Dominique de Villepin à la Sorbonne ce vendredi soir : j'y étais !
Dominique de Villepin était vendredi soir à la Sorbonne. J'étais curieux d'aller écouter en live celui qui est devenu le personnage truculent de la BD "Quai d'Orsay" de Christophe Blain et l'excellent Thierry Lhermitte dans le film de Bertrand Tavernier.
Les médias ont évidemment relayé "l'épisode 1" d'une saison de campagne présidentielle... Je ne vais pas discuter ici du fond : on en aura l'occasion plus tard. Mais ce qui m'a impressionné, et que je me permets de partager ici, c'est le choix du lieu et du média, à contre-courant des pratiques actuelles de l'actu fast-food ! Communication old -school ? Revendication générationnelle assumée ? On pouvait s'interroger ! Les auditeurs ont aimé.
1) Perso, j'ai été impressionné par la fascination d'un public jeune, en tout cas franchement "patchwork" (je m'essaie au parlé "startup nation" 🥳). Ils furent tous très sages pour entendre une performance oratoire impeccable, complètement disruptive, avec des interventions souvent calibrées au coup de pouce sur écran dans le timing d'une horloge TikTok.
2) Pas de groupies, pas de people ici. Le journal Le Parisien cite un rappeur, Fianso, l'ancien ministre tunisien Mehdi Jomaa, et ma pomme, en golden épicier politisable... 🥳 Le lieu bourdonnait au contraire d'étudiants, de retraités, de cadres aussi sans doute.
3) Le choix de la Sorbonne ? De l'amphithéâtre Richelieu ? Ce n'est pas la salle Wagram, ni la Place de la République. C'est un lieu ancien, et la fresque "Apollon et ses muses dénudées" est sans doute devenue une magnifique provocation pour toute une faune anti-conservatrice !
Hyper drôle de voir DDV camper sous ce décor ! Même pour moi, habitué des plateaux télé, je décèle la provocation assumée : il y a 45 ans, je venais ici écouter avec Alain Etchegoyen ou Jérôme Garcin (qui réalisera "Le masque et la plume", "Le magasine littéraire"), un Jankélévitch déchaîné contre l'emprise germanique, des historiens passionnants (Fernand Braudel, Olivier Legoff, Le Roy Ladurie, Pierre Chaunu, ou encore Marc Fumaroli, Antoine Compagnon).
Même après le "A bas les profs" de 68, ils étaient adulés, respectés et généreux dans leurs cours magistraux.
4) Voilà qu'on accueille ici un Villepin moins aristo que jamais, en mode solo, avec une élégance quasi affectueuse, applaudi par un auditoire réceptif malgré la longueur du propos !
On s'est rappelé (je parle pour moi) l'homme qui interpréta brillamment devant l'ONU le refus français d'une guerre en Irak ! On a redécouvert des références littéraires à Peguy ou Nerval, on s'est vu regretter les entretiens de Mitterrand avec Pivot, d'Ormesson... Désuet ? Pas sûr !
Il s'est passé vendredi soir à la Sorbonne l'envie de ressusciter un monde cultivé pour affirmer, en creux, la vacuité ou la médiocrité du débat politique actuel.
Oui, cela put paraître un brin académique. Oserais-je dire avoir décelé une légère contradiction, quand DDV prend plaisir à dénoncer la société du spectacle, celle de Debord, alors que le De Gaulle dont il se réclame fut certainement un des acteurs politiques les plus théâtraux de notre histoire.
Bon, la plupart des médias opposeront à la solitude de Villepin l'absence de relai citoyen, le peu de divisions embarquées, l'improbabilité de faire parvenir ce riche discours au fond des villes et villages français auxquels il fait destin. C'est assurément un défi.
Mais je retiens l'effet de soclage dans cet exercice : il y avait certes l'éloquence et la hauteur de vue, mais aussi la découverte d'un homme, physiquement très présent, sensible, révélant sa part d'erreur, parlant d'une forme d'exil politique et de l'effort auquel il se soumet lui-même.
C'est peut-être plus efficace qu'une primaire, sorte de machine à broyer les candidats ? Joli défi à l'ennuyeuse grégarité actuelle sur nos écrans... Pour que prospère la biodiversité, les animaux politiques doivent sortir de leur cage ! 😂






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