CULTURE BD

Emmanuel Lepage à Paris

img_blog_220207_lepage_07 © Jean Bibard Depuis longtemps, je voulais le rencontrer. Croisé à Saint-Malo, au Festival Etonnants Voyageurs, ou dans la galerie de Daniel Maghen, en bordure de Seine, le personnage ne laisse pas de me captiver. Probablement un des artistes les plus riches, les plus « complets » de sa génération : l’auteur de Muchacho. 1) A 40 ans, ce Briochin fascine ses lecteurs par un parcours sans fausse note. - Après Kelvinn (éditions Ouest France 1987) et L’Envoyé (Lombard 1989), c’est le cycle de Névé (Glénat 1991à 1997) qui l’a vraiment révélé. Névé, fils d’alpiniste, a des visions prémonitoires. Sur les pentes de l’Aconcagua, il vit les déboires et les tensions d’une ascension qui sera fatale aux membres de sa famille. Un récit initiatique (déjà !), dans une atmosphère très graphique que ne renierait pas Cosey. - Puis, sur un scénario d’Anne Sibran, il va passer 2 ans à peindre en couleur directe La Terre sans Mal (Dupuis 2000). Un superbe voyage dans le monde des Indiens Guarani à la recherche d’un paradis sur terre. L’aquarelle devient sa maîtresse. Et c’est avec ses couleurs qu’il quitte la Bretagne pour partir au contact des populations andines, puis au Brésil, en Argentine, et même en Asie. Fragments d’un voyage (Casterman 2003) révèle un formidable illustrateur. img_blog_220207_lepage_05 2) Mais avec Muchacho (Dupuis 2004 et 2006), Emmanuel Lepage franchit une nouvelle cime : 2 tomes qui mettent en évidence la progression artistique d’un auteur qui s’affirme autant dans la maîtrise technique du dessin…que dans le regard qu’il porte sur lui-même. img_blog_220207_lepage_02 - Muchacho est d’abord un livre de rencontres : celles des peuples, des civilisations, des classes sociales. Celles des caractères et des personnalités aussi, en l’occurrence, ici, un jeune séminariste égaré dans l’univers de la guérilla nicaraguayenne. Emmanuel Lepage, qui est ici son propre scénariste, met beaucoup de lui : « L’histoire permet à l’auteur de se révéler à lui-même ». img_blog_220207_lepage_08 Oui, EL doit beaucoup aux rencontres, celles de ses inspirateurs : Jean-Claude Fournier (le père de Spirou) qui, dès l’adolescence a guidé son dessin ; Pierre Joubert, le mythique auteur de la série « Signe de Piste », dont les figures androgynes se retrouvent, comme un hommage, dans certains personnages d’EL ; Christian Rossi qui le conseille lors du quatrième tome de Névé ; et même René Follet, ce formidable dessinateur, trop méconnu des jeunes bédéphiles. - Muchacho, c’est, sur le plan artistique, l’aboutissement d’une incroyable maîtrise de la couleur directe. Superbe palette, qu’il s’agisse de mettre en valeur le décor baroque de la forêt amazonienne ou l’intensité des regards. img_blog_220207_lepage_01 - C’est enfin le livre d’une réflexion de l’auteur sur lui-même. Son art ? Il s’interroge, via son héros, sur la représentation des autres. Son engagement ? Jusqu’où peut-on rester insensible aux luttes d’émancipation quand la dictature, parée des ostensoirs de la religion, diabolise le sentiment de solidarité. Le voilà qui interpelle les théologiens de la libération (Monseigneur Romero, le poète Ernesto Cardenal : « La religion est un fait politique » !). Les valeurs, enfin ! Dans les traces de Pier Paolo Pasolini et de Hermann Hesse, Emmanuel Lepage revisite celles de l’amitié et de l’amour avec une finesse et une émotion qui, s’agissant de l’homosexualité, surprendront les hétéros les plus ancrés dans leurs certitudes. img_blog_220207_lepage_03 Oui, décidément, belle œuvre littéraire que celle-là. Et passionnant échange. L’homme pétille d’intelligence. Sous des abords timides, il se donne à ses interlocuteurs. Il se laisse découvrir, sans ostentation, et tout en pudeur. Mais c’est sans complexe et avec beaucoup d’humour qu’en provincial « monté à Paris », il pose, square Velpeau, devant les affiches d’une campagne « ANTI-FLIRT », ou encore à l’entrée de l’hôtel Lutétia, jouant les célébrités. img_blog_220207_lepage_09 « Plier, interpréter, redessiner le décor », disait-il, « faites ce qu’il faut pour valoriser le comportement et la psychologie des personnages ». Soit, mais se plier au jeu du photographe, il sait faire aussi ! img_blog_220207_lepage_04

12 Commentaires

Nos émotions les plus hautes
sont mortes. Nous sommes réduits
à les simuler.
ah, je ne connaissais pas ces beaux graphismes, ça ressemble a du Bilal
Oui, EL doit beaucoup aux rencontres, celles de ses inspirateurs : Jean-Claude Fournier (le père de Spirou) qui, dès l’adolescence a guidé son dessin
ça c'est faux Mel!
http://www.franquin.com
juste pour verifier
Franquin est un Monument et sur son site
""En 1946, André Franquin, récemment arrivé au journal de Spirou, dessine sa première histoire de Spirou (Fantasio et son tank) pour l'ALMANACH SPIROU 1947.
Cet essai sera transformé par la reprise en plein vol de la série, alors animée par Jijé au milieu de l'histoire des "maisons préfabriquées".
Pendant les 22 ans qui suivirent, Franquin dessinera les aventures de "Spirou et Fantasio", et créera tout un univers cohérent de personnages et de lieux.""
sans compter idée noir et d'autres, cela n'enleve rien au talent de Lepage, mais Fournier n'est pas le pere de Spirou
Que vous importe qu'un autre
soit coupable ou pas? Allez donc
racheter votre propre faute, ami.
Spirou, sans doute imaginé en Amérique, au moment où Rob-Vel était assistant de Branner pour dessiner Bicot, garçon espiègle qui enchante encore Aznavour et bien d'autres... Spirou, d'ailleurs, porte la tenue des stewards de transatlantiques, puisque Rob-Vel y était employé. Un autre qui connaît bien l'Atlantique, c'est Alfred, premier passager au monde qui a fait la traversée en avion : Lindberg avait emmené cette mascotte, dessinée par Alain Saint-Ogan pour Zig et Puce. Vous souvenez-vous de Zig et Puce dont la moitiè des aventures a été consacré à leur échec à aborder le nouveau continent ? Alfred les a vengé !
je connais Zig et Puce sans plus, disons que les premiers personnages de BD dont je me souviens réellement sont les Pieds Nickelés et PiM PaM PouM, la ça fait un bail tout de même, mais j'avoue ne pas avoir une grande passion pour eux, je prefere de loin, Druillet, Comes et Bilal au niveau graphisme, Franquin c'est une place a part.
C'est vrai que ces auteurs datent, et que j'aurai pu citer tout Fluide Glacial ou Pilote voire (A suivre), cela fait un peu ringard et déconnecté, mais les années 80 furent tres productives, alors place aux jeunes et apparement cet EL n'est pas mal du tout.
mais encore je me suis planté et Excalibur a raison c'est Robert Welter le pere de Spirou, rendons a cesar ce qui est a cesar, et ce qui m'a le plus surpris dans les recherche Web c'est que Rob Vel etait un lecteur passionné de Dickens, par ces infos on comprends mieux le coté caustique de Jijé et et Franquin.
Quant a Saint Ogan et Alfred vengé c'est un peu fort.
(morgenstern= fléau d'arme, traduction assez speciale d'etoile du matin)
:))))))!
oui, c'est marrant le ressenti des oeuvres, je le vois plus vindicatif et extenué,et le coté androgyne laisse perplexe, mais je prefere le dernier, identification immédiate du GMC, et impression de mouvement, plus clair dans le coloris que Bilal, EL a une tres bonne fluidité, non c'est beau, je vais aller voir ceci de plus pres, c'est ce coté assez délirant de ce site qui me plait, le fait de qu'on y parle de tout @+
La véritable cause de nos malheurs
actuels est l'étonnante médiocrité
qui égalise tous les individus.
Si un homme de génie paraissait,
il serait le maître.
petit point d'histoire pour Mr M. et CM W s'ils veulent faire un livre sur la BD du XXème Siècle ( du "petit XXème"!) :
Alfred n'a pas traversé l'atlantique avec Lindberg : on lui a remis à son atterrissage; en revanche, Alfred est parti avec Nungesser et Coli pour la première traversée de l'Atlantique; un grand quotidien français avait fait sa une sur la réussite des deux pilotes français... avant d'apprendre qu'ils avaient disparu en mer...
Une histoire purement saint-hogannienne ( pourquoi pas!), pour ceux qui ont désespéré avec Zig et Puce sur leur impossiblité d'une île, à savoir réussir à atteindre new York! il leur a fallu au moins trois ou quatre albums ( "c'est inoui, dit Zig en mettant le pied à New York, tout se passe comme prévu !") pour débarquer.
Coup de crayon perfectionniste et généreux, d'un aventurier et observateur des civilisations ancestrales et modernes, que de voyages et d'implications tel un artiste. Emily j'ai connu il fut un temps. somptueux sont les albums.
Bonjour,
Lorsque les couleurs, l'ombre et la lumière dessinent des êtres imaginaires pleins de réalité, sous le contrôle de la main délicate d'un Artiste...
Bravo, voilà encore un moyen de voyager sans bouger de chez soi...
Je continue de voyager...
Mon dessinateur préféré ! Celui qui guide les traits de mon crayons !

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