SOCIÉTÉ Législation / Fiscalité

Revoir la Loi de Modernisation Economique (LME) ?

 La proposition de Serge Papin  On ne saurait reprocher au dynamique président de Système U de vouloir faire entendre sa « part de voix ».  Chacun a le droit (le devoir) de jouer sa propre partition, et même, face à la crise, de revoir ses positions. Encore faut-il ne pas se tirer une balle dans le pied et faire éclater au grand jour ses propres contradictions. Dans le journal Les Echos du 2 octobre dernier, SP fustige les bagarres de prix sur les grandes marques vendues sans marge et ne préconise rien moins qu’un relèvement du seuil de revente à perte : les marques ne devraient pas être vendues en dessous de 10 à 15 % de marge minimum ! Cela allègerait, selon SP, la pression sur les PME et permettrait de réduire « nos marges sur leurs produits», bref, de les vendre moins cher ! Pas sûr que ce soit vraiment la demande des PME, pas plus celle de l’agriculture qui recherche des sources de rémunération plutôt que d’être « sacrifiée à la concurrence » (sic !). D’ailleurs, rien n’empêche aujourd’hui un distributeur (Cf. Auchan) de « cartonner » sur des produits frais, sur des marques régionales ou des marques de distributeur fabriquées par les PME. A chacun sa martingale, à chacun son mix-prix. La concurrence inter-enseignes dépend de cette confrontation. Les adhérents E. Leclerc, plutôt que de matraquer une liste d’articles limitée (et donc sacrifiée), préfèrent rechercher la performance sur l’ensemble du fond de rayon. En tout cas, je suis sûr de deux choses :

1.   Garantir une marge sur les grandes marques, c’est leur offrir un boulevard. C’est rendre leur commercialisation encore plus attractive. De mémoire d’adhérent E. Leclerc, « on n’a jamais gagné 15 % sur du Ricard ! ». Même à ce niveau, une marge garantie devient une rente et l’on ne voit pas ce qui amènerait le commerçant à s’en priver. Effet pervers assuré pour les PME.

2.   Mais là où SP a encore tort, c’est d’exclure le client de son raisonnement. Comment n’a-t-il pu imaginer l’effet inflationniste de sa proposition ?  Passer de 0 à 15% sur l’Evian, le Ricoré, la Danette ou la Kanterbräu, ça   aurait des airs de hausses de prix, mon ami, autrement plus spectaculaires que celles des tarifs 2013, que les associés U, comme les adhérents E. Leclerc, j’imagine, s’efforcent de rendre raisonnables.  

 Les initiatives de Guillaume Garot  On attribue au Ministre délégué auprès du Ministre de l’agriculture, chargé de l’agro-alimentaire, de vouloir modifier la législation, LME ou LMA. Il ne dément pas la proposition et reste volontairement imprécis. L’homme est trop habile pour se dévoiler et se priver de toute capacité d’arbitrage. Mais sur son initiative, doivent se réunir le 21 novembre tout le ban et l’arrière-ban de la filière agro-alimentaire. Casse-cou. Si la défense de l’agro-alimentaire vaut bien une de ces grand-messes auxquelles j’assiste, indiscipliné mais pieusement depuis vingt ans, toujours fasciné par le jeu d’acteur des présidents de fédérations, la partie pourrait bien échapper au ministre et ouvrir la boîte de Pandore.  Problème de calendrier : la réunion va se dérouler en plein milieu de la négociation commerciale dont elle risque de paralyser le déroulement en laissant s’échapper de fausses promesses. L’Elysée comme Matignon qui sous-estiment encore l’impact des dernières mesures budgétaires sur le pouvoir d’achat des Français, feraient bien d’y regarder à deux fois avant d’avoir à rétropédaler.  L’ANIA et les nostalgiques de la loi Galland En tout cas, même s’ils ont procédé indépendamment l’un de l’autre, Serge Papin comme Guillaume Garot sont en train d’alimenter la énième campagne de lobbying de l’ANIA pour revenir à la loi Galland. Ou, plus exactement, à sa version édulcorée dite « Dutreil I » : en relevant le seuil de revente à perte, en créant une obligation de marge, les industriels retrouveraient la maîtrise des prix de marché sans qu’il soit possible de répercuter aux consommateurs l’intégralité des conditions d’achat. Que Guillaume Garot reprenne à son compte une partie des thèses de l’ANIA, c’est dans l’ADN et l’intitulé de son ministère. Et même, que des distributeurs se retrouvent alliés objectifs des industriels pour plaider une révision de la LME, cela ne m’étonnerait pas. Jacques Creyssel, dont les positions dans LSA (2 octobre 2012) rejoignent les nôtres, ne doit pas l’oublier : la loi Galland a eu longtemps ses partisans à la FCD ! Mais que le gouvernement tente ce ballon d’essai alors qu’il devra gérer et assumer une spectaculaire baisse du pouvoir d’achat en 2013, ça dépasse l’entendement !  L’inflation n’est pas une solution et le législateur ne doit pas être son serviteur La crise exige qu’on se mobilise pour les PME, qu’on les « décharge » de trop d’impôts, qu’on allège leurs coûts et qu’on leur injecte des facilités de trésorerie et des capacités de crédit. Mais si, pour aider et protéger les « petits », on redonne par la loi le pouvoir aux grands industriels de l’ANIA et de l’ILEC de fixer les tarifs et les prix, je le dis clairement : ce sera sans nous, nous nous mobiliserons et, je vous le dis, ça fera du bruit dans le Landerneau des consommateurs ! Non, la recherche de solutions pour relocaliser l’industrie et aider les PME ne passe pas par l’inflation. Et l’inflation ne passera pas par nos magasins.

4 Commentaires

Salut Mel!
Et si on prenait le sujet autrement?
Et si on replaçait la valeur emploi au centre de la détermination des prix et des marges?
Plus il y a d'employés dans l'entreprise plus les marges de revente sont faibles.
Moins il y a d'employés dans l'entreprise alors les marges de revente sont plus fortes.

Pensez-vous détenir le moyen de relancer l'emploi si vous instaurez une échelle de pvc qui prend en compte le rapport entre chiffre d'affaires et le nombre de salariés de chaque entreprise?

La crise actuelle est une crise de pouvoir d'achat dont la première cause est la réduction des personnes qui travaillent et l'augmentation du nombre de chômeurs.

C'est un problème purement mécanique, résultat de règles de rentabilité et de productivité valables en période de plein emploi inappropriées aujourd'hui.

J'ai le souvenir de cette période qui favorisait le stockage des produits. L'environnement de la règle changea et le stock est passé en comptabilité de placement à charge.
Pourquoi ne pas établir une règle qui transforme la masse salariale en avantage concurrentiel?
Ainsi les entreprises vont naturellement créer de l'emploi puisque cela favorisera leurs bilans.

Plus d'emplois plus de marges et des prix bas.
Moins d'emplois moins de marge et des prix hauts.
Devenez un agent régulateur du dumping social ainsi vous aurez au global plus de ventes et moins de charges.

Qu'en pensez-vous?
Oui c'est vrai SP cette fois, s'est pris les pieds ds le tapis...
Salut Mel!
Et si on prenait le sujet autrement?
Et si on replaçait la valeur emploi au centre de la détermination des prix et des marges?
Plus il y a d'employés dans l'entreprise plus les marges de revente sont faibles.
Moins il y a d'employés dans l'entreprise alors les marges de revente sont plus fortes.

Pensez-vous détenir le moyen de relancer l'emploi si vous instaurez une échelle de pvc qui prend en compte le rapport entre chiffre d'affaires et le nombre de salariés de chaque entreprise?

La crise actuelle est une crise de pouvoir d'achat dont la première cause est la réduction des personnes qui travaillent et l'augmentation du nombre de chômeurs.

C'est un problème purement mécanique, résultat de règles de rentabilité et de productivité valables en période de plein emploi inappropriées aujourd'hui.

J'ai le souvenir de cette période qui favorisait le stockage des produits. L'environnement de la règle changea et le stock est passé en comptabilité de placement à charge.
Pourquoi ne pas établir une règle qui transforme la masse salariale en avantage concurrentiel?
Ainsi les entreprises vont naturellement créer de l'emploi puisque cela favorisera leurs bilans.

Plus d'emplois plus de marges et des prix bas.
Moins d'emplois moins de marge et des prix hauts.
Devenez un agent régulateur du dumping social ainsi vous aurez au global plus de ventes et moins de charges.

Qu'en pensez-vous?
Oui c'est vrai SP cette fois, s'est pris les pieds ds le tapis...

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