Archive pour la catégorie ‘Société’

Jeudi 11 mars 2010

Bretagne à Paris : le dîner des Celtes

Il y a quelques jours, j’étais invité à plancher devant 150 convives réunis pour parler des activités de nos « compatriotes bretons ».

Le dîner celtique est une vieille institution puisque créé en 1879 par un journaliste, Henri Gaidoz, et qui fut souvent présidé par Ernest Renan.

Une personnalité, représentative d’une facette de l’activité culturelle et économique de la Bretagne, est conviée pour répondre, en direct, sans fard et sans détour, aux questions du fan club.

Ce soir-là, il y avait quelques chefs d’entreprise (Le Duff, « La Brioche Dorée »), des journalistes (Paul Burel d’Ouest France), la sympathique directrice de l’ANIA, et aussi un amiral, des médecins, des étudiants, des publicitaires…

Atmosphère bon enfant. Les questions sont pertinentes, impertinentes aussi. Ca chauffe parfois, mais il y a un modérateur attentif.

C’est Yannick Le Bourdonnec qui orchestre. Il a relancé l’initiative. Il y a déjà à Paris un Club de Bretagne, souvent décrit dans les hebdos comme un instrument du lobby breton. Yannick, qui en son temps apporta son aide au Club, a voulu rajeunir cette manifestation, l’ouvrir sur une Bretagne moderne, moins nostalgique.

Parmi ses invités : Anne-Marie Idrac, Bernard Fixot, Jean-Pierre Denis (Crédit Mutuel de Bretagne), Christian Noyer (Banque de France), Vincent Bolloré, Jean-Louis Chrétien, PPDA, etc. Et prochainement…l’archevêque de Rennes, Monseigneur d’Ornellas.

Il y a aussi quelques figures bretonnes hautes en couleur. Tel l’éditeur Jean Picollec, toujours prêt à « placer » ses bouquins ! Et d’autres qui méritent d’être connues. J’ai assisté à une intervention de Françoise Livinec en faveur du musée du Faouët. Ce soir-là, elle cherchait des tableaux pour l’expo de l’été. « C’est la fille du véto de Carhaix », études de psy, puis galeriste avenue Matignon. Elle s’est aussi entichée de l’ancienne école publique d’Huelgoat. Elle a transformé les salles de classe en centre d’art contemporain. Efficace, sympa !

Yannick Le Bourdonnec a su ne pas tomber dans le piège du format : « Cultivons notre réseau ». Ce n’est pas non plus le dîner du village gaulois version Uderzo. Non, non, c’est du sérieux : dans son association, se côtoient Gérard Pont (Morgane Production), les frères Guillemot, Bertrand Meheut (Canal +), Irène Frain et même…Jean-Michel Lemétayer (FNSEA).

Prosélyte, mais éclectique…une initiative comme on les aime. Yec’hed mad !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 15 janvier 2010

Le prix de la musique, suite…

Réponse à « spam », « julien », « François » et « elodie »

Les commentaires sur les systèmes de tarification de la musique sur Internet confondent souvent deux problèmes différents :

-         la marge de l’intermédiaire qui diffuse le service ;

-         la rémunération de l’artiste lui-même.

On peut discuter des marges prises par les labels sur le marché physique du disque ou par les sites légaux comme Deezer sur le Web. Place à la concurrence et à celui qui est le moins cher.

Mais, j’insiste. Si personne ne paie (invoquant l’obligation de gratuité ou l’appel au piratage), il faudra bien trouver un mode de rémunération pour l’artiste.

Un artiste qui ne vit pas de son art, c’est un chômeur. Si l’on ne reconnaît pas le droit d’auteur, il ne restera plus que des artistes sponsorisés (jusqu’à devenir l’homme sandwich d’une marque) ou financés par les collectivités publiques (vive le temps des soviets !). En caricaturant, je dirais qu’on aura le droit de choisir entre la Star Ac sur TF1 et l’Eurovision sur France 3.

Désolé, spam, tu as adopté une posture parce que, aujourd’hui, l’offre est pléthorique et qu’il y a largement le choix. Mais demain ?

Pour moi, une société qui n’accepte pas de payer les artistes, ses journaux et même son accès à l’éducation (ne serait-ce que par l’impôt), c’est une société qui aliène sa liberté de choix.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 janvier 2010

La musique, la lecture, l’info sur le Web : les pirates rasent toujours gratis

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Bonne nouvelle pour les artistes, ce matin : le barème de rémunération des chanteurs et des musiciens pour la diffusion de musique « dans les lieux sonorisés (bars, restaurants, commerces, parkings) a été revalorisé pour la première fois depuis 1987 » (source AFP). Selon la Société des Auteurs, cette revalorisation n’excèdera pas « le prix de deux cafés par semaine pour un bar » ou « moins d’une coupe de cheveux tous les 5 mois pour un coiffeur ». Génial.

Mais en attendant l’efficacité supposée de la loi Hadopi, le piratage continue de faire des ravages.

Les artistes déjà bien établis en notoriété s’en tirent encore. Ils font des concerts, arrivent à marketer des CD sympas. Pour les autres, c’est le début de la galère. Et si les majors, pourtant décriés, n’arrivent plus à financer « les jeunots » par la marge sur des blockbusters, toutes ces filières (incluant labels musicaux, production DVD et jusqu’aux journaux papier) vont vivre une crise pas possible !

Le 3 janvier dernier, Bono, le chanteur de U2, a dénoncé les opérateurs économiques : ceux qui abritent le nouveau marché de la musique en ligne, ceux qui couvrent les échanges de fichiers et qui empochent les profits.

Dans l’économie réelle, tout commerçant, grand ou petit, généraliste ou spécialiste, est tenu de s’assurer de la qualité des produits vendus, tant en matière de sécurité, de respect des normes d’hygiène et des conditions légales d’accès. Pas de journaux pédophiles au rayon presse, pas d’alcool aux moins de 18 ans, pas de white spirit en vente libre, pas de produits frelatés, etc., etc. Et si des trafiquants opéraient des échanges de denrées illégales (drogue) dans nos magasins, nous aurions à rendre compte.

Pourquoi les commerçants du Web seraient-ils exonérés des mêmes responsabilités !

Bono a raison. Les opérateurs du Web ont bien la clé de l’antivol. La plupart des sites ont segmenté leur offre par zone géographique, ne serait-ce que pour s’adapter aux langues locales. Ils doivent déjà rendre compte de certaines pratiques illégales : propos racistes, publications nazies, transactions financières douteuses, etc. Les algorithmes de leur moteur de recherche sont même capables de tenir compte des préoccupations politiques de certains pays (censure en Chine, garde-fous « moraux » dans plusieurs républiques islamiques).

Cessons donc, dit Bono, cette hypocrisie qui focalise toute la répression sur les clients, sans exiger que la liberté d’exercice professionnel sur le Web soit liée au respect de la légalité.

Au fait, où en est-on avec Hadopi ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

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Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 28 octobre 2009

Vaccination contre la grippe A : responsabilité collective, responsabilité individuelle ?

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Au niveau politique, le débat n’est déjà pas simple : faut-il contraindre à la vaccination les populations les plus exposées (femmes enceintes, personnes âgées…) ou seulement les professionnels de santé. Madame Bachelot est de cet avis. Ainsi que le docteur Michel Legmann, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Le corps médical a des devoirs particuliers : se vacciner pour être en état de prendre soin de ses patients, ne pas contaminer et se protéger. » (Le Monde, 20/10/09).

Faut-il encore aller plus loin et être encore plus directif. « On a dépensé 1 milliard d’euros pour acheter des vaccins dont il va falloir rendre la consommation obligatoire si l’on veut qu’ils servent à quelque chose », dixit Jean-Claude Seys, fondateur de Covéa (groupe d’assurance mutualiste qui réunit MAAF, MMA et GMF). Personnellement, le propos me choque parce que pris en vertu de seuls critères financiers.

Mais recentré sur la seule problématique de santé, le projet de vaccination obligatoire a trouvé d’autres partisans qui mettent en avant l’argument moral : celui de la solidarité. « Refuser de se faire vacciner, n’est-ce pas faire subir à autrui les conséquences de sa propre contamination ? ».

C’est la conviction de plusieurs députés de la majorité, lesquels, il est vrai, doivent aussi assumer les aspects économiques de l’investissement réalisé par le ministère de la santé. Mais la thèse est défendue par nombre de médecins.

La question se pose aussi pour les décideurs économiques.

Vaste sujet, qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 8 octobre 2009

Besson, Fillon, Guéant : poker menteur

La Majorité nous a offert, hier, un nouvel épisode de « La cour s’égaye », série intarissable à multiples rebondissements.

Tout était dans la presse, mais il fallait lire les rubriques politiques de chaque journal pour apprécier la saveur du scénario.

C’est d’abord de la colère de Fillon dont il s’agissait. Dans l’affaire du « Grand Paris », il a dû manger son chapeau. Christian Blanc a su vendre directement au Président son projet (Les Echos du 7/10/09), doublant le Premier Ministre. La situation a suffit à relancer la rumeur d’un changement à la tête du gouvernement. D’autant que, pur hasard, Besson, « le chouchou du Président » (dixit F. Belkacem dans VSD), pointe sa frimousse à la Une de l’Express.

Dans Le Figaro (même jour), Claude Guéant semble venir au secours du Premier Ministre : « un départ de Fillon n’est absolument pas à l’ordre du jour ». « Le Président considère que leur collaboration fonctionne bien ».

On apprend d’ailleurs dans Le Canard enchaîné (même jour) qu’Eric Besson aurait réuni son Cabinet : « Il ne faut pas donner corps à ces bêtises…c’est un piège absolu. Au début, la rumeur fait plaisir. Elle fait de moi un besogneux, bien en cour pour la qualité de son travail. A la fin, je passe pour un comploteur à la grosse tête. » Et le Canard de rajouter : « Directement visé comme « propagateur de cette rumeur mortifère » : Jean-François Copé. ».

Copé, peut-être, mais plus sûrement Besson. Le Parisien (même jour) consacre en effet sa Une et 4 pages (oui, 4 pages), au « mystérieux Monsieur Besson ». Bien sûr, c’est encore un hasard, et je doute que la rédaction du journal ait pris là une initiative enthousiaste et spontanée. Du moins, j’ai du mal à croire qu’elle avait en archives les photos d’adolescence et des copains de classe. Il a bien fallu solliciter le Ministre pour qu’il ouvre son album familial.

Soit Besson est très fort, et sa communication personnelle est génialement opportune, d’autant que personne ne lui a tapé sur les doigts. Soit la machine à fabriquer des ballons d’essai a encore produit.

Dans ce jeu de poker menteur, à qui faut-il décerner la palme du plus grand manipulateur ? Fillon ? Si c’est lui, ça ne lui rapporte rien. Besson ? Il a dans cette affaire engrangé un formidable capital d’image et de notoriété. Copé ? Mais vous n’y pensez pas, il rêverait de bénéficier lui-même d’une telle campagne.

Finalement, quand je regarde la photo d’un Claude Guéant détendu et tout souriant dans Le Figaro, je me dis qu’il mérite le Molière de la mise en scène.

Et dans sa tombe, le situationniste Guy Debord, rigole, lui qui prédit l’avènement de « la société du spectacle ». Entre la comédie des éléphants au PS et la nouvelle série culte « Clearstream », tout cela devient très rigolo, comme dit Dany qui s’y connaît.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 7 octobre 2009

Accidents du travail : bravo au MEDEF qui s’érige contre la fiscalisation des indemnités

Je ne suis pas adhérent au MEDEF. Le discours patronal, souvent limité à dénoncer les charges ou justement la fiscalité, n’a jamais été ma tasse de thé. Mais, pour une fois, je dis « bravo ».

Quel chikungunya a donc piqué nos gouvernants pour imaginer la taxation des indemnités versées lors d’accidents du travail ! En matière de niche, il y avait bien plus important et plus intolérable ! Et après l’affaire mal expliquée du « bouclier fiscal », la déduction de la TVA accordée aux restaurateurs, les exonérations de la taxe CO² promises aux agriculteurs et aux transporteurs, jamais on n’aurait pu imaginer qu’on s’en prenne aussi caricaturalement aux accidentés du travail.

Eh bien, si. Jean-François Copé a sauté le pas. Et, avec lui, une partie de la majorité et jusqu’en haut lieu. Incroyable ! Car même s’il y a des arguments comptables, fallait-il étaler autant de cynisme pour faire de ce sujet un cheval de bataille.

La prise de position du MEDEF m’est sympathique. Personne ne choisit, un jour, d’être accidenté du travail. « Ce sont les entreprises qui payent ces indemnités sous forme d’assurance et cela ne peut être considéré comme un revenu pour les salariés ». Eh oui, c’est une évidence.

Remarquez, je n’ai pas beaucoup entendu la Gauche railler l’insanité du projet. J’aurais volontiers imaginé tous les progressistes debout comme un seul homme. Décidément, pour paraphraser quelques caricaturistes de Charlie Hebdo, je constate : la politique parfois, ça rend vraiment con !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 6 octobre 2009

Polanski et la justice

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Il s’y sont tous mis : Martin Scorsese, Woody Allen, David Lynch…et jusqu’à Frédéric Mitterrand, notre Ministre de la culture. « Il faut réparer l’injustice faite à Polanski et dénoncer l’acharnement du juge américain. » Et en plus, celui-là, il est louche :

- Pourquoi dites-vous ça ?

- Parce que c’est dans le film : « Roman Polanski : Wanted and Desired » de Marina Zenovich…

- Ah bon, alors…

Quel mauvais cinéma !

Je ne juge pas Polanski. Peut-être est-il innocent. Peut-être est-il l’objet d’une cabale.

Pas plus, je ne suis choqué par les manifestations de solidarité qu’a suscitées son arrestation. Les amis, c’est fait pour ça !

Mais les affirmations outrancières des supporters du cinéaste m’ont profondément choqué. Telle celle d’un président d’une cinémathèque française : « C’est un artiste, il se rendait gracieusement à un festival du cinéma, on n’a pas le droit de le traiter comme ça… ». Comme si « la fonction sociale » générait une qualité humaine spécifique, comme si le talent exonérait du droit !

L’affaire Polanski est, au-delà du cas d’espèce, symptomatique d’une dérive incroyable du phénomène de peopolisation, la transformation d’un justiciable en une icône intouchable, preuve de la discrimination dans laquelle on tient le commun des mortels.

Dans les médias, en rubrique « société », on traquera le violeur des bois, le parfait salaud qui, dans la solitude méritée du cachot, crèvera de notre mépris. Mais en rubrique « culture », l’artiste devient victime. On invoquera son « hyper sensibilité », sa fragilité artistique et les errements propres à la création, oubliant que peut-être il fut bourreau.

Au verso de la médaille, il y a les cons salaces de Reiser, les violents que jouait Jean Carmet, les récidivistes des romans de gare. Alors que côté face, on a peut-être affaire, ma chère, à « un malade », mais il est si créatif, il a tant de talent…

Décidément, le réflexe corporatiste est tenace, il n’est ni l’apanage des épiciers, ni celui des agriculteurs. Qu’importe alors le droit. C’est la justice qu’on préfère discréditer. Et le client, pourvu qu’il ait l’Oscar, voit s’agglutiner autour de lui tout ce que la défense des droits de l’Homme compte de soutiens médiatisés.

J’ai aimé l’admirable « Chinatown », j’ai été fasciné par « Rosemary’s Baby », j’ai été bouleversé par « Le pianiste ». Je souhaite que Polanski puisse rebondir après cette affaire. Mais qu’il serait injuste d’accepter une justice à deux vitesses, « qu’on soit riche et puissant, qu’on soit artiste et cinéaste plutôt que simple paumé… ».

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 4 septembre 2009

Grippe A (H1N1) : une certaine effervescence

Cela fait trois mois que tous les journaux consacrent une place croissante aux articles sur la pandémie grippale.

Comme tout le monde, nous nous posons la question de savoir si les politiques et les médias n’en font pas trop. J’étais en Angleterre le week-end dernier. L’intrépide Albion est censée être le pays d’Europe le plus touché par la grippe A. Et pourtant, pas de masque dans les rues ni dans les magasins. Seuls quelques touristes japonais… Et puis, dans la communauté scientifique, des voix s’élèvent pour rappeler que des maladies plus graves, comme le paludisme, ne font pas l’objet d’une telle mobilisation d’énergie et de moyens !!!

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas médecins et l’on ne saurait reprocher aux politiques d’avoir cherché, cette fois-ci, à anticiper (on se rappellera les mises en accusation de décideurs politiques dans les affaires du sang contaminé, de la vache folle, etc.).

Et c’est tout à fait normalement que les entreprises doivent se préparer pour minimiser les effets de la pandémie sur leurs salariés et consommateurs.

Les pouvoirs publics ont organisé, cette semaine, une réunion de travail avec l’ensemble des secteurs économiques pour étudier le degré de préparation dans chaque filière. Les questions sont évidemment complexes, les chantiers sont énormes et touchent aussi bien les aspects sanitaires que l’impact économique de la pandémie.

 En France, nous sommes toujours en situation 5A (i.e. « mobilisation des autorités pour empêcher l’introduction du virus sur le territoire et préparer le pays à affronter la pandémie »), mais nous devons tout faire comme si nous allions passer en 5B (activation des plans de continuité d’activité) ou en phase 6 (maximum sur l’échelle de crise).

 Le pire ne se réalisera pas forcément. Mais dans une bonne gestion de crise, il faut « faire comme si » et travailler à partir de scénarios à la complexité croissante. C’est pour cette raison que j’ai répondu à Marc-Olivier Fogiel sur Europe 1, mardi, en lui confirmant que l’un de ces scénarios prévoyait la fermeture possible d’un ou plusieurs magasins.

 Bon, on est loin du scénario catastrophe. Mais il est de notre responsabilité de roder les dispositifs. La pandémie, si elle dégénère, aura évidemment un impact sur la santé des salariés et des consommateurs (les hypermarchés sont des lieux ouverts au public et les virus ne s’arrêtent pas aux frontières des métiers). Elle impactera aussi les approvisionnements des magasins (fermeture d’usines) et ceux des ménages si les magasins doivent être fermés. Pas si simple !

Le gouvernement a mis en place un site interministériel de préparation au risque de pandémie grippale (www.pandemie-grippale.gouv.fr).

Dans notre groupe, un comité de pilotage chapeaute l’organisation des actions à mener au niveau national ou sur le terrain (stockage et diffusion des masques, élévation des niveaux de sécurité, phase de nettoyage, etc.). Il prépare les communications destinées aux consommateurs.

En cas de passage à une phase plus critique, ce comité de pilotage deviendra « cellule de crise ».

A ce jour, notre enseigne est prête. Il n’y a pas lieu, sauf à vouloir créer d’inutiles effets d’annonce, de rentrer dans le détail d’une organisation que nous allons perfectionner chaque jour.

Mais je n’hésiterai pas, sur ce blog, à intervenir sur les problèmes rencontrés et à vous tenir au courant.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 9 avril 2008

Prix des médicaments : le débat interdit !

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© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008

Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »

Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)

De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».

Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l’arrivée d’internet et des chaînes de pharmacies).

1) Les faits, rien que les faits

Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.

Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.

L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc

Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.

Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.

Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.

En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.

En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.

J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.

Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?

Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.

Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.

Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !

Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».

Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.

Michel-Edouard Leclerc