Archive pour la catégorie ‘Santé’

Vendredi 27 novembre 2009

Grandes marques et éco-citoyenneté : l’étude GfK

 

gfk4

Sondage réalisé par GfK, première semaine d’octobre 2009, auprès de 800 Français.

La société d’études GfK vient de publier le résultat d’un sondage annuel sur la perception qu’ont les Français de l’engagement sociétal des grandes marques (environnement, santé, solidarité sociale).

Il faut évidemment prendre ces résultats « avec des pincettes ». Les esprits les plus critiques diront que ce classement reste subjectif, influencé par la publicité tout autant que par la connaissance de réalisations tangibles, concrètes. Cela est vrai ! Mais m’adressant « à l’interne » sur ce blog, je voudrais tout de même attirer l’attention sur la pertinence des actions que nous avons entreprises depuis une dizaine d’années.

Les adhérents et les salariés qui m’ont suivi pour obtenir la suppression progressive des sacs plastiques, trouveront ici un grand motif de satisfaction. Ah ça, la bataille fut difficile ! Dieu sait qu’on nous opposa longtemps le caractère anti-commercial de cette initiative aussi symbolique que concrète.

Depuis 10 ans, m’appuyant sur un groupe pionnier d’adhérents, j’ai pu engager notre enseigne dans des investissements « apparemment non rentables » dans le domaine de la nutrition (engagement de la Scamark dans le plan national Nutrition/Santé), l’étiquetage CO² (convention avec l’ADEME), les audits sociaux sur les produits d’importation (Siplec), les économies d’énergie (contrat de progrès fournisseurs Marque Repère), etc.

Toutes ces actions sont individuellement peu visibles. Elles constituent néanmoins les pièces d’un puzzle dont le public (et pas simplement nos consommateurs) a pris conscience.

Une majorité d’adhérents portent désormais très loin les engagements du groupe dans ces domaines. Qu’on me permette, ici, fort du classement de l’enseigne par GfK, de remercier tous ceux qui, bien avant le Grenelle de l’Environnement, se sont impliqués dans ces projets.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 28 octobre 2009

Vaccination contre la grippe A : responsabilité collective, responsabilité individuelle ?

AB72005[1]

Getty Images©

Au niveau politique, le débat n’est déjà pas simple : faut-il contraindre à la vaccination les populations les plus exposées (femmes enceintes, personnes âgées…) ou seulement les professionnels de santé. Madame Bachelot est de cet avis. Ainsi que le docteur Michel Legmann, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Le corps médical a des devoirs particuliers : se vacciner pour être en état de prendre soin de ses patients, ne pas contaminer et se protéger. » (Le Monde, 20/10/09).

Faut-il encore aller plus loin et être encore plus directif. « On a dépensé 1 milliard d’euros pour acheter des vaccins dont il va falloir rendre la consommation obligatoire si l’on veut qu’ils servent à quelque chose », dixit Jean-Claude Seys, fondateur de Covéa (groupe d’assurance mutualiste qui réunit MAAF, MMA et GMF). Personnellement, le propos me choque parce que pris en vertu de seuls critères financiers.

Mais recentré sur la seule problématique de santé, le projet de vaccination obligatoire a trouvé d’autres partisans qui mettent en avant l’argument moral : celui de la solidarité. « Refuser de se faire vacciner, n’est-ce pas faire subir à autrui les conséquences de sa propre contamination ? ».

C’est la conviction de plusieurs députés de la majorité, lesquels, il est vrai, doivent aussi assumer les aspects économiques de l’investissement réalisé par le ministère de la santé. Mais la thèse est défendue par nombre de médecins.

La question se pose aussi pour les décideurs économiques.

Vaste sujet, qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 4 septembre 2009

Grippe A (H1N1) : une certaine effervescence

Cela fait trois mois que tous les journaux consacrent une place croissante aux articles sur la pandémie grippale.

Comme tout le monde, nous nous posons la question de savoir si les politiques et les médias n’en font pas trop. J’étais en Angleterre le week-end dernier. L’intrépide Albion est censée être le pays d’Europe le plus touché par la grippe A. Et pourtant, pas de masque dans les rues ni dans les magasins. Seuls quelques touristes japonais… Et puis, dans la communauté scientifique, des voix s’élèvent pour rappeler que des maladies plus graves, comme le paludisme, ne font pas l’objet d’une telle mobilisation d’énergie et de moyens !!!

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas médecins et l’on ne saurait reprocher aux politiques d’avoir cherché, cette fois-ci, à anticiper (on se rappellera les mises en accusation de décideurs politiques dans les affaires du sang contaminé, de la vache folle, etc.).

Et c’est tout à fait normalement que les entreprises doivent se préparer pour minimiser les effets de la pandémie sur leurs salariés et consommateurs.

Les pouvoirs publics ont organisé, cette semaine, une réunion de travail avec l’ensemble des secteurs économiques pour étudier le degré de préparation dans chaque filière. Les questions sont évidemment complexes, les chantiers sont énormes et touchent aussi bien les aspects sanitaires que l’impact économique de la pandémie.

 En France, nous sommes toujours en situation 5A (i.e. « mobilisation des autorités pour empêcher l’introduction du virus sur le territoire et préparer le pays à affronter la pandémie »), mais nous devons tout faire comme si nous allions passer en 5B (activation des plans de continuité d’activité) ou en phase 6 (maximum sur l’échelle de crise).

 Le pire ne se réalisera pas forcément. Mais dans une bonne gestion de crise, il faut « faire comme si » et travailler à partir de scénarios à la complexité croissante. C’est pour cette raison que j’ai répondu à Marc-Olivier Fogiel sur Europe 1, mardi, en lui confirmant que l’un de ces scénarios prévoyait la fermeture possible d’un ou plusieurs magasins.

 Bon, on est loin du scénario catastrophe. Mais il est de notre responsabilité de roder les dispositifs. La pandémie, si elle dégénère, aura évidemment un impact sur la santé des salariés et des consommateurs (les hypermarchés sont des lieux ouverts au public et les virus ne s’arrêtent pas aux frontières des métiers). Elle impactera aussi les approvisionnements des magasins (fermeture d’usines) et ceux des ménages si les magasins doivent être fermés. Pas si simple !

Le gouvernement a mis en place un site interministériel de préparation au risque de pandémie grippale (www.pandemie-grippale.gouv.fr).

Dans notre groupe, un comité de pilotage chapeaute l’organisation des actions à mener au niveau national ou sur le terrain (stockage et diffusion des masques, élévation des niveaux de sécurité, phase de nettoyage, etc.). Il prépare les communications destinées aux consommateurs.

En cas de passage à une phase plus critique, ce comité de pilotage deviendra « cellule de crise ».

A ce jour, notre enseigne est prête. Il n’y a pas lieu, sauf à vouloir créer d’inutiles effets d’annonce, de rentrer dans le détail d’une organisation que nous allons perfectionner chaque jour.

Mais je n’hésiterai pas, sur ce blog, à intervenir sur les problèmes rencontrés et à vous tenir au courant.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 9 avril 2008

Prix des médicaments : le débat interdit !

img_blog_08042008_rino.jpg

© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008

Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »

Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)

De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».

Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l’arrivée d’internet et des chaînes de pharmacies).

1) Les faits, rien que les faits

Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.

Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.

L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc

Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.

Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.

Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.

En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.

En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.

J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.

Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?

Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.

Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.

Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !

Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».

Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 12 mars 2008

Obésité infantile : plus de friandises sucrées pour enfants aux caisses

img_blog_130308_bonbecs.jpg

Je me suis attiré les foudres du Président de l’ANIA, Jean-René Buisson. Son association d’industriels « juge intolérable la décision prise par les Centres E. Leclerc, la semaine dernière, de retirer les confiseries sucrées pour enfants des présentoirs de caisses, d’ici le 1er juin ». Et l’ANIA m’a fait l’honneur d’un communiqué au vitriol, suspectant ma petite personne de vouloir en revenir « à l’économie administrée des magasins d’Etat » ?

1) De quoi parle-t-on ?

En septembre 2007, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé une campagne sur l’obésité infantile « Obésité : protégeons nos enfants ». Après avoir demandé aux parlementaires d’interdire la publicité TV pour les produits gras et sucrés au sein des programmes pour enfants, l’UFC interpellait toute la filière et sollicitait les distributeurs pour « juguler un marketing outrancier à l’égard des enfants, incitant à la surconsommation de produits sucrés ». L’association demandait le retrait des produits installés de manière trop tentatrice au devant des caisses.

Le gouvernement français et les autres gouvernements européens sont interpellés de la même manière. Ainsi, les Anglais ont interdit les publicités pour les aliments gras, sucrés et salés dans les programmes destinés au moins de 12 ans. Les Suédois, eux, ont totalement interdit les publicités pendant les émissions jeunesse.

Le Ministre français de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, le 4 février, une série de mesures dans un premier temps basées sur l’autodiscipline et le volontarisme des acteurs concernés. Avec une deadline fixée en juin pour apprécier les propositions et les résultats éventuels.

2) Les réponses des industriels et des distributeurs

Tout le monde convient de l’importance du fléau. 13 % des jeunes Français sont en surpoids, dont 7 % atteints d’obésité. Le mouvement ne fait que s’accélérer. Outre que l’obésité hypothèque l’espérance de vie des individus, elle préfigure une charge supplémentaire pour la collectivité.

Les industriels ont d’abord réagi viscéralement. « Consommés modérément, les produits sucrés ne sont pas dangereux. On n’est pas chez les Soviets. Les pouvoirs publics ne peuvent montrer du doigt et diaboliser le sucre ou tout autre produit festif à base de sucre tout simplement par qu’ils ont été surconsommés ». Ou alors disent-ils, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : supprimons la vente d’alcool puisqu’il y a trop d’alcooliques, supprimons le rayon des crèmes desserts et des fromages pour que plus personne ne mange des produits trop gras.

Derrière ce débat qui prend des airs trop passionnés et caricaturaux, il y a bien sûr des lobbies qui cherchent à forcer le trait.

Je concède cependant que :

1) Industriels et distributeurs ont raison de dénoncer la tentation des pouvoirs publics de refiler la gestion des problèmes de santé au secteur privé alors qu’elle doit d’abord émaner de l’Etat (ne serait-ce que, justement, pour qu’elle ne soit pas dictée par des intérêts privés).

2) L’origine de l’obésité est multifactorielle. Si l’on veut s’attaquer à la source, il faut mettre en place un plan de prévention global : auprès des parents, à l’école, dans les médias. Bref, chacun doit agir à son niveau de responsabilité.

3) La position de mon enseigne

Nos cadres et nos adhérents ont eu le même réflexe que les autres professionnels. Pas question de se laisser refiler la gestion exclusive d’une problématique qui nous dépasse.

Mais le dossier de l’obésité infantile rejoint celui, plus global, de la nutrition, du « bien manger » dont nous sommes évidemment un acteur à part entière.

Le distributeur doit pouvoir garantir le libre choix, mais rien ne l’empêche à travers ses gammes, ses choix marketing et publicitaires, d’adapter son offre commerciale à une demande sociale dès lors qu’elle est incontestée. C’est même un gage de sa performance commerciale future.

J’ai engagé mon groupe depuis trois ans pour revoir à la hausse tous les critères qualitatifs, gustatifs et sanitaires de notre offre alimentaire. C’est un travail de longue haleine (probablement 3 ou 4 ans pour arriver à des résultats significatifs). Par exemple, tous nos produits à Marque Repère voient leur étiquetage reprécisé, leur lisibilité améliorée, et les recettes des produits sont retravaillées pour diminuer les taux de sucre, de sel et de gras. Des nutritionnistes sont mobilisés sur ce projet, et des instruments pédagogiques à l’égard des usagers ont été mis en place (http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Nos-valeurs/Accueil.aspx).

C’est dans ce contexte que sans se référer à une quelconque morale anti-festive, nous avons décidé de recaser les produits concernés dans l’offre classique de l’hyper d’ici le 1er juin.

4) Etoffer l’action

Il y a certes un enjeu commercial (manque à gagner situé entre 5 et 10 millions d’euros par an). Mais si elle restait isolée, nos adversaires auraient beau jeu de qualifier cette action de publicitaire. Aussi ne faut-il pas s’arrêter là.

Dans les semaines qui viennent, mon enseigne va lancer la recherche de produits de substitution, plus diététiques. Les magasins recevront des PLV informatives et pédagogiques expliquant cette action aux clients.

Enfin, j’ai demandé à ce que l’enseigne s’engage plus fort encore sur des recommandations nutritionnelles et sur la valorisation des bons comportements alimentaires.

Voilà donc ce qui me vaut le courroux de quelques apparatchiks du lobby de la malbouffe. Je ne donnais pourtant de leçons à personne, je les appliquais à nous-mêmes. C’est le paradoxe de l’ANIA : cette fédération regroupe des industriels qui, depuis 5 ans, et avec succès, ont fait de la santé un argument de vente (Danone avec Actimel, ses alicaments, etc.). Curieux de voir que le discours sur le bien manger devient « démagogique » quand il émane du seul distributeur.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 7 août 2007

Cannabis : l’idéologie libertaire mise à mal par les scientifiques

J’ai bien aimé l’édito de Laurent Joffrin dans Libé ce matin (7/08/07) oh rien d’héroïque, rien de spectaculaire. Mais quand on sait la surenchère de mauvaise foi développée dans les milieux libertaires par les partisans des drogues douces, et la révulsion des lecteurs de Libé face au discours anticannabis, on ne peut qu’applaudir au courage de l’éditorialiste.

Cela fait pourtant plusieurs années que la communauté scientifique tirait les sonnettes d’alarme à propos des effets néfastes du pétard. Et notamment, les médecins en charge d’étudier l’impact de la fumette sur les conducteurs.

Rien n’y faisait. Ce discours était tout de suite disqualifié, requalifié « de droite » et suspect d’émaner des partisans du seul consommer correct.

Oui mais voilà. Comme le dit Laurent Joffrin, « confirmant les données qui s’accumulent depuis plusieurs années, les autorités les plus crédibles (les scientifiques) viennent de rendre leur verdict. Le cannabis favorise les maladies cardiovasculaires ; il est très dangereux au volant à forte dose, il est soupçonné de faciliter le développement de la schizophrénie ». Pas moins que cela.

Seul constat en guise de lot de consolation : Le cannabis rend moins addict que la nicotine.

S’il n’est pas question de céder à la tentation idéologique du « tout répressif », la lutte contre la profusion du cannabis est donc bien légitime. Elle passe forcément par des campagnes de prévention et beaucoup de pédagogie. Mais certainement aussi, par un peu moins de cette naïveté véhiculée par toute une génération d’adultes qui oublient que 11% des Français tirent sur leur joint très régulièrement.

Je vise par exemple ici la position de Dominique Voynet, dans ce même journal. Ah que le jeunisme des Verts prend des airs désormais sacrément hypocrites. Et irresponsables ! Comment peut-on encore plaider pour la légalisation du cannabis, au motif qu’elle pourrait « être contrôlée » (sic) et que seul dans ce cadre l’Etat pourrait mieux organiser la prévention. Laure Equy, qui interviewe la sénatrice des Verts, lui tend pourtant une perche plus grosse qu’une barrette : « pourquoi ne pas seulement proposer la dépénalisation du cannabis ? ». Dominique Voynet a la réponse bien fumeuse : « S’il ne légalise pas, l’Etat n’a aucune prise sur les trafics et la composition des produits qui circulent ». Pitoyable ! Comme si la légalisation de l’alcool était la condition nécessaire à la lutte contre l’alcoolisme.

Allez Laurent ! C’est bien d’oser parler ainsi. Ce n’est pas être conservateur que de s’afficher responsable. Et le combat pour la liberté n’a de toute façon de sens que pour qui préserve sa santé !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 6 août 2007

Franchise, forfait ou déremboursement : l’art de ne pas parler du prix des médicaments !

Cela sent les vacances à plein nez. Chez les politiques et dans les médias. Incroyable comme l’annonce effectuée par Nicolas Sarkozy, proposant des franchises sur certains actes médicaux, n’a suscité aucun prurit d’acné chez ceux qui restent farouchement opposés à la « privatisation rampante de la santé ». Pratiquement pas un mot de l’UFC Que Choisir, ni des syndicats de salariés. Personne n’a moufté. Il faut croire que la com autour de cette affaire a été rondement menée.

Et pourtant ! Il existe déjà depuis 2005 différentes formes de franchises.

C’est le forfait de 1 euro non remboursé sur les consultations médicales.

Il y a aussi le forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91 euros.

Et le forfait de 17 euros sur les actes en secteur hospitalier.

Tout le monde n’est pas touché par ces déremboursements. Mais si l’on compte l’effet du ticket modérateur (souvent prix en charge par une mutuelle) c’est près de 110 euros en moyenne qui restent à la charge de l’assuré français.

Personnellement, je ne suis pas contre une certaine forme de déremboursement. Il faut responsabiliser ! Les Français consomment beaucoup trop de médicaments. Et la sécu n’a plus les moyens de cette gabegie.

Mais l’histoire de ces franchises médicales, c’est un peu comme le coup des heures supplémentaires versus les 35 heures, ou le vote de la grève au septième jour versus l’obligation de service minimum. On tourne autour du pot, on refuse d’affronter les corporatismes ou le confort des gens concernés. On ne dit pas les choses clairement. On invoque la mobilisation contre alzheimer quand d’autres prétendaient affecter l’argent de la quête à la lutte contre le cancer. Mais comme on sait que tout cela passe le pot commun de la sécu, on finit par susciter de l’incompréhension (face à la complexité du système) et certainement aussi beaucoup de méfiance.

Avec 6 milliards de déficit dans la seule branche maladie de la sécu, les arguments ne manquent pourtant pas pour serrer les vis de la dépense. Tout le monde le sait bien en son for intérieur. Faute d’argent, nos organismes sociaux sont condamnés à rembourser moins, et à renvoyer les accros du médicament vers les assurances privées !

Je ne sais pas s’il est techniquement possible de plafonner les franchises médicales en fonction du revenu des Français. Ce serait certainement une bonne chose. Mais une chose est certaine. Pour la moyenne des Français dont le pouvoir d’achat reste modeste, la question centrale va redevenir celle du prix des médicaments.

Pour les pharmaciens de mon groupement (près de 200 diplômés de pharmacie sont actuellement au commande de nos parapharmacies), la question mérite qu’elle soit posée. Devant les instances ordinales, et devant le législateur. Et pourquoi ne pas l’annoncer dès maintenant. Nous avons aussi quelques réponses et propositions à faire. A bientôt donc sur ce sujet.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 3 mai 2007

Pas d’OGM dans les croissants vendus chez Leclerc à Olivet (Orléans)

img_blog_030507_croissant.jpg

L’information est dans Le Parisien, ce 3 mai 2007. Toujours en chasse de produits OGM, un enquêteur de Greenpeace serait tombé sur des lots de croissants en promotion au centre E. Leclerc d’Olivet (banlieue sud d’Orléans dans le Loiret). Avec une étiquette mentionnant « la présence d’OGM ».

A juste titre, Arnaud Apoteker m’interpelle : j’avais dit, sur ce blog, que je ne souhaitais pas lancer mon enseigne dans la commercialisation de produits à base d’ingrédients génétiquement modifiés. (Dans un cadre légal, certains produits sont autorisés, même dans l’alimentation, mais dès que la présence d’OGM dépasse 0,9 %, ils doivent être repérables par une mention spéciale informant les consommateurs). Et donc, les croissants d’Olivet faisaient tache dans la démonstration.

Vérification faite (même dans mon enseigne, j’agis tel Saint Thomas et exige des vérifications et preuves), les croissants ne contenaient pas de produits transgéniques.

C’était une simple erreur d’étiquetage. Très localisée. Plutôt incompréhensible d’ailleurs, mais enfin, une erreur d’étiquetage, je confirme !

Afin qu’aucun doute ne subsiste, nous avons proposé aux enquêteurs de Greenpeace de faire analyser les produits.

Comme effectivement sur ce blog, nous avons eu quelquefois des échanges assez vifs sur les risques OGM, je tenais à rectifier l’information, dès à présent.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 31 octobre 2006

Publicité sur l’alcool et le tabac : Pourquoi l’Europe fait-elle la différence ?

img_blog_311006_alcool.jpg

« L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération» 

Ça chauffe à Bruxelles. La commission s’apprête à édicter ses propositions concernant le marché de l’alcool. Confortée par les suites données à ses recommandations sur le tabac (interdiction dans les lieux publics) la commission doit faire face à une forte campagne de lobbying, des négociants en alcool, mais surtout, des organisations de viticulteurs de l’Europe du Sud.

Conscients des dangers, et du risque de tout faire capoter en défendant une position jugée trop jusqu’au-boutiste (ou ingérable politiquement, ce qui est pareil !), les services de Monsieur Kyprianou ont d’ores et déjà annoncés la couleur :

a) La commission proposera une série d’orientations pour limiter la publicité sur les alcools,

b) Elle n’appellera pas à faire systématiquement campagne contre la consommation d’alcool, mais seulement contre les abus !

Ce sont les jeunes qui constituent d’abord la première préoccupation des experts de la commission. Monsieur Kyprianou envisage de limiter très fortement toute publicité ciblant les jeunes, dans les salles de spectacles, les lieux de vente et même dans les magazines. On parle aussi d’en interdire l’achat ou la consommation à tous les jeunes de 18 ans (ce n’est pas le cas dans tous les pays européens) et même de relever l’âge limite.

La plupart de ces dispositions feront débat, mais ne provoqueront probablement pas de très grandes oppositions.

C’est sur le fond des messages qu’on attend la commission au tournant. Va-t-on dénigrer la consommation d’alcool ? L’enjeu santé va-t-il jusqu’à justifier des allégations du type « la consommation d’alcool tue ». A l’instar de ces épitaphes qui sont imprimées sur tous les paquets de cigarettes ?

A priori non. Monsieur Kyprianou semble faire le distinguo :

Pour le tabac, il n’y a pas un niveau de consommation sans risque.

Pour l’alcool, la cible n’est pas la consommation mais l’abus.

Bruxelles insiste : la commission n’est pas « préoccupée par la consommation modérée d’alcool » mais veut s’attaquer aux effets dramatiques (pour la santé, ou lors des accidents de circulation) d’une consommation répétée et trop abondante. Bref : participer à une politique d’hygiène, à une bonne information des consommateurs.

Ce traitement différencié a-t-il sa raison d’être ? Je ne suis pas médecin, et je ne connais pas le degré de corrélation entre telle ou telle maladie et la consommation parallèle d’alcool ou de tabac. A priori, j’aurais tendance à refuser la diabolisation et à éviter tout esprit de prohibition (qui suscite tant d’effets contraires !). Mais reste à savoir justement, dans le compromis final, si ce sont véritablement des préoccupations de santé publique qui l’emporteront ? Ou si la commission se retranchera derrière de subtiles arguties pour faire droit aux seuls intérêts économiques.

Le seul moyen d’y voir clair, serait de rendre publiques les études statistiques et les analyses factorielles qui permettraient d’apprécier les effets de la consommation d’alcool sur les maladies et les situations sociales…auxquelles on prétend s’attaquer ?

Voilà encore un débat concret pour les présidentielles françaises ? Un débat qui permettrait de redéfinir les prérogatives de l’état, de l’éducation nationale, et de l’administration de la santé, dans tous ces problèmes de nutrition, d’hygiène de vie, d’accident de la route et qui touche peu ou prou des milliers de nos concitoyens.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 19 septembre 2006

Riz américain OGM : La thèse du double marché (et du libre choix) mise à mal

img_blog_190906_ogm.jpg

Je réponds aux multiples interrogations de consommateurs, mais aussi des écologistes qui m’ont interpellé concernant l’éventuelle présence en magasin d’un riz américain contenant des traces d’OGM, telle que signalée par la Commission Européenne la semaine dernière.

C’est aux Etats-Unis que l’alerte a été donnée. Les autorités sanitaires ont découvert dans des stocks de riz long grain produit aux Etats-Unis, les traces d’une protéine génétiquement modifiée (LL 601), non autorisée en Europe.

L’alerte a été relayée par la Commission Européenne et les professionnels, comme les autorités sanitaires, ont procédé à des relevés.

a) Les prélèvements effectués par la DGCCRF confirment la détection, dans sept échantillons sur dix neuf, de traces légères (inférieures à 0,1 %) de ce gène interdit.

b) Comme les lots ont été prélevés dans les chaînes de distribution, les distributeurs ont missionné leurs services qualité pour effectuer des investigations approfondies. C’est, bien sûr, le cas des centres E. Leclerc.

Dans l’absolu, deux cas de figure se présentent à nous :

1) Pour les marques nationales, les fournisseurs se sont engagés, au terme des conditions générales d’achat de notre groupement, à respecter la réglementation européenne interdisant la commercialisation des riz génétiquement modifiés. Ils ont donc, par contrat, la responsabilité d’apporter la preuve que leurs produits ne sont pas contaminés.

Certains d’entre eux nous ont demandé de retirer de la vente un nombre limité de produits pour réaliser des tests et pouvoir re-certifier la non contamination des lots qui pouvaient être concernés.

2) Pour nos marques de distributeur, tous les fournisseurs se sont engagés, par écrit, sur l’absence d’OGM dans les produits qu’ils fabriquent pour notre compte.

A la suite de la décision de la Commission (23/08/06), nos acheteurs leur ont demandé une confirmation écrite spécifique concernant ce riz génétiquement modifié.

Un seul fournisseur n’a pas été en mesure de fournir cette confirmation. Par mesure préventive, nous avons retiré de la vente les deux produits venant de cette entreprise. Nous les remettrons en commercialisation dès obtention des certificats.

La plupart des autres distributeurs ont procédé de la sorte. La Fédération du Commerce et de la Distribution qui, sur ce dossier, regroupe la plupart des enseignes, a communiqué sur ces pratiques. Normalement, de telles denrées contaminées ne devraient plus se retrouver sur le territoire français.

Il nous faudra cependant revenir sur cette affaire : même si elle ne pouvait représenter aucun risque pour la santé de nos concitoyens, elle pose de multiples questions, dans la forme comme sur le fond, sur la capacité d’assurer l’étanchéité des marchés (avec ou sans OGM) et sur la crédibilité d’une thèse selon laquelle le consommateur, à terme, pourrait avoir le choix entre ces deux types de consommation. J’ai déjà dit, dans une note précédente, toute ma perplexité sur cette fausse bonne réponse à l’expansion des OGM.

Vu la pression des producteurs et des laboratoires, vu l’extension des surfaces mises en culture, l’indifférence, l’ignorance ou l’acceptation tacite de certaines populations dans le monde, il est vraiment illusoire d’imaginer qu’on puisse garantir l’imperméabilité d’un territoire, fût-il européen.

La preuve : dans cette affaire, des traces d’OGM ont été trouvées non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suisse et en Suède…

On en reparle très prochainement !

Michel-Edouard Leclerc