie au plan fiscal, social, juridique agit comme une force centrifuge. Comment construire une union forte à l’extérieur, si à l’intérieur chacun peut jouer contre ses partenaires, parfois de manière odieusement déloyale ?

Ce constat n’est hélas pas nouveau. Il est consubstantiel de cette Europe qui ne cesse d’osciller entre organisation intergouvernementale et intégration communautaire.

Comment nos démocraties européennes – dont certaines sont plusieurs fois centenaires – peuvent-elles encore s’accommoder de ce jeu trouble entre un Parlement faible, des technocrates tout puissants et des gouvernements co-décisionnaires mais jamais en retard pour se défausser sur Bruxelles ?

Moi-même je le vis chaque jour dans mon métier. Il n’est que d’observer le droit de la concurrence ou le droit de la consommation pour vérifier ce double langage, l’un prônant les vertus de l’échange et de la compétition, l’autre celles des particularités nationales. Les contraintes de TVA, les réglementations environnementales, la rigueur budgétaire, les quotas de pêche : c’est toujours la faute de l’Europe…

Les mentalités doivent changer. Celles des gouvernements qui devront bien finir par déléguer (plus que céder) un peu de leur pouvoir. Celles des partis politiques nationaux qui doivent cesser de considérer le Parlement comme un purgatoire pour élus turbulents ou battus. Celles des citoyens enfin, qui doivent comprendre qu’on ne peut réclamer plus de démocratie tout en boudant les urnes.

Entre fuite en avant, ouverture à tout vent, et incapacité à sortir des querelles institutionnelles, ma génération a failli. Les décideurs aujourd’hui essaient de se racheter en proposant à l’Europe un objectif défensif contre les effets néfastes de la concurrence internationale. Pitoyable esquive !

Il est temps de faire l’Europe pour ce qu’elle doit être : un tremplin pour une réponse collective à la mondialisation. Il nous faut impérativement aider la « génération Erasmus » à faire sien ce défi. Ce sera pour ma part un engagement total.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 17 avril 2013

Made in France, Acheter français… les centres E. Leclerc d’Ile-de-France font des tests

Les lecteurs attentifs de ce blog savent que mes convictions sur les rayons « made in France » dans les supermarchés ne sont pas tranchées, comme je le rappelais dans mon billet du 31 janvier. Nos adhérents, qui partagent l’objectif de valoriser les productions nationales, et aussi beaucoup d’autres distributeurs, préfèrent marketer les produits aux couleurs de terroirs et des régions.

Mais chez E.Leclerc on est plus dans le pragmatisme que dans le dogmatisme. Tous les adhérents pensent qu’il faut tester « pour voir ». En janvier dernier, notre adhérent de Lanester (Morbihan) avait initié le mouvement.

La France a du talent, et E. Leclerc le fait savoir !

Les adhérents E.Leclerc d’Ile-de-France (rattachés à la coopérative Scadif) lancent donc du 17 au 27 avril une opération baptisée « La France a du talent ».

Pendant dix jours, la vingtaine de magasins E.Leclerc franciliens va porter haut et fort les couleurs du « made in France ».

Je serai jeudi à Vitry-sur-Seine, dans le magasin de notre adhérent Eric Etienne, pour lancer officiellement l’opération avec le député Yves Jego, président de l’association ProFrance.

Je connais bien Yves Jego, cela fait des années que nous discutons de cette problématique de relocalisation et de valorisation des productions françaises. Tout comme avec Arnaud Montebourg, j’ai exprimé les réticences et rappelé les difficultés (notamment sur le non-alimentaire).

Mais on est concret chez E.Leclerc. Au cours d’une réunion organisée début février avec Yves Jego au siège du groupement d’achat (Galec), Frédéric Bonaparte (Leclerc Bonneuil), Thierry Da Costa (Bois d’Arcy), David Thibault (So Ouest Levallois-Perret) et Marc Vasseur (Dammarie-les-Lys et responsable national NRT) ont dit vouloir relever le défi avec leurs collègues d’Ile-de-France. Pour l’occasion un catalogue a été édité et diffusé dans toutes les boîtes aux lettres de la zone de chalandise des magasins.

L’opération « La France a du talent » présentera à la fois des produits certifiés « Origine France Garantie », ainsi que les marques « Nos régions ont du talent » et « Alliances locales ».

Populariser le label « Origine France garantie »

L’association Profrance, présidée par Yves Jego, a créé le label « Origine France Garantie », un label transversal (qui concerne aussi bien l’alimentaire que le non-alimentaire) imposant une certification stricte face aux appellations plus « souples » que sont le « made in France » ou le « fabriqué en France ».

Le socle de ce cahier des charges est constitué de 2 CRITERES CUMULATIFS :

1- le produit prend ses caractéristiques essentielles en France (= le produit prend sa forme distinctive en France),

2- de 50 % à 100% du prix de revient unitaire de ce produit sont acquis en France (c’est le prix du produit sorti d’usine, d’atelier ou d’exploitation. Les coûts liés à la recherche et au développement sont pris en compte, mais pas ceux liés à la commercialisation).

Le label « Origine France garantie » nous offre quelques surprises. Saviez-vous qu’en mangeant de la glace Häagen-Dazs ou des BN (United Biscuits), en portant des collants Well, ou en vous équipant d’un sèche-linge Whirlpool vous faisiez tourner les usines françaises ?

Cette opération « La France a du talent » va faire écho à la campagne « Acheter français, je m’y emploie » qui vise à sensibiliser les consommateurs hexagonaux sur la façon de faire leurs courses. Cette petite poule en marinière devrait faire parler d’elle…

Retrouvez les produits locaux et régionaux d’E.Leclerc

Au-delà des produits « Origine France Garantie », les adhérents E.Leclerc d’Ile de France ont veillé à proposer aussi une offre « Nos Régions ont du Talent » (créée en 1999). La marque NRT d’E.Leclerc rassemble 162 fabricants français qui pour la majorité sont des PME. Elle est devenue la marque terroir de France qui a le plus de succès chez les consommateurs français.

Sur les étals, il y aura aussi les produits issus des « Alliances locales ». Cette démarche, créée en 2010, vise à présenter des produits locaux en circuit court, fabriqués dans un rayon de 100 km autour du magasin. Au niveau national, ces alliances locales réunissent 10.000 producteurs, soit environ 30 par magasin.

Dans nos magasins d’Ile-de-France, les consommateurs pourront ainsi trouver des produits de leur région aussi variés que des Yaourts (77), de la Faisselle (78), du chocolat (77), du foie gras (28), de la menthe poivrée (91), des œufs « Pays d’Yvelines », de la bière du Gâtinais (77), etc.

C’est la première fois qu’on testera à l’échelle d’une région entière ce genre d’opération « qualité France by E.Leclerc ».  Et après ? La pérennisation de l’opération est à l’étude (stop-rayons, etc) de même que son extension à d’autres régions.

A vos caddies, Citoyens !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 29 mars 2013

Les propositions d’E.Leclerc pour sortir de la crise du lait

Crédit photo : Thinkstock

Depuis plusieurs semaines, les adhérents E.Leclerc, au même titre que leurs collègues des autres enseignes, sont interpellés par les agriculteurs et spécifiquement par les producteurs laitiers, qui demandent une hausse du prix d’achat du lait. Je rappellerai en préambule que si nous sommes appelés aujourd’hui à nous mobiliser, nous n’appartenons pas à l’interprofession.

Comme nous n’achetons pas directement le lait aux producteurs, il faut trouver une solution pour s’assurer qu’une éventuelle nouvelle hausse de nos tarifs d’achat du lait aux transformateurs bénéficie réellement aux producteurs.

Depuis plusieurs jours, nous étudions plusieurs scenarii possibles. La seule solution qui semble faire consensus à l’heure actuelle pour sortir de cette crise temporaire, c’est un « accord volontaire » sur les prix. Pourquoi pas, mais il nous faut alors poser quelques conditions.

Hélas, par le passé, lorsque nous avons signé ce genre d’accords avec des producteurs pour les soutenir (fraises, pommes de terre, endives…), cela s’était retourné contre nous. Les autorités françaises (pourtant demandeuses de ces accords) nous avaient ensuite reproché de les avoir signés. Résultat : une pluie d’amendes pour « entente sur les prix » (car c’est illégal) et des millions d’euros de pénalités pour tout le monde. Ca calme…

Des garanties apportées à chacun

Alors voici la position d’E.Leclerc pour tenter de sortir de cette impasse. Nous sommes prêts à signer des «accords volontaires» sous 4 conditions :

1. Nous voulons la garantie que notre effort financier retombera intégralement dans la poche des producteurs.

2. Nous demandons que les pouvoirs publics prennent l’engagement officiel de ne pas nous sanctionner pour avoir réalisé une entente sur les prix, alors même qu’ils poussent à ce que nous concluions ce type d’accord avec les producteurs.

3. Nous demandons que cet effort soit mis en œuvre par tous les partenaires de la filière : transformateurs, distributeurs (y compris les hard discounters allemands), collectivités locales, etc.

4. Nous demandons que cessent immédiatement et durablement les attaques contre les magasins.

Quelques précisions pour sortir de la caricature

Enfin, je tiens à rappeler certains éléments chiffrés qui permettent de rétablir quelques vérités :

1. E.Leclerc pèse 15% du lait de consommation, qui lui-même ne représente que 10% des volumes de lait produits en France. Aujourd’hui, le prix du lait est essentiellement déterminé par les cours mondiaux des produits dérivés du lait. En aucun cas les distributeurs ne peuvent être tenus pour responsables des difficultés des producteurs laitiers.

2. En 2013, au niveau national, les centres E. Leclerc, après avoir accepté une première hausse de + 2,17%, ont accepté une seconde hausse qui porte désormais notre effort total sur le prix du lait à + 4,39% en moyenne par rapport à 2012. Nous n’avons pas de visibilité sur la répercussion de ces hausses par les transformateurs aux éleveurs.

3. Par ailleurs, si l’on considère la filière bovine dans son ensemble, les centres E. Leclerc ont également accordé des hausses très importantes sur la boucherie en 2013 vs. 2012, je pense notamment au steak haché de boeuf (+10%).

La position de notre enseigne est donc désormais officiellement présentée. La balle est maintenant dans le camp des autres professionnels, et surtout du gouvernement qui seul a la capacité de proposer un cadre juridique sécurisé pour arriver à ces fins.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 7 mars 2013

Pour qui roule « Le Point » ? Episode 2…

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Entre deux marronniers (sur le péril islamiste qui menace la France et les Francs-Maçons qui gouvernent le monde), le magazine Le Point trouve le temps cette semaine de dénoncer « Ceux qui cassent la France ».

Incrédulité et hilarité de ma mère, 85 ans, ce matin: « Hey Fiston, tu fais la Une du Point !  ». Voilà de quoi exciter ma curiosité au petit-déjeuner. Heureusement j’ai le cuir dur, sinon j’aurais pu avaler mes biscottes de travers en découvrant cette couverture !

Me voilà cloué au pilori par Franz-Olivier Giesbert, aux côtés du «procureur» Montebourg, de «l’anti-progrès» Duflot, du «sabordeur» Lepaon (CGT), de la «non-réformiste» Lebranchu et du «fossoyeur» Bezos (Amazon). Sacré podium !

Le Point aime le bashing, il paraît que c’est vendeur.

En tous les cas ça me fait bien rigoler d’imaginer la réaction du futur patron de la CGT et d’Arnaud Montebourg se découvrant en ma compagnie ! FOG a été très inspiré !

Je m’étais déjà interrogé par le passé sur la question de savoir « pour qui roule Le Point ? ». Voir l’équipe rédactionnelle relayer le lobby des grands industriels de l’agroalimentaire qui essaient depuis deux semaines de me faire la peau, ça pose bien des questions…

De là à croire que les prix bas ne plaisent pas non plus à la rédaction du Point…Il faudra que FOG en parle à la famille Pinault pour lui demander de réviser la nouvelle stratégie prix de la FNAC !

Je ne me suis jamais fait d’illusions. Une presse paresseuse (ou tout simplement de parti pris ?) s’accommode facilement des clichés genre : il n’est moins cher que parce qu’il étrangle ses fournisseurs, ses salariés, vend de la camelote, etc. Comme si Casino ou même Carrefour rémunéraient plus les producteurs… Peut-on vraiment croire que Géant est 10% plus cher que E.Leclerc parce qu’il paye 10% de mieux ses salariés ou ses fournisseurs ? Allons…ce genre d’argument ne trompe plus personne.

Plus sérieusement, je m’étonne de l’angle d’attaque. Notre Plan PME a été bien salué par les professionnels. Quant aux négociations commerciales, industriels et distributeurs ont certes ferraillé, mais qui se plaindra qu’on ait rejeté des exigences de hausses tarifaires parfois déraisonnables (+8% sur les jus de fruits, +12 % sur les plats cuisinés, +13,50% sur les huiles et la farine, +15% sur les conserves de poissons et +12% sur celles de légumes, +20% sur le steak haché, et même +30% sur les pistaches !) ?

Alors bien sûr, on en a refusé beaucoup, ça a fait grincer des dents, normal, mais c’est le job. D’autant que si le consommateur est convaincu, nos fournisseurs auront une belle perspective de croissance de chiffre d’affaires (de 5 à 6%) en 2013.

Alors oui, j’assume. On a traité de manière privilégiée les PME, mais les multinationales ne nous imposeront pas leur inflation en 2013.

Tiens, à propos : je me demandais si les tarifs publicitaires du Point avaient augmenté en 2013 ? Et question subsidiaire, au prix de la page de ce magazine, de quelle réduction les PME vont-elles bénéficier ?

Confraternellement, entre marchands, hein…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 4 mars 2013

Salon de l’Agriculture : négociations, prix, difficultés du monde paysan, lobbies, vandalisme et insultes – Un bilan en demi-teinte

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Ouf ! Le salon de l’agriculture est fini. De mémoire de Leclerc, jamais ce moment de valorisation de l’agriculture française n’avait semé autant le trouble et la zizanie.

Il faut dire que le calendrier n’aide pas : à l’approche du dernier virage dans le cadre des négociations commerciales, la tentation était grande pour certains d’obtenir par les médias ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir dans les box de négo.

Sans parler des discussions autour du budget de la PAC et des contestations sectorielles (écotaxe, directive nitrates…). Interpellations musclées des responsables politiques, exactions inadmissibles contre des magasins, le tout dans le contexte du Horsegate…tous les ingrédients étaient réunis !

Si l’on veut reconstruire, il faut sérier les problèmes et s’y attaquer.

La campagne à Paris

Les organisateurs sont satisfaits, même si on aura plus parlé de malbouffe que d’agriculture. Doutes sur la provenance et la composition des produits, doutes sur les étiquetages, doutes sur la sécurité alimentaire…bref, on nage en pleine crise de confiance.

La proximité géographique du grand village rural français de la Porte de Versailles avec le siège de la plupart des grands médias français a contribué à la surenchère pour alimenter les séquences infos quotidiennes. Reste que je ne vois pas aujourd’hui ce que les agriculteurs, les élus, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs ont gagné concrètement dans toute cette tension.

Crise du Horsegate : suite

Paradoxe. Jamais on a autant bénéficié d’une sécurité alimentaire aussi poussée. Sans nier la réalité, il faut toutefois la resituer dans un contexte : le Horsegate c’est quand même un petit millier de tonnes de nourriture détournée dans un océan de millions de tonnes de produits présentant toutes les qualités requises pour rassurer le consommateur. Mais voilà, la recherche spéculative de quelques margoulins ayant bazardé des viandes douteuses dans les hachis de bœuf a terni fortement l’image du bien manger français.

A force de rejeter la responsabilité sur les autres, à ne se fixer que sur les traders néerlandais, chypriotes ou sur les abattoirs roumains, la profession n’a pas répondu concrètement aux attentes du consommateur. Pas sûr que l’argument du « Made in France » suffise à le rassurer. Il sait bien que Spanghero, à l’origine de tout ce foin, est une entreprise française…

Pourtant, le système de traçabilité fonctionne. Jamais il y a 10 ans on aurait pu faire montre d’une telle réactivité. Rappelons-le quand même !

Du Horsegate donc, il faut retenir l’obligation impérieuse de retravailler les systèmes d’indication d’origine ainsi que les énoncés d’ingrédients rentrant dans la composition des produits transformés.

Violences : le malaise ne justifie pas tout !

Une fois ces points posés, on ne saurait admettre les exactions dans les magasins et les insultes émises depuis la Porte de Versailles.

J’ai une pensée amicale pour la quinzaine d’adhérents E.Leclerc (et pour nos concurrents aussi !) qui ont été la cible de vandalisme et de destructions, que ce soit en Bretagne, en Picardie, dans les Pays de Loire ou en Normandie. Voilà qui n’aide pas à susciter le consensus autour de la proposition de loi d’amnistie des actions menées par certains syndicalistes…

On en a vu d’autres…mais je n’accepterai jamais ces actions mafieuses qui ciblent les personnes (que ce soit la maison du ministre Le Foll, les permanences de certains parlementaires ou les magasins de nos adhérents), où des noms sont jetés en pâture de la vindicte paysanne comme ce fut le cas au Mans. Et je vous passe les tracts comminatoires et menaçants (« dernier avertissement ») distribués autour des magasins ou adressés par voie postale à nos adhérents.

J’ai moi-même eu le droit à ma bordée d’insultes par voie de communiqué de presse suite à ma déclaration sur RTL où j’avais dit qu’il fallait « nettoyer les pratiques de certaines filières agricoles ». J’ai bien accusé réception sur mon téléphone portable du message attentionné de Xavier Beulin, le président de la FNSEA,  dont le ton contrastait avec celui du communiqué que venait de publier la FNSEA, la FNB et JA  me désignant comme le nouveau bouc-émissaire de l’agriculture française.

Il faut savoir choisir : soit on nous veut comme interlocuteurs responsables, soit on nous prend pour des punching-balls. Désolé, je ne jouerai pas ce dernier rôle.

Négo, prix, rémunération : de quoi parle-t-on ?

Il fallait être un peu malin et bien informé pour comprendre que derrière tout ça, les lobbies étaient à l’œuvre et que, comme toujours, les gros attisaient la colère des petits, plus capables de susciter l’empathie de Jean-Pierre Pernault au journal de 13h de TF1 !

Le 28 février, deux jours avant la fin du Salon, sonnait le glas des négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs, comme la loi l’impose désormais.

On nous a évidemment fait le coup de la distribution étrangleuse de ses fournisseurs. On en oublierait presque que 80% du chiffre d’affaires négocié à date se fait d’abord et exclusivement avec de très grandes entreprises nationales ou internationales de l’agroalimentaire, qui présentaient des demandes de hausses tarifaires pouvant aller jusqu’à 20%. Le tout sans complexe et sans connexion avec les cours de matières premières.

Nous avons accepté des hausses de 10% sur le steak haché, de 7% sur la boucherie traditionnelle, de 7% sur les plats cuisinés, de 5% sur la charcuterie. J’arrête là les exemples, secret des négo oblige. A ce « tarif-là », contrairement aux affirmations de Jean-René Buisson (Ania) et Xavier Beulin (FNSEA) sur BFM, vous conviendrez qu’il n’y pas de raison qu’on justifie la mauvaise qualité.

En tous les cas, on voit bien que le discours de l’émeutier, oubliant ces hausses importantes, est quand même à prendre avec quelques pincettes.

Le cas du lait : un cas à part, mais à qui la faute ?

En vérité, le seul secteur qui pourrait ne pas avoir trouvé son compte dans les négociations commerciales c’est celui du lait et des produits laitiers. Ces producteurs sont pris en tenaille entre les transformateurs (invoquant le trop plein de lait) et le marché des céréales qui flambe (pour le plus grand bénéfice des céréaliers qui se refusent à ristourner à leurs collègues éleveurs une partie de la manne des surprofits réalisés depuis trois ans).

Le président de la République et le ministre de l’Agriculture (c’est bien de tenir permanence au Salon, mais c’est aussi un piège à promesses !) ont annoncé des aides aux producteurs de lait. Mais ce faisant, si des systèmes d’aides conditionnées (quotas, qualité…) doivent être mis en place, encore faut-il dire qui doit en profiter.

Si ça va aux producteurs, alors OK c’est politiquement et socialement correct. Rappelons toutefois un détail qui semble échapper à beaucoup d’observateurs : la distribution n’achète pas le lait à la ferme !!

La capacité de grandes firmes (comme Danone, Nestlé, Lactalis…) à transformer le lait en fromages et crèmes à dessert leur a valu pour le coup de réaliser des bénéfices substantiels. Pour répondre aux appels au secours l’an dernier, nous avions déjà accepté des hausses de tarifs sur le lait. Mais force est de constater que ces hausses ne sont pas retombées jusque dans la poche des éleveurs laitiers… Le problème est évident : ce qui ne marche pas, c’est la politique de contractualisation entre producteurs et transformateurs.

Comment l’expliquer ? Laissons parler les professionnels de la profession (en l’occurrence ici l’Apli et l’Office du Lait) : « il est évident que l’échec de la résolution du problème laitier ne saurait être imputable aux seuls pouvoirs publics, ni aux distributeurs, mais aussi aux représentants des producteurs trop divisés, trop préoccupés par d’autres objectifs que la place de l’éleveur, trop imprégnés de guerres fratricides, trop déconnectés des réalités du terrain ».

Le paradoxe des pouvoirs publics

La suite de l’histoire, je peux déjà l’écrire. Comme tous les deux ou trois ans, nous serons convoqués en préfecture pour signer des « accords volontaires » pour telle ou telle catégorie de produits agricoles. Les politiques se satisferont d’avoir « tordu le bras à la distribution ».

Mais quelques mois plus tard, l’Autorité de la Concurrence viendra mettre son nez dans ces « accords volontaires » et sanctionnera tout le monde pour « entente sur les prix ». Et les distributeurs sortiront convaincus que c’est la dernière fois qu’on leur imposera ce genre d’accords !

Ce scénario n’est pas une fiction, il a déjà été joué et rejoué à maintes reprises, que ce soit pour les fraises, les endives, le lait, les pommes de terre…

Et le consommateur dans tout cela ?

Au final, les négociations commerciales auront été maitrisées et la demande inflationniste jugulée, malgré les quelques belles hausses sectorielles citées plus haut, que les distributeurs devront amortir.

Comme je m’y étais engagé, nous avons été plus souples avec les petits fournisseurs et plus bagarreurs avec les grosses multinationales.

Et puis, personne n’en parlera, mais c’était quand même l’essentiel. Pendant le salon, les chefs bouchers des centres E.Leclerc, comme d’ailleurs certains de leurs concurrents, ont acheté, probablement très cher, les plus belles bêtes de concours avec toutes leurs médailles, leur pédigrée, leurs labels affichés. Nos acheteurs, comme dans les caboulots de la Porte de Versailles, ont négocié et muri des dizaines de contrats dont ceux de nos Alliances locales (8.000 producteurs concernés, en contrat direct avec nos magasins pour vendre leurs productions) ou étendu les gammes (après dégustation bien sûr) des marques « Nos Régions ont du Talent » ou Marque Repère. Discrètement, mais autrement plus efficace !

Voilà, il y en a dont la vocation est de souffler sur les braises. D’autres sur le terrain font le métier, le vrai, pour le bénéfice des consommateurs. Mais ça, ça ne fera pas la Une du JT.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 8 février 2013

Aux 20 ans de « Produit en Bretagne », une belle aventure de valorisation du terroir. Au commencement, E.Leclerc et 30 entreprises bretonnes…

J’étais aujourd’hui à Saint-Malo, pour participer à un grand événement : les 20 ans du label « Produit en Bretagne ». Vingt années déjà… ok ça fait un peu « ancien combattant » d’écrire ça, mais il faut quand même se remémorer les débuts !

A l’origine, une poignée d’entreprises (une trentaine) et quelques adhérents E.Leclerc de la Scarmor animée par mon complice de toujours, Jean-Michel Bordais (adhérent à Concarneau). A l’époque, la région est touchée de plein fouet par la crise économique (choc pétrolier, crise de la pêche, etc.). Déjà on évoquait la désindustrialisation, les délocalisations…

Alors l’idée était de voir si les consommateurs bretons pouvaient avoir envie d’acheter des produits du pays. Quelques tests ici ou là pour vérifier que ça prenait, le soutien du Télégramme, puis celui de Ouest France… et l’affaire fut lancée ! Pour développer le label et assurer la diffusion dans tous les circuits de distribution, les pionniers se devaient de s’effacer. Rapidement, « Produit en Bretagne » s’est imposé.

Aujourd’hui le bébé a bien grandi : 300 entreprises membres, 100.000 salariés (dans 5 départements) et 15 milliards de chiffre d’affaires pour près de 4.000 produits estampillés « Produit en Bretagne ». C’est désormais le plus grand réseau économique de Bretagne.

Notoriété ? 96% des Bretons connaissent la marque. Pas mal…Et on ne s’arrête pas là puisque ce label est de plus en plus connu à l’étranger (49% des habitants d’Ile-de-France le connaissent, ils sont 78% dans le Grand Ouest).

Le succès de « Produit en Bretagne » est tout entier basé sur la coopération, l’innovation et l’expression de valeurs fortes (ce sont d’ailleurs ces recettes que je défends sur ce blog).

Car finalement, les problématiques sont les mêmes, qu’on soit dans l’alimentaire ou pas. Quel sens donne-t-on à sa marque ? Quelles promesses lui fait-on porter ? Qu’est-ce qu’on a à raconter au consommateur pour lui donner envie d’acheter nos produits plutôt que d’autres ?

Avec « Produit en Bretagne », le consommateur connaît les valeurs véhiculées par les marques qui possèdent le logo : développement économique local, qualité, éthique, environnement, respect des salariés (sécurité, hygiène…). Le résultat est là : pour 86% des Bretons, le fameux logo jaune et bleu est une marque qui leur inspire confiance.

Ce matin, c’était la fête, avec les honneurs et les récompenses. Pour la première catégorie, de chaleureux applaudissements ont accueilli les fondateurs et premiers présidents de « Produit en Bretagne » : Jean-Claude Simon, Jean-Claude Le Gall, Xavier Leclercq, Alain Esnault et Jakez Bernard.

Comme chaque distributeur présent, j’ai eu l’honneur de remettre un prix. Celui de l’innovation à la PME bretonne « Les 4 saisons », pour son nouveau flacon souple (baptisé squeezer) qui permet de napper de crème de caramel à la fleur de sel de Guérande sa tranche de quatre-quarts! Fi du cholestérol…un vrai bonheur !

Hugo Nestour, du centre E.Leclerc de Quimperlé, fut récompensé pour son travail de mise en valeur des produits du label au sein du magasin.

Avec Jean-Michel Bordais (à gauche) et Hugo Nestour, notre lauréat de Quimperlé (à droite)

Pour sûr, ce « made in Breizh » a de quoi faire rêver notre ministre du Redressement productif ! Mais bon…réussir à regrouper les 7 enseignes nationales de la distribution sous une même chapelle, y a que des Bretons qui pouvaient le faire !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 28 janvier 2013

Intégrés (Carrefour, Casino, Cora, Auchan) versus Indépendants (E.Leclerc, Système U, Intermarché) : s’interroger sur les raisons profondes du succès…

 

Crédit photo : Thinkstock

 

Airy Routier, chroniqueur au magazine économique Challenges a dégainé un twitt sans appel le 19 janvier dernier :

Ce brillant journaliste est pourtant un bon connaisseur des enjeux économiques. Mais comme beaucoup de ses confrères, il est peut-être tombé dans la tentation de la prophétie auto-réalisatrice plus que dans l’analyse objective et dépassionnée.

Certes quand on est journaliste, il est toujours plus sexy de commenter ripostes ou revirements stratégiques…ça tient en haleine le lecteur ! On préfère se réjouir de la très timide remontée de Carrefour ou de Casino que du succès renouvelé des indépendants. Ca annonce une nouvelle phase de « la guerre des distributeurs », on n’a donc pas à craindre une « fin de l’histoire ». Chouette, le match continue !

Il serait intéressant qu’Airy Routier explique en quoi dépendre pour une grande partie de sa stratégie, de fonds de pension et d’actionnaires anonymes constitue un atout incontestable (« des reins plus solides » écrit-il) face à une organisation d’indépendants « non-opéables », engagés dans la durée et dont l’avenir personnel est intimement lié à réussite de l’enseigne.

Certes, être coté en bourse présente certains avantages lorsque tout va bien. Alors, l’argent afflue. Mais cela présente aussi quelques risques. « Les marchés sont peureux comme des lapins et rancuniers comme des éléphants » disait l’ancien président de la Banque centrale allemande, Karl Otto Poehl ! Il suffit de voir l’historique des cours de bourse de la plupart de nos fleurons français (distributeurs ou pas) pour constater les dégâts qui peuvent être causés par la versatilité de ces marchés.

Sur l’international, les intégrés français sont indiscutablement en position de force face à des indépendants historiquement peu implantés hors des frontières. Pourquoi une telle situation ? Il serait intéressant de tenter de le décrypter.

En revanche, sur le marché intérieur, qui est le mieux placé pour driver la concurrence, notamment par les prix ?

Les enseignes intégrées ? Quoi ? Les retraités californiens ou les boursicoteurs londoniens accepteraient donc de rogner sur leurs dividendes pour permettre au consommateur français de payer moins cher ses biscuits ou sa tranche de jambon ? Quelle blague !

Si nos concurrents intégrés doivent s’aligner aujourd’hui sur notre politique de prix, c‘est qu’ils y sont contraints. Si leur modèle avait les vertus que leur attribue Airy Routier, que ne l’avaient-ils pas anticipé ?

En vérité, ce que se refusent à analyser de nombreux journalistes, ce sont les raisons profondes qui « font la différence » entre les deux modèles de distribution qui s’affrontent dans notre pays.

C’était d’ailleurs l’objet d’une conférence qui s’est tenue vendredi matin à Bercy à l’occasion de la sortie du livre de Michel Choukroun « Le commerce associé : entreprendre autrement pour réussir » (Dunod).

La situation est intéressante à observer. D’un côté, il y a les indépendants qui surperforment en France (+ 7% de croissance cette année encore pour les GMS), face à des groupes intégrés qui peinent à passer la barre des 0% de croissance. Je ne crois pas que les explications résident dans la seule structuration capitalistique des uns ou des autres. Il faut peut-être aussi aller chercher du côté de leur organisation, de leurs valeurs, bref…de ce qui fait leur essence même !

Pour les intervenants de vendredi (Crédit coopératif, Astera, Orpi, Krys, Atol, Gedimat…), le commerce associé, permet de conjuguer dépendance et interdépendance, décentralisation de la décision et outils d’action de portée nationale. C’est l’alliance optimale de l’expertise empirique (les adhérents) et de l’expertise technique (les salariés). C’est la conscience, quand on est adhérent, que l’on participe à une aventure où s’entremêlent intimement réussites individuelle et collective.

Au capital financier des intégrés, les indépendants opposent l’avantage d’un réseau d’entrepreneurs ancrés dans leur terroir, au plus près du consommateur et des acteurs de la vie locale. Amis journalistes parisiens, ne négligez pas cette réalité provinciale…

Le fait qu’E.Leclerc, Système U et Intermarché (les 3 indépendants) aient pris plusieurs points de parts de marché aux intégrés depuis une décennie ne pousse curieusement pas nos élites à s’interroger sur les raisons profondes de cet état de fait. Pas plus qu’elles ne s’interrogent sur le fait que les indépendants n’ont cessé d’embaucher pendant que les intégrés réduisaient leurs effectifs.

Nombre de juristes, d’économistes, de décideurs politiques ou de journalistes ne veulent visiblement pas admettre que les indépendants représentent une forme alternative efficace et qui a fait ses preuves face à la puissance présumée des concurrents de l’économie financière. Dommage…

Manque de communication de la part de nos enseignes ? Probablement. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir voulu porter la bonne parole depuis trente ans. Mais il y a aussi en face beaucoup de paresse intellectuelle…et un modèle dominant.

Quelques médias spécialisés et cabinets d’étude consacrent des dossiers fournis à cette analyse comparative de deux modèles radicalement différents dans leur organisation, leur gestion et leurs objectifs. Je leur propose d’offrir un exemplaire gratuit de leurs travaux à chaque parlementaire, ministre et membres des administrations chargées de la concurrence ! Qui sait, peut-être que dans l’industrie, les services et d’autres secteurs du commerce, d’autres entrepreneurs pourraient y puiser des convictions pour adopter ce modèle.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 23 janvier 2013

Vendre ou dispenser des médicaments ? Prédateur ou compétiteur ? Quand le médicament déchaîne les commentaires sur ce blog…

Crédit photo : Thinkstock

Les corporations seraient-elles aussi organisées que les partis politiques, en distribuant à leurs membres des «éléments de langage»? C’est la question que je me suis posée en lisant lundi matin les commentaires déposés sur ce blog pendant le week-end à la suite de ma note intitulée « Vendre des médicaments sur internet c’est bientôt légal en France » (publiée le 11 janvier dernier).

Pourquoi une telle impression ? D’abord parce que le propos est généralement le même dans tous les commentaires, chacun l’adaptant à sa sauce et selon son style, mais avec des arguments identiques. Ensuite, parce que tous ces commentaires ont afflué entre vendredi soir et samedi après-midi. Pourquoi pas…mais quelle coïncidence ! Surtout à propos d’un texte publié dix jours plus tôt !

Comme les interventions vont globalement toutes dans le même sens, je vais donc faire une réponse groupée.

1/ Le choix du verbe

Rendez-vous compte ! Ce « marchand » de Leclerc qui intitule son papier « VENDRE des médicaments sur internet… » ! Quel manque de culture médicale ! Voilà bien sa conception du médicament…avec un titre pareil, tout est dit de ses intentions !

Et j’ai le droit à ma petite leçon : un pharmacien DISPENSE des médicaments, il ne les VEND pas !

Les indignations de @Bonsens, de @Con-frère, @Pharmacoclin me font sourire… Si j’avais utilisé le verbe « dispenser » pour ce texte, il ne fait pas de doute que ces mêmes internautes me l’auraient sévèrement reproché en arguant qu’on ne peut dispenser des médicaments QUE dans une officine avec un pharmacien en chair et en os, pas sur un vulgaire site Internet !

2/ La défense d’un domaine réservé

Les interventions de @Con-frère, @Pierre et @Sylvie vont avant tout dans le sens de la défense d’un domaine réservé : « cet article rongé par l’envie de fric », « contentez-vous de ce que vous avez déjà et laissez d’autres vivre aussi », « occupez-vous de vendre votre PQ et laissez les pharmaciens délivrés (sic) les médicaments ». L’humeur est donc au pas « touche à mon chiffre d’affaires »…

Ce qui est proposé en vérité, c’est une sorte de Yalta : aux GMS le «PQ», aux officines les médicaments délivrés sans et sur ordonnance… A suivre ce raisonnement, en 2013, les Français achèteraient encore leur Badoit chez le pharmacien (qui se souvient que c’était le cas jusqu’en 1954 ?).

3/ La défense corporatiste et le mépris vis-à-vis des confrères

@Carrefour qualifie nos pharmaciens de « rayonnistes », ce qui – vu le ton de son texte – est certainement un compliment… @Pigeons se défend : « nous sommes des professionnels de santé, pas des épiciers », @Sylvie nous renvoie sèchement : «chacun son boulot». J’ai toujours été fasciné par de telles guerres picrocholines et typiquement franco-françaises.

La « loi ancestrale » ardemment défendue par l’Ordre des pharmaciens, réserve le titre de « pharmacien » aux seuls titulaires d’une officine ou aux salariés de l’industrie pharmaceutique, de la biologie, des hôpitaux ou de la distribution professionnelle à destination des pharmacies.

Dans nos parapharmacies, bien que nos employés aient fait les mêmes études et obtenu les mêmes diplômes, ils n’ont pas le droit de revendiquer la qualité de « pharmacien ». Pas parce que leurs diplômes seraient moins cotés ou parce qu’ils auraient échoué à certains examens. Non. Uniquement parce qu’ils ne peuvent pas s’inscrire à l’Ordre des pharmaciens, car ce dernier ne les reconnaît pas !

A défaut de manifester une ouverture d’esprits, nos commentateurs pourraient au moins témoigner d’un peu de considération pour leurs égaux…C’est en tous les cas généralement l’usage entre confrères !

4/ Le tabou du « chiffre d’affaires »

A lire les commentaires (sauf celui de @ThierryVarin qui écrit « nous les 26.000 chefs d’entreprises »), on pourrait croire que, tel un centre municipal de santé, l’officine de pharmacie en France serait une sorte de non-profit organization.

Les officines font partie d’un système mixte qui fait concourir les pharmaciens au service public de la santé. Mais – que je sache – les bénéfices dégagés en fin d’exercice par une officine ne sont pas reversés au Ministère de la Santé et les pharmaciens d’officine ne sont pas des fonctionnaires !

Je ne reproche pas aux pharmaciens de faire des bénéfices, alors de grâce, épargnez-nous la « leçon » qui consiste à nous faire croire qu’une officine serait dégagée de toute contrainte financière et d’objectifs de rentabilité. Il n’y a rien de déshonorant à le reconnaître…

5/ Tout ce qui est excessif est insignifiant…

Je ne répondrai pas au délicat commentaire de @Georgeslabatte, mais je voudrais inciter @ThierryVarin à mesurer ses propos sur les « pots de vin ».

@ThierryVarin, penchez-vous sur l’histoire du groupe E.Leclerc. Vous y découvrirez que dans les années 1980, nous fumes bien seuls à dénoncer publiquement la corruption de certains élus qui tentaient de monnayer permis de construire et autres autorisations d’ouverture de magasins. Le temps vous a certainement manqué aussi pour vérifier que les pompes funèbres ne sont pas une compétence du groupe E.Leclerc.

6/ Lire ou survoler ?

Quelques précisions complémentaires. Je n’invente rien, elles figurent dans le texte initial mais visiblement certains commentateurs ont survolé mon article (ou répété des éléments de langage erronés ?).

- @ThierryVarin, @Carrefour – Ce ne sont pas mes « amis politiques » ou mon « lobbying » pas plus que « l’incompétence de notre ministre » qui sont à l’origine de cette libéralisation partielle. C’est une réglementation européenne, faisant suite elle-même à un jugement de la Cour de Justice des Communautés européennes.

- @Efficience, @Michon – La contrefaçon ? Je ne la nie nullement, pas plus que les risques afférents ! J’écris même : « L’enjeu de santé publique est évident dans cette histoire. En tant que citoyen, patient et intéressé professionnellement par l’avenir de ce secteur, je ne peux que souscrire. (…) On peut penser que la légalisation de la vente sur internet des médicaments OTC ne changera pas grand-chose à cette situation. ».

7/ La question de la sécurité

@Pigeons : je ne demande pas à pouvoir installer un rayon de médicaments entre deux rayons de lessive dans un hyper. Je demande à pouvoir mettre à disposition certains types de médicaments (ceux qui ne sont pas soumis à prescription d’un médecin), au sein des parapharmacies E.Leclerc (qui sont des espaces fermés, avec des diplômés en pharmacie derrière le comptoir…).

@Carrefour, @Sylvie, @Pierre, @Michon, @Pigeons… vous condamnez la vente/dispensation de médicaments sur internet au motif qu’une telle pratique n’offre pas suffisamment de garanties, d’informations et de conseils aux patients. Mais alors, vous devez reconnaître qu’il est absurde que tout en autorisant la vente/dispensation de médicaments sur le net, on la refuse encore aux parapharmacies E. Leclerc, pourtant à même de délivrer ces conseils aux patients !

Etant un incorrigible optimiste, je ne doute pas que sur ce débat, on parviendra à avoir des échanges dégagés des clichés et des stéréotypes. Et l’on pourra alors posément parler santé publique, sécurisation des officines, réseau de soins, le tout sans faire l’économie d’un dialogue sur le coût des médicaments pour des patients qui se démènent de plus en plus difficilement dans un système où les déremboursements sont de plus en plus nombreux.

La discussion finira bien par se nouer…un jour !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 26 décembre 2012

A propos de Depardieu, Afflelou, Arnault, Hallyday…politiques, médias et fiscalité, le débat interdit ?

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Certains s’étonnaient de mon silence médiatique sur les affaires Arnault, Depardieu, Afflelou et les récentes décisions fiscales. Je n’ai pas arrêté de répondre à mes interlocuteurs que c’était – malgré mon expertise supposée en communication ! – un sujet qu’on ne pouvait pas aborder de manière rationnelle dans le pays en ce moment car les médias sont moins intéressés par le fond du sujet (certes complexe) que par ses effets politiques (qui virent parfois au populisme).

Preuve m’en a été donnée ce matin, suite à ma participation à la matinale d’Europe1. Interrogé sur la conjoncture et accessoirement sur « l’Affaire Depardieu », j’ai défendu le droit de l’acteur français à jeter un pavé dans la marre.

Je n’ai évidemment pas cautionné la moindre démarche d’exil fiscal. Moi-même, tout comme les adhérents d’E.Leclerc, nous revendiquons depuis longtemps notre attachement à la France et notre participation à son développement par les emplois que nous créons, les investissements que nous y réalisons…et les impôts que nous y payons ! J’ai même dit en riant, dans d’autres lieux et à plusieurs reprises, que si je devais m’exiler, ce serait en Bretagne, sans hésiter.

Malgré tout cela, bing ! me voilà à mon tour instrumentalisé, vilipendé par les moralistes (faut voir cette manière qu’a le journaliste de l’AFP de me reprocher le succès des centres E.Leclerc…) ou récupéré par les journaux proches de l’opposition. J’avais 2 chances sur 3 que cela se termine ainsi.

Mais puisque sur ce blog j’ai toute l’opportunité d’y développer ma pensée, je vais donc en profiter pour faire une mise au point.

1. Sur la fiscalité : comme beaucoup, je trouve notre système fiscal obsolète. A force d’empilements et de décisions conjoncturelles sur lesquelles on ne revient jamais, je suis convaincu que notre fiscalité est devenue contre-productive et de fait peu performante en terme de redistribution. Le brillant économiste Thomas Piketty ne dit pas autre chose quand il appelle à une remise à plat totale du système (Pour une révolution fiscale, Seuil).

2. Sur l’exil fiscal : ce que j’ai dit, en refusant de participer à l’hallali contre Gérard Depardieu, c’est qu’il avait raison de poser publiquement le problème. Pour un Depardieu super-médiatique, combien d’anonymes fortunés suivent le même chemin en toute discrétion ? Combien de footballeurs recrutés en revenus net d’impôt par les clubs sans que les supporters ne s’en offusquent ? Pour un Houellebecq de retour d’Irlande, combien de nos tennismen quittent Monaco ou Genève ? Que d’hypocrisie… Certains journaux ont traité ces derniers mois de ces grandes entreprises qui réfléchissent à des solutions de délocalisations artificielles de leurs cadres pour leur permettre d’échapper à l’impôt. Doit-on continuer à faire semblant de ne pas le voir, au risque de constater dans quelques mois que cette hémorragie va peser réellement sur nos recettes fiscales ?

3. Sur les mesures fiscales du gouvernement : j’ai ici à plusieurs reprises regretté deux décisions majeures prises par le gouvernement. La première, c’est la hausse du forfait social sur la participation et l’intéressement. Cette réforme, ainsi que la seconde qui met fin à l’exonération des heures supplémentaires, portera un coup au pouvoir d’achat, chacun le comprend, même si les médias n’en ont pas fait toute une affaire, alors que c’est bien plus important en termes d’impact sur le revenu des Français, que les mesures symboliques.

J’ai aussi trouvé illisibles les allers retours sur la TVA du livre et la TVA sur la restauration. Enfin, sur les 75%, j’ai regretté cette mesure parce qu’elle me semblait davantage relever de l’affichage revanchard (tenir une promesse électorale formulée dans les conditions que l’on sait…) que performante en termes de solidarité (on parle de quelques centaines de millions d’euros…une goutte d’eau !). Comme le disait Piketty : « Tout cela va donner du travail aux conseillers fiscaux, mais ne pas rapporter grand-chose à l’Etat ».

Bref, ce que j’expliquais à Olivier Samain et Alexandre Kara sur Europe 1, c’est qu’on nage dans les discours de préaux et les effets de tribune destinés à faire plaisir à quelques militants.

Je ne fais pas partie de ceux qui se réjouissent que David Cameron déroule le tapis rouge aux Français aisés. Je préfère qu’on réinvente un système fiscal cohérent qui permette de garder (ou d’attirer) les investisseurs et les riches, tout en leur demandant de participer à la solidarité nationale et au désendettement (quitte à conserver quelques niches).

Je reste très frappé par ce que j’ai observé en Grèce : les riches ont quitté le pays, laissant les classes moyennes et populaires éponger la dette nationale. Est-ce ce que nous voulons pour notre pays ? Moi pas.

Mais voilà. Débattre de ces sujets, prendre le temps d’y réfléchir sans idéologie ni parti pris (de part et d’autres de l’échiquier), ce n’est pas possible dans des médias qui s’inscrivent dans un temps court. C’est un débat impossible. Après l’émission, j’avais dit que mes propos me vaudraient d’être ciblé. Pari gagné, mes deux hôtes de ce matin en ont convenu à la lecture de l’AFP.

Puisque l’heure des vœux approche, je souhaite pour notre pays que l’on puisse en 2013 en revenir à des débats franchement plus constructifs.

Tant qu’on se focalisera sur l’accessoire et le symbolique, tant que le people fera le lit d’une presse paresseuse, on passera complètement à côté de l’essentiel, et ce pour le plus grand plaisir de nos voisins (et partenaires) européens qui continueront à nous faire le coup du dumping fiscal.

Michel-Edouard Leclerc