Shoah Mickey
CULTURE BD

La Shoah dans la BD : du refoulement à la transgression

Il faut aller voir cette exposition au Mémorial de la Shoah. Bien sûr le sujet n’est pas facile, mais croyez-moi, il est traité de manière très intéressante. On aurait pu parler de la construction ou de la négation de la mémoire de l’holocauste à travers le cinéma ou la littérature. Avec la BD, en deux salles, on a le parcours de 50 ans d’une hésitation entre Refoulement et Souvenir, jusqu’à aujourd’hui ou même la transgression est permise.

De la Shoah, Elie Wiesel disait « Il est interdit de se taire alors qu’il est difficile, sinon impossible de parler ». A contrecourant des idées reçues, la bande dessinée, pourtant d’abord destinée aux adolescents, figure parmi les premiers supports évoquant le génocide.
 
Cela commence à la Libération, ce grand moment de silence ! En France, la commission pour « la protection de la jeunesse », veille à ce que l’on ne publie pas des images qui horrifieraient le jeune public. Aux USA, les Comics Heros, Superman ou Captain America, terrasent Hitler dès 1940 en cover des albums, mais les auteurs, souvent juifs eux-mêmes, hésitent à distinguer les victimes de la guerre et les victimes juives du génocide. On est complètement dans le refoulé.
 
Captain America

 

 
Quelques œuvres s’extraient de la représentation commune. Le Mémorial présente des pages splendides de « La bête est morte ! » de Calvo (1944). L’auteur développe une vision patriotique (résistant contre envahisseur) mais le sort des juifs n’est abordé que dans une case ou deux. Puis, il y aura « une histoire de l’Oncle Paul » dans Spirou (1952) et évidemment "Master Race » en 1955 aux Etats-Unis. A part ces quelques œuvres majeures, le génocide juif n’est représenté que comme partie illustrative de la persécution générale.
La bête est morte de Calvo
Calvo, "La bête est morte"

 

 
De Gaulle prêche la réconciliation, la construction européenne nécessite que l’on ne s’appesantisse pas sur le passé. En pleine guerre froide, les USA ont besoin d’une Allemagne forte pour s’opposer à l’hégémonie de la Russie … De « Master  Race » à « Maus », œuvre magistrale d’Art Spiegelman, 20 ans de quasi-mutisme ! Il faudra attendre des querelles issues du cinéma « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls, le livre de Robert Paxton « La France de Vichy », l’activisme de Serge et Beate Klarsfeld et les polémiques lancées par les négationnistes, pour que s’impose le thème de la spécificité du génocide juif. Dans l’exposition d'ailleurs, on voit sur une planche de BD des soldats américains libérer le camp d’Auschwitz, duquel sortent des victimes avec des attributs essentiellement catholiques.
 
Maus
Art Spiegelman, "Maus"

 

Mais la publication de « Maus » est un électrochoc. Par delà la polémique des adultes, elle parle aux enfants, aux adolescents, aux jeunes gens. Et « Le complot » de Will Eisner prolongera une version graphique et intellectuelle, comme au Japon, l’oeuvre plus ambiguë d'Osamu Tezuka «  l'histoire des 3 Adolf ».
Tezuka
Tezuka, "Les 3 Adolf"
 
Désormais libérée, la parole et le dessin intègrent le thème de la Shoah depuis ces 20 dernières années jusqu’à alimenter toute forme de transgression comme à travers les dessins de Vuillemin ou de Wolinski. Pour le coup, l’intention échappe aux auteurs, et même aux spécialistes. C’est le grand public qui reçoit, parfois choqué, parfois bluffé, cette manière « tarantinesque » de retrouver par l’humour, l’outrance ou l’autodérision, une forme de distance avec l’horreur. Peut-être est-ce d’ailleurs une façon d’échapper à une forme de culpabilité collective.
Charlie Hebdo
Wolinsky se moque d'un négationniste (dans Charlie Hebdo Officiel)

 

 
Il faut aller voir "Shoah et bande-dessinée" sous la direction de Didier Pasamonik et Joël Kotek. J'ai reçu de leur part un accueil qui m'a beaucoup touché - et des explications qui m'ont parfois remué les tripes. Merci à l'équipe du Mémorial dirigée par Jacques Fredj. J'ai fait cette visite avec Elsa Wolinski, très émue devant les dessins de son père. 
 
Vraiment, intéressante exposition.
 
Shoah Will Eisner
Dessin de Will Eisner

 

Shoah Maus
Art Spiegelman, "Maus"

 

Captain America
Captain America

 

Captain America

 

Shoah
"Photo fighters" dans La revue True Comics (1944)

 

Shoah Charlie

 

Shoah

 

Shoah
Coeurs Vaillants

 

Shoah
Art Spiegelman

 

Shoah
Art Spiegelman, "Maus"

 

Shoah

 

Shoah
Avec les commissaires de l'expo, Elsa Wolinski et Lucas Hureau (MEL Publisher)

 

Shoah
Didier Pasamonik

 

Shoah expo

 

Shoah expo

 

Shoah expo

 

Shoah expo

 

3 Commentaires

C'est passionnant! J'ignorais beaucoup de choses sur ces points là et vous donnez très envie d'aller à cette exposition. En plus, ce quartier de Paris est plutôt sympa à arpenter...après une visite qui promet d'être tout de même assez "remuante"! Merci pour le filon.
Bonjour MEL, votre compte-rendu et vos illustrations donnent très envie d'aller découvrir cette exposition. LA BD, de moins en moins un art mineur. Je viens d'aller sur le site, l'expos dure jusqu'à l'automne.
Ci-après le lien http://www.memorialdelashoah.org/evenements-expositions/expositions/expositions-temporaires/shoah-bande-dessinee.html
Pour ma part je programme une visite dés que possible dans les semaines qui viennent.
Merci pour votre blog.
Clément
Bonsoir MEL ,

Cette exposition sur la Shoah est une nécessité , vu qu'il y a en France un retour très virulent de l'antisémitisme qui est inacceptable et ignoble !
Je l'ai constaté dans le Sud Ouest où il y a eu un passé pas très glorieux !
Bien à vous

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