Articles avec le tag ‘supermarchés’

Lundi 7 février 2011

Hausse des prix alimentaires : on peut maîtriser si chacun fait son métier !

Nos adhérents se sont interrogés. Quelle mouche a donc piqué notre ami, Serge Papin, pour montrer du doigt aux agriculteurs en colère « Carrefour et Leclerc » interpellés en responsabilité ? Outre qu’il dédouane un peu trop facilement la sienne, fallait-il craquer et cautionner les demandes de hausses de prix ? « Les Leclerc » s’y refusent. D’abord, parce qu’elles ne sont pas toutes fondées, loin de là. Et ensuite, parce que si chacun fait bien son métier, l’impact peut encore être maîtrisé.

J’ai déjà développé ici le premier argument. Une partie des hausses vient de la spéculation (Cf. ma note du 28/01/2011). Il n’y a aucune raison de s’y résigner. De même, il y a trop de grandes marques qui justifient (encore) leurs hausses tarifaires par l’inflation des matières premières alors que celles-ci n’entrent parfois que pour une part marginale dans la valeur du produit transformé (Cf. ma note du 31/01/2011).

Il ne s’agit pas de « faire un geste » comme nous le demande le dynamique patron de « U ». Il faut négocier.

Mais notre contribution à la lutte contre l’inflation ne s’arrête pas là.

Le métier de distributeur ne se limite pas à « acheter pour revendre ». Notre rôle ne consiste pas à relayer, quitte à les temporiser, les demandes des fournisseurs. Les hausses peuvent être retravaillées, sculptées, packagées (un produit à la hausse, mais un produit à la baisse), différées, diluées, etc. Soit en accord avec le fournisseur, soit dans le cadre de la stratégie d’enseigne, y compris en adaptant la marge. Eh, oui !

De plus, chaque enseigne a un positionnement spécifique. Dans la dernière enquête de Linéaires (n° 266 – février 2011), les prix de Géant et de Simply Market sont supérieurs de 5,4 points à ceux d’Intermarché et de 6,2 points à ceux de E. Leclerc et les prix de Casino et Monoprix sont supérieurs de 15,4 points à ceux d’Intermarché et de 16,8 points à ceux de E. Leclerc !!! Qui peut croire que cet écart s’explique par une différence de conditions d’achat (ou de rémunération des agriculteurs) ! Le prix bas, c’est une volonté et un savoir-faire. Sur l’échelle de la lutte contre la cherté, toutes les enseignes ne se valent pas. Et à conditions d’achat quasi identiques, tant mieux si le bas prix, par la confiance qu’il génère, permet d’augmenter les débouchés.

Alors, j’insiste : si notre enseigne n’a pas voulu s’associer au consensus sur « l’inéluctabilité de la hausse », ce n’est pas dans le souci de provoquer. C’est parce que nous croyons pouvoir servir, sans devoir le crier sur les toits, les demandes des agriculteurs, mais aussi maîtriser une partie de l’inflation et la cantonner à 2 % en moyenne annuelle dans nos magasins. En tout cas, on essaye.

Le consommateur trouve que l’alimentation est déjà chère (Cf. étude GFK pour l’Ania). Depuis deux mois, il entend parler de hausses à 2 chiffres. Dans les foyers, la confusion est totale entre hausse des tarifs et hausse des prix. Je crie casse-cou. La consommation est trop fragile, je revendique le droit pour nos adhérents de nous démarquer de cette communication contre-productive.

Lors de la réunion organisée le 2 février par Bruno Le Maire, le nouveau Président de la FNSEA, Xavier Beulin, ne s’est pas trompé de propos. Dans son intervention perçue comme « construite et constructive » par nos représentants, il a plaidé pour une hausse corrélée à l’augmentation des coûts d’approvisionnement, sans cautionner le reste.

Les pouvoirs publics semblent aussi prendre la mesure d’un risque de dérapage. Je ne saurais reprocher à Frédéric Lefebvre de réinvestir, après qu’Hervé Novelli l’ait trop négligé, le costume du Ministre de la Consommation. En bon politique, il sait que, lui aussi, devra tenir « un discours d’enseigne ». Et que parallèlement au travail de Bruno Le Maire pour rassurer les agriculteurs, il lui faut garantir que le gouvernement cherchera à défendre le pouvoir d’achat de tous les Français.

En politique comme en économie, on est toujours rattrapé par un double discours. Plutôt que de demander à tous de jouer démagogiquement les équilibristes, il vaut mieux que chacun assume son propre rôle. Nous tiendrons le nôtre.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 3 février 2011

Y aura-t-il une guerre du halal ?

Que pensent les organisations de consommateurs sur le sujet du halal ? On aurait besoin de les entendre tant la confusion s’installe, au mépris me semble-t-il des 5 millions de musulmans dont la confiance à l’égard des acteurs de ce marché est aujourd’hui ébranlée. Et peut-on espérer des organismes représentatifs de cette communauté qu’ils précisent les exigences qu’ils entendent faire respecter par tout producteur et distributeur de produits halal ?

« Piteuse sortie de Nestlé ». C’est ainsi que j’ai d’abord réagi à l’annonce par Nestlé de l’arrêt de la commercialisation des saucisses halal Herta (sa filiale). S’il y avait, comme le prétendaient ses accusateurs, ne serait-ce que des « traces de porc » sur une chaîne de fabrication destinée à des produits halal, c’est qu’il y avait un problème professionnel. On pouvait y remédier autrement qu’en déclarant que ces productions « ne sont pas compatibles avec une industrialisation en grande série » (Le Parisien du 2/02).

Mais passé cette « primo-réaction », et après avoir fureté sur le Net pour voir comment tout cela avait été géré par le groupe de Vevey, j’ai finalement été très déstabilisé par le contenu des polémiques que cette affaire a suscitées. Et dans celle-ci comme les précédentes, c’est toute la dimension religieuse et politique de ces querelles qui saute aux yeux.

Pas étonnant qu’elles déstabilisent nos équipes acquises à l’idée qu’il y a « un combat E. Leclerc » à mener pour permettre à nos clients musulmans d’acheter moins cher.

Il y a évidemment des gens qui ne souhaitent pas qu’on s’y investisse. Ils ne sont pas tout à fait désintéressés (sic). Je ne suis pas naïf et les pièges, comme les coups, je les vois bien arriver. Par exemple, il a suffi qu’on annonce notre intention de développer des gammes halal pour que, déjà, de pseudo gardiens du temple (re-sic) ne voient, dans notre initiative, qu’une « OPA de la grande distribution sur un gratifiant marché » de 5 millions de consommateurs ! Réflexe somme toute très franchouillard si l’on veut bien considérer qu’en Malaisie, en Indonésie, en Inde et plus près de nous, aux Pays-Bas et en Grande Bretagne, la place d’une distribution organisée (supérettes, supermarchés, etc) et même les marques de distributeur ne sont pas ainsi contestées.

Qu’importe : à la demande des clients musulmans, nous avons décidé une politique de référencement plus volontariste de fournisseurs halal dont les marques sont devenues incontournables et appréciées.

Mais ça reste relativement cher pour un foyer modeste. Et du point de vue des salariés musulmans qui travaillent dans nos magasins, les gammes, finalement, sont assez peu diversifiées. Il y a beaucoup à faire pour faire bénéficier les consommateurs musulmans de produits intégrant aussi les préoccupations de développement durable, de consommation responsable et de qualité nutritionnelle.

Seulement, voilà, l’enjeu dépasse aujourd’hui les professionnels, même nourris des intentions les plus louables.

Dans le stream agité des querelles consécutives aux affaires Quick ou Herta, « la guerre des certificateurs » est engagée. Les uns se réfèrent à la mosquée de Lyon pour mieux s’opposer à celle de Paris. Pour le moment, quelques sociétés privées trouvent encore grâce (AVS)…  Au total une quarantaine d’organismes de certification ! Il y a des fondements religieux à ces prises de position. Il y a des enjeux et des circuits financiers. Et même des rivalités politiques, y compris dans la communauté musulmane.

Et ces rivalités dépassent aujourd’hui les frontières religieuses quand, derrière les campagnes d’affichage dénonçant les modes rituels, on sent poindre l’exploitation politique. On passe d’une interrogation sur le mode d’abattage, le respect des animaux…à l’invective et à la stigmatisation d’une communauté dont les simples croyants sont instrumentalisés.

Tous ces dérapages (dont on peut imaginer l’exploitation croissante d’ici les Présidentielles) nécessitent que, producteurs ou distributeurs, redoublent d’exigence en garantissant un strict respect des cahiers des charges. Nos consommateurs méritent ce respect. C’est en tout cas une première réponse qu’on leur doit.

Une autre, c’est d’être complètement transparent. Et puisqu’il n’y a pas unanimité (c’est le moins qu’on puisse dire) sur l’appréciation des certificateurs, le mieux, à notre stade, c’est d’être clair sur l’origine et la filière afin que chacun se détermine selon son choix, ses convictions.

Pour le reste, comme je le disais dans mon introduction, il me semble que c’est à la communauté musulmane de se mettre d’accord sur ses exigences.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 2 février 2011

Energie solaire : le photovoltaïque est-il trop cher ?

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Un moratoire de 3 mois qui s’annonce déjà plus long, une tarification (rachat du Kilowatt par EDF) en baisse, des mesures rétroactives qui déstabilisent les investisseurs…

On ne saurait reprocher aux pouvoirs publics de vouloir être économes de nos deniers. On concède aussi que certains arguments font mouche : le taux d’équipement progresse plus vite que prévu, les emplois générés en amont sont durables, mais les métiers de l’aval restent précaires et coûtent cher, etc. Bref, il y a matière à débat, et probablement à révision.

Mais la méthode est surprenante et fâcheuse.

Pour s’aventurer sur ces nouveaux investissements, les particuliers et les entreprises ont besoin qu’on leur garantisse un horizon réglementaire et des perspectives financières stables. Un coup d’arrêt, hypocritement qualifié de moratoire, c’est vraiment vécu comme un sale coup par les acteurs de la filière.

Mais surtout, le dossier des énergies renouvelables est encore trop insuffisamment installé dans un monde acquis à l’électricité abondante (du lobby nucléaire à celui de la voiture électrique) pour qu’on ne lui fasse pas subir une image aussi brouillonne.

Quand on voit ce qui reste du Grenelle de l’Environnement et la manière dont les pouvoirs publics agissent sur ce dossier du photovoltaïque, on peut se demander sincèrement si la leçon des crises énergétiques a été vraiment retenue.

Dans La Tribune du 1/02/2011, l’aérostier Bertrand Piccard (Solar Impulse) rappelle à juste titre que « le prix du solaire ou de l’éolien est momentanément plus cher que celui des énergies fossiles, mais pas leur coût. Parce que lorsque vous payez le prix du solaire ou de l’éolien, vous payez l’intégralité du coût. Alors que lorsque vous achetez du gaz, du charbon ou du pétrole, vous ne payez pas la charge environnementale de ces industries… ».

Au demeurant, et au-delà des arguments écologiques, je ne vois pas pourquoi on ferait fi de celui de la diversité. L’énergie solaire devrait constituer aujourd’hui un axe majeur de notre politique industrielle et énergétique.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 27 décembre 2010

Hypermarchés sauvages : d’après Capital, la faute à Merkel et à Mel !

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Ce week-end, mes chevilles ont doublé de volume ! Dans un article de Capital, au titre toujours aussi racoleur « Le scandale des hypers illégaux », on me fait tutoyer le pouvoir comme jamais. Voilà mon nom associé à celui d’Angela Merkel, et désignés tous deux agents d’influence auprès de Nicolas Sarkozy !!!

La thèse ? Je vous la fais courte : suite à une erreur administrative, « plus de 5 millions de mètres carrés ont été ouverts en quelques semaines ». Certaines enseignes en ont plus profité que d’autres. Mais si les pouvoirs publics n’interviennent pas pour exiger la régularisation, c’est à cause des deux « susnommés », Angela et Michel-Edouard, l’une étant intervenue au profit des hard discounters, l’autre supposé gourou du président pour développer une philosophie du « tout hyper » !!!

Nous devons cette interprétation brillante, que je n’aurais personnellement pas osée, à Gilles Tanguy, journaliste qui nous a déjà gratifiés de quelques articles du même acabit !

L’histoire est pourtant simplette. Et suffisamment connue pour ne pas devoir alimenter cette nouvelle version de la Théorie du Complot.

En août 2008, poussé par la Commission européenne, et aiguillonné par le rapport Attali, le gouvernement a fait adopter un premier projet législatif pour réformer le régime d’implantation des hypers en France. Il s’agissait de favoriser l’ouverture de magasins inférieurs à 1 000 m2.. Un deuxième volet, actuellement en débat, doit mettre fin au système d’autorisation préalable pour que les permis de construire des magasins soient délivrés selon les règles du droit commun d’urbanisme.

Mais voilà, l’administration a buggé, le rédacteur de la circulaire s’est planté. Outre la libre ouverture des supermarchés inférieurs à 1 000m2, les hypers ont été autorisés à s’agrandir dans une même proportion. Ceux qui s’en sont aperçus ne s’en sont pas privés !

Kai, Kai ! Des députés ont hurlé au loup ! Ils se sont estimés trahis, ils ont exigé que les hypers reviennent à la case départ sinon… Prison !

Question : pourquoi et comment régulariser ce qui a été légalement permis ? Voilà le casse-tête qui a finalement paralysé préfets et ministres. Et puis quoi ? N’avait-on pas promis la libéralisation imminente du système ? Alors ils jurèrent qu’on ne les y reprendrait plus. Et seuls quelques magasins, furent (à juste titre) poursuivis pour avoir été déraisonnables.

Mais voilà. Pour le journaliste de Capital, cette version n’était pas assez « vendeuse ». Il eut été trop simple de s’en tenir à la déroute administrative. Il y avait forcément embrouille, il fallait des coupables. Et le journaliste de relayer allègrement la thèse du complot prémédité : « Nicolas Sarkozy a cédé à Angela Merkel qui souhaitait qu’Aldi et Lidl puissent ouvrir plus facilement en France »… « D’autres y voient plutôt l’influence décisive de Michel-Edouard Leclerc toujours très en cour à l’Elysée ».

Mon pauvre garçon, si tu savais !!!

Au moins ceux qui désignent Angela Merkel auraient pu penser que la mesure profitait aussi aux Français Casino, Sherpa, 8 à Huit, Marché U, ED et autre Netto !!! Quant à imaginer que pour favoriser mes adhérents, j’aurais plaidé la cause de tous mes concurrents, voilà qui serait bien loufoque.

Allez ! On devient  habitué à ce genre de fadaise ! L’article aura pour moi au moins un mérite : Intermarché, Hyper U, Leroy Merlin et autre Auchan, et vous tous nos adhérents qui avez bénéficié de ces agrandissements, vous me devez, à en croire Gilles Tanguy, une fière chandelle.  Avec les vœux de fin d’année, j’attends et j’entends déjà vos mille mercis.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 23 décembre 2010

Bois tropicaux : E. Leclerc protège la forêt

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Je confirme l’information diffusée sur Internet par des ONG comme WWF, TFT, Greenpeace ou Robin des Bois, notre Groupement d’Achats ne travaille plus avec la société APP (Asian Pulp Paper). C’est notre partenaire TFT (The Forest Trust) qui nous a alertés depuis plusieurs mois. Nous exigions des preuves avant que d’engager une rupture qui pouvait avoir des conséquences sociales lourdes sur les sites de production. Le 28 octobre dernier, il nous a fait parvenir un rapport critique sur cette société et le groupe auquel elle appartient, décrivant son impact dans la déforestation sauvage en Indonésie. En conséquence, TFT nous a recommandé de cesser nos approvisionnements avec ce groupe.

Depuis 2004, avec des ONG comme TFT et d’importantes sociétés d’audit, une équipe d’adhérents E. Leclerc, pilotée par Virginie Moralès (Chaumont (52)), Bertrand Le Côme (Saint-Amand-les-Eaux (59)) et François Ginies (Allonnes (72)), a engagé notre enseigne dans une démarche progressive mais résolue pour lutter contre la déforestation intempestive, la commercialisation de bois illégaux et soutenir les productions certifiées. Nos actions portent sur quatre filières : le bois, l’huile de palme, le soja et le papier. Des plans d’actions ont été mis en œuvre et les contenus sont vérifiables.

En quelques années, nous sommes parvenus à proposer à nos clients une offre nationale certifiée à plus de 80%.

Pas suffisant, bien sûr. Alors, l’objectif est d’atteindre, d’ici deux ans, 100% de produits issus de bois certifiés.

Pas facile de remonter le cours de toutes ces filières. Nos cadres vont sur place, au Vietnam, en Chine, Indonésie, Amérique du Sud. A la fin du premier semestre 2010, nous avons par exemple été alertés sur la non-conformité de certains bois. Nous avons effectué des audits. Il s’est avéré qu’ils n’apportaient pas suffisamment de garanties sur la provenance des fibres (il s’agissait de produits de papeterie). Nous les avons donc déréférencés.

Nous devons arbitrer entre les préoccupations écologiques, l’impact social des ruptures d’approvisionnement et l’accessibilité par nos consommateurs à pouvoir d’achat limité à des produits certifiés dont les filières sont souvent plus onéreuses.

Pour accroître la difficulté, l’offre de produits certifiés reste encore limitée et nous devons faire face à des systèmes de certification différents et concurrents selon les propositions des ONG.

Mais nous sommes résolus, c’est un beau combat. Beaucoup de nos salariés se reconnaissent dans cette promesse d’enseigne. Et aucun motif purement commercial ne nous empêchera d’être très actifs sur le sujet.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 15 décembre 2010

Concurrence : délit d’autorité ?

L’Autorité de la Concurrence vient d’émettre un Avis qui a laissé sans voix l’ensemble des distributeurs. Dans le but louable d’éviter les risques de concentration dans certaines villes, l’Autorité de la concurrence élude en deux pages la principale explication : les obstacles administratifs, telle la loi Royer, qui ont depuis 35 ans gêné l’implantation des enseignes. Elle constate ne pas avoir la possibilité de remettre en cause la concentration des leaders intégrés. C’est donc sur les réseaux franchisés et les groupements d’indépendants que porte son interrogation. Et sans aucune précaution, elle balance cette accusation définitive : « Les magasins affiliés sont aujourd’hui captifs de l’enseigne qui les regroupe ». Situation qu’elle décrit sous forme d’un avis, mais que beaucoup de distributeurs indépendants interprètent comme une injonction.

Les arroseurs arrosés

 Il faut dire que les leaders de certaines enseignes intégrées salivaient à l’avance. Ils n’en faisaient pas mystère : cette « autosaisine » de l’Autorité de la concurrence arrivait à point. Les E. Leclerc, Système U et Intermarché, revenu dans la course, en faisaient un peu trop avec leurs 5 % de croissance quand d’autres, boudés par les consommateurs, n’avaient d’autre excuse que « la crise de l’hyper ». Et donc ils en rêvaient : fragiliser les indépendants et enchérir auprès des patrons E. Leclerc quand vient l’âge de prendre la retraite. Dans les rangs de la FCD, on ne se lassait pas de dire que même Serge P., irrité du transfert de quelques associés U passés chez E. Leclerc, n’y trouverait rien à redire.

Là, c’était sans compter sur la presse qui n’avait pas eu le temps de lire. Des 67 pages, à première livraison des médias, on ne retint que le tir groupé contre l’ensemble du secteur : « la distribution dans le collimateur de l’Autorité de la concurrence ».

Pire, c’est contre Carrefour et Casino, suspectés de s’être approprié 80 % du marché parisien ( !!!) que le Conseil municipal de Paris a demandé qu’on prolonge l’enquête pour ouvrir le marché à de nouvelles enseignes d’indépendants !!!

Quelles salades !!! Et quelle mouche a donc piqué l’Autorité de la concurrence pour prendre ainsi le risque de provoquer une telle pagaille.

J’ai écrit au Président de l’Autorité de la concurrence et lui ai signifié à peu près ceci :

a)  L’Avis pratique des amalgames. On y parle trop indistinctement de situations commerciales très différentes. Un associé U ou un adhérent E. Leclerc n’a pas les mêmes avantages, ni les mêmes contraintes qu’un franchisé qui se contente de payer une redevance de marque. Dans un cas, l’adhésion à un réseau peut être le projet d’une vie personnelle et professionnelle, dans l’autre, le licencié de marque essaie de saisir les meilleures opportunités du moment. C’est comme dans la vie civile : il y a les pratiquants de l’union libre, et ceux qui se sont promis fidélité dans le mariage. Vouloir harmoniser les contrats des uns et des autres n’a pas de sens.

b)   Je ne conteste pas le rôle de l’Autorité quand elle dénonce concrètement les abus, les excès et les atteintes au bon fonctionnement du marché. Mais passer d’une recommandation générale qui viserait à préserver la liberté des entreprises…à l’injonction d’organiser systématiquement la mobilité des magasins indépendants entre réseaux concurrents, il y a un pas que l’Autorité n’avait pas à franchir. Partout en Europe, les réseaux d’indépendants cherchent à se renforcer pour concurrencer les grandes enseignes d’hypers. Je suis bien placé, après 30 ans de vie professionnelle, pour savoir ce qu’il est advenu des enseignes qui ne se sont pas suffisamment organisées (Egé, Codec, etc.).

 c)  Exiger la fluidité des seuls réseaux d’indépendants n’est rien d’autre, ici, qu’un concept militant. Il ne viendrait à l’idée de personne d’interdire aux dirigeants de Carrefour, de Cora ou de Casino de se protéger d’une OPA sauvage. Pas plus, on n’est choqué que des actionnaires d’Hermès veuillent contrer les avances d’un Bernard Arnault en tentant d’organiser « un noyau dur » par des pactes d’actionnaires, etc. D’où vient donc cette idée que  les indépendants devraient, eux, fragiliser leur réseau ? A qui fera-t-on croire que, demain, des entreprises pourront rester indépendantes et se développer sur le marché européen sans être adossées à de solides structures ?

d) Voici donc un avis en forme de sentence. Les conclusions y sont présentées comme impératives car « nécessaires ». Elles doivent être « mises en œuvre » sous la « vigilance » de l’Autorité. A lire la conclusion, la messe est dite, ce n’est plus un avis, c’est une obligation de se réformer…quand bien même rien n’est démontré…quand bien même les tribunaux, déjà saisis de litiges, ont validé votre organisation…

Bref, disais-je, une vraie pagaille. Chacun se demande s’il est concerné, mais tous les indépendants sont interpellés. Ce qu’il en reste, c’est une somme de griefs. Et devant une telle confusion, mes adhérents m’ont demandé d’engager un recours, auprès du Conseil d’Etat, en annulation de cet avis.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 30 novembre 2010

Opération « Zéro prospectus 2020 » : le Syndicat du papier réagit !

Le lobby du papier monte au créneau : il n’a pas aimé le lancement de notre opération visant à supprimer, d’ici 2020, les prospectus dans les boîtes aux lettres. J’ai été interpellé sur la Toile et j’ai reçu une lettre argumentée signée de Laurent de Gaulle, Président de l’association « Culture Papier ».

Le plaidoyer des imprimeurs est double :

-  C’est d’abord un panégyrique du support papier : « seul support issu de ressources renouvelables, biodégradables et recyclables jusqu’à 5 fois. » Et se référant à l’ADEME, Culture Papier avance l’argument de la bonne gestion forestière française : « 500 000 hectares supplémentaires de forêts depuis 10 ans », tout comme les progrès de la filière « en pointe dans l’engagement environnemental… ».

-  Deuxième argument : avec le prospectus, le consommateur « peut évaluer les offres, prendre connaissance des promotions, comparer les prix… » ; « l’imprimé publicitaire favorise le pouvoir d’achat du consommateur ». On dirait du « Leclerc » tout cru !

Mais cet argumentaire n’est pas opposable à notre initiative qui, si elle revendique son impact écologique positif, s’inscrit dans une logique inéluctable de dématérialisation des supports d’information.

La dématérialisation est inéluctable :

Ce n’est pas à moi qu’il faut dire que les consommateurs français s’intéressent au contenu des prospectus (promotions, description de l’offre, etc.). Mais l’avenir du contenu  n’est pas lié à son support.

La dématérialisation des données est inéluctable. Qu’ils soient fixes ou mobiles, les terminaux numériques seront très vite les principaux vecteurs de toutes les informations nécessaires dans la vie quotidienne des consommateurs.

Le Syndicat des Imprimeurs nous interpelle. Mais pourquoi nous cibler, nous, distributeurs ? Que n’a-t-il réagi à l’égard de l’Administration qui prélève désormais les données fiscales par Internet ? Ou encore la presse écrite qui n’arrête pas d’être fascinée par le lancement des tablettes numériques au point d’y voir son avenir. Et que dire enfin de toutes ces institutions dont les informations en matière de nutrition, de soins, de conseils d’utilisation s’appuient désormais sur le Net pour contacter le public.

Pour nous, c’est clair, la multifonctionnalité du numérique permettra d’économiser la production de nombreux supports éphémères à des fins administratives, médiatiques ou commerciales dont le coût environnemental, quoi qu’on en dise, est discutable, et qui donnent lieu souvent à une formidable gabegie.

L’initiative « Zéro Prospectus 2020 » :

« Zéro Prospectus » n’est pas une arme de combat, les consommateurs sont appelés à y adhérer volontairement. Une fois dématérialisés, les contenus seront les mêmes, ils pourront même être optimisés puisqu’individualisés.

S’adapter, c’est anticiper :

Lorsque nous avons supprimé, il y a dix ans, les sacs plastiques aux caisses de nos magasins, nous avons été confrontés aux mêmes oppositions corporatistes. Les arguments étaient les mêmes. Observez que quinze ans plus tard, l’innovation est devenue la norme.

Le papier, le plastique ont leur noblesse et il ne s’agit pas de mépriser le métier de ceux qui les travaillent. Mais n’appartient-il pas aux chefs d’entreprise de ce secteur d’anticiper les évolutions pour mieux les gérer.

L’échéance que nous nous donnons devrait permettre à tous les acteurs concernés de se préparer à ces changements.

C’est le pari que j’ai fait pour mon enseigne.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 novembre 2010

L’Abbé Pierre, Frédéric Lefebvre, Catherine Vautrin…un casting d’enfer

 

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Franck Riboud :

C’est avec le patron de Danone que je me suis rendu à Evian, vendredi dernier, aux Ateliers de la Terre. Franck Riboud, les Présidents de HSBC, de Kraft et moi-même participions à une table ronde sur l’engagement « responsable » de nos entreprises. Franck en a profité pour me tirer l’oreille. « Mon Actimel ne mérite pas ta foudre. Tu l’as cité parmi les produits dont les prix augmentent trop alors que ce n’est pas vrai. » En fait, j’avais surtout dit que vu le faible poids de la matière première dans l’Actimel, il ne devrait pas augmenter autant que le prix du lait. Mais lui, tel Lucky Luke, me dégaine les justificatifs… Apparemment, il semble avoir raison. Alors…Saint-Riboud, pardonne-moi !

Frédéric Lefebvre :

Bienvenue à notre nouveau ministre. Je connais l’homme (un peu), sa liberté de ton, mais aussi ses convictions. Mais j’ai une vraie inquiétude. Comment va-t-il faire pour porter autant de casquettes à la fois. Il est promu Ministre du Tourisme, de l’Artisanat, des PME, des Professions Libérales, du Commerce et de la Consommation… Tant d’intérêts opposés dans sa tête, au profit de quelle fonction fera-t-il le bon arbitrage ?

Hervé Novelli :

Exit notre ancien ministre. Les assignations contre les enseignes de distribution restent, mais l’accusateur passe à la trappe. Le leader du « courant libéral » (sic !) de la majorité a dû s’étouffer en lisant LSA (18/11). Dans l’éditorial et dans le « Tournez Manège politique » de Sylvain Aubril, son nom n’est même pas mentionné. Eh quoi, c’était quand même notre ministre !

Frédéric Lefebvre :

Au fond, l’action du nouveau Ministre du Commerce dépendra moins de sa personnalité que de la stratégie défendue par l’UMP. Hervé Novelli n’était pas un mauvais bougre. Mais du « libéral » (il se désignait comme tel), on en fit le ministre des basses œuvres contre les GMS. Continuera-t-on la politique du bouc émissaire ? (Novelli ne rejoint-il pas l’équipe de Copé à la présidence de l’UMP ? Christian Jacob refera-t-il du Raffarin ?) Ou au contraire, le Président (de la République) s’appuiera-t-il sur son ancien directeur de la communication pour renouer avec des thèmes plus populaires : consumérisme, défense du pouvoir d’achat, etc. C’est tout le mal qu’on nous souhaite.

Catherine Vautrin :

La Vice-présidente de l’Assemblée Nationale a bien du mérite. Elle avait à peine redressé l’image de la CEPC après les « sorties incontrôlables » de feu l’ami Charié, voilà qu’elle doit gérer la paralysie de l’institution en attendant les résultats des assignations Novelli. Comment en effet émettre un avis alors que la justice doit, sur les mêmes thèmes, rendre une décision ? Même les Mardis de la LME ont des airs « d’institution off » dans ce contexte. Reconnaissons-lui ce courage : elle veut nous sortir tous de l’ornière : industriels et distributeurs. Personne ne l’aide, même pas moi qui ai fait la fine bouche devant ses initiatives. On s’en est expliqué.

Allez, on va faire un effort. Avouez de toute façon que si je me précipitais dans ces nouveaux cénacles d’arbitrage, d’autres déjà les déclareraient suspects !

 Bruno Le Maire :

De tous les ministres, c’est à lui que je tire mon chapeau. Alors qu’il est assailli de revendications multiples (veau, vache, cochon, couvée), et que dans un monde accro aux subventions, il doit gérer la fermeture des robinets, Bruno Le Maire n’a jamais cédé à la tentation du bouc émissaire. Il doit gérer en plus quelques flagrantes contradictions : quand Bercy interdit les ententes, lui, interpelle les interprofessions pour qu’elles se mettent d’accord sur des critères de prix ! Mais le discours central est le bon : restructuration, productivité, contractualisation, etc. Et en plus de savoir naviguer dans les courants (Chirac, Villepin, Sarko), notre ministre révèle un réel talent littéraire. Voilà qui place haut la barre pour son homologue du commerce !

Abbé Pierre :

Dans le JDD du 14/11/2010, Jean-René Buisson, Président de l’Association des Industries Alimentaires, dit toute son irritation : Michel-Edouard Leclerc « joue le chevalier blanc …qui défend le pauvre consommateur face aux méchants industriels. Il se prend pour l’Abbé Pierre, c’est insupportable ! ». Il a tort. Je ne me suis jamais pris pour le Saint Homme, même s’il m’a beaucoup inspiré. Mais il a raison sur un point : je suis aussi têtu que lui, et je ne lâcherai pas sur la question de l’inflation malgré ses attaques. Foi d’épicier breton.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 19 octobre 2010

Campagne « produits bio » : les hélicoptères contestent !

 Hier, dans un commentaire, Marie-Anne m’interpellait sur la réaction d’un syndicat professionnel d’exploitants d’hélicoptères à un spot TV qui illustrait le lancement de notre comparateur « produits bio moins chers ». Je confirme.

En juin dernier, nous avons lancé le premier site comparateur de produits bio (www.lebiomoinscher.com).

Pour ce lancement, l’agence Australie a imaginé un spot publicitaire assez rigolo mettant en scène une famille qui, voulant protéger la terre, part à la recherche de produits bio accessibles. A un moment, derrière eux, un hélicoptère passe dans le champ (sic) en pleine opération de pulvérisation phytosanitaire.

Le Syndicat des Exploitants d’Hélicoptères n’a pas pris l’image au second degré. Il m’a écrit pour dire sa consternation, en me demandant de bien vouloir « retirer cette publicité mensongère des écrans ».

Je cite : « Il a certainement échappé au directeur artistique…que l’aéronef utilisé dans le spot n’est pas agréé en pulvérisation agricole, comme ce produit jaune…qui pourrait être assimilé à du soufre poudre…produit interdit par voie aérienne…etc. ». Aie, voilà un argument qui nous aura échappé.

Nous, on les aime, ces grands insectes, surtout quand ils viennent nous porter secours en montagne ou en mer.

Mais au fait, amis des aéronefs, avez-vous pensé à écrire aussi à Hitchcock qui, dans une scène d’anthologie, lance un engin pulvérisateur à la poursuite de Cary Grant (« La mort aux trousses »). Et surtout à Francis Coppola dont les hélicos « d’Apocalypse Now » sulfatent allègrement les armées du Viêt-Cong sur un air de l’ami Wagner.

Ah ! l’humour, c’est une denrée qui se fait décidément bien rare !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 18 octobre 2010

Carburants : une affaire éminemment politique

Depuis ce week-end, tous les journalistes essaient d’obtenir de nous quelques statistiques sur les disponibilités de carburants et l’approvisionnement des stations-service.

Il ne faut pas raconter d’histoire. Les stations-service seront bientôt à sec.

Nous sommes dans un rapport de force politique, et non dans une crise économique.

1) Il n’y a ni crise pétrolière, ni menace de pénurie de carburants à moyen terme en France et dans les pays voisins. J’insiste : il y a du produit stocké partout.

2) L’arrêt de certaines raffineries, en France, impliquera un délai de reconstitution des stocks, des coûts supplémentaires, mais rien de dramatique.

3) L’indisponibilité vient du blocage des dépôts. Il s’est aggravé du fait du ramdam médiatique qui a fait précipiter les clients dans les stations-service ce week-end.

Je confirme donc : il n’y aura plus d’essence dans nos stations-service dans deux ou trois jours si les dépôts restent bloqués, si les camions ne peuvent rouler, si les importations sont paralysées…

Bref, à chacun sa responsabilité. Quelle que soit notre ingéniosité, et les quelques possibilités d’approvisionnement parallèles (forcément marginales), le retour à la normale dépend d’une sortie de crise de nature politique.

 

Michel-Edouard Leclerc