
316 propositions. 240 pages d’une densité impressionnante. Des dizaines de contributions expertes, venant d’hommes de gauche ou de droite, et de personnalités européennes rarement consultées sur des sujets aussi concrets et engageants ! Voilà qui méritait certainement mieux que l’indécente et scandaleuse présentation qu’en a faite le JT de 20 heures sur France 2, hier soir.
Jacques Attali, présent sur le plateau, en est resté médusé, tout autant que nous, spectateurs. Et il a certainement fallu qu’il aille rechercher tout au fond de lui un gisement de patience et de calme avant de dire, posément, son indignation, et de balancer, stoïquement mais fermement, quelques claques à la rédaction. Je n’aurais pas aimé être à la place de David Pujadas.
Il faut arrêter ces mauvais scénarios à la française, ceux qui autorisent désormais les médias à distribuer bons et mauvais points, à qualifier ou disqualifier avant même que d’avoir nourri l’information de leurs clients. Comment peut-il y avoir débat dans ces conditions.
J’ai lu, hier soir, une bonne partie du rapport. Et j’ai essayé d’apprécier son contenu à la lumière des deux ou trois qualificatifs qui ont circulé dans toute la presse avant même sa publication…histoire d’apprécier comment tout cela a été catalogué.
1) Le rapport Attali serait ultralibéral :
Incontestablement, la commission veut s’attaquer à toutes sortes de rentes, de situations. Elle propose des dispositifs de dérégulation : retour à la liberté des prix (j’approuve, sauf la levée de l’interdiction de revente à perte), d’implantation des commerces, des hôtels et des cinémas, et ouverture de professions à numerus clausus.
Mais dans le même temps, la commission propose des mesures d’accompagnement (rachat des plaques de taxi, réduction des délais de paiement aux PME, renforcement du pouvoir des autorités de concurrence), des mesures qui ne se réfèrent évidemment pas à la théorie de la « main invisible » chère aux partisans du laisser-faire.
Certes, de nombreuses mesures préconisées, s’agissant de la recherche ou de l’innovation, tentent de rapprocher les entreprises privées de l’université et des centres de recherche. Mais pour autant, cette politique tient plus du volontarisme politique, du projet de « civilisation » que de l’asservissement aux seuls critères des marchés.
Mauvais procès donc que d’affubler d’une étiquette libérale (en forme de repoussoir) un rapport qui aborde aussi bien l’aménagement du territoire, la revalorisation du salaire direct, le transfert des cotisations sociales sur l’impôt, la création par la puissance publique de technopoles et d’écopoles…
2) Les mesures ne seraient pas financées ?
C’est justement le contraire. On peut discuter des méthodes, on peut discuter des moyens, on peut rester incrédule. Mais là encore, c’est un mauvais procès. Toutes les propositions sont étudiées dans leur interaction par rapport à leur effet sur la création de richesses ou sur les besoins de financement.
3) Ce groupe d’experts menacerait la légitimité du Parlement ?
Holà , déjà des grands mots ! Mr Accoyer ne connaît décidément pas la « mesure » !
S’il a effectivement souhaité l’application de l’ensemble de ses recommandations (il y croit, c’est normal, non ?), Attali n’a jamais prétendu imposer une république d’experts ou de technocrates. Ce sont des arguments de beaufs qu’on lui oppose ! En réalité, il insiste, comme tous les autres membres de la commission, sur la nécessaire cohérence entre l’application des mesures de dérégulation et des mesures de contrôle ou d’accompagnement.
En tant que tel, le rapport Attali constitue d’abord une formidable boîte à outils. Avec une vision globale (vis-à -vis de la mondialisation, de l’impact des technologies sur les rapports sociaux…) qui décoiffe et qui surprend les penseurs recroquevillés sur les seuls paramètres d’une France nostalgique de sa grandeur passée… Le gouvernement, tout autant que l’opposition, y a librement accès. Personne ne peut douter justement que cette matière première, intelligemment présentée, puisse et doive nourrir le débat public.
Fi donc du cynisme médiatique, des procès personnels (on aime ou on n’aime pas Jacques Attali ou ce qu’il représente, and so what ?) !
Moi, en tout cas, ce qui me plaît, c’est que les membres de la commission aient osé écrire qu’il serait bon que nos gosses parlent anglais couramment dès la sixième, qu’on supprime l’empilement des strates administratives qui plombent le budget de l’Etat et nos impôts. Des citoyens qui, dans leur diversité, ont osé rêver de la fierté retrouvée de notre pays pour faire la course en tête, en tout cas dans le Top Ten des nations qui tentent de maîtriser le destin de leur population.
C’est aussi ça la marque d’une grande démocratie.






