Archive pour la catégorie ‘Libertés’

Vendredi 15 janvier 2010

Le prix de la musique, suite…

Réponse à « spam », « julien », « François » et « elodie »

Les commentaires sur les systèmes de tarification de la musique sur Internet confondent souvent deux problèmes différents :

-         la marge de l’intermédiaire qui diffuse le service ;

-         la rémunération de l’artiste lui-même.

On peut discuter des marges prises par les labels sur le marché physique du disque ou par les sites légaux comme Deezer sur le Web. Place à la concurrence et à celui qui est le moins cher.

Mais, j’insiste. Si personne ne paie (invoquant l’obligation de gratuité ou l’appel au piratage), il faudra bien trouver un mode de rémunération pour l’artiste.

Un artiste qui ne vit pas de son art, c’est un chômeur. Si l’on ne reconnaît pas le droit d’auteur, il ne restera plus que des artistes sponsorisés (jusqu’à devenir l’homme sandwich d’une marque) ou financés par les collectivités publiques (vive le temps des soviets !). En caricaturant, je dirais qu’on aura le droit de choisir entre la Star Ac sur TF1 et l’Eurovision sur France 3.

Désolé, spam, tu as adopté une posture parce que, aujourd’hui, l’offre est pléthorique et qu’il y a largement le choix. Mais demain ?

Pour moi, une société qui n’accepte pas de payer les artistes, ses journaux et même son accès à l’éducation (ne serait-ce que par l’impôt), c’est une société qui aliène sa liberté de choix.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 janvier 2010

La musique, la lecture, l’info sur le Web : les pirates rasent toujours gratis

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Getty Images©

Bonne nouvelle pour les artistes, ce matin : le barème de rémunération des chanteurs et des musiciens pour la diffusion de musique « dans les lieux sonorisés (bars, restaurants, commerces, parkings) a été revalorisé pour la première fois depuis 1987 » (source AFP). Selon la Société des Auteurs, cette revalorisation n’excèdera pas « le prix de deux cafés par semaine pour un bar » ou « moins d’une coupe de cheveux tous les 5 mois pour un coiffeur ». Génial.

Mais en attendant l’efficacité supposée de la loi Hadopi, le piratage continue de faire des ravages.

Les artistes déjà bien établis en notoriété s’en tirent encore. Ils font des concerts, arrivent à marketer des CD sympas. Pour les autres, c’est le début de la galère. Et si les majors, pourtant décriés, n’arrivent plus à financer « les jeunots » par la marge sur des blockbusters, toutes ces filières (incluant labels musicaux, production DVD et jusqu’aux journaux papier) vont vivre une crise pas possible !

Le 3 janvier dernier, Bono, le chanteur de U2, a dénoncé les opérateurs économiques : ceux qui abritent le nouveau marché de la musique en ligne, ceux qui couvrent les échanges de fichiers et qui empochent les profits.

Dans l’économie réelle, tout commerçant, grand ou petit, généraliste ou spécialiste, est tenu de s’assurer de la qualité des produits vendus, tant en matière de sécurité, de respect des normes d’hygiène et des conditions légales d’accès. Pas de journaux pédophiles au rayon presse, pas d’alcool aux moins de 18 ans, pas de white spirit en vente libre, pas de produits frelatés, etc., etc. Et si des trafiquants opéraient des échanges de denrées illégales (drogue) dans nos magasins, nous aurions à rendre compte.

Pourquoi les commerçants du Web seraient-ils exonérés des mêmes responsabilités !

Bono a raison. Les opérateurs du Web ont bien la clé de l’antivol. La plupart des sites ont segmenté leur offre par zone géographique, ne serait-ce que pour s’adapter aux langues locales. Ils doivent déjà rendre compte de certaines pratiques illégales : propos racistes, publications nazies, transactions financières douteuses, etc. Les algorithmes de leur moteur de recherche sont même capables de tenir compte des préoccupations politiques de certains pays (censure en Chine, garde-fous « moraux » dans plusieurs républiques islamiques).

Cessons donc, dit Bono, cette hypocrisie qui focalise toute la répression sur les clients, sans exiger que la liberté d’exercice professionnel sur le Web soit liée au respect de la légalité.

Au fait, où en est-on avec Hadopi ?

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 2 octobre 2007

André Gorz : la mort d’un philosophe

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André Gorz et D. devant l’usine Renault-Billancourt – Février 1947 – © Suzi Pillet

Dans la discrétion et la tendresse d’un amour de plus de 50 ans, le philosophe, André Gorz, et son épouse, Dorine, se sont donnés la mort, chez eux, à Vosnon, dans l’Aube. Ils n’auraient pas aimé figurer dans les rubriques nécrologiques, ils ne voulaient surtout pas de larmes, ni de discours emphatiques.

Michel Comtat, Jean Daniel et Jacques Julliard leur ont rendu hommage (Le Monde et le Nouvel Obs du 27/09/07). Ils avaient tous lu ce message qui ponctuait « Lettre à D. » (éditions Galilée).

« La nuit, je vois parfois la silhouette d’un homme qui, sur une route vide et dans un paysage désert, marche derrière un corbillard. Je suis cet homme. C’est toi que le corbillard emporte. Je ne veux pas assister à ta crémation ; je ne veux pas recevoir un bocal de tes cendres… Et je me réveille. Je guette ton souffle, ma main t’effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »

Ils avaient vécu dans la communion, ils continueraient ainsi…

Ils étaient tous deux rebelles à leur condition (demi-juif autrichien pour lui, fille de l’aristocratie anglaise pour elle, tous deux ayant rompu avec leur famille respective). Il fut très tôt remarqué par Sartre (c’est Gorz qui l’aborda). Il fut le grand penseur de la Nouvelle Division du Travail, et à ce titre, inspira les leaders de la CFDT. Toute sa vie, il ne cessa d’interpeller la gauche depuis les socio-démocrates (Olof Palme, Kreisky, Brandt) jusqu’aux utopistes italiens de « Lotta Continua ». On peut dire qu’il fut le père fondateur, avec Ivan Illich, de l’écologie politique.

Mais André Gorz n’était pas seulement un homme de concept, un débatteur exigeant et patient. Il était un pédagogue formidable, un éveilleur de conscience, et malgré le besoin de s’isoler (et de protéger la fragile Dorine), il fut un homme à l’accessibilité toute paternelle pour les jeunes (étudiants, militants, journalistes ou chercheurs) qu’ils recevaient bien volontiers.

J’aime bien cette description de Jean Daniel : « Au début, son ascétisme austère, son aspect malingre et luciférien, sa solitude jalouse, nous inquiétaient et nous en imposaient à la fois. »

Très juste. C’est comme cela que je l’ai vu la première fois. J’avais 10 ou 12 ans. C’était en Bretagne.

De lui, mes parents avaient dû me dire (ou je les avais entendus dire…) qu’il était un authentique révolutionnaire, un grand philosophe, qui cumulait des pseudos pour signer séparément sa production journalistique et ses écrits dans la revue « Les Temps modernes ». C’était aussi une manière affichée de rompre avec la symbolique d’une identité juive qu’il avait « trahie » (selon sa propre expression…dont il fit le titre de son premier livre, préfacé par Jean-Paul Sartre : Le Traître (éditions du Seuil).

Evidemment, ce portrait trop rapidement brossé, cette réputation m’impressionnaient. J’imaginais une sorte de Joseph Kessel, ou encore un type plutôt dans le genre d’Alexandre Adler, gabarit compris. Et c’est complètement désarçonné qu’un jour je fus amené à lui ouvrir la porte du domicile.

Avec son visage émacié, une calvitie frontale qui repoussait ses cheveux latéralement, à la Einstein, il tenait tout autant du grand Duduche que du Professeur Tournesol. Il avait la voix douce quand il me demanda très respectueusement si je voulais bien le guider vers mes parents.

Ils étaient partis à la messe avec mes sœurs (pratique qui prit fin quelques semaines plus tard quand le curé, pendant le sermon, se piqua d’une diatribe contre les patrons en général et les commerçants en particulier. Le sang de mon père ne fit qu’un tour et nous prenant par la main, organisa grandiosement notre sortie, laissant sans voix le curé en chaire : « Venez les enfants, nous n’avons rien à faire ici »).

- « A la messe ? Mais c’est intéressant. Est-ce que l’église est belle. Veux-tu que nous allions à la rencontre de tes parents. Ca me fera connaître un peu Landerneau. »

J’étais troublé. Un Juif révolutionnaire dans une église ? Et puis, je ne le connaissais pas bien, moi, ce mystérieux philosophe.

Imaginant mon émotion, visiblement amusé, il multiplia les signes de complicité, allant jusqu’à me prendre la main pour rejoindre la rue.

Dehors, nous attendait une superbe voiture de sport, décapotable. Blanche (ou couleur crème, je ne sais plus), « une voiture américaine » comme j’en rêvais. Mais un « intellectuel marxiste»  dans un tel carrosse? Bon, pourquoi pas ? A la télé, on voyait bien des dignitaires communistes traverser la Place Rouge dans d’énormes limousines pour rentrer au Kremlin. Il n’empêche, je n’en menais pas large en m’asseyant « à la place du mort » sous le regard étonné de nos voisins.

En fait, je le soupçonne d’avoir aimé produire ce petit effet déstabilisateur sur ses interlocuteurs. Il respectait les autres, leurs conventions, leur religion, mais affichait volontiers sa différence. Dans sa manière de s’habiller : l’inspecteur Colombo n’aurait rien trouvé à redire (profitant d’un passage au magasin, ma mère un jour a décidé de l’habiller de pied en cape. Il s’est laissé faire comme un gosse mais sans doute pour se déculpabiliser, il posait des tas de questions sur les matières, leur résistance et leur durabilité.)

Dans ses choix culinaires, sous prétexte de manger végétarien, il m’a fait découvrir les boulettes végétales et les semoules bio dans des restos écolos que je ne recommanderais jamais à personne.

Dans sa manière de parler aussi, il se distinguait par cette voix douce, suave, mais pour dire des phrases définitives, tombant comme des sentences, ponctuées par la cigarette brandie au bout des doigts.

Il est d’abord venu voir mes parents pour des raisons journalistiques. Il enquêtait sur les nouvelles organisations coopératives du monde agricole, sur les résistances corporatistes, l’adaptation du milieu ouvrier au processus d’industrialisation. Il suivait avec intérêt les mutations du discours syndical et politique dans cette France en voie d’urbanisation.

Esprit subtil, foisonnant, il s’est intéressé au système Leclerc alors qu’il s’attelait à « La critique du capitalisme quotidien ». Se référant aux écrits de J.K. Galbraith, il présenta un jour, aux lecteurs du Nouvel Obs qui n’étaient pas forcément habitués à ce genre de débat, une analyse comparée des structures de Leclerc et d’Intermarché. Le document (1969) reste encore aujourd’hui la meilleure référence à cet épisode de l’histoire mouvementée de la distribution.

Il s’impliqua aussi aux côtés de mon père en signant avec d’autres grands journalistes (François-Henri de Virieu, Alain Murcier et Alain Vernholes du Monde,) des tracts pour dénoncer les refus de vente des fournisseurs. Et aussi le dumping pratiqué par Monoprix qui voulait tuer dans l’œuf l’initiative de l’épicier de Landerneau.

A la maison, les parents et lui discutaient beaucoup de l’émergence du PSU, des thèses de Serge Mallet ou de Michel Rocard, et des implications de l’évolution du capitalisme industriel vers une consommation de masse.

Curieux tableau que de voir cet homme tout frêle dans l’immense transept de l’église du Folgoët, citer Marx et Lénine tout autant que les pères fondateurs du christianisme social. Il me semble que nos enclos paroissiaux résonnent encore des polémiques sur le modèle d’autogestion yougoslave, la révolution algérienne ou le socialisme cubain.

Longtemps, cette image me poursuivra : André Gorz, emmitouflé dans un duffle-coat trop grand pour lui (que je lui ai vu porter pendant des années), marchant sur les dunes de Landéda, près de L’aber Wrac’h. Le vent n’a jamais eu raison de son agitation alors qu’il se lançait dans une discussion complètement surréaliste avec mon père et le Père Jaouen sur la manière de fabriquer une bombe atomique.

André Gorz, alias Michel Bosquet, reporter au Nouvel Observateur, alias Gérard Horst, de son vrai nom… m’a offert son affection toute paternelle lorsque, étudiant, je vins vivre à Paris. Chez eux, dans le XIIIème arrondissement d’abord, Dorine et Gérard me firent rencontrer les intellectuels avec qui il entretenait les relations les plus denses : Edgar Morin, Ivan Illich, bien sûr, son quasi frère, Virilio, Herbert Marcuse, David Cooper (l’anti-psychiatre), Alain Touraine. Et aussi des syndicalistes italiens, des économistes (Mattick, Brunhoff…), tous plus ou moins en phase avec la théorie critique de l’Ecole de Francfort.

Chez lui aussi, des médecins et des infirmières poursuivis pour avoir procédé à des avortements, des femmes de Bobigny et des salariés de Lip (il appréciait l’engagement personnel de Claude Neuschwander).

Les jeunes journalistes de Libé ne le savent probablement pas. Mais il s’impliqua beaucoup pour trouver l’argent nécessaire au journal, comme le soutien obtenu auprès du Crédit Coopératif.

Mais en lui, c’est Michel Bosquet qui me passionnait le plus. Jamais très loin des concepts et d’un esprit de système, cette facette du personnage avait le mérite de nourrir ma soif d’action. C’est lui qui me fit adhérer au mouvement écologiste naissant et poursuivre des études de philo. Il m’initia au journalisme en sollicitant des contributions pour des revues comme « La Baleine », « La Gueule ouverte ». C’est lui encore qui, découvreur de l’Américain Ralph Nader, l’avocat des consommateurs, me fit intégrer la première équipe de rédacteurs de « Que Choisir ».

Presque aussi sérieusement, cet intellectuel urbain fut mon mentor en jardinage. Ma famille n’a jamais imaginé quel petit génie du compost je devins en fréquentant ce couple, digne d’un film de Tati, lors de leur installation en province.

Conrad Lorenz vivait au milieu de ses oies. André Gorz ne quittait jamais, même dans la chaleur de l’été, ses vieilles vestes de velours côtelé pour aller observer l’activité des asticots, des vers de terre et des coccinelles dont la société grouillait à trente mètres de son bureau d’ascète. Son ami, Serge Lafaurie, co-fondateur du Nouvel Obs, venait-il s’entretenir avec lui des problèmes du journal ? Il lui fallait prendre la cognée, et sous le regard hilare de nos hôtes, fendre un bon stère de bois avant que d’avoir droit à déguster son bol de riz complet !

Oui, j’ai aimé cet homme-là, l’ancien étudiant chimiste, élève de l’école polytechnique de Lausanne, ce Géo-Trouve-Tout passionné par l’énergie solaire et les systèmes de production d’énergie alternative. André Gorz / Michel Bosquet a nourri les utopies de toute la génération des quinquas.

Chez lui ou dans les locaux de l’association « Les amis de la terre » (anciennement, rue de la Bûcherie, juste en dessous de Greenpeace), nous étions quelques dizaines à vouloir refaire le monde. Autour de Brice Lalonde qu’il aimait comme un fils, Yves Lenoir, Dominique Simonet (aujourd’hui reporter scientifique à l’Express) et occasionnellement du Commandant Cousteau, de Teddy Goldsmith, de Puiseux, directeur des études économiques d’EDF…et tant d’autres.

Il n’avait pas d’enfant. (J’ai longtemps été choqué par ses explications. Plutôt que de dire que Dorine n’aurait pas pu en porter, il s’aventurait sur des arguments politiques qui me paraissaient bien inacceptables, sauf à tuer toute espérance). Mais il savait transmettre. Pas simplement la parole, l’affection aussi.

Par pudeur, je ne dirai pas ici tout l’amour que Dorine et lui m’ont offert, dans des moments qui me furent difficiles.

Alors, à toi, Gérard, à toi, dite « K », mes parents et moi vous souhaitons une belle vie.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 24 septembre 2007

Tests ADN : pouah ! Ca sent pas bon…

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Foule – 1986 (acrylique sur toile) – © Jacques Muller

J’hésitais à monter au créneau, je soutenais dans ma tête l’initiative du courageux maire de Versailles, Etienne Pinte. Je me disais : je parle déjà sur plein de sujets, quelle légitimité ai-je à intervenir sur ce dossier.

Et puis, basta, on a beau être chef d’entreprise, on n’en est pas moins citoyen.

Et pour le coup, j’ai envie de dire ma colère, d’associer mon opprobre à tous ceux qui n’aimeraient pas, à leur tour, faire l’objet d’une telle mesure.

Quoi ? Vous imaginez la réaction des Français, Français de sang, de terre et d’histoire, si les Américains avaient annoncé, avec l’aplomb et le cynisme qui les caractérisent, que pour vivre là-bas avec un conjoint expat, il faudrait se soumettre à de tels tests ? Mais ce serait la bronca à droite et à gauche. Nos ego seraient blessés. On accuserait Bush-le Yankee de viser fasciste. (Je rappelle que tous les professionnels français ont manifesté debout comme un seul homme quand il s’est agi, pour obtenir les visas américains, d’avoir accès à leurs numéros de carte de crédit.) Ah ça, oui, on aurait tous gueulé à l’imposture.

Eh bien, mes amis, imaginez la tête de nos amis africains, maghrébins, et jusque dans les territoires que nous appelions autrefois « colonies ».

Imaginez l’impact de ce mauvais coup porté au rayonnement culturel de la France, à cet humanisme de portée universelle dont nous nous prévalons…

Dans les pays d’émigration, le discours de la rigueur, même s’il donne des boutons, est tout à fait compréhensible.

- Mettre un terme à l’émigration clandestine,

- Exiger des autorités nationales qu’elles tiennent leur état civil,

- Filtrer l’accès en émettant des visas,

- Lutter contre les fraudes,

- et tous ceux qui veulent venir en France se faire soigner à l’œil et aux frais du Gaulois…

…Oui, même si elle est dérangeante, cette politique n’est plus contestable. D’autres pays, de l’Europe du Nord ou d’Amérique (le Canada) ont su mettre en place des dispositifs sélectifs (n’ayons pas peur des mots) sans que ne soit altéré le caractère démocratique et non ségrégationniste de leurs pratiques administratives.

Mais fallait-il, pour marquer la rupture avec le laxisme précédent, agiter le chiffon rouge avec l’emblème du test ADN.

Non. C’est de la pure provoc.

Depuis quand d’ailleurs le législateur se sent-il obligé d’enfermer l’administration dans des dispositifs opérationnels particuliers ? Il suffisait de faire voter l’obligation de parenté, y compris par tout moyen de droit. Voilà qui aurait pu être suffisant, quitte à ce que, par impossible, le recours au test ADN puisse être requis, mais en utilisation marginale et sous contrôle de justice.

Nos juges et nos policiers ont tellement insisté sur l’intérêt de ces tests dans le cas de recherches criminelles que leur image en est désormais et pour longtemps connotée. Et c’est de cette image-là que, volontairement ou non, on est en train de qualifier l’immigrant !!!

J’invite les lecteurs de ce blog à lire cette semaine le cri du cœur de Philippe Val, dans Charlie Hebdo (19/09/07). L’éditorialiste dit son dégoût et renvoie dos à dos une droite cynique et une gauche molle : « se contentant de se frotter les mains en voyant la droite faire le boulot… »

« Cette pratique du test ADN fait revenir par la fenêtre toute la barbarie ethnique que l’universalisme des lumières a voulu foutre à la porte de l’humanité. Depuis quand la constitution génétique d’un individu décide s’il est apte ou non à devenir le citoyen d’une démocratie ? »

«…Dans notre période obscure où la menace la plus immédiate est l’indifférence, l’égale valeur de toute chose est la monégasquisation de la politique, …j’enrage de vivre dans un pays privé de sens au point de manger ainsi sa merde sans protester. »

Philippe Val parle crûment. Il s’adresse évidemment en priorité à cette gauche qui le déçoit. Mais son cri est juste, j’en fais le mien.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 7 août 2007

Cannabis : l’idéologie libertaire mise à mal par les scientifiques

J’ai bien aimé l’édito de Laurent Joffrin dans Libé ce matin (7/08/07) oh rien d’héroïque, rien de spectaculaire. Mais quand on sait la surenchère de mauvaise foi développée dans les milieux libertaires par les partisans des drogues douces, et la révulsion des lecteurs de Libé face au discours anticannabis, on ne peut qu’applaudir au courage de l’éditorialiste.

Cela fait pourtant plusieurs années que la communauté scientifique tirait les sonnettes d’alarme à propos des effets néfastes du pétard. Et notamment, les médecins en charge d’étudier l’impact de la fumette sur les conducteurs.

Rien n’y faisait. Ce discours était tout de suite disqualifié, requalifié « de droite » et suspect d’émaner des partisans du seul consommer correct.

Oui mais voilà. Comme le dit Laurent Joffrin, « confirmant les données qui s’accumulent depuis plusieurs années, les autorités les plus crédibles (les scientifiques) viennent de rendre leur verdict. Le cannabis favorise les maladies cardiovasculaires ; il est très dangereux au volant à forte dose, il est soupçonné de faciliter le développement de la schizophrénie ». Pas moins que cela.

Seul constat en guise de lot de consolation : Le cannabis rend moins addict que la nicotine.

S’il n’est pas question de céder à la tentation idéologique du « tout répressif », la lutte contre la profusion du cannabis est donc bien légitime. Elle passe forcément par des campagnes de prévention et beaucoup de pédagogie. Mais certainement aussi, par un peu moins de cette naïveté véhiculée par toute une génération d’adultes qui oublient que 11% des Français tirent sur leur joint très régulièrement.

Je vise par exemple ici la position de Dominique Voynet, dans ce même journal. Ah que le jeunisme des Verts prend des airs désormais sacrément hypocrites. Et irresponsables ! Comment peut-on encore plaider pour la légalisation du cannabis, au motif qu’elle pourrait « être contrôlée » (sic) et que seul dans ce cadre l’Etat pourrait mieux organiser la prévention. Laure Equy, qui interviewe la sénatrice des Verts, lui tend pourtant une perche plus grosse qu’une barrette : « pourquoi ne pas seulement proposer la dépénalisation du cannabis ? ». Dominique Voynet a la réponse bien fumeuse : « S’il ne légalise pas, l’Etat n’a aucune prise sur les trafics et la composition des produits qui circulent ». Pitoyable ! Comme si la légalisation de l’alcool était la condition nécessaire à la lutte contre l’alcoolisme.

Allez Laurent ! C’est bien d’oser parler ainsi. Ce n’est pas être conservateur que de s’afficher responsable. Et le combat pour la liberté n’a de toute façon de sens que pour qui préserve sa santé !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 25 juin 2007

Les Echos, La Tribune : pourquoi j’ai signé la pétition des journalistes !

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Ce matin, vers 7h55, Nicolas Demorand (France Inter) m’interpellait à peu près en ces termes : « Est-ce que ça vous dérange, vous aussi, de voir un grand capitaine d’industrie, du secteur du luxe, proche du pouvoir, accaparer les deux fleurons de la presse économique française ? ».

Sur le fond, oui, je l’avoue…il y a quelque chose qui me dérange profondément dans le fait que ce soit de grandes entreprises, influentes sur le marché, qui deviennent propriétaires des principaux journaux français ! Cela en dit long sur les difficultés d’un secteur qui n’arrive pas à intéresser d’autres investisseurs… Une telle situation n’a rien d’inédit outre-Atlantique, mais nulle part ailleurs qu’en France, on ne trouve une telle concentration de magnats industriels dans la presse. Cela pose d’évidents problèmes d’éthique. Comment rédiger un article critique sur une firme détenue par l’actionnaire? Et peut-être encore plus difficile : comment s’exprimer sur les agissements d’une entreprise concurrente sans participer à ce qui pourrait être interprété comme un dénigrement ?

Mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle j’ai signé le manifeste pour « garantir l’indépendance rédactionnelle des Echos ».

Je n’ai aucun procès à faire à Bernard Arnault particulièrement.

Je ne vois pas pourquoi on focaliserait l’attention sur lui alors que Bouygues, Dassault, Bolloré et Lagardère sont dans la même situation.

Si on aborde ce problème d’éthique, il faut le traiter de façon globale non discrimante à l’égard du patron de LWMH. Par exemple, en suscitant un débat parlementaire.

Je ne soutiens pas plus l’argument qui plaide pour la préférence à l’acheteur étranger. Cela ne change rien à l’affaire. Si c’est un fonds de pension anglo-saxon ou une veuve irlandaise, la garantie qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt est illusoire. L’investisseur a forcément aussi des participations dans les sociétés françaises. Et de toute façon, rien ne garantie un actionnariat stable.

Et puis, le problème principal est-il le statut de l’acquéreur ? Il faut vraiment avoir la mémoire courte : combien de candidats socialistes, et même de la droite nationale, ne se sont-ils pas privés de qualifier Les Echos de « journal du MEDEF, acquis à Sarkozy » … alors qu’il était encore la propriété du groupe anglais Pearson !

Non, ce qui me choque dans cette affaire, c’est l’accaparement dans les mains d’un seul propriétaire des deux grands journaux économiques, hier encore concurrents. Les autorités de notre pays se targuent de vouloir garantir la diversité culturelle et le pluralisme des idées. De ce point de vue, l’information économique n’est pas neutre. Qu’on se rappelle les récentes querelles sur l’évaluation du pouvoir d’achat, du nombre de chômeurs, ou le chiffrage des programmes économiques des candidats. L’enjeu, ici, ce n’est pas simplement l’accès à l’information, c’est son objectivité, son degré de sincérité.

Dans tous les domaines économiques, le Conseil de la Concurrence ou la Commission Européenne sont intervenus pour empêcher la constitution de monopoles et pour que la concurrence puisse profiter aux usagers. C’est quand même un paradoxe que, s’agissant de la presse économique, personne n’ose poser très sérieusement les mêmes questions !

Et puis, au-delà des aspects économiques, il faut s’interroger plus fondamentalement sur le sort des hommes (journalistes et autres salariés). Transformation de La Tribune en site Web, fusion avec Les Echos ? Les discours sur l’avenir du journal La Tribune ont de ces petits airs d’hypocrisie qui ne sont vraiment pas supportables.

A qui fera-t-on croire qu’un même actionnaire gardera les deux équipes au feu ?

Oui, patron je suis, mais citoyen je reste. J’ai signé, aux côtés de Jacques Attali, Nicolas Baverez, Patrick Arthus, Jean-Noël Jeanneney, Jacques Delors ainsi qu’une centaine d’autres personnalités un manifeste pour témoigner « notre profond attachement à l’indépendance rédactionnelle»  de ces titres.

Dans mon jeune temps, je fus pigiste et rêvais d’être reporter. J’ai toujours gardé un œil sur les médias (ils gardent d’ailleurs un oeil sur ce que je fais!!!).

Par passion, mais aussi par convictions politiques, je veux rester attentif à l’évolution d’un secteur qui, à l’heure de la concentration des pouvoirs, reste un des meilleurs remparts de la démocratie.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 1 février 2007

Questions sociales : pression médiatique et respect des personnes

Certains, sur ce blog, ont fait semblant de s’interroger sur mon attitude, suite à la médiatisation de deux récents contentieux sociaux, à Montbéliard et à Vandoeuvre. J’ai eu beau répondre concrètement aux questions ici émises, par exemple sur l’affaire de Montbéliard (Cf. mes réponses à phichev, Messager, Krysalia, Rodriguez, hugues, RR, Véro du 3/10/06, à Xavier71, hugues, laurent 10, RR du 6/10/06, à Sandrine et Ay_15 du 27/10/06), la pression reste savamment entretenue. Jusqu’à samedi dernier où même dans les colonnes du Parisien, on pouvait lire « Le très médiatique patron des Centres E. Leclerc a choisi cette fois de garder le silence ».

Eh bien oui, je confirme, je n’ai pas l’intention de tomber dans tous les pièges qu’on essaie de me tendre.

a) En écho à l’affaire de Montbéliard, il y a eu, sur ce blog, plus d’une trentaine d’interpellations. Spontanément, j’ai failli répondre à chacune. Mais il semblerait que plus des deux tiers des commentaires, tous signés de pseudos différents, émanant tantôt de salariés, tantôt de consommateurs indignés…proviennent du même numéro IP, alors que les auteurs prétendaient s’exprimer de divers coins de France !!! Ca m’a évidemment refroidi. Pourquoi voulez-vous que je me laisse manipuler à si bon compte.

b) Des contentieux prud’homaux, il en existe chaque année quelques dizaines dans le groupe (85 000 salariés), comme dans d’autres entreprises. On n’en entend pas parler au JT de 20 heures. J’ai tout de suite trouvé suspecte la surmédiatisation de l’affaire de Vandoeuvre (comme celle de Montbéliard) : un traitement médiatique national habituellement réservé à des fermetures d’usines, des délocalisations, des grèves… Alors quand Le Parisien consacre une demi-page à une affaire locale pour titrer sur un éventuel contentieux national « FO contre Leclerc »…ça vous pousse à adopter une certaine prudence avant que de grimper au cocotier médiatique.

Ceci étant dit, je tiens à m’expliquer sur mes positions, mon statut et, à travers moi, les capacités d’intervention au sein de notre association.

1) Je suis quelqu’un « d’ouvert », qui se veut le plus possible disponible. Je laisse quiconque m’interpeller directement sur ce blog, d’où qu’il parle. Sans filtre, sans censure, hormis les attaques contre les personnes. Peu de patrons en Europe osent pratiquer ce même exercice. Tenter de manipuler les internautes sur ce blog, ce serait faire peu de cas d’une initiative dont je crois qu’elle peut être profitable à tout le monde, y compris aux salariés de mon groupe qui, loyalement, ont cherché à attirer mon attention sur telle ou telle situation locale.

2) Aussi bien à titre personnel que dans l’exercice de mon mandat, je ne cautionnerai jamais les pratiques illégales, les atteintes avérées au droit du travail de la part de qui que ce soit (adhérents ou cadres salariés) sous notre enseigne. Nos adhérents doivent respecter les conventions collectives et toutes les mesures de droit social.

3) E. Leclerc n’est pas une entreprise. Ni Edouard, mon père, ni moi, ni aucun membre de ma famille, ne possédons d’actions dans les magasins, ni dans aucune société du groupe.

L’enseigne appartient à une association loi 1901 qui regroupe 515 exploitants individuels. Ils gèrent des sociétés indépendantes et sont tous responsables sociaux de leur magasin.

4) En tant que président d’une association, je « fonctionne » comme un président de coopérative agricole, de groupement industriel ou commercial fédérant des entreprises indépendantes. Ou encore comme un industriel concessionnaire ou franchiseur de ses marques.

Imagine-t-on que Carlos Ghosn ait à répondre d’un contentieux prud’homal dans un garage concessionnaire de Renault en province ? Rendrait-on Yves Rocher responsable d’une indélicatesse commise par l’un de ses franchisés ? Certainement pas. Quand bien même ils interviendraient, les concessionnaires ou les franchisés pourraient leur reprocher une immixtion dans leur gestion. Ceux qui font semblant aujourd’hui de venir « me chercher » le savent bien. Tout cela ne cache qu’une volonté de faire grossir médiatiquement le dossier.

5) En matière sociale, notre association n’est pas inactive. Là où le droit ne l’autorise pas à intervenir, les statuts des Centres E. Leclerc respectent un esprit de compagnonnage et de coopération qui permet de tirer les pratiques sociales vers le haut. En sélectionnant de plus en plus drastiquement les candidats à l’adhésion ; en valorisant, à l’interne, les meilleures pratiques. En développant la formation continue des responsables sociaux.

Dans l’ensemble, l’enseigne n’a vraiment pas à rougir de son bilan social. Trois exemples :

a) Nous créons entre 1 500 et 2 000 emplois nets par an depuis 10 ans (quand d’autres parlent de réduction d’effectifs).

b) 87 % des 85 000 salariés sous notre enseigne sont employés en CDI (alors que ce chiffre tourne jusqu’à 40 % dans d’autres enseignes).

c) Même s’il y a de fortes disparités dans la répartition des résultats aux salariés, l’analyse globale des comptes de chaque magasin fait apparaître que, sur le dernier exercice, nos adhérents ont distribué 24,8 % de leur bénéfice avant impôt sous forme de gratifications, participation et intéressement. (Peu d’entreprises affichent cette performance).

6) Bien sûr, ce bilan positif peut masquer des pratiques managériales individuelles moins bonnes. Dans le cadre d’obligations de parrainage, le système coopératif permet de solliciter, dans chaque région, la pression des collègues qui sont implantés dans la même zone de chalandise et qui pourraient pâtir d’une détérioration de l’image de l’enseigne.

Enfin, l’association peut convoquer un adhérent indélicat pour radiation (en cas d’atteinte à la marque ou au non respect des clauses statutaires). Encore faut-il, pour qu’elle ne soit pas contestée, que les faits soient dûment établis et probablement déjà jugés ! (Ce qui n’est le cas dans aucune des deux affaires dont nous parlons.)

Dans ce contexte qui est celui de presque tous les groupements européens de commerçants indépendants, je ne vois pas pourquoi je laisserais salir la réputation de mon enseigne par des accusations trop générales pour être honnêtes.

S’agissant de pratiques individuelles, je renvoie évidemment mes adhérents à leurs propres responsabilités. J’ai parfaitement conscience qu’il y a des injustices à réparer, des situations difficiles pour certains salariés. Mais dans tous les cas, j’insiste, j’éviterai de répondre à toute surenchère médiatique (quel est d’ailleurs l’intérêt des salariés si l’on doit au final enlever un panonceau E. Leclerc ? Et pour privilégier quelle autre enseigne ?).

De toute façon, je ne me substituerai jamais à la justice en sanctionnant, par avance, sans respecter aucun droit de la défense, un adhérent local ou même un cadre salarié.

Non, décidément, quelles que soient les situations, la justice médiatique n’est pas le Droit.

P.S. : Ce texte a été publié le 2/02, mais je l’ai compacté et re-rédigé, ce lundi 5 février, pour répondre plus complètement aux interpellations diverses qui me parviennent.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 12 décembre 2006

Carrefour Rosny 2, l’interdiction faite aux mineurs

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Je ne supporte pas la langue de bois et encore moins les concerts trop unanimes quand il s’agit de s’acheter à bon compte une vertu qu’on n’aura pas à mettre en pratique. Oui, vraiment il y a de la tartuferie dans la surenchère de dénonciation de ce directeur de Carrefour qui a malencontreusement et maladroitement limité l’accès de jeunes (des mineurs) à son hyper.

La Ligue des droits de l’Homme a dénoncé une politique discriminatoire. Le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczweig, a fait de même. Sur les blogs et dans les chats, les critiques fusent de toute part.

En droit, en équité, toutes ces critiques sont justes. Et loin de moi l’idée qu’une telle méthode puisse être généralisée, ou même tolérable.

Cette interdiction est illégale ? Assurément. Oui, oui, rappelons-le. Mais tout autant que les exactions commises chaque jour à l’intérieur de l’hyper et que reconnaissent les associations locales.

S’il s’agissait d’un cas général, il faudrait évidemment condamner cette pratique. Mais que dire dans le cas d’espèce ?

Posons la question différemment : que peut faire concrètement un directeur de magasin dans une telle situation. Quelle est l’alternative, que peut-on lui suggérer !

Oui, pour moi, cette question est primordiale. Si on n’y répond pas, on reste dans la posture moralisatrice, on ne résout rien, on laisse les gens avec leurs problèmes, des problèmes qui les dépassent.

Quand, dans un magasin ou n’importe quel lieu ouvert au public, des clients se sentent menacés…que des petits malfrats considèrent l’hyper comme un terrain de chasse…qu’ils déciment les rayons et provoquent les clients ou les salariés…sans que les policiers ne daignent plus se déplacer, ni même recevoir les plaintes…que faut-il faire ? Hein ? Vous dites quoi ?

Les grands principes, c’est sûr, il faut les défendre. Mais entre le droit à la non-discrimination et le droit à la sécurité, que faut-il choisir ? Pourquoi faut-il choisir ? Et peut-on reprocher à un responsable de choisir l’exigence de sécurité ?

Je ne connais de cette histoire que ce qui en a été dit dans la presse. Ca se passe chez un concurrent, ça aurait pu se passer (et ça arrive peut-être) dans un magasin à notre enseigne. Il y a une chose dont je suis sûr : au moindre problème, c’est bien le directeur du magasin qui sera considéré comme coupable !

La mesure discriminatoire à l’égard des jeunes de Rosny n’est assurément pas une bonne mesure. Mais les bonnes âmes et les puristes du droit universel, plutôt que de s’en offusquer, devraient faire preuve d’un peu plus de retenue. Plutôt que d’attiser les rancoeurs et de surenchérir par leurs commentaires, ils devraient déjà chercher à calmer le jeu. Ca les rendrait quand même sacrément plus crédibles.

Dans ces quartiers, beaucoup de parents ont démissionné, l’éducation nationale n’a plus de prise et le chômage conduit au désoeuvrement.

Au moment même où à l’UMP comme dans le camp socialiste, on ose parler de la présence de policiers à l’école et d’éducation militaire, comment peut-on encore chercher des poux aux types qui ont accepté d’investir, à la demande des élus, dans des cités où toute autorité s’est fait la malle depuis longtemps.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 6 février 2006

Caricatures et droit d’expression : L’humour plus fort que le mépris

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Ce week-end, dans la presse, une photo d’un supermarché égyptien : « Dear clients, we express solidarity with islamic and egyptian community. Carrefour don’t carry Danish products ». L’occasion pour quelques journalistes d’obtenir la réaction d’un autre distributeur, face aux appels au boycott.

Dans un premier temps, j’ai réagi comme tous ces hommes politiques, ces écrivains, ces dessinateurs : pas question de se laisser impressionner. Ne cédons pas à la censure, défendons la liberté d’expression ! Et puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai regardé les caricatures litigieuses, observé les dégâts, essayé de faire la part des choses.

1) Tout d’abord, le franchisé Carrefour du Caire a probablement pris la bonne initiative. Facile de faire le beau dans une Europe sécurisée. Mais en regardant les images de violence retransmises par les télés, la défense de ces caricatures mérite-t-elle qu’on mette en péril des vies ? Non, je ne le crois pas. En tout cas, si ce commerçant avait été sous mon enseigne, je reconnais que je n’aurais pas su lui objecter quoi que ce soit.

2) L’enjeu, d’ailleurs, peut-il être cantonné à une défense de principe : celle de la liberté d’expression ? Elle n’est pas menacée (pas vraiment) en Occident. S’il s’agit de faire école du côté de chez les mollahs, l’initiative ne me semble pas efficace. Devant l’outrance, la gratuité de l’attaque, et ce qui immanquablement est vécu comme une provocation, le plaidoyer pour le droit d’expression n’aboutira qu’à un résultat : renforcer la conviction des peuples blessés que l’Occident est définitivement pourri, sans hiérarchie de valeurs, méprisant à l’égard du sacré.

Car enfin, que cherchent nos caricaturistes ? Veulent-ils s’en prendre au terrorisme, aux intégristes, aux liens qui les unissent ? Soit ! Mais qui veut-on convaincre. Nous, les Européens ? C’est fait ! Les peuples sous domination fondamentaliste ? Mais leurs dictateurs n’attendent que cette provocation pour retourner le boulet. Sûr que dans leurs mosquées, des fanatiques auront su souffler sur les braises : « Ils ne respectent rien, ni les femmes, ni Dieu, ni la religion… ».

Justement : le JDD, ce dimanche, publiait un intéressant témoignage de Guy Coq, philosophe chrétien. « Assimiler le prophète à un poseur de bombe, par-delà l’insulte, est une faute énorme quand, précisément, l’enjeu du débat avec les extrémistes consiste à montrer qu’ils sont finalement infidèles au prophète ! ». Coq, à juste titre, pourfend l’amalgame : « Le message politique envoyé aux croyants de l’islam, par certains dessins, est politiquement et moralement néfaste ». J’adhère à ce diagnostic.

Certes, Cabu, l’excellent et horripilant Cabu, avait raison vendredi, dans Libé : « On doit pouvoir critiquer toutes les religions, il n’y a pas de délit de blasphème… ». Mais l’erreur, c’est de ne pas comprendre à quel point la question religieuse est aujourd’hui politique. Le philosophe Marcel Gauchet (Le Figaro, 3/02/06) pose naïvement la question : « Qui, parmi les catholiques, aurait l’idée de mettre en scène un tel esclandre planétaire ? ». Personne, évidemment, encore que…rappelez-vous le scandale suscité par la publication de l’affiche (honteuse, elle aussi, à cause de l’amalgame avec la croix gammée) du film « Amen » de Costa-Gavras. Mais si une telle affaire ne susciterait jamais un tel tollé chez les chrétiens, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas autant de théocratie se réclamant du Saint-Siège.

En terre d’islam, justement, beaucoup de régimes réactionnaires, voire des dictatures, assoient leur pouvoir sur la crédulité des fidèles dont il est facile de manipuler l’indignation.

Toute la presse a raison de douter de la sincérité des indignations dans les chancelleries, dans les mosquées, et même dans les rues de ces pays. Mais c’est être sourd aussi de ne pas entendre la détresse sincère de nos musulmans européens qui disent, dans les courriers des lecteurs de Libé, sur les sites internet ou dans les radios, combien ils se sentent eux-mêmes blessés par l’inconscience de ces artistes, planqués derrière les protections juridiques occidentales, loin des théâtres sanglants de la confrontation.

Franchement, ce qui a manqué à nos caricaturistes, c’est de la perspicacité, mais c’est surtout de l’humour. Pétillon, lui, en a. J’ai lu, ce week-end, « L’affaire du voile » publiée par Albin Michel. Dans cette histoire, les fondamentalistes en prennent plein les dents. Mais c’est raconté avec beaucoup de chaleur, d’affection même, et la dérision est si imparable qu’elle ne laisse place à aucun contre argumentaire.

A ce jour, Pétillon n’a pas subi de fatwa. Le Recteur de la mosquée de Paris lui a décerné un brevet d’humour, sans autre mise en garde. (Il est vrai aussi que la BD de Pétillon, contrairement aux caricatures danoises, n’a pas fait l’objet d’une diffusion mal intentionnée, aux sorties des écoles coraniques, à Damas ou à Djakarta !).

A ce jour, personne n’a osé demander le boycott du dessinateur breton. Preuve que son attitude est bien plus efficace. « Dieu est humour » dit Libé, ce matin, qui signe un joli portrait dudit Sieur. Assurément. Et quand on écoute toute la nouvelle génération d’acteurs comiques issus du Maghreb, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils savent cogner sur les barbus et autres fanatiques, Dieu est sacrément tolérant…quand on lui permet de se marrer aussi.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 13 décembre 2005

Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?

La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).

L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !

Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.

1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »

Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.

Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :

- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.

- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.

- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).

Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.

Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…

Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !

Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?

2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?

C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.

Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.

Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.

J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).

Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?

Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.

J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).

Conclusion :

Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.

Michel-Edouard Leclerc